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Lettres sur le communisme (premi√®re partie : 1 √ 6)

un intellectuel communiste témoigne et réagit

samedi 30 octobre 2010, par Jean-Pierre Combe

premi√®re lettre : pourquoi ai-je √©crit les pr√©sentes lettres ?

- le 9 juin 2008, au lecteur
- Bien s√ »r, tu n’es pas forc√©ment communiste. Mais j’ai voulu que tu puisses lire ces lettres que j’ai r√©dig√©es pour des communistes : pour cela, je les ai ouvertes.
- La raison en est que les probl√®mes que j’y aborde ne se posent pas seulement aux membres d’un parti communiste ou d’autres formations communistes :

- ils se posent √ tous les citoyens de ce pays qui tiennent √ rester des citoyens et qui se refusent pour cette raison √ jeter aux oubliettes l’histoire de la chute du royaume de France, l’histoire de l’√©mergence qui a fait de la Nation l’acteur de la souverainet√© fran√ßaise en lieu et place du Roi, l’histoire de la naissance de la R√©publique et, en m√™me temps, l’histoire de la premi√®re formulation du principe que l’on a appel√©, plusieurs d√©cennies plus tard, le principe de la√Įcit√© des institutions r√©publicaines.
- Depuis les premiers balbutiements du communisme, qui ont eu lieu en Allemagne pendant les √©v√®nements r√©volutionnaires cons√©cutifs √ la chute de l’empire de Napol√©on Bonaparte, dit Napol√©on premier, et que plusieurs raisons me conduisent √ reconna√ģtre en France dans l’activit√© r√©volutionnaire de Gracchus Babeuf, bien qu’il n’ait gu√®re employ√© ce mot, depuis lors, donc, les communistes, en France et pas seulement en France, comme en t√©moignent certains textes importants de Marx, d’Engels et de L√©nine, se sont toujours revendiqu√©s de cette fid√©lit√© au sens fort donn√© √ la R√©publique par la R√©volution fran√ßaise, √ l’essence de la d√©marche des Droits de l’Homme et du Citoyen, √ la Libert√©, √ l’Egalit√©, √ la Fraternit√©.
- Et pour ma part, parce que je suis communiste, c’est dans la fid√©lit√© √ cette tradition r√©publicaine et r√©volutionnaire que je traite les probl√®mes qui se posent au communisme.
- Ces probl√®mes se posent √ partir de deux s√©ries d’√©v√®nements.
- Les plus urgents proc√®dent de l’√©volution actuelle de notre soci√©t√© : ce qui la caract√©rise est l’alourdissement incessant et rapide de l’exploitation capitaliste, cons√©cutif √ l’abrogation de fait des r√®gles que le mouvement ouvrier, par son action revendicative, avait r√©ussi √ imposer √ la bourgeoisie capitaliste, et renforc√© par les autres mesures que prennent les √©tats capitalistes pour lib√©rer et renforcer le mouvement capitaliste de l’exploitation.
- Pour les travailleurs fran√ßais, les cons√©quences de cet alourdissement sont dramatiques :

  • stagnation des salaires, traitements, retraites et autres pensions, ainsi que des revenus de pr√©carit√©, pendant que les prix des denr√©es n√©cessaires √ la vie quotidienne ne cessent d’augmenter, ces derni√®res ann√©es de plus en plus vite, et pendant que la pression au travail pour augmenter la productivit√© de chaque minute atteint des sommets tels que le travail lui-m√™me devient pathog√®ne (c’est-√ -dire qu’il devient une cause de maladies)...
  • fermetures d’h√īpitaux, de bureaux de services publics, de lignes de chemin de fer, d√©labrement d√©lib√©r√© des communes, fermetures de classes et d’√©coles communales, fermetures, restructurations et d√©localisations d’entreprises, diminution de l’emploi salari√© aboutissant √ faire tomber la part qu’occupent les salaires dans le PIB √ moins de la moiti√© (depuis lors, l’√©conomie fran√ßaise paye moins de salaires que de revenus commerciaux, de dividendes, de jetons de pr√©sence, de parachutes dor√©s et d’autres r√©mun√©rations capitalistes !) ;
  • augmentation du ch√īmage, de l’emploi pr√©caire et de l’emploi dit assist√© au d√©triment des emplois salari√©s ;
  • etc...

- La situation de ceux qui ne peuvent vivre qu’en vendant leur force de travail est toujours plus difficile √ supporter, et dans le peuple monte la condamnation de ceux qui ont conduit notre pays dans cette impasse et de ceux qui l’y maintiennent en engageant sa destruction. Mais la formulation de cette condamnation manque de justesse et de pr√©cision.
- C’est qu’il manque √ notre peuple la formation, le parti politique capable de faire l’analyse politique de cette situation, de la faire du point de vue du travailleur prol√©taire, c’est-√ -dire de celle ou de celui qui ne poss√®de rien que ses bras, rien que son corps ; il manque le parti capable de mettre en √©vidence les causes de cette situation, ses profiteurs et parmi ceux-ci, ceux qui portent la responsabilit√© politique... : ce qui manque √ notre peuple, c’est un v√©ritable parti communiste, un parti franchement communiste !
- Ici interviennent les probl√®mes proc√©dant de la seconde cat√©gorie d’√©v√®nements : il s’agit des effondrements qui se sont produits √ l’est de l’Europe, et qui ont provoqu√© la disparition des √©tats qui participaient de ce que nous appelions le camp socialiste, et la disparition du camp socialiste lui-m√™me.
- Les bourgeoisies qui dominaient alors l’ouest europ√©en et le monde capitaliste se sont empar√©es de ces effondrements, exploitant leur caract√®re soudain, inattendu et massif pour en saturer les moyens de communication id√©ologique, la presse √©crite et t√©l√©vis√©e et l’√©dition libraire, et pour tirer profit de cette saturation en imposant √ toute la population une repr√©sentation sch√©matique, unilat√©rale, r√©pugnante et grotesque de ce que fut la vie dans les pays du camp socialiste.
- Au sein de cette repr√©sentation, les m√™mes id√©ologues bourgeois s’attachent √ d√©montrer que les gouvernements de ces pays, rebaptis√©s ¬« r√©gimes¬ », y ont tout d√©truit et ont r√©duit la population √ un v√©ritable servage ; peu importe l’√©tendue des approximations qui leur sont n√©cessaires pour brosser ce tableau, il s’agit pour eux de disposer d’un argument gr√Ęce auquel ils esp√®rent pouvoir pr√©senter le communisme lui-m√™me comme criminel.
- Cette criminalisation du communisme, √ bien y regarder, r√©sume l’ensemble des obstacles qui proc√®dent des effondrements de l’est europ√©en et s’opposent √ nous, m√™me ceux qui sont apparus dans le PCF lui-m√™me : en effet, les abandons successifs des principes du communisme ont tous √©t√© argument√©s par la direction de ce parti par la volont√© de ne pas tomber sous le coup d’une accusation de crime de communisme ou de complicit√© de crime de communisme.
- Mais lorsque des militants communistes rappelaient aux dirigeants du PCF que nous avions, que nous avons, de tr√®s bonnes et tr√®s fortes raisons de r√©futer la criminalisation du communisme, de dire publiquement que le communisme n’est ni criminel ni criminog√®ne, de tr√®s bonnes et tr√®s fortes raisons d’en faire publiquement la preuve, les dirigeants du PCF √©cartaient ces arguments et √©cartaient les militants qui les portaient : c’est ainsi qu’ils ont achev√© la pr√©paration, la mise en condition du PCF, pour sa mutation qu’ils disaient alors communiste, mais qui √©tait d√©j√ social-d√©mocrate.
- Ces probl√®mes forment aujourd’hui un brouillard opaque interpos√© entre la conscience des travailleurs et la r√©alit√© sociale dont proc√®dent leurs difficult√©s : ils font obstacle au d√©veloppement de la r√©flexion communiste, c’est-√ -dire √ l’√©tude quotidienne de la revendication √©conomique des prol√©taires et des autres travailleurs et √ l’√©laboration quotidienne de la politique qui proc√®de de cette revendication √©conomique et qui a pour objet de cr√©er les conditions politiques et sociales n√©cessaires √ sa satisfaction durable, notamment et d’abord en socialisant (c’est la m√™me chose que nationaliser) les grands domaines terriens, les mines, les usines, les maisons de commerce, les banques et les assurances qui appartiennent aux grands bourgeois capitalistes.
- Cet obstacle, il faut le d√©truire : c’est pour y contribuer que j’ai r√©dig√© les lettres ouvertes ci-apr√®s.

Deuxi√®me lettre : sur l’¬« opposition interne¬ »

- Des d√©l√©gu√©s des sections du PCF √ l’assembl√©e g√©n√©rale de d√©cembre 2007 ont manifest√© leur volont√© de maintenir le PCF en tant que parti communiste. Leur d√©claration a √©t√© mise en ligne sur le site ¬« altercommunistes.org¬ » le 22 d√©cembre 2007, et vient d’attirer mon attention. C’est un texte int√©ressant qui m’a sembl√© appeler une r√©ponse de ma part. Voici donc ma r√©ponse :
- le 30 mars 2008, aux d√©l√©gu√©s des sections du PCF signataires de la d√©claration diffus√©e sur ¬« altercommunistes.org¬ »
- Ayant √©t√© pouss√© hors du PCF, voici plus d’une d√©cennie, par ceux qui le dirigent aujourd’hui, je ne suis pas en mesure de dire si la direction du PCF est ou n’est pas minoritaire. Cela √©tant, je suis d’accord avec vous pour constater qu’elle refuse de reconna√ģtre ses responsabilit√©s dans le d√©clin catastrophique que conna√ģt le PCF ; √ mes yeux, la politique de cette direction constitue un sabotage du communisme ; c’est pr√©cis√©ment parce que je soup√ßonnais ce sabotage et que je disais mes soup√ßons √ voix haute que j’ai √©t√© pouss√© hors du PCF.
- Je suis d’accord avec vous pour voir les causes du d√©clin du PCF dans l’abandon de l’organisation r√©volutionnaire et dans le renoncement √ l’analyse marxiste pour d√©terminer la politique du parti, ainsi que dans la pr√©f√©rence accord√©e aux politiques d’alliances au sommet et de course aux si√®ges au d√©triment de la politique de lutte de classe et d’union des forces populaires ; je marque pourtant une nuance : je relie l’abandon par le PCF de l’organisation r√©volutionnaire au fait qu’il a renonc√© √ revendiquer de nationaliser (ou de socialiser, ce qui est la m√™me chose) les principaux objets de la propri√©t√© capitaliste (banques, trusts et groupes d’entreprises, grosses entreprises).
- Je suis r√©serv√© aussi quand vous affirmez que le PCF est la seule formation politique anticapitaliste capable de mobiliser et de repr√©senter un rep√®re historique et id√©ologique de lutte : les √©lections municipales du printemps 2008 ont fait appara√ģtre dans le bassin minier du Pas de Calais une formation communiste, le P√īle de Renaissance communiste en France, qui a, dans ce bassin, bien mobilis√© la classe ouvri√®re et fait revivre le rep√®re historique et id√©ologique de lutte que vous √©voquez.
- Par contre, je reconnais que de nombreux jeunes ont adh√©r√© au PCF dans le but de pousser son Assembl√©e G√©n√©rale de d√©cembre 2007 vers une orientation communiste affirm√©e.
- A mon sens, ce jeune courant pose deux questions :

  1. d’abord, qu’est-ce qu’une orientation communiste affirm√©e ?
  2. ensuite, le r√©formisme liquidateur de la direction du PCF, que vous d√©noncez implicitement, mais avec juste raison, est-il compatible avec une orientation communiste affirm√©e ?

- Lors des n√©gociations qui ont abouti √ la r√©daction du programme commun de gouvernement, certains membres des √©quipes form√©es par le PCF pour soutenir le travail de ses instances dirigeantes ont fortement pouss√© pour que le PCF r√©duise de beaucoup le contenu revendicatif et transformateur, r√©volutionnaire, qu’il avait donn√© √ son projet de programme ¬« Changer de cap¬ », notamment sur la question des nationalisations. En 1981, les m√™mes ont pouss√© le PCF √ cesser toute pression revendicative non seulement sur les nationalisations √ faire, mais aussi sur la d√©finition de l’autorit√© qui devait assumer la gestion des entreprises nationalis√©es : c’est alors que la revendication des Conseils d’Administrations tripartites, tr√®s forte dans ¬« Changer de cap¬ », a disparu de la litt√©rature du PCF. Or, un peu plus tard, ce sont ceux-l√ que nous avons retrouv√© assez solidement install√©s dans la direction du PCF pour initier, puis pour imposer la politique qui a caus√© son d√©clin.
- C’√©tait pourtant depuis toujours, au moins depuis le ¬« Manifeste communiste¬ » de 1848, la caract√©ristique principale du communisme que de proposer aux peuples travailleurs de confisquer les biens (domaines terriens, mines, usines, banques,...) d√©tenus par les capitalistes.
- A mes yeux, ces deux rappels prouvent que le r√©formisme de la direction du PCF est comme tout r√©formisme, incompatible avec une orientation communiste affirm√©e.
- Or vous d√©clarez, me semble-t-il, votre volont√© d’imprimer au PCF une orientation communiste affirm√©e : si, comme je le souhaite, vous gardez cette volont√© et agissez selon elle, vous allez rompre avec la direction r√©formiste du PCF. Vous ne me le demandez pas, mais je vous donne tout de m√™me mon conseil fraternel : le plus t√īt sera le mieux !
- Justement : vous amorcez cette rupture en rejetant la th√®se de la direction r√©formiste du PCF selon laquelle l’histoire du mouvement communiste au vingti√®me si√®cle serait un boulet.
- Vous avez raison : le congr√®s tenu √ Tours en d√©cembre 1920 par le Parti socialiste Section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re a pris les d√©cisions qu’il fallait prendre dans l’int√©r√™t de la classe ouvri√®re et de la nation fran√ßaise : rompre avec le r√©formisme, fonder le parti communiste fran√ßais pour qu’il soit un parti de classe et de masse revendiquant sans cesse de confisquer les biens des capitalistes ; tous les effets de ces d√©cisions sur la lutte des classes ont √©t√© favorables √ la classe ouvri√®re, √ notre peuple et √ notre nation, que ce soit dans la lutte contre le colonialisme, dans le mouvement populaire de 1936, dans la guerre d’Espagne, dans la R√©sistance, √ la Lib√©ration...
- Je suis heureux de constater que nous sommes d’accord pour assumer notre histoire, car l’histoire du communisme en France est notre histoire, en recherchant la v√©rit√© au moyen de l’exigeante m√©thode critique mat√©rialiste que mirent en Ň“uvre les Soboul, les Soria, les Badia,... pour ne pas parler de Marx et d’Engels...
- C’est vrai : aucun de ceux qui luttent, qu’il soit un travailleur salari√©, ou admis au travail √ titre pr√©caire, ou exclu du travail, aucun ne nous reproche d’√™tre communistes : c’est vrai, ils nous disent leur besoin d’un parti qui affronte vraiment Sarkozy et son parti, le PS, le MEDEF et les propri√©taires des gros capitaux. Seul, un parti v√©ritablement communiste peut faire cela : l√ -dessus, je suis d’accord !
- Je dois vous donner une information qui, logiquement, doit int√©resser chacun d’entre vous : cet accord, pr√©cis√©ment, est la base sur laquelle se sont rassembl√©s des communistes, dont certains √©taient isol√©s et d’autres √©taient membres du PCF, pour relancer le mouvement communiste d’organisation et d’action, dans le but de rendre √ notre peuple le parti v√©ritablement communiste dont il a si grand besoin (j’en √©tais : apr√®s bien des tentatives, qui ont subi des sorts divers, nous avons cr√©√© le P√īle pour la Renaissance communiste en France, dont je suis membre).
- Nous avons donc vous et moi, la volont√© de continuer la lutte communiste. Mais croyez-vous que les r√©formistes qui dirigent le PCF aient aussi cette volont√© ? Quant √ moi, je ne le crois pas, et je ne suis pas seul de cet avis : le reproche qu’adressent les travailleurs au PCF et que vous entendez, c’est justement de ne pas vouloir de cette lutte ! Pour moi, la chose est claire : dans l’int√©r√™t de la lutte de classe des travailleurs exploit√©s, il faut rompre avec les r√©formistes qui dirigent le PCF !
- En 2008, je souhaite que nous fassions notre jonction sur le champ des luttes, parmi les travailleurs et contre l’exploitation capitaliste. Y parviendrons-nous ?
- Vous vous refusez √ faire dispara√ģtre le PCF.
- Nous, nous voulons rendre au peuple de France le v√©ritable parti communiste qui lui fait si cruellement d√©faut.
- Nos objectifs ne sont pas forc√©ment incompatibles : nous pouvons converger, et tant mieux si vous √™tes majoritaires dans le PCF !
- Mais je veux dire quelques mots des t√Ęches que vous vous assignez pour atteindre votre objectif.
- Vous voulez exprimer dans les luttes et les √©lections des positions communistes ind√©pendantes clairement identifiables.
- En bonne logique, je comprends que de telles positions se placent ¬« dans une orientation communiste affirm√©e¬ ».
- Concr√®tement, cela implique :

  • la revendication de pr√©lever sur les profits pour augmenter les salaires et les effectifs des travailleurs, diminuer la dur√©e de la journ√©e de travail, supprimer le travail pr√©caire et le ch√īmage ;
  • la revendication de nationaliser (ou de socialiser, c’est r√©ellement la m√™me chose) les banques, les commerces, les industries, les mines, les domaines terriens qui appartiennent aux propri√©taires de gros capitaux, de telle mani√®re que d√©sormais, les travailleurs que ces entreprises exploitent et les autres membres de notre peuple, devenus collectivement les propri√©taires de ces objets, en d√©terminent la gestion, ce qui r√©alisera pour la premi√®re fois en France la d√©mocratie dans la vie de ces entreprises et dans l’√©conomie.

- Il faut constater que lorsque les r√©formistes ont pris la direction du PCF, ils lui ont fait tourner le dos √ ces revendications ; cela doit nous convaincre que l’expression de positions communistes clairement identifiables constitue un acte de rupture avec le r√©formisme ; il est tout-√ -fait n√©cessaire d’accomplir cet acte, j’en suis bien d’accord.
- Cette t√Ęche pose un autre probl√®me : dans quel sens faut-il comprendre le mot ¬« ind√©pendant¬ » ? L’id√©ologie bourgeoise, qui nous domine tous, tend √ le faire employer comme si l’ind√©pendance pouvait exister dans l’absolu, comme si l’√™tre humain individuel pouvait exister sans entretenir aucune relation avec la collectivit√© de ses semblables : c’est un pi√®ge ; si nous y tombions, nous parlerions pour ne rien dire !
- Quant √ moi, je pense et j’explique autour de moi que des positions communistes doivent √™tre :

  • ind√©pendantes de la bourgeoisie, sauf qu’il faut affronter la bourgeoisie sur le terrain politique et la vaincre ;
  • ind√©pendantes des partis du centre, de la droite, de l’extr√™me droite, des partis socio-d√©mocrates et de quelques autres, sauf qu’il faut d√©noncer et combattre leur malfaisance et le service politique qu’ils apportent √ la bourgeoisie capitaliste.
  • Mais il n’est pas acceptable que l’on d√©clare le parti communiste ind√©pendant de la classe ouvri√®re, ou des travailleurs prol√©taires (ceux qui ne poss√®dent ni moyen de produire, ni ressource √ transformer en richesse ou en bien de consommation) qu’ils soient salari√©s ou pr√©caires, ou des autres travailleurs exploit√©s (artisans, paysans, car il en reste encore quelques-uns), ou des ch√īmeurs : au contraire, le parti communiste est le parti de la lutte contre l’exploitation, conduite jusqu’√ faire cesser l’exploitation de masses humaines par la minorit√© riche ; pour cette raison, le parti communiste appartient aux prol√©taires et aux autres exploit√©s qui s’allient avec eux dans la lutte de classes contre l’exploitation capitaliste : il d√©pend d’eux, et d’eux seulement.

- Cette liaison vitale, essentielle que le parti communiste maintenait avec constance et fid√©lit√© depuis sa fondation, la direction r√©formiste l’a rompue : cela lui a permis d’amarrer le PCF au PS et de permettre √ certains de ses dirigeants de se mettre carr√©ment au service du grand capital dans les minist√®res.
- Il faut rompre avec la direction r√©formiste du PCF parce que la liaison essentielle du parti communiste est incompatible avec le r√©formisme.
- Chers camarades : avez-vous not√© ce qui s’est pass√© dans le bassin minier du Pas de Calais, lors des √©lections municipales de cette ann√©e ? Les candidats pr√©sent√©s par le P√īle de Renaissance communiste en France ont renou√© le lien communiste vital en montrant bien que le communisme n’est pas r√©formiste : c’est une raison importante du succ√®s qu’ils ont remport√© !
- Vous voulez aussi consolider et reconstituer des organisations de base, cellules et sections, notamment √ l’entreprise.
- Cette t√Ęche vous confrontera avec les statuts actuels du PCF, et plus pr√©cis√©ment avec son processus financier : en effet, depuis l’an 2000, les cotisations au PCF ne sont plus encaiss√©es par les cellules, mais par une association de financement du PCF, et avec cet argent, cette association finance les activit√©s de la base du parti au gr√© de sa direction : le principe est que pour recevoir une partie des cotisations de ses membres, chaque cellule doit d√©finir un projet d’activit√© agr√©√© par la direction du parti.
- Croyez-vous que la direction r√©formiste du PCF tol√®rera l’existence de cellules communistes dans ce parti qu’elle veut enti√®rement r√©formiste ?
- Non, elle ne laissera pas faire, et pr√©cis√©ment, elle a institu√© le nouveau processus financier pour se donner les moyens de mettre fin √ toutes les cellules communistes dans le PCF !
- Il faut rompre avec la direction r√©formiste du PCF et concr√®tement, cela signifie qu’il faut d√®s √ pr√©sent poser en principe que les futures cellules communistes per√ßoivent elles-m√™mes les cotisations de leurs membres et qu’elles gardent la part qui leur revient pour les besoins de leur activit√©, par devers elles, sans la remettre entre les mains de la direction.
- Vous voulez encore remobiliser les isol√©s et l’adh√©sion au PCF sur une base de lutte.
- Vous avez encore raison, parce que le lien essentiel qui unissait depuis le congr√®s de Tours les membres du parti communiste aux travailleurs s’√©prouvait, se renfor√ßait, se trempait dans les luttes, parce que la direction r√©formiste du PCF a rompu ce lien, et parce qu’elle maintient aujourd’hui cette rupture : c’est un fait, que pour replacer sur une base de lutte l’adh√©sion au parti communiste, il faut rompre avec la direction r√©formiste du PCF.
- Remobiliser les isol√©s : qui sont-ils ? Ce sont des milliers de communistes autrefois membres du parti communiste fran√ßais ; ils ont √©t√© pouss√©s hors du PCF contre leur gr√©, parfois violemment, et ils ont pourtant, presque toujours, veill√© √ ne pas faire de vagues.
- Ceux qui les ont pouss√©s dehors avaient le r√©formisme pour motivation majeure, mais l’ont longtemps soigneusement cach√©. Nous les avons retrouv√©s ensuite aux postes-cl√©s de la pr√©paration de la mutation, puis de la mutation elle-m√™me, et ce sont encore eux qui dirigent le PCF aujourd’hui.
- Ces r√©formistes criaient haro sur les communistes qu’ils avaient accul√©s aux marges du parti ; ils allaient jusqu’√ d√©verser sur eux des torrents de calomnies sans nom, afin de couper tous les liens d’amiti√© que des camarades rest√©s dans le parti auraient pu conserver avec eux.
- Chaque communiste victime de ces manŇ“uvres en garde des cicatrices souvent encore douloureuses, √ cause desquelles il est vain d’attendre de leur part un geste de r√©adh√©sion au PCF, du moins aussi longtemps que les r√©formistes en garderont la direction : ils savent qu’une organisation √ direction r√©formiste ne peut √™tre communiste ; il faut respecter ces camarades qui refusent de faire all√©geance au r√©formisme.
- En v√©rit√©, tenter de relancer sur une base de lutte l’adh√©sion au PCF sans rompre avec sa direction r√©formiste conduirait √ sceller pour longtemps la division des communistes : qui peut croire que cela pourrait faire progresser le communisme ?
- Les camarades que les magouilles r√©formistes ont isol√©s du parti reprendront leur place dans une organisation communiste quand ils la reconna√ģtront : le probl√®me est donc de relancer un v√©ritable mouvement communiste d’organisation en fondant cette relance sur la recherche de l’unit√© des communistes qui ne peut avoir lieu que contre le r√©formisme de la direction du PCF : il faut pour cela rompre avec la direction r√©formiste du PCF.
- Enfin, vous voulez relancer la th√©orie r√©volutionnaire du PCF, la critique marxiste du capitalisme et dans le m√™me moment, relancer la formation politique des militants.
- L√ encore, c’est contre la direction r√©formiste du PCF que vous avez raison : c’est elle qui a mis fin en effet √ toute √©laboration th√©orique r√©volutionnaire dans le PCF, ainsi qu’√ la formation politique des militants (que nous appelions ¬« √©ducation communiste¬ ») : c’est encore une raison qui pousse √ reconna√ģtre que celui qui veut relancer ces processus doit rompre avec la direction r√©formiste du PCF.
- Mais examinons la situation d’un peu plus pr√®s : je rappelle qu’en faisant cesser la critique et l’√©laboration r√©volutionnaire (marxistes), ceux qui pr√©paraient, puis mettaient en Ň“uvre la mutation du PCF n’en ont pas seulement √©loign√© de nombreux communistes : ils ont aussi cr√©√© les conditions d’une rupture d√©finitive par laquelle le PCF se d√©tournait d’eux, ce qui affermissait leur pouvoir de le diriger.
- Nous pouvons observer aujourd’hui le r√©sultat de ces magouilles r√©formistes : la carence du PCF est totale en mati√®re de th√©orie et de critique. L’effectif de ceux de ses membres qui ont l’exp√©rience d’une pratique militante de haut niveau th√©orique est tomb√© tr√®s en-dessous du minimum n√©cessaire pour relancer l’activit√© critique et th√©orique du PCF dans une orientation communiste affirm√©e, et les th√©ories que d√©veloppent et publient les membres de la direction du PCF ne sont pas communistes, mais r√©formistes.
- Il suit de l√ que r√©aliser cette relance dans le PCF sans la relier aux travaux communistes de critique et de th√©orie produits hors du PCF reviendrait √ faire reculer les membres communistes du PCF sur le champ de la th√©orie de trente ans au moins.
- L’obstacle qui s’oppose √ la relance du travail th√©orique dans le PCF est ainsi construit :
- La direction s’y oppose sans concession parce qu’elle est r√©formiste ; la plupart des communistes qui ont maintenu leur pratique militante √ un haut niveau th√©orique avaient √©t√© pouss√©s hors du PCF par la mutation, et la direction r√©formiste du PCF a mis le parti dans l’impossibilit√© de b√©n√©ficier de leurs travaux.
- Or, ces travaux ne sont pas n√©gligeables : ils ont contribu√© en effet, ici ou l√ , √ un d√©but de reprise du mouvement communiste d’organisation : je cite le p√īle de renaissance communiste en France (PRCF) parce que c’est l’exemple que je connais le mieux, et auquel je participe.
- Pour relancer v√©ritablement et avec quelque chance de succ√®s le travail th√©orique et critique communiste en France, il ne suffit donc pas de rompre avec la direction r√©formiste du PCF : il faut aussi revenir √ l’unit√© des communistes, et faire en sorte que ce retour produise deux effets simultan√©s et corr√©l√©s, appuy√©s l’un sur l’autre : la relance du travail critique et th√©orique communiste et la reprise du mouvement communiste d’organisation. Il faut que tous les communistes, membres ou non membres du PCF, prennent en compte tous les travaux communistes r√©alis√©s depuis qu’a commenc√© la pr√©paration de la mutation, que ce soit hors du PCF ou dans le PCF : je crois que les premiers pas d’un processus de reconstitution de l’unit√© des communistes cr√©eraient un contexte favorable pour engager la relance du travail th√©orique et critique communiste au niveau qui permettra au mouvement communiste d’organisation de faire face aux n√©cessit√©s d’aujourd’hui.
- Je pense que c’est indispensable : la relance du travail th√©orique communiste n’ira pas sans la reprise d’un mouvement unitaire d’organisation communiste con√ßu de telle mani√®re que les communistes se rencontrent sur le champ des luttes manifestant la contradiction essentielle de notre soci√©t√©, qui est la lutte des classes, et s’unissent dans la prise du parti ouvrier pour mettre fin √ l’exploitation capitaliste.
- Pour conclure ce courrier, je veux attirer votre attention sur une lettre que certains d’entre vous ont re√ßue de notre camarade Georges Hage. Par cette lettre, la Conf√©d√©ration d’Action communiste (CAC), √ laquelle adh√®re le PRCF, propose √ tous les communistes d’accomplir une d√©marche commune pour mettre devant leurs responsabilit√©s toutes les organisations qui ont appel√© √ voter NON le 29 mai 2007, en leur proposant d’organiser une grande manifestation nationale afin que s’exprime l’aspiration des travailleurs √ une lutte de masse coh√©rente contre l’ensemble de la politique de Sarkozy, du MEDEF et de l’Union europ√©enne.
- Je soutiens cet appel de la Conf√©d√©ration d’Action communiste parce que je consid√®re que l’accomplissement d’une telle d√©marche par les communistes a de bonnes chances d’initier une suite de rencontres de lutte au cours desquelles pourra rena√ģtre un mouvement pratique et th√©orique d’organisation et d’action qui mobilisera tous les communistes et appellera l’adh√©sion d’autres travailleurs qui deviendront bient√īt autant de nouveaux militants.
- Ces raisons font que je souhaite sinc√®rement que vous participiez √ la d√©marche propos√©e par la Conf√©d√©ration d’Action communiste.

Troisi√®me lettre : sur la politique internationale

- 15 mai 2008, √ Dani√®le Bleitrach
- Je viens de prendre connaissance des propositions pour une nouvelle politique internationale des communistes fran√ßais que tu m’as adress√©es en m√™me temps qu’√ d’autres correspondants.
- Discuter entre communistes ind√©pendamment de leur √©ventuelle adh√©sion au PCF ou √ tel ou tel groupe de communistes est la d√©marche que j’ai adopt√©e depuis presque vingt ans ; elle est n√©cessaire pour une seule raison : les communistes inorganis√©s, n’adh√©rant ni au PCF ni √ un autre groupe de communistes, se situant comme nous disons depuis fort longtemps ¬« dans la nature¬ », sont aujourd’hui plus nombreux que la r√©union des communistes membres du PCF ou des autres groupes de communistes : tel est le r√©sultat le plus clair de l’emprise croissante des r√©formistes, puis de leur prise du pouvoir, sur le PCF, et de la politique de mutation qu’ils lui ont impos√©e. Nous devons donc discuter entre communistes ; mais pour mettre les communistes en capacit√© d’intervenir dans cette discussion, il nous faut discuter publiquement. Donc, discutons : aujourd’hui, je vais te dire comment je r√©agis √ tes propositions.
- Premier point : tu proposes trois crit√®res pour √©tablir notre politique propre (la politique des communistes fran√ßais) : les int√©r√™ts des couches populaires fran√ßaises, notre ind√©pendance nationale et la revendication d’un ordre international plus juste et respectueux des souverainet√©s. Je rel√®ve ici deux faiblesses :

  • D’abord, tu ne d√©finis nulle part le mot peuple et ne discutes pas de son sens : or, ceux qui pr√©paraient la mutation du PCF ont beaucoup fait pour que les communistes cessent d’employer ce mot ; ils faisaient mine de ne pas le comprendre, et pr√©tendaient qu’il √©tait sans relations avec la lutte des classes... Ils ont ainsi cr√©√© la situation actuelle qui interdit aux membres du PCF de discuter de ce qu’est le peuple, de pr√©ciser quelle sont les places relatives du peuple et de la classe ouvri√®re, du peuple et de la nation, de la classe ouvri√®re et de la nation ; nous voyons aujourd’hui que le r√©sultat n’est pas brillant : entre autres exemples, la direction du PCF est impuissante devant la publication r√©cente de livres de pr√©tendus historiens qui reprennent certaines th√®ses nazies sur les pendus de Tulle alors que ces th√®ses ont √©t√© d√©menties et r√©fut√©es par toutes les recherches historiques document√©es !
  • Ensuite, tu emploies le mot de souverainet√© comme s’il n’avait pas besoin de pr√©cision ; tu ne dis pas quelle est la souverainet√© que respectera l’ordre international que nous revendiquons : est-ce la souverainet√© f√©odale, la souverainet√© aristocratique, la souverainet√© religieuse (c’est ce dernier cas que nous pose aujourd’hui la campagne d’agitation publique qui a pris pour objet le Tibet), ou la souverainet√© nationale ? Cette insuffisance expose ton texte aux manipulations r√©actionnaires.

- Mon avis est que nous devons au moins √©claircir les choses en disant qu’un ordre international juste est celui qui respecte la souverainet√© nationale et elle seule, et qu’il en est ainsi parce que la souverainet√© nationale appartient au peuple, parce que les travailleurs occupent dans le peuple une place et des fonctions d√©trerminantes et parce que la justice exige que les puissants lui soient soumis.
- Oui, il faut interdire √ ceux qui se disent communistes de d√©fendre √ l’√©tranger les classes exploiteuses contre les travailleurs et contre les peuples qu’elles exploitent, m√™me lorsque l’exploitation se couvre des oripeaux de la religion !
- Deuxi√®me point : tu as raison de montrer la n√©cessit√© de rompre avec la politique atlantiste commune au PS, √ la LCR et aux autres trotskistes, et tu fais bien de d√©noncer la haine de Cuba et de la Chine qui anime cette politique : mais pourquoi ne pas constater que cette haine est v√©ritablement une haine de classe qui frappe tout ce qui est le socialisme ou un fragment du socialisme ?
- C’est vrai ; il te faudrait alors montrer les ambigu√Įt√©s des √©volutions de la soci√©t√© chinoise et celles de la politique antichinoise, et pour cela analyser les positions qu’occupent en Chine socialisme et capitalisme.
- Mais justement, je suis surpris que tu √©cartes cette question : est-ce que selon toi le respect des souverainet√©s justifie qu’elle soit √©cart√©e ? Ce serait tomber dans le pi√®ge qui consiste dans le fait de ne pas d√©finir quelle souverainet√© nous d√©fendons : d√©fendre en Chine cette souverainet√© variable reviendrait (revient ?) √ prendre le parti de la bourgeoisie chinoise si celle-ci parvenait (mais n’y parvient-elle pas ?) √ prendre en Chine la totalit√© des pouvoir de gouverner ! Pouvons-nous accepter que le respect de la souverainet√© nous conduise √ renoncer de la sorte √ la solidarit√© internationaliste ? Je dis que non, et c’est pour moi une raison de plus d’exclure du champ de mes principes toute autre souverainet√© que la souverainet√© nationale.
- Troisi√®me point : tout cela me conduit √ souligner une lacune de ton texte que j’estime essentielle : la lutte des classes en est absente, alors qu’elle est la r√©alit√© essentielle de (presque) toutes les soci√©t√©s du monde, et que la politique communiste consiste pr√©cis√©ment √ prendre le parti ouvrier dans les luttes de classes.
- La seule lutte de classes que tu mentionnes est celle cr√©√©e au N√©pal et en Chine par l’existence d’une hi√©rarchie f√©odale et par l’existence de castes. Pour le reste du monde, tu ne mentionnes que l’exploitation, qui n’est que l’un des processus constituants de la lutte des classes (il est vrai qu’il domine). Mais la lutte contre l’exploitation est absente de ton analyse : pour cette raison, l’exploitation n’est pas un argument de ton d√©veloppement, mais seulement une mention. Or, si la lutte des classes oppose et en m√™me temps unit la classe ouvri√®re √ la bourgeoisie (√ la fa√ßon dont l’√©quitation unit le cheval √ son cavalier), c’est parce qu’elle est compos√©e de deux processus corr√©l√©s : l’exploitation et la lutte contre l’exploitation.
- C’est l√ une grave faiblesse de ton texte : peut-on comprendre en effet o√Ļ sont les int√©r√™ts populaires, peut-on comprendre o√Ļ sont les int√©r√™ts des nations sans faire l’analyse de la lutte des classes pays par pays ? Et si nous ne comprenons pas o√Ļ sont les int√©r√™ts populaires et les int√©r√™ts nationaux, comment pouvons-nous esp√©rer penser et suivre la r√©alit√© du d√©veloppement des luttes lib√©ratrices, l’engagement des combats lib√©rateurs ? Nous ne le pourrions pas !
- Faute d’avoir analys√© concr√®tement les luttes des classes dont les Etats-unis d’Am√©rique sont le th√©√Ętre, tu ne vois pas qu’il faut reprendre l’habitude de distinguer dans chaque pays, dont le n√ītre, le peuple du gouvernement, comme nous le faisions autrefois, en les mettant √ part l’un de l’autre dans nos analyses : cette distinction nous permettait de voir les int√©r√™ts de notre peuple en politique internationale et c’est gr√Ęce √ elle que nous avons pu penser et r√©aliser, entre autres, le grand mouvement que fut, dans l’apr√®s-guerre de 1939-1945, le Mouvement de la Paix.
- Faute d’avoir analys√© concr√®tement les luttes des classes, tu fais de la Chine, de l’Inde et du Br√©sil trois corps dont l’√©mergence actuelle serait essentiellement lib√©ratrice, sans voir que leur √©mergence m√™me est diversement li√©e √ l’action en leur sein des bourgeoisies en voie de mondialisation, qui investissent de tr√®s gros moyens pour contr√īler ces soci√©t√©s, pour √©largir et renforcer le pr√©l√®vement du profit sur l’ensemble du travail qui y est fait, c’est-√ -dire pour appliquer l’exploitation capitaliste √ l’ensemble du travail chinois.
- Que ce soit sur l’Inde, sur la Chine ou sur le Br√©sil, comment pourrions-nous accepter le d√©veloppement de la mainmise capitaliste, alors que nous avons sous les yeux la mis√®re que cette mainmise impose √ leurs peuples ? Cette mis√®re est souvent, notamment en Chine, pire que celle que d√©crit Zola !... Que les capitalistes qui encaissent les profits pr√©lev√©s sur ces pays aient la peau blanche, noire ou jaune n’a rigoureusement ici aucune esp√®ce d’importance !
- Faute d’avoir analys√© concr√®tement les luttes des classes, tu restes muette sur les significations des attitudes diff√©rentes adopt√©es aujourd’hui par les gouvernements bolivien, br√©silien, colombien, √©quatorien et v√©n√©zu√©lien, alors que ces diff√©rences sont autant de r√©sultats des diff√©rences concr√®tes que pr√©sentent entre elles les luttes des classes de ces pays : pouvons-nous permettre que l’on d√©livre un certificat de bonne conduite au racisme, au fascisme paramilitaire qui, aujourd’hui, gouverne la Colombie ?
- Faute d’analyser concr√®tement les luttes des classes, tu crois que la propri√©t√© √©tatique transforme le capitalisme : mais les soixante derni√®res ann√©es √©coul√©es de l’histoire √©conomique de la France te d√©mentent s√©v√®rement sur ce point ; sois un peu logique : dans une propri√©t√© collective domin√©e par l’Etat bourgeois, qui d√©tient le pouvoir ? Le profit cesse-t-il d’exister ? Et lorsqu’un plan encadre la gestion de cette propri√©t√©, fait-il obstacle au pr√©l√®vement du profit par les propri√©taires du capital ?
- Sur toutes ces questions, l’exp√©rience fran√ßaise est claire : seules les nationalisations op√©r√©es de 1945 √ 1947 ont diminu√© la domination de la bourgeoisie et le pr√©l√®vement du profit, mais ce ne fut pas gr√Ęce √ la domination de l’Etat : ce fut gr√Ęce √ un d√©veloppement de la d√©mocratie, qui a eu lieu dans tout le pays et qui a introduit, souvent au prix de dures luttes, un peu de R√©publique dans les entreprises nationalis√©es : ce progr√®s de la R√©publique et de la d√©mocratie √©tait cons√©cutif √ la victoire de la R√©sistance sur les forces de la collaboration avec l’occupant nazi-fasciste ; c’est l’√©lan lib√©rateur de la R√©sistance populaire qui l’a r√©alis√© contre la puissance qui √©tait encore celle de l’Etat bourgeois apr√®s la d√©faite du p√©tainisme !
- Compar√©es aux nationalisations de la Lib√©ration, les ¬« nationalisations¬ » op√©r√©es apr√®s mai 1981 ne furent pas r√©ellement des nationalisations, mais de simples √©tatisations ; la gestion capitaliste n’a nullement √©t√© limit√©e ni mise en cause dans ces entreprises, et les capitalistes ont continu√© d’y pr√©lever le profit, prenant seulement parfois la pr√©caution de changer la m√©thode du pr√©l√®vement ; quelques temps apr√®s, la privatisation de ces entreprises √©tatis√©es fut singuli√®rement facile, surtout compar√©e √ celle des entreprises nationalis√©es lors de la Lib√©ration.
- Nous voyons aujourd’hui que la gestion capitaliste de cette propri√©t√© √ forme collective domin√©e par l’Etat a conduit aux privatisations, contribuant aux fermetures, aux restructurations, aux red√©ploiements, aux d√©localisations,¬ ..., √ la d√©sertification du pays fran√ßais !
- Non ! Sauf exception, ce ne sont pas les Etats qui disputent aux multinationales les ressources √©nerg√©tiques : ce sont les capitalistes qui se disputent ces ressources, et dans cette dispute de vautours, chacun emploie tous les moyens √ sa disposition, les siens propres et ceux des Etats qu’il domine !
- Les exceptions, ce sont Cuba, gr√Ęce √ la R√©volution socialiste, le V√©n√©zu√©la, gr√Ęce √ l’intervention bolivarienne des masses, lesquelles portent, aujourd’hui explicitement, une revendication de socialisme, et il semble bien que la Bolivie, anim√©e par un mouvement analogue de ses masses populaires, suive de pr√®s. Pour ce qui est de la Chine, je ne peux vraiment pas dire aujourd’hui si elle fait partie des exceptions.
- Quant aux multinationales, la concurrence et les dominations intra-capitalistes les remod√®lent au fur et √ mesure du d√©veloppement de la mondialisation, qui n’est rien d’autre que leur domination sur le monde : les pr√©senter comme une r√©f√©rence durablement stable de l’√©conomie mondiale est une faute. Ce qui est stable, aujourd’hui, c’est la domination qu’exercent leurs propri√©taires sur le monde et notamment sur les Etats qu’elles dominent : mais la physionomie des multinationales, les formes de leur domination sur les Etats et leurs puissances relatives √©voluent sans cesse !
- En somme, je pense que les propositions que tu fais sont tr√®s en-dessous de ce dont les communistes ont besoin.
- Pour conclure, je veux dire que les id√©es que j’ai expos√©es ci-dessus sont mes id√©es, et ne sont pas une ligne politique d√©lib√©r√©e et arr√™t√©e. Je les ai d√©j√ expos√©es, sous d’autres formes et √ diverses occasions, dans le P√īle de Renaissance communiste en France, dont je suis membre. Je t’en fais part comme j’en fais part √ d’autres communistes, parce que le PRCF n’est pas la chambre close √ laquelle ses membres devraient r√©server leurs discussions.
- Mes id√©es sont donc en discussion avec celles des autres membres du PRCF, mais en m√™me temps, nous entendons participer de plein droit et avec toute notre voix aux discussions des communistes, afin de contribuer √ rendre √ notre peuple le v√©ritable parti communiste qui lui manque aujourd’hui cruellement.
- Dans cet esprit, j’attire ton attention sur l’initiative prise par la Conf√©d√©ration d’Action communiste (CAC), form√©e √ l’appel de notre camarade Georges Hage et √ laquelle adh√®re le PRCF, de proposer √ tous les communistes d’accomplir une d√©marche commune pour mettre devant leurs responsabilit√©s toutes les organisations qui ont appel√© √ voter NON le 29 mai 2007, en leur proposant d’organiser une grande manifestation nationale afin que s’exprime l’aspiration des travailleurs √ une lutte de masse coh√©rente contre l’ensemble de la politique de Sarkozy, du MEDEF et de l’Union europ√©enne.
- Je soutiens cette initiative et je t’appelle, ainsi que tous les lecteurs de ce texte, √ contribuer √ son succ√®s.

Quatri√®me lettre : pour relancer la discussion des communistes

- 8 juin 2008, √ un communiste qui croit encore devoir suivre la direction du PCF
- Depuis maintenant un demi-si√®cle, je participe consciemment au communisme dans notre pays. C’est dans le parti communiste fran√ßais que je t’ai rencontr√©, et nous avons v√©cu ensemble bien des moments de son histoire.
- Mais voil√ : depuis trop longtemps, la discussion entre nous pi√©tine.
- Le contenu de l’Assembl√©e g√©n√©rale tenue par le PCF en d√©cembre 2007, les √©lections du printemps 2008 et la perspective du congr√®s de d√©cembre 2008 me conduisent √ m’adresser √ toi encore une fois. Il s’agit pour moi de tenter, encore une fois, de sortir notre discussion du pi√©tinement. Je le fais en mon nom personnel et √ mon initiative ; sache pourtant je ne suis pas le seul communiste de mon avis.
- Le fait est que nous sommes quelques communistes √ ne pas supporter que la direction du PCF impose √ ce parti une politique r√©formiste tout en lui maintenant le nom de communiste.
- Quelques communistes, oui, mais les √©lections municipales de ce printemps ont montr√©, dans le Pas de Calais, que notre groupe de militants n’est plus n√©gligeable : j’y vois un signe de ce que les r√©sultats d√©sastreux qui sont ceux du PCF depuis des ann√©es ont quelque lien avec le pi√©tinement de notre discussion.
- Ce n’est pas la premi√®re fois que je tente d’en sortir : le fait est que tu as rejet√© toutes mes autres tentatives, presque toujours en me reprochant d’attaquer la direction du PCF comme si le patronat capitaliste n’√©tait plus mon ennemi.
- Je m’interroge sur cet emploi du mot attaquer. J’ai toujours regrett√© que tu ne me dises jamais en quoi consistait ce que tu appelais des ¬« attaques¬ » : cela n’a jamais rien eu d’√©vident, car les propos que tu d√©signais de ce mot n’√©taient rien d’autre que des informations et des raisonnements par lesquels je d√©montrais que le r√©formisme avait pris une place de plus en plus grande, jusqu’√ devenir le caract√®re dominant, puis exclusif de la politique du PCF ; aujourd’hui, ces informations et ces raisonnements d√©montrent, selon moi, que la direction du PCF elle-m√™me est r√©formiste.
- Dans le parti communiste, j’ai appris √ √©couter les informations, les raisonnements, les arguments, et j’ai appris √ discuter en confrontant les arguments ; je te rappelle que de cette mani√®re, nos discussions nous permettaient autrefois de poser ensemble les bonnes questions, d’approcher de la v√©rit√©, et parfois, ce n’√©tait pas vraiment rare, de la faire √©clater.
- Et puis une p√©riode est venue o√Ļ je mettais en cause les mauvais aspects, les aspects r√©formistes qui encombraient d√©j√ la politique du parti : je le faisais en continuant les discussions que nous avions eues auparavant, dans le m√™me esprit ; mais toi, tu qualifiais d’¬« attaques¬ » les propos que je tenais : de cette mani√®re, tu te d√©barrassais des faits et des arguments que je te pr√©sentais : en fait, tu t’interdisais d’en prendre connaissance. Etait-ce pour t’√©pargner l’effort d’y r√©pondre ? Je connais bien mes arguments, mes raisonnements et les faits sur lesquels je les fonde : tu m’as donn√© √ penser que tu redoutais d’apprendre ce que l’effort de discuter t’aurait appris. Je n’ai jamais compris ton refus de discuter, et je ne le comprends toujours pas !...
- ¬« Attaquer¬ », ce terme militaire d√©signe une mani√®re d’engager un combat : nous savons que la guerre est un moment de la vie des soci√©t√©s au cours duquel la force prime toute esp√®ce de droit : faire la guerre, c’est, pour l’agresseur, renier le droit en cessant d’√©couter les arguments de l’autre, et pour le d√©fenseur, constater que le droit ne vaut plus, les deux concluant √ la confrontation violente de leurs forces.
- En m’accusant, en nous accusant d’attaquer la direction du PCF, tu rejettes sur nous la responsabilit√© d’avoir arr√™t√© la discussion : il m’en reste l’√©vidence de l’injustice de ce jugement que vous portez sur nous, toi et les autres communistes qui suivez la direction du PCF.
- Il m’en reste aussi quelques questions auxquelles tu n’as jamais r√©pondu, auxquelles tu ne me r√©pondras peut-√™tre pas avant longtemps, mais auxquelles tu ne pourras pas √©viter de r√©pondre en conscience :

  • Crois-tu vraiment qu’il n’y a rien de vrai dans notre d√©monstration que la direction du PCF est r√©formiste ?
  • Crois-tu vraiment qu’un parti communiste puisse √™tre r√©formiste ?
  • Crois-tu vraiment qu’un parti r√©formiste puisse contribuer √ abolir l’exploitation capitaliste des travailleurs ?
  • Crois-tu vraiment qu’un parti communiste qui borne sa politique de telle mani√®re qu’elle s’inscrit dans le r√©formisme, en √©vitant toujours de mettre en cause la propri√©t√© priv√©e du capital et l’appropriation privative du profit, crois-tu vraiment que ce parti puisse rester communiste ?

- Ce sont les √©volutions que conna√ģt le PCF depuis trois ou quatre d√©cennies qui posent ces questions ; pour jalonner ces √©volutions, je mentionnerai les √©v√®nements suivants :

  • quelques mois apr√®s le mouvement populaire de mai et juin 1968, la direction du PCF se ralliait aux ¬« revendications qualitatives¬ », ce qui affaiblit consid√©rablement la revendication de meilleurs salaires, jusqu’alors premi√®re revendication du syndicalisme r√©volutionnaire (la CGT) en France ;
  • d√®s le lendemain de l’√©lection pr√©sidentielle de 1981, elle renon√ßait √ la revendication d’exproprier les capitalistes, acceptant que les socialistes, qui dominaient largement le gouvernement, r√©duisent les nationalisations promises √ de simples √©tatisations ;
  • depuis plus longtemps encore, elle a d√©sert√© la lutte quotidienne pour la la√Įcit√© et la d√©mocratie en France ;
    dans la ligne de cette d√©sertion, elle oublie de rappeler √ propos du Tibet que la th√©ocratie est incompatible avec l’exercice des Droits de l’Homme et du Citoyen ;
  • √ propos de Cuba et des mouvements progressistes qui animent plusieurs peuples de diff√©rentes parties du monde, elle renonce √ produire une politique communiste, et se satisfait de suivre le consensus r√©actionnaire de la bourgeoisie ¬« de centre-gauche¬ » ;
  • elle a rompu toutes les relations qu’entretenait autrefois le parti communiste fran√ßais avec les autres partis communistes, renon√ßant ainsi √ l’internationalisme et isolant le PCF des luttes progressistes mondiales.

- Chacun de ces √©v√®nements est un pas fait par le PCF dans le r√©formisme. Que lui reste-t-il aujourd’hui de r√©volutionnaire ? Rien d’essentiel en tous cas !
- C’est cette histoire qui m’apporte la preuve qu’aujourd’hui, la direction du PCF est r√©formiste.
- C’est pour son r√©formisme que je la condamne. Est-ce que cette condamnation de la direction condamne chacun de ses membres ? Non : je reconnais l’existence possible, d’ailleurs fr√©quente, de diff√©rences, en g√©n√©ral variables, entre les positions individuelles des membres d’un collectif dirigeant et les d√©cisions que prend ce collectif pour remplir sa mission de direction.
- Mais peut-on imaginer qu’un r√©volutionnaire reste longtemps membre de la direction du parti si cette direction oriente le parti dans le r√©formisme et l’y maintient ? La part de l’individu dans une direction collective est grande, mais ne va pas jusque l√ !
- Tu fais une diff√©rence entre Marie-George Buffet et les autres membres de la direction actuelle du PCF, et cette diff√©rence te fait esp√©rer que les communistes qui sont actuellement ¬« dans la nature¬ » vont bient√īt reprendre leur carte du PCF : il est vrai que depuis plusieurs mois, Marie-George Buffet s’attache √ composer ses discours avec davantage de mots et d’id√©es qui nous semblent propres au communisme.
- Mais elle n’a pas annonc√© la moindre volont√© d’engager la lutte contre le r√©formisme ; mais encore, elle ne fait rien pour renouer avec l’internationalisme communiste, elle reste fid√®le au parti de la Gauche europ√©enne, qui est statutairement un parti r√©formiste droitier, et elle reste fid√®le √ l’Union europ√©enne, qui est une construction capitaliste et ne peut √™tre autre chose ; que peut signifier qu’elle a accept√© de suivre Sarkozy au Liban ? Ce chef de l’Etat bourgeois est imbu d’un racisme d’Ancien R√©gime, c’est le plus raciste que nous ayons eu depuis Philippe P√©tain ! Comment croire que ce voyage de Marie-George Buffet dans les bagages du chef de l’√©tat bourgeois pourrait avoir la plus petite chance de contribuer au progr√®s d’une solution aux probl√®mes du Liban qui serait juste et √©quitable, d√©mocratique et coh√©rente avec la d√©marche des Droits de l’Homme et du Citoyen ?... Non : quand Marie-George Buffet suit Sarkozy, c’est Sarkozy qui utilise la principale dirigeante du PCF au service de la politique r√©actionnaire par laquelle il prolonge le colonialisme et le n√©o-colonialisme en un axe principal de la mondialisation.
- En v√©rit√©, Marie-George Buffet ne pourra pas participer √ la future organisation communiste si elle ne fait pas sur elle-m√™me un tr√®s gros travail pour rompre avec tout ce que le r√©formisme a fait d’elle, et pour replacer dans l’essence de sa politique les deux revendications principales du mouvement ouvrier communiste : la revendication de salaires qui permettent aux salari√©s de vivre dignement, et celle d’exproprier les domaines terriens, les mines, les usines, les maisons de commerce et les banques appartenant √ la bourgeoisie capitaliste, et de les soumettre √ un r√©gime social (ou national, c’est la m√™me chose) de propri√©t√© tel que chaque travailleur aujourd’hui prol√©taire participera concr√®tement √ l’exercice de la propri√©t√© sur ces biens : je ne sais pas si Marie-George Buffet le veut, et je doute qu’elle en soit capable ; mais si elle le fait, j’aurai plaisir √ le constater !...
- Voil√ les arguments principaux et essentiels que j’oppose √ la direction du PCF. Je m’√©tonne qu’ils puissent te donner l’impression, comme tu me l’as dit, que j’ai chang√© d’ennemi, que pour combattre le r√©formisme dans le PCF, je ne combats plus le patronat capitaliste.
- Je dois te rappeler un proverbe qui d√©crit tr√®s bien la logique √©l√©mentaire de l’amiti√© et de l’inimiti√© : il tient en quatre propositions : les amis de nos amis sont nos amis ; les amis de nos ennemis sont nos ennemis ; les ennemis de nos amis sont nos ennemis ; les ennemis de nos ennemis sont nos amis !
- Comment pourrions-nous combattre le patronat capitaliste si nous ne combattons pas en m√™me temps ceux qui le servent ? Car la politique r√©formiste du PCF fait bien plus que de retirer le parti de la lutte contre le capitalisme : la politique r√©formiste consiste √ am√©nager le capitalisme : l’am√©nager, cela lui permet de fonctionner encore ou de fonctionner un peu mieux, c’est-√ -dire de pr√©lever encore un peu plus de profit ; mais les travailleurs, ont-ils int√©r√™t √ de tels am√©nagements, qui les √©puisent en les appauvrissant encore, et qui obscurcissent la perspective de la r√©volution ? Non, n’est-ce pas ? La direction du PCF, devenant r√©formiste, s’est faite la servante de la bourgeoisie capitaliste, et √ plusieurs occasions, nous l’avons vue entraver le d√©veloppement des luttes revendicatives les plus √©videmment l√©gitimes : peut-on combattre le syst√®me capitaliste sans combattre cette servante avec les autres valets et avec les ma√ģtres ?
- Oui c’est vrai, d’autres communistes et moi-m√™me, nous combattons le r√©formisme au sein du PCF, et pour cela, nous combattons la direction, devenue r√©formiste, du PCF : c’est une partie n√©cessaire de la lutte r√©volutionnaire pour abolir le capitalisme. Je te rappelle que lorsqu’elle a vir√© r√©formiste, la direction du PCF nous a impos√© de cesser de revendiquer l’abolition du capitalisme : elle venait de d√©couvrir qu’il suffit au r√©formisme de se proposer de le d√©passer...
- Non, ni moi, ni les autres camarades qui nous effor√ßons de rendre √ notre peuple un v√©ritable parti communiste n’avons cess√© de combattre le syst√®me capitaliste d’exploitation de l’√™tre humain par les plus riches !
- Je me pose une question, et c’est elle qui me fait t’√©crire cette lettre : qu’est-ce qui nous s√©pare encore, qu’est-ce qui fait encore obstacle √ notre discussion ?
- En r√©pondant l’autre jour au rappel que je faisais de la n√©cessit√© de la r√©volution, tu m’as dit que le monde avait chang√©, qu’il fallait en tenir compte, et tu me l’as dit comme si mes arguments ne tenaient pas compte des changements du monde !
- Mais crois-tu que les changements du monde aient rendu ou soient en train de rendre la r√©volution sans objet ? Il faudrait pour cela que le capitalisme change de telle mani√®re que d√©sormais, il assure une alimentation suffisante, saine et √©quilibr√©e, un habitat salubre et des habits bien con√ßus, bien coup√©s et protecteurs √ chacun des habitants de notre plan√®te, et qu’il cesse de limiter, d’encadrer et d’orienter leur acc√®s √ la culture : mais pour cela, il faudrait qu’il diminue la part de la plus-value du travail dont il fait son profit !
- O√Ļ as-tu observ√© de telles √©volutions du syst√®me √©conomico-politique qu’est le capitalisme ? Il n’y en a pas ! Ce qui change depuis toujours dans le capitalisme, c’est qu’il approfondit l’exploitation de l’√™tre humain par les plus riches membres des classes bourgeoises, qu’il la perfectionne et qu’il l’√©tend jusqu’√ la mondialiser aujourd’hui. Nous en voyons tous les jours les preuves concr√®tes et mat√©rielles dans la mis√®re √ chaque heure plus profonde et plus √©tendue, et dans le refus populaire de la mis√®re qui se radicalise en maints endroits pour devenir une lutte politique que les membres des classes pauvres engagent tant bien que mal contre l’empire capitaliste.
- Est-ce parce que nous maintenons notre parti pris pour ces luttes populaires contre l’exploitation capitaliste que tu crois voir en nous des soldats ob√©√Įssants et obstin√©s, camp√©s droits dans leurs bottes et si bien tenus par le garde-√ -vous qu’ils ne bougent m√™me pas le petit doigt ? Et bien je te le dis, nous r√©futons cette caricature absurde.
- Nous la r√©futons d’abord parce que les exploit√©s, o√Ļ qu’ils soient dans le monde, n’ont rien √ faire de tels soldats !
- Nous la r√©futons ensuite parce que cette caricature a √©t√© dessin√©e par la bourgeoisie et diffus√©e dans la presse √ ses ordres, et que si tu me l’opposes aujourd’hui, c’est parce que les r√©formistes l’ont reprise et en ont fait un argument au service de leur prise de pouvoir sur le PCF.
- Nous la r√©futons encore parce que chaque jour, chaque heure de notre histoire militante d√©ment qu’elle puisse nous √™tre appliqu√©e : la v√©rit√© est que nous, les communistes combattus par les r√©formistes, n’avons jamais cess√© d’analyser le monde et ses changements pour en √©laborer une repr√©sentation mat√©riellement fiable, et que c’est dans cette repr√©sentation mat√©riellement fiable que nous fondons notre politique.
- En r√©sum√©, nous r√©futons cette caricature parce que la vie la d√©ment depuis toujours !
- Pourquoi donc toi et les autres communistes qui suivez la direction r√©formiste du PCF persistez-vous √ croire √ ces mensonges de la vieille bourgeoisie ? A croire √ ce vieux bobard r√©actionnaire lanc√© comme un coup bas contre les communistes impliqu√©s dans la lutte des classes ?
- Pendant toute la dur√©e du processus qui a pr√©par√© et r√©alis√© la mutation social-d√©mocrate du PCF, les communistes respectaient tous les camarades r√©guli√®rement √©lus aux fonctions de responsabilit√©s, aux bureaux et aux secr√©tariats des sections et des f√©d√©rations du parti, m√™me les r√©formistes ; mais parmi ceux-ci, il s’en est trouv√© pour relancer ce vieux bobard r√©actionnaire : les communistes le recevaient comme un coup bas qui s’ajoutait aux coups souvent mat√©riels que nous portaient le patronat capitaliste et les hautes directions administratives de l’Etat bourgeois !
- Les r√©formistes qui portaient ce coup bas ont fait carri√®re : aujourd’hui, ils dirigent le PCF. Quant aux communistes, de recevoir de leurs dirigeants √©lus de tels coups bas les a conduits √ se mettre en marge du parti ou √ l’√©cart de ses directions.
- Mais ils voyaient alors le PCF abandonner la lutte sur les trois plans de la lutte des classes : celui de l’√©conomie, celui de la politique et celui de la culture ; beaucoup de ces communistes mis √ l’√©cart ont tenu √ poursuivre cette lutte : ils se sont efforc√©s de relancer un mouvement d’organisation et de continuer la th√©orie.
- Le mouvement, cela consiste √ continuer l’Ň“uvre r√©volutionnaire comme le font les communistes. L’immobilisme, c’est de se retirer de la lutte et de rallier le r√©formisme.
- La v√©rit√©, c’est que le bobard que nous adressent les r√©formistes du PCF (apr√®s l’avoir repris de la bourgeoisie exploiteuse) est un coup port√© personnellement aux communistes, en m√™me temps qu’une insulte qui leur est adress√©e : ce n’est rien d’autre qu’une arme dont se servent les carri√©ristes pour d√©fendre leur pla√ßou !
- Dans ces conditions, que vaut ton attente que les communistes r√©adh√®rent au PCF ?
- Je t’ai bien entendu : les √©volutions r√©centes du discours de Marie-George Buffet te donnent le sentiment que ¬« tout va mieux¬ » ; mais comment peux-tu croire, en plus, que ces √©volutions sont de nature √ entra√ģner les communistes qui sont aujourd’hui ¬« dans la nature¬ », pour qu’ils r√©adh√®rent au PCF ?
- Crois-tu donc que les seules diff√©rences entre un parti r√©formiste et un parti communiste soient dans le discours ? Et crois-tu que les communistes qui sont aujourd’hui ¬« dans la nature¬ » ou qui ont form√© des √©bauches d’organisation communistes n’aient rien √ vous dire, √ toi et aux autres communistes qui suivez la direction r√©formiste du PCF, au moment de faire le premier pas d’un rapprochement ?
- En v√©rit√©, beaucoup d’entre nous souhaitons reprendre contact avec vous : mais je sais aussi que ce contact ne pourra entrer dans la r√©alit√© que si vous acceptez d’entendre ce que nous avons √ vous dire, et pour ma part, je n’accepterai pas de passer l’√©ponge sur le r√©formisme de la direction du PCF, ni sur la pr√©sence d’une tendance r√©formiste dans le parti communiste.
- L’unit√© des communistes est possible d√®s aujourd’hui, et la forme que prendra le processus d’unification communiste n’est d√©termin√©e nulle part ; ce qui est d√©termin√©, c’est une condition n√©cessaire et indiscutable : que tous les communistes rompent avec le r√©formisme, et j’insiste, avec toute esp√®ce de r√©formisme !
- J’ai gard√©, pour te les poser √ la fin de cette lettre les deux questions dont les porte-plumes et les porte-voix de l’id√©ologie bourgeoise font l’usage le plus constant et depuis le plus long temps : toi, et les autres communistes qui suivez la direction r√©formiste du PCF, croyez-vous vraiment que les √©v√®nements qui se sont succ√©d√©s dans l’ancien empire des Tsars, le d√©truisant, cr√©ant la Russie des Soviets, puis l’Union des R√©publiques socialistes sovi√©tiques (URSS), marquant son histoire et conduisant √ sa dissolution, croyez-vous vraiment que ces √©v√®nements puissent porter condamnation des actes dont la d√©cision fut prise √ Tours en d√©cembre 1920 par le congr√®s du parti socialiste Section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re, et condamnation de l’ex√©cution de cette d√©cision par les militants ouvriers fran√ßais ?
- La d√©cision prise √ Tours par le congr√®s du Parti socialiste Section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re tenu √ la fin de d√©cembre 1920 fut d’adh√©rer √ l’Internationale communiste, de donner au parti le nom de Parti communiste fran√ßais Section fran√ßaise de l’Internationale communiste, et de lui assigner pour objet de porter au plan politique la revendication des prol√©taires de ne plus subir l’exploitation, d’exproprier les bourgeois qui d√©tiennent les plus gros capitaux de la terre, de l’industrie, du commerce et de la finance, et de soumettre ces capitaux √ la propri√©t√© nationale afin que tous les travailleurs de ce pays en deviennent propri√©taires de plein droit.
- Personne ne m’a encore donn√© une raison de croire que des √©v√®nements qui se sont produits apr√®s 1920 et √ l’autre bout de l’Europe portent condamnation de cette d√©cision : je consid√®re comme n√©cessaire, indispensable, de rassembler cette d√©cision et ses raisons, et de les confronter aux arguments avanc√©s par ceux qui prononcent la condamnation ; au regard de la science historique, ne pas le faire est v√©ritablement une faute m√©thodique.
- Pour quelles raisons le parti ouvrier a-t-il adh√©r√© √ l’Internationale communiste ? J’en citerai trois, dont les deux premi√®res sont essentielles, et dont la troisi√®me est circonstancielle.
- La premi√®re raison, c’est la tradition des luttes sociales, des luttes revendicatives ouvri√®res et paysannes, qui, dans les villes et les campagnes de France, opposaient √ la bourgeoisie fran√ßaise les travailleurs conscients de leurs int√©r√™ts. Plus d’un si√®cle durant, ces luttes avaient raviv√© et renouvel√© les traditions populaires d’Ancien R√©gime des luttes contre la mis√®re et pour la libert√©, et celles des luttes r√©volutionnaires des Sans-Culottes pour la R√©publique, de 1789 √ 1794.
- Pendant le dix-neuvi√®me si√®cle, les luttes populaires associaient la revendication √©conomique √ la revendication politique ; la revendication √©conomique est premi√®re chez les prol√©taires, ceux qui ne poss√®dent que leurs bras, que leurs corps ; quant √ la revendication politique, ce fut d’abord, et pendant longtemps, le souvenir de l’espoir con√ßu par les membres du peuple lorsqu’ils discut√®rent la constitution de l’an un de la R√©publique et qu’ils l’approuv√®rent, et de la r√©pression que la bourgeoisie appliqua √ cet espoir, mettant aux oubliettes cette constitution, avant m√™me la fin de la consultation populaire, au bagne ceux qui propageaient cet espoir, et imposant √ la France neuf d√©cennies d’empires et de royaumes, avant d’accepter une r√©publique de pure forme (la ¬« troisi√®me R√©publique¬ »).
- Ce furent quatre-vingt-dix ans de luttes par lesquelles la classe ouvri√®re a pris conscience de la valeur politique de la revendication salariale ; elle l’a fait d’abord en prenant en mains, en formulant et en d√©veloppant la revendication communiste, celle √©nonc√©e en 1848 par Marx et Engels dans le ¬« Manifeste du Parti communiste¬ », de mettre fin √ la propri√©t√© capitaliste en expropriant la grande bourgeoisie et en soumettant domaines terriens, mines, usines, maisons de commerce et banques √ un mode collectif, social, de propri√©t√©, gr√Ęce auquel les salari√©s seraient enfin propri√©taires des entreprises. Ceux qui, dans le peuple de France, maintenaient la tradition des Sans-Culottes reconnaissaient facilement dans cette revendication une g√©n√©ralisation n√©cessaire de la revendication de nationalisation de la propri√©t√© terrienne formul√©e pendant la R√©volution fran√ßaise par Gracchus Babeuf.
- Ce fut ensuite, √ la fin du dix-neuvi√®me si√®cle, de comprendre la n√©cessit√© de cr√©er un parti politique de la classe ouvri√®re, gr√Ęce auquel la revendication communiste pourrait prendre toute son ampleur et embrasser non seulement le plan √©conomique, mais le plan politique avec lui : le Parti ouvrier fran√ßais, puis une s√©rie de petites formations politiques, enfin le parti socialiste Section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re furent les premiers r√©sultats des efforts n√©s de cette n√©cessit√©.
- La deuxi√®me raison pour que le parti ouvrier adh√®re √ l’Internationale communiste est, elle aussi, essentielle : fond√©e dans ces traditions des luttes sociales, la critique ouvri√®re, prol√©tarienne, des guerres s’est appliqu√©e √ la monstrueuse marche √ la monstrueuse guerre imp√©rialiste et √ la monstrueuse guerre imp√©rialiste elle-m√™me, qui a √©clat√© √ l’√©t√© de 1914.
- Les ouvriers et les autres membres du peuple mobilis√©s et envoy√©s dans les tranch√©es ont continu√© cette critique ; le peuple de France, et parmi ses membres les militants ouvriers, l’ont int√©gr√©e √ la confirmation cruelle apport√©e par l’exp√©rience de la guerre imp√©rialiste, et ont confront√© tout cela √ la trahison des int√©r√™ts populaires et ouvriers commise par l’Internationale ouvri√®re en 1914, lorsque ses principaux dirigeants ont ralli√© les politiques imp√©rialistes des bourgeoisies qui dominaient leurs pays : c’est l√ la deuxi√®me raison de d√©cider que le parti socialiste section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re quitte l’Internationale ouvri√®re et adh√®re √ l’Internationale communiste.
- La troisi√®me raison est circonstantielle : c’est que l’appel √ former l’Internationale communiste avait √©t√© lanc√© par le parti ouvrier qui venait de renverser le gouvernement de l’empire tsariste, connu pour tenir une soci√©t√© dans des cadres √ peine sortis du Moyen Age, et dont, quatre d√©cennies plus t√īt, le peuple n’√©tait sorti du servage que par une aggravation de sa mis√®re. Que les Bolch√©viks aient pu tirer le b√©n√©fice de l’affaiblissement de l’empire directement provoqu√© par la guerre contre les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) et prendre le pouvoir dans les deux capitales du Tsar (P√©trograd et Moscou), et qu’ils soient les auteurs de l’appel √ former l’Internationale communiste √©tait pour les militants ouvriers de France comme de nombreux autres pays d’Europe, une circonstance heureuse et stimulante.
- Quelles raisons peut-on trouver dans les √©v√®nements qui se sont produits depuis 1917 dans l’ancien empire des Tsars, qui r√©duirait √ n√©ant les raisons que je viens d’√©voquer, ce qui permettrait de condamner la d√©cision du congr√®s de Tours ?
- Le seul argument que les r√©formistes qui dirigent le PCF aient jamais √©nonc√© devant moi est : ¬« Tout cela a √©chou√© en URSS !¬ » Ils n’ont jamais fait le moindre effort pour √©clairer la r√©alit√© dont ils parlaient ainsi, ni pour d√©finir en termes intelligibles ce qui a √©chou√© en URSS : donner √ cette seule affirmation le statut d’un argument d√©finitif n’est pas vraiment un signe d’intelligence de leur part. Il est vrai que leur objectif √©tait de prendre le pouvoir, pas de d√©couvrir la v√©rit√© historique !...
- Je suis s√©v√®re : mais cela fait un bon quart de si√®cle qu’avec d’autres communistes, nous les talonnons pour √©changer enfin avec eux, dans le parti, publiquement, nos arguments : ils s’y sont toujours refus√©s et s’y refusent encore ; le seul argument dont ils nous aient gratifi√©s, c’est, √ ma connaissance, celui-l√ !
- ¬« Tout cela¬ »... quoi, cela ? L’Ň“uvre de Jaur√®s, la CGT, la Commune de Paris ? Quoi, cela ? Faut-il continuer √ admettre contre toute vraisemblance historique qu’√ partir du 7 novembre 1917, L√©nine ait toujours obtenu du Conseil des Commissaires du peuple (ainsi se nommaient les premiers gouvernements sovi√©tiques) les d√©cisions exactes qu’il aurait √©labor√©es par avance dans l’intimit√© de sa th√©orie personnelle ?...
- ¬« A √©chou√© en URSS¬ »... Mais grands dieux : qu’est-ce que Jaur√®s a fait en URSS, et qui aurait √©chou√© ? La CGT aurait eu des ramifications actives en URSS ? Et la Commune de Paris, quel d√©cret a-t-elle pu √©dicter qui aurait √©t√© mis en vigueur √ la lettre en URSS, et qui aurait √©chou√© l√ -bas ? Et l’Ň“uvre des bolch√©viks est-elle seule cause des drames et des √©checs de l’histoire de l’URSS ? Et la lutte des classes qui faisait la politique de l’ancien empire des tsars, et qui, √ l’√©vidence, s√©vit actuellement sur ce territoire, avait-t-elle cess√© le 7 novembre 1917 ?
- Mais grands dieux : lib√©r√©s de l’empire des Tsars et conduisant d’abord leurs affaires au moyen d’un r√©seau de conseils populaires o√Ļ pr√©dominaient les travailleurs de l’industrie et de l’agriculture, les peuples sovi√©tiques ont massivement appris √ lire et √ √©crire, se sont dot√©s d’un syst√®me de sant√© publique qui fut l’un des meilleurs du monde et qui b√©n√©ficiait √ chacun, ont fait de leurs pays une puissance industrielle de premier plan : est-ce un √©chec du communisme ?
- Mais grands dieux : l’Arm√©e rouge des Ouvriers et des Paysans a r√©ussi √ rejeter les arm√©es des racismes europ√©ens, les arm√©es nazies et fascistes, des abords de L√©ningrad, de Moscou, de Stalingrad, des vall√©es du Caucase ; est-ce un √©chec du communisme ? L’Arm√©e sovi√©tique, qui l’a remplac√©e en f√©vrier 1943, a repouss√© les arm√©es de l’empire raciste jusqu’√ Berlin o√Ļ elle a √©cras√© les derni√®res l√©gions de SS et d√©truit les derniers pans de l’empire raciste : est-ce un √©chec du communisme ?
- Et le voyage de Youri Gagarine autour de la Terre, est-ce un √©chec du communisme ?
- Encore une question : toi et les autres communistes qui suivez encore les r√©formistes qui dirigent le PCF, estimez-vous que certains des crimes qui se sont produits en URSS puissent √™tre imput√©s au communisme ? Les r√©formistes n’ont pas pos√© cette question dans le parti : je te la pose ici parce qu’en lan√ßant le mot d’ordre : ¬« franchement communistes¬ », nous avons propos√© aux communistes de combattre imm√©diatement la criminalisation du communisme, c’est-√ -dire la propagande par laquelle la bourgeoisie s’efforce de faire passer le communisme lui-m√™me pour un crime.
- Plusieurs ann√©es ont pass√© depuis, et nous pouvons constater que la lutte contre la criminalisation du communisme nous s√©pare radicalement d’avec les r√©formistes : c’est pure tactique s’ils n’en parlent jamais ; mais lorsque cette question se pose devant eux, ils se d√©tournent ; ils sont pr√™ts √ qualifier le communisme de crime et d’ailleurs, Robert Hue et d’autres ont publiquement qualifi√© l’URSS de monstruosit√©. Sans jamais faire le moindre geste qui aurait incit√© les historiens √ √©tudier de pr√®s leurs documents et ceux que les √©v√®nements de la fin du vingti√®me si√®cle rendaient accessibles. Que font aujourd’hui les r√©formistes contre les men√©es racistes, fascistes, nazies qui montent en Europe, dans le monde et en France m√™me ?
- Oui, tout nous appelle √ faire preuve d’une grande s√©v√©rit√© √ l’√©gard des r√©formistes qui dirigent le PCF ; ils ont tout fait pour que ces questions ne soient pas pos√©es : leur soif d’exercer le pouvoir, m√™me de l’exercer partiellement et petitement, leur a fait perdre tout souci de v√©rit√© historique !... Ils n’ont plus rien de communiste : il faut rompre avec eux !...
- Rompre avec le r√©formisme, avec toute esp√®ce de r√©formisme, c’est la condition n√©cessaire : c’est elle qui permettra aux communistes de se retrouver dans l’action revendicative et de rendre au peuple de France le v√©ritable parti communiste qui lui manque aujourd’hui cruellement !

Cinqui√®me lettre : sur les pr√©sidentielles de 2007

- Le 3 juillet 2¬ 007, √ un militant communiste
- Je suis communiste depuis cinquante ans, et les r√©sultats obtenus par la secr√©taire nationale du PCF aux √©lections pr√©sidentielles de ce printemps, ainsi que ceux obtenus par les candidats du PCF aux √©lections l√©gislatives qui ont suivi, ont attir√© mon attention : je ne doute pas qu’ils aient aussi attir√© la tienne.
- Je consid√®re que le r√©sultat obtenu par Marie-George Buffet aux pr√©sidentielles est un v√©ritable d√©sastre, et que la tr√®s sensible diminution que marquent les r√©sultats des candidats du PCF aux l√©gislatives de cette ann√©e sur les pr√©c√©dentes aggrave encore ce d√©sastre. Cela m’a pouss√© √ lire le rapport fait au Conseil national du PCF r√©uni le 22 juin dernier par sa secr√©taire nationale.
- Oh, certes, je n’ai vot√© ni pour la candidate membre du PCF aux pr√©sidentielles, ni pour les candidats de ce parti aux l√©gislatives : depuis longtemps en effet, j’ai √©t√© frapp√© par les nombreux abandons des principes et des pratiques communistes que la direction du parti a op√©r√©s, avec, comme je l’ai constat√©, un remarquable esprit de suite. Lorsque le PCF a refondu son processus financier, le nouveau processus qu’il a adopt√© m’est apparu de nature √ priver les organisations de base du PCF de toute autonomie, en fermant autour d’elles un carcan bien commode pour une direction autoritaire : j’ai identifi√© ce nouveau processus comme anticommuniste, et j’ai cess√© de cotiser au PCF.
- Je n’ai pas cess√© d’√™tre communiste, et dans cette situation nouvelle pour moi, j’ai rencontr√© de nombreux autres communistes : dans toute la France, on peut nous compter par dizaines de milliers !...
- Les √©v√®nements de nos vies de militants qui nous ont conduits hors du PCF sont tr√®s divers et constituent pour chacun de nous une histoire singuli√®re ; j’ai eu l’occasion d’en √©couter plusieurs r√©cits : plusieurs des camarades qui m’ont parl√© ont v√©cu des choses que j’avais moi-m√™me v√©cues au sein de comit√©s de section ou de f√©d√©ration : certains dirigeants, pas toujours les secr√©taires, √©cartaient des discussions mes arguments et les questions que je posais sans les √©couter, sans y r√©pondre et sans permettre aux autres membres du comit√© de r√©agir ; les r√©unions termin√©es, ils agissaient au nom de la section ou de la f√©d√©ration en interpr√©tant les d√©bats du comit√© d’une mani√®re toujours unilat√©rale, ils ne tenaient compte ni de mes arguments, ni des questions que j’avais pos√©es ni des r√©ponses que parfois les membres des comit√©s avaient r√©ussi √ apporter.
- Ce processus, √©videmment contraire √ toute d√©mocratie, nous en avons √©t√© les victimes ; c’est lui qui nous a rapidement rendu impossible la vie dans le PCF ; pour certains d’entre nous, il a pris l’allure d’une exclusion qui ne voulait pas dire son nom, mais pour la plupart, nous refusions d’y voir un processus d’exclusion ; le fait est que bien souvent, les membres de nos cellules auraient majoritairement vot√© contre l’exclusion si elle avait √©t√© demand√©e.
- En v√©rit√©, ce processus n’a pas seulement mis hors du PCF de nombreux communistes : lorsqu’il n’a pas d√©truit leurs cellules, il a certainement h√Ęt√© leur fin.
- Mais c’est en mon nom que je parle.
- Dans le rapport de la secr√©taire nationale, je cherchais comment elle r√©agit au d√©sastre du parti ; voici ce que j’y ai lu :

  • dans la vie politique de notre pays, elle ne voit qu’un affrontement gauche-droite ; le PCF ne serait qu’une nuance de la gauche veillant √ ce que l’affrontement gauche-droite ne se transforme pas en un affrontement d√©mocrates-r√©publicains, et dont l’ambition serait de rassembler toute la gauche sur un projet de changer la vie.
  • Elle attribue son √©chec aux pr√©sidentielles √ trois causes majeures : deux sont externes, une h√©sitation de membres du PS cons√©cutive √ leur choix de la synth√®se, et le refus de la candidature unique par la LCR ; la troisi√®me est interne : le PCF aurait surestim√© sa capacit√© √ transformer la dynamique du NON de 2005 en une adh√©sion populaire √ un projet alternatif.

- De quel projet alternatif s’agit-il ? Nous le connaissons depuis la campagne r√©f√©rendaire de 2005 : c’est celui de rendre ¬« antilib√©rale¬ » ou ¬« sociale¬ » la constitution europ√©enne.
- Dynamique pour dynamique : depuis 2005, le PCF ne se heurte-t-il pas √ une autre dynamique, plus forte que ses analyses, celle des membres de notre peuple qui, accabl√©s par les fermetures d’usines et d’ateliers, par les d√©localisations d’entreprises, trouvent dans leur mis√®re et leur accablement mille raisons de rejeter l’auteur de cette Ň“uvre qui est le gouvernement de l’Europe supranationale, et avec lui, toutes les institutions que ce gouvernement actionne avant m√™me d’avoir une existence officielle ? Mille raisons de rejeter la destruction de nos lois par la construction europ√©enne √ quoi nos d√©put√©s acceptent de passer les quatre cinqui√®me de leur temps de l√©gislateurs ? Mille raisons de rejeter ce que les technocrates et autres valets des grands capitalistes appellent l’Europe ?
- C’est ce que je pense, et je donne tort aux chefs mutants du PCF de militer pour l’Europe alternative ou pour l’Europe sociale : ils ne font qu’actionner un miroir aux alouettes plant√© juste √ port√©e des coups que les ma√ģtres du grand capital ass√®nent aux peuples qu’ils veulent exploiter davantage.
- L’ambition que la secr√©taire nationale assigne au PCF, est-elle √ la hauteur de la lutte anticapitaliste n√©cessaire ? Que veut dire changer la vie, dans cette ambition ?
- Comment d√©crit-elle la situation dans laquelle est notre soci√©t√© ?
- Du point de vue social, elle dit que le mod√®le de l’emploi stable, du bon salaire, de la retraite digne, de l’acc√®s √ la sant√© n’a plus gu√®re de cours aujourd’hui.
- ¬« Le mod√®le¬ » !? En employant ce mot, elle d√©verse une montagne d’inexactitudes et d’approximations sur ses auditeurs et sur ses lecteurs, mais il y a plus grave : elle efface le lien qui unit l’emploi, le salaire, la sant√© aux luttes du pr√©sent et √ celles du pass√© ; elle vide les luttes de l’avenir de toute signification r√©elle.
- Se pla√ßant en id√©ologie, elle exploite cette impasse en d√©non√ßant sans frais le recul de deux id√©es : l’espoir de mieux vivre par l’action collective, et l’id√©e qu’il serait possible de changer le cours de l’√©conomie et du travail.
Sans frais, c’est-√ -dire en oubliant que les id√©es n’avancent ni ne reculent par elles-m√™mes : lorsque ces id√©es avan√ßaient, qui les portait ? Les communistes. Et depuis quand reculent-elles ? Depuis que le PCF ne les porte plus.
- En ce qui me concerne, je d√©nonce ici la responsabilit√© de membres de directions f√©d√©rales et de la direction nationale du PCF qui c√©daient √ la pression id√©ologique de la bourgeoisie au pouvoir et qui, de longue main, pr√©paraient la mutation du parti comme j’en fus le t√©moin malheureux.
- A propos des luttes de notre peuple, la secr√©taire nationale nous dit dans son rapport que depuis trente ans, les luttes de conqu√™te sociale ont disparu, remplac√©es par des luttes de r√©sistance et de d√©fense d’acquis sociaux.
- Mais pourquoi n’analyse-t-elle pas la fa√ßon dont le PCF a modifi√© son discours et ses objectifs au cours de la m√™me p√©riode ? Ici aussi, je d√©nonce la responsabilit√© de ces dirigeants du PCF.
- La secr√©taire nationale √©nonce plusieurs caract√®res de l’√©volution du travail en France : l’√©clatement des lieux de travail, la pr√©carit√©, un d√©veloppement de certaines technologies et l’√©l√©vation de certaines qualifications en notant qu’il en est r√©sult√© des modifications dans les rapports entre salari√©s et dans le rapport du salari√© au travail.
- Mais pourquoi ne dit-elle pas que c’est le patronat fran√ßais, bien relay√© et bien servi par tous les gouvernements fran√ßais, qui a op√©r√© dans l’int√©r√™t des propri√©taires de capitaux ces modifications de la division du travail ? Et pourquoi fait-elle de la pr√©carit√© un sentiment, alors que c’est une nouvelle modalit√© du travail que la bourgeoisie capitaliste a d√©finie et introduite dans la division capitaliste du travail ?
- Lorsqu’elle d√©nonce la progression des violences quotidiennes, individuelles et collectives, pourquoi oublie-t-elle l’exploitation des travailleuses et des travailleurs par les privil√©gi√©s du capital, qui est aujourd’hui la premi√®re des violences, celle qui les engendre toutes ?
- Les r√©sistances √ toute cette mis√®re, le maintien de luttes sociales de haut niveau, les luttes pour l’environnement et pour l’avenir de la plan√®te, le f√©minisme, la revendication de l’√©cole pour tous les enfants, du logement pour chaque personne, et d’autres, pourquoi les mentionne-t-elle sans les analyser, pourquoi les pr√©sente-t-elle, comme elle le fait √ tort, comme surgies du n√©ant ?
- En lisant cette partie de son rapport, je n’ai rien appris sur l’√©tat de notre soci√©t√©, ni sur les luttes qui l’animent : ce sont les carences de son analyse dont j’ai pris connaissance.
- Raisonnant sur ces bases, que peut-elle bien dire aux membres du parti qu’elle dirige ?
- Interpr√©tant les r√©sultats des √©lections comme le ralliement, que la nouvelle division du travail aurait favoris√©, des travailleurs au projet de la droite et du patronat, elle se propose de trouver de nouveaux moteurs d’unit√© des salari√©s.
- Mais elle pose d’abord une question pr√©liminaire : le communisme, faut-il y voir un h√©ritage de notre histoire, ou une vis√©e d’√©mancipation humaine ?
- Cette question est un pi√®ge, car le communisme ne peut √™tre assimil√© ni √ l’un, ni √ l’autre.
- Le communisme, c’est une prise de parti d’agir concr√®tement dans le temps pr√©sent pour obtenir des effets r√©els et d√©cisifs qui favoriseront les progr√®s de la classe ouvri√®re, les progr√®s du peuple travailleur tout entier, en vue de l’expropriation de la bourgeoisie capitaliste : la secr√©taire nationale du PCF se sert de la question ¬« histoire ou vis√©e¬ » pour √©carter la r√©alit√© du communisme.
- L’ayant √©cart√©e, elle choisit la vis√©e, ce qui √©carte l’histoire.
- Ce qui reste, c’est une r√©ponse id√©aliste, une r√©ponse que ne fonde aucun fait du monde r√©el, qu’elle impose aux membres de son parti et gr√Ęce √ laquelle elle encadre toute la discussion qui suit dans sa repr√©sentation id√©aliste. Id√©aliste, c’est-√ -dire contraire au mat√©rialisme, qui est la condition n√©cessaire √ tout crit√®re fiable de v√©rit√©. Par sa r√©ponse pr√©liminaire, elle a donc prot√©g√© le pouvoir qu’elle exerce sur le PCF contre tout d√©menti que pourrait lui opposer la vie r√©elle de ses membres : elle a brandi l’argument d’autorit√© contre les arguments fond√©s en r√©alit√©.
- L’objectif du PCF est √ ses yeux de d√©passer le capitalisme. Mais cet objectif a √©t√© assign√© au PCF assez r√©cemment, par des dirigeants de sections et de f√©d√©rations dont certains devenaient alors des dirigeants nationaux ; ils s’appuyaient fortement sur le tintamarre m√©diatique par lequel la bourgeoisie exploitait l’effondrement du camp socialiste ; ils pr√©paraient la mutation du PCF.
- Que pouvons-nous constater depuis lors ? Simplement qu’en s’effor√ßant de d√©passer le capitalisme, le PCF l’a laiss√© libre de d√©velopper sa malfaisance. L’effort fait par le PCF pour d√©passer le capitalisme a certainement contribu√© √ ce que grandisse l’influence politique des partis ouvertement capitalistes, dits ¬« de droite¬ » et ¬« d’extr√™me-droite¬ », et √ ce que le parti socialiste se tourne beaucoup plus clairement vers le service et l’am√©nagement du syst√®me capitaliste.
- L’objectif historique du communisme, pour lequel le congr√®s du parti socialiste SFIO r√©uni √ Tours en d√©cembre 1920 a vot√© l’adh√©sion √ l’Internationale communiste, est d’abolir le capitalisme.
- Abolir le capitalisme, cela suppose que l’on exproprie les grands capitalistes, en leur confisquant les biens dont ils sont propri√©taires et qui leur conf√®rent le pouvoir exorbitant et ill√©gitime qu’ils exercent ; cela suppose que l’on soumette ces biens √ une propri√©t√© collective, v√©ritablement nationale ! Il s’agit l√ d’actions concr√®tes portant sur la r√©alit√© de l’√©conomie et du travail : le crit√®re mat√©rialiste de la v√©rit√© fonctionne tr√®s bien dans la conduite de ces actions, en permettant au peuple de prendre connaissance de l’√©v√®nement depuis son commencement jusque dans ses cons√©quences ultimes, et gr√Ęce √ cela, il peut agir en sachant ce qu’il fait. Abolir le capitalisme est un objectif communiste.
- D√©passer le capitalisme, c’est se bercer d’illusions et renoncer √ toute r√©volution.

- Marie-George Buffet et ses amis qui assignent au PCF l’objectif illusoire de d√©passer le capitalisme, et qui ont d√©tourn√© ce parti de son objectif fondateur et r√©volutionnaire d’abolir le capitalisme, imposent en fait aux communistes de cesser d’√™tre communistes. Sont-ils eux-m√™mes encore communistes ?
- Cette question les travaille : d√©j√ certains d’entre eux, des plus connus, proposent depuis longtemps de changer le nom du PCF afin que n’y figure plus le mot communiste. C√©dant comme ils le font tr√®s souvent √ la pression de l’id√©ologie bourgeoise, ils voient dans le mot communiste un handicap : le rapport impute √ ce mot ¬« le poids de l’√©chec du socialisme r√©el¬ » ; le ¬« socialisme r√©el¬ », la chute du mur de Berlin sont seulement invoqu√©s, et seulement pour d√©crire ce handicap en huit mots : le pass√©, un engagement sans avenir, une faillite √©conomique, sociale et d√©mocratique ; le rapport peut alors battre la coulpe du PCF qui n’aurait pas r√©ussi √ se d√©gager de cette exp√©rience.
- Comment devrait-il le faire ? La secr√©taire nationale rappelle les efforts d√©j√ faits pour cela : condamner le socialisme, et pour ce qui concerne le PCF, changer son id√©ologie, sa strat√©gie, sa d√©marche, son fonctionnement...
Des communistes auraient commenc√© par soumettre l’√©v√®nement √ l’analyse critique et historique afin d’identifier les forces sociales qui s’affrontaient ; d√®s les lendemains des √©v√®nements, la mati√®re n√©cessaire existait, fournie par les premiers travaux, m√™me encore partiels, d’historiens communistes et par de nombreux t√©moignages √ valeur de documents pour l’histoire que nos journalistes recueillaient : o√Ļ est, dans l’√©num√©ration que contient le rapport, l’examen qui aurait conduit √ cette analyse ? Ce qui se montre l√ , c’est la carence des mutants qui dirigent le PCF en mati√®re d’analyse des √©v√®nements √©conomiques, sociaux et politiques.
- La secr√©taire nationale ne saurait mentionner cet examen parce qu’elle-m√™me et ses amis mutants ont soigneusement tenu ce chantier ferm√© et inaccessible aux militants, et parce qu’ils continuent de le faire.
- D√©voy√© par ces dirigeants qui pr√©paraient la mutation, le PCF a condamn√© sans prendre connaissance de la cause, et jet√© l’enfant avec l’eau du bain.
- Apr√®s cela, c’est vrai, il √©tait logique de changer les id√©es, la strat√©gie, la d√©marche, le fonctionnement, en somme, le parti !
- Et maintenant, il est logique de changer son nom.
- La secr√©taire nationale n’est pas contre, mais elle voit encore une question pr√©liminaire : dans son rapport, elle demande si un tel changement de nom serait le moyen de lever le handicap qu’elle d√©non√ßait un peu avant. Certes, elle r√©pond que ce changement ne r√©soudrait pas le probl√®me d’identifier clairement la ¬« vis√©e communiste¬ », ni celui de la pertinence, de la lisibilit√© de son projet et de la perception qu’en a le peuple. Elle pr√©cise en m√™me temps qu’identifier clairement la ¬« vis√©e communiste¬ » n√©cessite encore que le PCF se s√©pare des exp√©riences du pass√© et prenne ses distances avec les exp√©riences actuelles.
- En somme, elle veut s’assurer qu’elle en a bien fini non seulement avec le socialisme, mais avec sa revendication ; quant au communisme, elle veut fermer les fen√™tres par lesquelles lui parvient la rumeur des peuples en lutte.
Mais pourquoi est-ce donc qu’elle s’inqui√®te ? Changer le nom du PCF n’est pas de nature √ l’emp√™cher de r√©soudre ces deux probl√®mes dans le sens indiqu√© par son rapport.
- Pour ce qui est de notre soci√©t√©, la secr√©taire nationale souhaite que le PCF n’apparaisse pas comme accompagnant le mouvement qui la tire vers le bas, mais se montre plut√īt comme recherchant comment chacun peut trouver sa place et r√©ussir en soci√©t√©.
- Mais pour se montrer ainsi, il faut que le PCF adopte une posture qui n’a de sens que dans une soci√©t√© dont ni les structures, ni la dynamique ne changent ni ne changeront : que peut √™tre une telle posture si ce n’est celle de l’accompagnement¬ ? En v√©rit√©, la secr√©taire nationale voudrait que le PCF accompagne sans en avoir l’air une soci√©t√© qui √©crase le peuple.
- Sur les questions de s√©curit√© et d’immigration, elle aurait voulu que le PCF chemine √ partir du v√©cu et de l’opinion des femmes et des hommes qui l’entourent ; l’obstacle, c’est √©videmment l’impuissance o√Ļ est tomb√© le PCF par suite de ce qu’il a d√©truit les cellules, qui √©taient la base active de son organisation.
- Comment peut-elle alors croire possible de remettre le PCF en capacit√© d’intervenir partout et en permanence ? Il faudrait pour cela refaire les cellules communistes et les remettre en fonction, ce qui est impossible sans le centralisme d√©mocratique.
- D’o√Ļ lui vient sa pr√©tention de faire vivre la souverainet√© des communistes en tirant le b√©n√©fice de l’abandon du centralisme d√©mocratique ? Car le centralisme d√©mocratique, que le PCF a abandonn√© depuis quelques congr√®s, √©tait tout √ la fois la condition n√©cessaire √ la souverainet√© des communistes sur leur parti et le moyen efficace d’exercer cette souverainet√©.
- Dans ces conditions, que vaut l’injonction de Marie-George Buffet de mettre imm√©diatement le PCF dans l’action ?
- L’action dont elle parle, elle la d√©finit √ partir des mesures d√©cid√©es ou annonc√©es par les gouvernements : le mouvement populaire de revendication n’en est pas la source. Elle propose de promouvoir l’activit√© et la prise de parole des femmes et des hommes de gauche, et de faire appel √ des sp√©cialistes : que fait-elle des travailleurs et de leurs int√©r√™ts ? A lire son rapport, il semble bien qu’ils n’existent pas !
- Elle peut bien toujours appeler son parti √ maintenir l’id√©e de changement : je dois noter que pour tous ceux qui dirigent le PCF avec elle, il n’est plus, depuis longtemps, question de r√©volution.
- En fin de compte, c’est avec juste raison que la secr√©taire nationale du PCF a refus√© d’√™tre candidate communiste aux √©lections pr√©sidentielles : elle-m√™me n’est plus communiste, et ses amis qui l’ont approuv√©e dans ce refus ne le sont plus non plus !
- Sous leur direction, le PCF a v√©cu.
- Vive le parti communiste fran√ßais fond√© √ Tours en 1920 et organisateur inlassable du combat antifasciste, pour lequel il a pris les armes pour d√©fendre en Espagne la R√©publique contre Franco et ne les a pas repos√©es avant la d√©faite des fascismes de 1945 : ce parti, les chefs de la mutation du PCF n’en sont pas membres...

Sixi√®me lettre : sur l’affaiblissement du communisme en France, et sur sa possible relance

- 25 juillet 2¬ 008, √ tous les travailleurs de France
- Chaque semaine apporte son lot d’√©v√®nements qui prouvent que votre volont√© de d√©fendre votre droit de vivre dignement du travail de vos mains et de l’application de votre intelligence n’est pas vaincue : √ bien suivre ces √©v√®nements, je suis gagn√© par le sentiment que le syndicat des exploiteurs (le MEDEF) et le gouvernement √ son service, dont le chef est aujourd’hui Nicolas Sarkozy, ont l’espoir d’abattre votre volont√©, mais que leur espoir peut √™tre d√©√ßu.
- M√™me si les gr√®ves et les manifestations n’ont pas trouv√© la perspective de leur convergence, elles n’ont pas cess√© : c’est un indice de ce que la combativit√© des travailleurs de notre pays exprime un besoin profond.
- Ces conditions posent encore √ tous les communistes la m√™me question concr√®te : que devons-nous faire pour d√©gager la perspective dans laquelle convergent les luttes des travailleurs et pour la mettre en lumi√®re, en √©vidence ?
- En effet, cette question se pose aux communistes depuis que la revendication communiste a √©merg√© en France : ce fut apr√®s le 9 thermidor an deux de la R√©publique (27 juillet 1794), lorsque la bourgeoisie fran√ßaise eut pris en mains tous les leviers de l’Etat, l’exclusivit√© de la direction politique du pays, qu’elle eut mis fin √ la R√©volution, qu’elle eut fait de l’Etat l’assurance de sa libert√© de pr√©lever le profit sur toute l’√©conomie nationale, la garantie de son confort √©go√Įste et mesquin ; ce faisant, la bourgeoisie fran√ßaise a pr√©cipit√© les prol√©taires des villes et des campagnes dans une mis√®re quotidienne pire que celle qu’ils subissaient sous l’Ancien R√©gime ; en interdisant de promulguer la constitution de l’an un de la R√©publique alors m√™me que la consultation populaire organis√©e pendant l’√©t√© de cette ann√©e-l√ conduisait √ son adoption, la bourgeoisie avait montr√© qu’elle voulait l’Etat pour se prot√©ger contre la R√©publique ; ce sont alors les Amis de l’Egalit√© qui ont revendiqu√© la promulgation de la constitution de l’an un, et sous leur impulsion, le peuple a fait de la R√©publique sa revendication politique contre la mis√®re.
- C’est dans l’h√©ritage r√©volutionnaire de Gracchus Babeuf que nous pouvons lire la formation du mouvement communiste : avec les Amis de l’Egalit√©, il fit face au coup d’√©tat de thermidor et √ ses suites en organisant tout ensemble deux revendications : celle du peuple que soit promulgu√©e la constitution de l’an un de la R√©publique, et celle des prol√©taires d’acc√©der aux moyens de vivre dignement ; ce que Babeuf et les Amis de l’√©galit√© organisaient ainsi, c’est la conjonction de la revendication politique du peuple contre la bourgeoisie et de la revendication √©conomique des prol√©taires contre la mis√®re que leur assurait le gouvernement bourgeois du pays ; cette conjonction n’est rien d’autre que l’√©mergence du mouvement auquel Karl Marx et Friedrich Engels ont ensuite donn√© le nom de communisme ; la t√Ęche que d√©finit la conjonction de ces deux revendications est toujours, aujourd’hui, celle du communisme.
- Par la suite, le communisme a grandi au sein des populations travailleuses, puissament stimul√© par l’activit√© internationaliste et par les √©laborations th√©oriques de Marx et d’Engels ; √ la fin du dix-neuvi√®me et au d√©but du vingti√®me si√®cles, dans l’empire des tzars de Russie, les √©crits de L√©nine anim√®rent les communistes russes qui devinrent majoritaires au congr√®s du parti social-d√©mocrate de Russie ; la force acquise par le communisme en Russie lui permit de jouer un r√īle essentiel dans les √©v√®nements r√©volutionnaires de 1905 et grandit ensuite assez pour que la premi√®re guerre mondiale, en d√©truisant les quatre empires qui encadraient l’est et le centre de l’Europe, donne aux bolch√©viques (ce mot russe signifie majoritaires) l’opportunit√© de prendre le pouvoir en octobre 1917, puis en f√©vrier 1918, dans les deux capitales de cet empire, P√©trograd et Moscou. C’est √ l’occasion de tous ces √©v√®nements que se form√®rent les partis communistes et leur f√©d√©ration mondiale, l’Internationale communiste.
- Soixante-dix ans plus tard, les r√©formistes incrust√©s dans les directions du PCF tiraient profit des incertitudes provoqu√©es par l’ignorance persistante des causes de l’effondrement du camp socialiste, et engageaient le processus qui allait conduire le PCF √ sa mutation social-d√©mocrate : pour le peuple fran√ßais, la cons√©quence principale de la mutation du PCF est aujourd’hui que la t√Ęche du communisme est vacante, au grand pr√©judice des travailleurs de France, et au grand dam de tous les communistes.
- Mais le communisme est un mouvement la√Įc et dont les principes d’action et de r√©flexion sont pos√©s et d√©finis hors des dogmes religieux, hors des religions : lorsqu’ils respectent leurs principes, les communistes ne se laissent enfermer dans aucune damnation.
- Une seule question se pose √ eux : comment sortir du bourbier dans lequel la tendance r√©formiste a enlis√© le communisme ?
- ¬« Les communistes sont enlis√©s dans un bourbier.¬ » Cette phrase, bien √©videmment, ne repr√©sente pas directement la r√©alit√© : elle ne fait qu’en √©noncer une analogie ; c’est une m√©taphore.
- Rappelons-nous que le raisonnement communiste est mat√©rialiste : le mat√©rialisme est son mouvement de v√©rit√© ; or, les m√©taphores font obstacle au mouvement mat√©rialiste de la v√©rit√©, justement parce que leur repr√©sentation de la r√©alit√© consiste en une ressemblance, une analogie, et ne contient pas de description directe.
- Les communistes ne rejettent pas, ne censurent pas les m√©taphores : au contraire, ils en reconnaissent la valeur cr√©atrice, po√©tique ; ils recherchent bien souvent la stimulation que les m√©taphores apportent √ l’imagination, qui est le moyen de faire √©voluer les repr√©sentations du monde ; mais ils n’oublient jamais que toute id√©e produite par une m√©taphore est incertaine, justement parce que la m√©taphore qui l’a produite a fait obstacle au crit√®re mat√©rialiste de la v√©rit√© : or, seul le crit√®re mat√©rialiste, qui consiste √ mettre l’id√©e en relation directe, m√™me lointaine, avec le mouvement de la mati√®re, peut montrer si l’id√©e est vraie ou fausse.
- Il est vrai que beaucoup de communistes ont le sentiment d’√™tre immobilis√©s et rendus incapables de faire un geste, comme s’ils √©taient enlis√©s. Mais qu’est-ce qui leur a donn√© ce sentiment ?
- Le ¬« rapport secret¬ » fait par Nikita Sergu√©i√©vitch Khrouchtchev au vingti√®me congr√®s du PCUS, puis celui qu’il fit au vingt-deuxi√®me congr√®s de ce parti, soulev√®rent de nombreuses et importantes questions historiques et politiques ; il s’en suivit une s√©rie d’importants √©v√®nements qui approfondirent et aggrav√®rent ces questions : ce furent le soul√®vement contre-r√©volutionnaire de Hongrie, les ruptures avec l’Albanie, avec la Chine ; ce fut aussi le rabibochage avec la Yougoslavie et le pr√©sident Tito, qui rappelait et renouvelait d’autres questions pos√©es ant√©rieurement.
- Avec le recul, et sous r√©serve de ce que nous apprendront les √©tudes v√©ritablement historiques de ces √©v√®nements, qui sont encore √ venir, je dois formuler l’hypoth√®se que le ¬« rapport secret¬ » au vingti√®me congr√®s du PCUS fut avant tout le moyen par lequel Nikita Sergu√©i√©vitch Khrouchtchev rassembla dans ses mains tous les pouvoirs de diriger ce parti et l’Union Sovi√©tique, et que le rapport qu’il a fait au vingt-deuxi√®me congr√®s, dans lequel il ¬« en rajoutait une couche¬ », une couche √©paisse, sur les crimes imput√©s √ Staline, lui a servi surtout √ stabiliser le pouvoir qu’il tenait entre ses mains. Je suis conduit √ formuler cette hypoth√®se par les d√©veloppements d√©nigrants, diffamants, qui circulent de plus en plus nombreux alors qu’ils n’ont toujours pas d’autre fondement que ces seuls rapports : je doute en effet que les rapports lus par Nikita Sergu√©i√©vitch Khrouchtchev devant les congr√®s du PCUS aient fait toute la clart√© scientifiquement requise sur l’histoire des pays alors sovi√©tiques ; devant ce doute, que valent ces d√©nigrements diffamants ?
- Quoi qu’il en soit, ces ruptures et ce rabibochage √©taient des circonstances ext√©rieures au parti communiste fran√ßais, ext√©rieures √ son histoire. Mais les questions que posaient ces circonstances ne portaient pas seulement sur le destin de camarades lointains, leur port√©e s’√©tendait jusqu’√ la th√©orie, et pour cette raison, elles interpelaient et d√©rangeaient nombre de communistes fran√ßais.
- Il en r√©sultait que les communistes fran√ßais adressaient √ la direction de leur parti une grande et pressante demande d’information ; conditionn√©e par les habitudes de discussion qui √©taient alors celles des militants communistes, cette demande ne pouvait trouver satisfaction que dans une discussion attentive et suffisamment longue avec les dirigeants nationaux, au cours de laquelle les militants leur poseraient eux-m√™mes, et directement, leurs questions.
- Mais il √©tait difficile aux militants d’admettre ce qui leur apparut √ l’√©vidence d√®s les premi√®res discussions qui suivirent le vingti√®me congr√®s du PCUS : le champ de ces questions d√©passait de loin l’information dont disposait la direction du parti communiste fran√ßais. Sur ces entrefaites se produisirent les ruptures mentionn√©es ci-dessus dans les relations entre partis communistes et entre pays socialistes, et les partis communistes concern√©s par ces ruptures ne rest√®rent pas sans r√©agir ; tout cela obscurcit encore les probl√®mes pos√©s au parti communiste fran√ßais et aggrava le manque d’information de ses militants.
- En m√™me temps, le parti capitaliste qui gouvernait, et qui gouverne toujours la France, portait √ un tr√®s haut niveau sa propagande, utilisant pour cela ses organisations vari√©es, syndicats patronaux, cercles, officines, clubs, utilisant aussi les entreprises de publicit√© et de communication, la presse √©crite, radiodiffus√©e et t√©l√©vis√©e qu’il contr√īlait, et qu’il contr√īle toujours, utilisant encore les administrations de l’Etat, qui √©tait et est toujours son Etat ; le but de cette campagne √©tait de tirer profit du v√©ritable √©tat de manque d’information dans lequel se trouvaient les communistes, en saturant l’opinion publique au moyen des th√®ses et repr√©sentations anticommunistes que la bourgeoisie maintient depuis l’automne de 1917, et qu’elle renouvelle et renforce en toutes circonstances. La bourgeoisie avait bien vu que le vingti√®me congr√®s du PCUS lui ouvrait v√©ritablement une belle occasion : elle a consacr√© √ cette campagne de saturation beaucoup de moyens ; peu lui importait que nombre de ses th√®ses soient contradictoires au point de s’annuler lorsqu’on les met ensemble, ou carr√©ment fausses : en id√©ologie, la v√©rit√© n’est pas le but de la bourgeoisie ; son but est de maintenir, de renforcer et d’√©tendre son pouvoir de pr√©lever le profit ; le doute que les contradictions de ses th√®ses jettent sur ses campagnes n’est pas pour elle un obstacle ; la publicit√© est son moyen d’effacer ce doute.
- Ces √©v√®nements n’affaiblirent pas imm√©diatement le parti communiste fran√ßais : sa capacit√© d’agir en politique fran√ßaise est rest√©e au m√™me niveau aussi longtemps qu’il a conserv√© son lien essentiel avec les travailleurs de notre pays. Ces √©v√®nements ont seulement affaibli sa capacit√© d’informer les travailleurs de notre pays sur l’√©volution politique des pays socialistes : mais plusieurs ann√©es apr√®s les vingti√®me et vingt-deuxi√®me congr√®s du PCUS, cet affaiblissement pouvait encore √™tre compens√© ou partiellement r√©par√©, comme le montre l’activit√© par laquelle Waldeck Rochet, en 1967 et 1968, apportait la solidarit√© du parti communiste fran√ßais aux travailleurs et aux communistes tch√®ques et slovaques engag√©s dans les √©v√®nements que nous appelons ¬« le printemps de Prague¬ », comme le montre aussi la position prise √ la fin du mois d’ao√ »t 1968 par le parti communiste fran√ßais contre l’intervention des arm√©es du pacte de Varsovie.
- Il y eut donc d’autres facteurs parmi les causes de l’¬« enlisement¬ ».
- L’un, particuli√®rement important, est le processus suivant, que ma m√©moire place apr√®s les √©v√®nements li√©s aux vingti√®me et vingt-deuxi√®me congr√®s du PCUS : en grand nombre, des r√©unions de cellules du parti communiste fran√ßais avaient lieu sans aboutir, sans servir √ rien, parce que les directions de leurs f√©d√©rations ne tenaient aucun compte des d√©bats qui s’y tenaient, ni des d√©cisions politiques qui s’y prenaient, ou, pire, parce que les directions de leurs f√©d√©rations y d√©l√©guaient Untel ou Untel, qui s’effor√ßait de faire prendre aux cellules des d√©cisions dont les militants ne voulaient pas.
- Le d√©veloppement de ces pratiques de direction manifestait le d√©veloppement de tendances dirigistes, autoritaires et formalistes dans les directions du parti communiste fran√ßais ; mais ces pratiques sont beaucoup plus anciennes dans les autres institutions de notre pays et des pays voisins : ce sont celles des J√©suites et des monarchies de droit divin, que l’empire de Napol√©on Bonaparte avait restaur√©es dans toute l’administration civile et militaire de notre pays ; un principe les r√©sume : le chef dirige et commande, les autres lui sont subordonn√©s et ex√©cutent les ordres qu’il donne. Jusqu’√ ce jour, ce principe r√©git le fonctionnement de toutes nos administrations ; et l’enseignement que dispensent nos coll√®ges et nos lyc√©es est structur√© pour inculquer √ leurs √©l√®ves une morale qu’il conditionne toute enti√®re : quoi que puissent faire les enseignants progressistes, ce principe limite s√©v√®rement l’esprit critique des bons √©l√®ves de notre syst√®me √©ducatif.
- La ¬« Troisi√®me R√©publique¬ » n’a pas aboli ni m√™me limit√© l’extension de la validit√© de ce principe administratif : elle en a seulement assoupli le fonctionnement au plus haut niveau des hi√©rarchies administratives, en semblant les diviser, et elle a permis la cr√©ation de nouvelles institutions, les partis politiques, qui fonctionnent eux aussi selon ce m√™me principe ; plus tard, la premi√®re guerre mondiale lui a conf√©r√© une force extr√™me, et apr√®s l’assassinat de Jaur√®s, la direction du parti socialiste SFIO s’y est enti√®rement soumise en se ralliant √ l’Union sacr√©e : elle trahissait ainsi les revendications et les int√©r√™ts les plus profonds de la classe ouvri√®re et du peuple de notre pays.
- Il serait donc faux de croire que la direction dirigiste, autoritaire et formaliste serait une particularit√© du parti communiste. Au contraire, pour la majorit√© du congr√®s du Parti Socialiste SFIO r√©uni √ Tours en d√©cembre 1920, la n√©cessit√© de mettre fin au mode administratif de direction du parti fut une raison importante de quitter l’Internationale ouvri√®re et d’adh√©rer √ l’Internationale communiste. Apr√®s le congr√®s de Tours, il fallut r√©organiser le parti afin de mettre fin aux handicaps que lui imposaient une grande part de ses traditions d’avant-guerre (le millerandisme en particulier), de mettre fin aux s√©quelles de sa trahison du temps de la guerre et en g√©n√©ral, √ tout ce qui, dans l’organisation du parti socialiste Section fran√ßaise de l’Internationale ouvri√®re, faisait obstacle √ l’expression, √ l’initiative et √ l’activit√© des militants. Cette r√©organisation communiste mit fin au mode administratif de la direction : c’est d√©lib√©r√©ment alors et dans ce but que les communistes adopt√®rent le centralisme d√©mocratique comme processus unique de pr√©paration, d’√©laboration, de prise de d√©cision ainsi que d’action du parti.
- Mais cela n’√©limina √©videmment pas ces pratiques administratives de la vie sociale des Fran√ßais : il en r√©sulta que le PCF fut depuis lors l’objet d’une pression id√©ologique incessante, multiforme, en grande partie non-dite et implicite, exerc√©e sur lui par la soci√©t√© dans son ensemble et qui tendait √ y restaurer la division entre dirigeants et ex√©cutants.
- La totale incompatibilit√© entre centralisme d√©mocratique et mode administratif de direction consiste en ceci :

  • le mode administratif de direction distingue le chef et les subordonn√©s en r√©servant la d√©cision au chef et en soumettant les subordonn√©s √ l’obligation d’ex√©cuter les ordres du chef ; au sein du mode administratif de direction, le chef exerce sur ses subordonn√©s un pouvoir qui d√©passe ses comp√©tences ; s’agissant d’un parti politique, le mode administratif de direction met les membres de ce parti hors de son processus de d√©cision politique ;
  • au contraire de cela, le centralisme d√©mocratique fait participer tous les communistes √ tous les moments de la prise de d√©cision, de telle mani√®re que dans l’action, ce sont ses propres d√©cisions que chacun ex√©cute ; il interdit √ tous les responsables de faire faire aux communistes autre chose que ce que chacun de ceux-ci estime juste et sait pouvoir faire ; le centralisme d√©mocratique est le r√©sultat de la participation consciente, active et responsable de chaque communiste √©gal en droits √ tous les autres communistes √ chaque moment des processus de l’√©tude, de la d√©cision et de l’action de son parti.

- Pour ces raisons, d√®s les d√©buts du parti communiste fran√ßais, le centralisme d√©mocratique servait √ deux fins : d’abord √ son objet de r√©aliser la conduite du parti par tous ses adh√©rents, ensuite au refoulement hors du parti des pratiques dirigistes, autoritaires et formalistes de direction.
- A l’automne de 1939, le gouvernement fran√ßais avait interdit le Parti communiste fran√ßais : c’est le centralisme d√©mocratique qui lui a donn√© la force de r√©sister √ l’interdiction en se rendant clandestin, puis celle d’animer la R√©sistance au racisme (au nazi-fascisme) de 1939 √ 1945 ; le rayonnement politique que les citoyens fran√ßais reconnaissaient au parti communiste fran√ßais lors des √©lections qui ont suivi la Lib√©ration en accordant √ ses candidats presque un quart des suffrages, c’est bien le centralisme d√©mocratique qui le lui assurait.
- C’est encore le centralisme d√©mocratique qui donnait √ Waldeck Rochet l’autorit√© de faire ce qu’il fit √ Prague et √ Moscou en 1967 et 1968 pour les progr√®s du socialisme et du communisme, et c’est lui qui permit au parti communiste fran√ßais de manifester aux travailleurs, aux membres du peuple et aux communistes tch√®ques et slovaques la solidarit√© des communistes et des travailleurs de France en prenant position √ la fin du mois d’ao√ »t 1968 contre l’intervention en Tch√©coslovaquie des arm√©es du pacte de Varsovie.
- Et c’est toujours le centralisme d√©mocratique qui, l’ann√©e suivante, assurait au PCF le rayonnement que lui reconnaissaient les citoyens fran√ßais en attribuant √ Jacques Duclos, candidat communiste √ la pr√©sidence de la R√©publique, un cinqui√®me de leurs suffrages.
- Une voie importante par laquelle s’exer√ßait la pression du dirigisme, de l’autoritarisme et du formalisme sur le parti communiste fran√ßais √©tait l’impr√©gnation morale que les nouveaux membres du parti communiste gardaient de l’enseignement des coll√®ges, lyc√©es, universit√©s et grandes √©coles par lesquels ils avaient pu passer. Quoi que fassent les enseignants progressistes, tous ces √©tablissements impr√®gnent leurs √©l√®ves et √©tudiants, √ des degr√©s divers, d’une morale essentielle au mode administratif de direction ; de ce fait, chaque nouvel adh√©rent apporte au parti communiste les comportements que cette morale d√©termine : il acquiert difficilement la pratique de discuter d’√©gal √ √©gal avec les autres communistes lorsque ceux-ci n’ont pas fait les m√™mes √©tudes que lui ; par contre, il lui est facile de mettre sa ¬« sup√©riorit√© culturelle¬ » en √©vidence et de fonder sur cette diff√©rence une pr√©tention √ avoir raison lorsqu’il discute avec les autres militants ; il n’est pas port√© √ critiquer le discours d’un militant qu’il croit ¬« plus grad√©¬ » que lui ; il ressent comme une contrainte la n√©cessit√© de se plier √ la discipline du centralisme d√©mocratique ; le fait est que c’est une contrainte, et qu’elle dure jusqu’√ ce que la vie militante et l’exp√©rience concr√®te de la lutte politique de classe lui aient apport√© la critique concr√®te de la morale essentielle au mode administratif de direction, et qu’elles lui aient montr√© le sens du centralisme d√©mocratique.
- Devant le principe d’√©galit√© des communistes en droits sur leur parti, il est juste que le parti communiste contraigne √ la discipline du centralisme d√©mocratique les ¬« bons √©l√®ves¬ » des lyc√©es, des universit√©s et des grandes √©coles qui y adh√®rent : cette discipline n’est en r√©alit√© que le respect de l’engagement collectif et r√©ciproque que prennent ensemble les communistes pour organiser la revendication politique ouvri√®re de classe.
- Devant cette contrainte, contractuelle en r√©alit√©, les ¬« bons √©l√®ves¬ » se sont toujours divis√©s :

  • les uns l’acceptent : se pliant √ la discipline du centralisme d√©mocratique, ils militent d’abord dans leur milieu professionnel, l√ o√Ļ ils travaillent, pour mettre en √©vidence comment l’antagonisme de l’exploitation capitaliste et de la revendication ouvri√®re travaille cette profession et les personnes qui l’exercent, et pour d√©velopper le mouvement de ceux qui exercent cette profession en prenant le parti ouvrier ; ils mettent aussi leurs connaissances, ainsi critiqu√©es par l’action militante, √ la disposition des autres communistes afin que ceux-ci s’en rendent ma√ģtres et les r√©investissent dans leur propre action militante ;
  • les autres la refusent : ils crient √ l’injustice, ren√Ęclent devant la difficult√© du travail politique dans leur propre profession, tentent de se faire d√©signer √ des fonctions internes au parti qui les dispensent de ce travail politique ; lorsqu’ils y sont parvenus, ils d√©veloppent leurs pratiques de direction qui sont celles du mode administratif, ce qui les conduit √ prendre le pouvoir sur les communistes : il leur est impossible de rester membres du parti communiste sans violer le centralisme d√©mocratique.

- En fait, il se montre ici que le centralisme d√©mocratique est le contrat d’organisation que passent entre eux les communistes lorsqu’ils constituent le parti communiste.
- Dans l’entre-deux guerres mondiales et encore quelques ann√©es apr√®s la seconde, ceux qui ne parvenaient pas √ se plier au centralisme d√©mocratique ne devenaient pas ou ne restaient pas membres du parti communiste : le plus souvent, ils le quittaient ou s’en √©loignaient d’eux-m√™mes ; certains √©taient exclus, et parmi eux, quelques uns l’ont √©t√© avec quelque fracas.
- Mais plus tard, lorsque l’effort consacr√© par le parti √ instruire les nouveaux communistes eut faibli, ceux de ses membres qui avaient fait des √©tudes secondaires ou sup√©rieures devinrent plus nombreux √ ressentir plus longtemps la discipline du centralisme d√©mocratique comme une contrainte ; de ce fait, la proportion des membres du PCF qui ne comprenaient pas la n√©cessit√© ni le sens du centralisme d√©mocratique s’accrut de beaucoup.
- Les cons√©quences furent une moins grande capacit√© du PCF de repousser et de combattre la propagande bourgeoise, ainsi que la formation au sein du PCF d’une opposition coh√©rente au centralisme d√©mocratique, qui obtint finalement que ce parti renonce au centralisme d√©mocratique.
- La cons√©quence directe et in√©vitable de ce renoncement fut la mutation, c’est-√ -dire l’alignement du parti communiste sur le r√©formisme, op√©r√© par sa direction. En v√©rit√©, le centralisme d√©mocratique √©tait la seule d√©fense du PCF contre le dirigisme, l’autoritarisme et le formalisme, et plus g√©n√©ralement, contre les m√©thodes administratives de direction ; le renoncement au centralisme d√©mocratique fut la cause et la source du processus inverse √ celui de la r√©organisation communiste de l’ancien parti socialiste SFIO.
- Lorsqu’ensuite les directions du PCF accept√®rent de r√©gler les alliances √©lectorales au niveau des ¬« √©tats-majors¬ », les m√©thodes administratives de direction y √©taient devenues dominantes ; les directions les ont mises en Ň“uvre pour ¬« faire passer¬ » dans le parti communiste les accords que les ¬« √©tats-majors¬ » du PCF venaient de passer avec les √©tats-majors du PS : c’est alors, et par ce processus, que les cellules furent dessaisies de la d√©signation des candidats communistes aux √©lections, qui √©tait une de leurs pr√©rogatives importantes ; ensuite, certains dirigeants du parti ont pris l’habitude de se servir des m√©thodes administratives de direction lorsqu’ils estimaient judicieux de maintenir les militants hors des discussions pr√©paratoires √ la prochaine d√©cision √ prendre, puis, lorsque la d√©cision √©tait prise, de les amener √ l’appliquer sans la remettre en cause ; ces dirigeants ont d√©velopp√© un discours tr√®s adapt√© √ cet usage, et c’est ensuite, √ partir d’eux, que ce discours est devenu majoritaire parmi les dirigeants des f√©d√©rations du PCF. La fin des cellules n’en fut que la cons√©quence in√©luctable.
- Ce discours, comment fonctionnait-il ?
- Ceux qui l’ont mis en fonction √©taient des dirigeants de sections, des dirigeants f√©d√©raux et quelques dirigeants centraux appuy√©s par certains militants impliqu√©s dans les ¬« commissions de sp√©cialistes¬ » que r√©unissait le comit√© central.
- Ces dirigeants avaient interpr√©t√© un accord √©lectoral pass√© au niveau national entre le PS et le PCF, √ l’occasion d’√©lections municipales, comme un mandat qu’ils auraient re√ßu de dresser avec leurs homologues du PS, au niveau des f√©d√©rations, des listes communes de candidats, et d’arr√™ter ces listes.
- Ils l’avaient fait le plus souvent sans tenir aucun compte de la particularit√© des communes les plus peupl√©es, dans lesquelles la r√®gle √©lectorale √©tait le scrutin de liste avec r√©partition proportionnelle des si√®ges d’√©lus : or, cette r√®gle rend pertinente, du point de vue d√©mocratique, la pr√©sentation de listes s√©par√©es ; mais de le reconna√ģtre aurait r√©duit √ presque rien le pouvoir sur le PCF que ces dirigeants s’arrogeaient en n√©gociant d’abord avec le PS ; je vois aujourd’hui que ce pouvoir √©tait alors un besoin essentiel de leur entreprise de faire muter le parti communiste fran√ßais : s’ils ne s’arrogeaient pas ce pouvoir, ils n’y parviendraient pas ; c’est ma raison de les appeler ici ¬« les dirigeants mutants¬ » ou ¬« les mutants¬ ».
- Ayant sign√© leur accord national avec l’√©tat-major du PS, ils agirent dans le parti communiste en deux phases successives, la premi√®re conduisant √ arr√™ter avec leurs homologues d√©partementaux du PS les listes communes des candidats aux √©lections prochaines, la seconde, √ faire passer ces listes dans le parti communiste pour qu’elles deviennent celles que pr√©sentait ce parti :

  • au cours de la premi√®re phase, ils conduisirent ces n√©gociations sans r√©unir ni sections, ni cellules, et lorsque celles-ci se r√©unissaient, ils leur enjoignaient de parler d’autre chose en attendant le r√©sultat des n√©gociations ;
  • au cours de la seconde phase, il leur fallait obtenir l’aval des cellules ; il √©tait encore n√©cessaire en effet que les cellules se d√©clarent en accord avec ces listes sans les modifier d’aucune mani√®re ; mais en-dehors de cet aval, les cellules n’avaient plus rien √ d√©cider.

- Seulement, pour que les communistes s’abstiennent de d√©lib√©rer sur les prochaines √©lections et d’√©valuer l’int√©r√™t qu’aurait le parti communiste √ ce que tel ou tel d’entre eux soit candidat, il fallait obtenir de chaque communiste qu’il renonce √ sa propre opinion, qu’il reconnaisse les comp√©tences rassembl√©es dans l’¬« √©tat-major¬ » de la direction f√©d√©rale comme sup√©rieures aux siennes, et qu’il accepte l’existence dans le parti communiste de cat√©gories distinctes, dont celle des candidats possibles, dont les listes seront g√©r√©es par les directions.
- En somme, il fallait obtenir que les communistes acceptent que leurs droits sur le parti communiste deviennent in√©gaux, et que le fonctionnement du parti soit d√©sormais r√©gl√© sur cette in√©galit√©.
- Cela peut sembler √©vident tant il est vrai que les m√©thodes administratives de direction ont pour essence l’in√©galit√© en droits des membres de la soci√©t√©. Mais le communiste que je suis voit un v√©ritable scandale dans le fait que le PCF ait ainsi √©volu√©, en cessant de reconna√ģtre √ chacun de ses membres des droits √©gaux √ ceux de chacun des autres. Cette √©volution du PCF fut d’ailleurs pour un tr√®s grand nombre de communistes une tr√®s forte raison de penser que le PCF cessait d’√™tre leur parti et, par cons√©quent, de s’en √©loigner.
- Le fait est que les dirigeants mutants inscrivaient constamment dans leurs discours le r√©tablissement de l’in√©galit√© en droits parmi les membres du PCF. Ils le faisaient de deux mani√®res :

  • d’une part ils donnaient une repr√©sentation obscure des probl√®mes de direction du parti, de pr√©paration des d√©cisions politiques, ainsi que des discussions qui se d√©roulent dans les organes r√©guliers de direction du parti : cette repr√©sentation √©tait, et est toujours assez obscure pour √™tre inaccessible aux militants communistes de base ;
  • d’autre part, l’information sur la soci√©t√© qu’ils inscrivaient dans leurs discours et textes ne provenait nullement de l’activit√© des cellules du parti, mais uniquement des sondages r√©alis√©s et publi√©s par les institutions id√©ologiques propres √ la bourgeoisie ; de cette mani√®re, ils faisaient dispara√ģtre la classe ouvri√®re de leurs discours ; en outre, ils y inscrivaient un processus obscurantiste, c’est-√ -dire un processus qui en obscurcit le sens et obscurcit en m√™me temps tous les sujets dont il traite ; ce processus obscurantiste √©tait transpos√© des discours bourgeois ; d√®s lors aussi, il √©tait pens√© pour inhiber la critique des communistes.

- Afin d’inhiber la critique des communistes, ce discours emploie en grand nombre des mots consid√©r√©s en France (√ tort ou √ raison) comme appartenant au vocabulaire de Marx et de L√©nine, ainsi que de courtes, tr√®s courtes, citations de ces deux auteurs ; mais ces citations comme ces mots sont toujours sortis de leur contexte et pour cette raison, ils donnent lieu aux interpr√©tations les plus contradictoires : dans les discours des dirigeants mutants, ils n’ont plus rien du sens que Marx ou L√©nine leur avaient donn√© : ils sont l√ seulement pour renvoyer les militants de base √ leur ignorance, √ leur attente et m√™me, si possible, √ leur impuissance.
- La tentative d’inhiber la critique communiste est encore inscrite dans ces discours d’une autre mani√®re : ils enjoignent aux communistes de se taire et d’ob√©√Įr. Cette injonction est venue confirmer que les dirigeants mutants du PCF niaient l’√©galit√© des communistes en droits sur leur parti : pour nombre de communistes, cette injonction fut certainement une raison tr√®s forte de s’√©loigner du PCF : elle heurtait leur pratique de la discipline communiste, qui n’est pas fond√©e sur l’ob√©√Įssance et qui ne s’exprime pas par l’ob√©√Įssance ; l’ob√©√Įssance en est totalement absente.
- La discipline des communistes est fond√©e sur :

  • l’√©tude scientifique de la situation politique, √©conomique et culturelle r√©elle des nations,
  • l’engagement de la responsabilit√© individuelle dans l’√©tude et dans l’action ainsi que dans les discussions gr√Ęce auxquelles l’√©tude et l’action deviennent collectives,
  • la prise de parti d’abolir r√©ellement l’exploitation des travailleurs de toutes cat√©gories par les capitalistes et par tous les autres exploiteurs,
  • la volont√© incessante de chaque communiste, qu’il fonde dans sa propre prise de parti communiste, de faire la r√©volution.

- L’aboutissement du processus port√© par le discours des dirigeants mutants est ce que nous observons aujourd’hui : ce que nous pouvons voir comme un enlisement du PCF est l’incapacit√© des communistes qui en sont membres de d√©cider et d’agir en politique ; cette incapacit√© r√©sulte du processus qui a, au passage, d√©truit les cellules : nous pouvons constater que la direction mutante du PCF n’a que faire de l’avis et de l’activit√© des communistes, et aussi que lorsque les dirigeants discutent politique avec les communistes, le sens de leur discours est tant√īt obscur, tant√īt inexistant.
- La m√©taphore qui me vient √ l’esprit n’est pas celle de l’enlisement, mais celle de l’enchanteur Merlin enferm√© par la f√©e Viviane dans une tour de vent. C’est bien l’impression que me fait la direction du PCF : elle est enferm√©e dans une tour faite du vent que brasse son propre discours : ce discours la rend sourde √ ce que disent ou peuvent dire les communistes et l’aveugle sur la r√©alit√© mat√©rielle de la vie des femmes et des hommes qui n’aspirent qu’√ vivre dignement en France du travail de leurs mains et de l’application de leur intelligence !
- Cette tour de vent n’est que le discours r√©formiste qui d√©politise la politique parce que ceux qui le tiennent ont abandonn√© le mat√©rialisme dialectique et renonc√© au centralisme d√©mocratique.

- Comment en sortir ?
- Les m√©taphores ne sont d’aucun secours : il s’agit de politique r√©elle, et les mots magiques dont les l√©gendes illustrent les effets irr√©sistibles n’existent pas en politique r√©elle.
- C’est du communisme qu’il s’agit ici : il faut en effet restaurer les relations qu’entretenaient nagu√®re les communistes entre eux et avec tous les autres travailleurs, et gr√Ęce auxquelles ils pr√©paraient la r√©volution en assurant la pertinence, la l√©gitimit√© et l’efficacit√© de leurs actions individuelles et de leur action collective. Ce qui compte ici, c’est la volont√© de chaque communiste d’investir sa propre prise de parti politique dans son action r√©elle, et d’assurer la coh√©rence de son action individuelle avec l’action de chaque autre communiste.
- Faut-il croire que tout est jou√©, et que d√©sormais nous serions gouvern√©s par la fatalit√© ?
- Chers camarades, je suis optimiste, et je pense qu’en France, les communistes peuvent d√©cider de se remettre en un mouvement communiste coh√©rent : ils rendront ainsi √ notre peuple le v√©ritable parti communiste qui manque aujourd’hui cruellement √ ceux qui ne peuvent vivre dignement que d’un travail digne de ce nom, et qui trop souvent ne trouvent pas ce travail.
- Deux questions se posent : pourquoi le faire, et comment le faire ?
- Pourquoi ? Les raisons de le faire ont √©t√© dites dans les d√©veloppements qui pr√©c√®dent ; mais il est bon de rappeler les plus importantes :
- La premi√®re de ces raisons est que l’exploitation capitaliste, tout comme les syst√®mes d’exploitation qui l’ont pr√©c√©d√©e mais √ un niveau tr√®s sup√©rieur, enrichit les exploiteurs en niant (ou en brisant, cela signifie la m√™me chose concr√®tement) l’humanit√© des femmes et des hommes dont le travail est source de toute richesse.
- Un syst√®me √©conomique fond√© sur une telle in√©galit√© que l’immense majorit√© de l’humanit√© est raval√©e √ une condition v√©ritablement servile, et que la simple libert√© humaine est le privil√®ge de la minorit√© la plus riche, ce syst√®me peut-il √™tre admis comme l√©gitime et durable ?

  • Les privil√©gi√©s pensent qu’il doit en √™tre ainsi et organisent toute la soci√©t√©, son √©conomie, sa politique et sa culture pour que leurs privil√®ges soient reproduits de g√©n√©ration en g√©n√©ration.
  • Nous, communistes, nous le refusons : nous nous organisons et organisons les exploit√©s pour renverser le pouvoir politique des privil√©gi√©s, abolir le syst√®me capitaliste d’exploitation, r√©organiser toute la soci√©t√©, son √©conomie, sa politique et par cons√©quent sa culture, pour √©tablir, assurer durablement et reproduire de g√©n√©ration en g√©n√©ration l’√©galit√© en droits de toutes les femmes et de tous les hommes.

- C’est en cela que consiste la r√©volution.
- Elle commence par l’expropriation des terres, des mines, des usines, des maisons de commerce, des banques et des assurances que les grands capitalistes ont plac√©es sous leur propri√©t√© priv√©e directe ou indirecte. S’il faut pour cela contraindre les plus jeunes de ces propri√©taires √ travailler de leurs mains, nous les y contraindrons ; quant √ ceux qui ne sont plus en √Ęge de participer au travail, ils devront se contenter d’une retraite.
- L’apropriation par les travailleurs de tous ces biens devra suivre imm√©diatement l’expropriation des capitalistes : l’√©tude critique des nationalisations de la Lib√©ration de 1945 et de celles de 1982 nous fait comprendre que l’apropriation par les travailleurs consiste √ modifier ensemble les structures technique et comptable de chaque entreprise de mani√®re √ assurer aux travailleurs eux-m√™mes la ma√ģtrise durable de l’outil de travail, de son entretien, de son fonctionnement, de sa maintenance, de son perfectionnement, de ses reconversions, de ses d√©veloppements, ainsi que la ma√ģtrise durable de l’objet du travail.
- Depuis que la bourgeoisie a pris en mains tous les pouvoirs et √©tabli sa dictature sur notre pays, elle divise le travail en s√©parant comptabilit√© et production et en s√©parant conduite et ex√©cution, de mani√®re √ prot√©ger toujours davantage la direction, qu’elle se r√©serve exclusivement, de toute interf√©rence avec l’activit√© des ouvriers : √ cette fin, elle d√©qualifie toujours davantage les t√Ęches ouvri√®res, et c’est aussi √ cette fin qu’elle inspire aux gouvernements √ son service les r√©formes r√©actionnaires de notre syst√®me scolaire, qui ont toutes, depuis l’√©t√© de 1947, eu pour but d’assurer au patronat capitaliste que ses futurs salari√©s seront √ l’avenir encore plus soumis √ l’exploitation capitaliste qu’ils ne l’ont jamais √©t√© jusqu’√ pr√©sent.
- Mais les travailleurs sont des femmes et des hommes : ils sont capables de r√©agir, de refuser de se soumettre ; ils sont capables de prendre en mains individuellement et collectivement les t√Ęches de leur poste de travail, de leur cha√ģne, de leur atelier, de leur usine, de s’unir aux autres exploit√©s, de prendre en mains la division du travail et d’aboutir √ assumer enti√®rement la production elle-m√™me au mieux du progr√®s de l’humanit√© : dans cette r√©volte, ils lib√®reront leur intelligence.
- Que les privil√©gi√©s poussent des cris d’√©corch√©s vifs √ l’approche de cette r√©volution, cela se con√ßoit : elle sanctionnera l’√©chec global de leur syst√®me, de leur domination, de leur repr√©sentation du monde, de leur √™tre.
- Mais surtout : la n√©cessit√© de cette r√©volution fut le motif de l’adh√©sion du congr√®s socialiste de Tours, tenu en 1920, √ l’Internationale communiste : aujourd’hui, en l’an 2008, cette r√©volution est toujours n√©cessaire, et rien de ce qui s’est pass√© entre temps n’apporte un argument r√©el de nature √ montrer que les classes ouvri√®res devraient y renoncer, au contraire !
- Il faut donc que les communistes se remettent en un mouvement communiste coh√©rent.
- Comment peuvent-ils le faire ?
- Si l’exploitation capitaliste des travailleurs n’a pas cess√©, par contre, en France, la lutte des travailleurs contre l’exploitation qu’ils subissent a reflu√© du plan politique et du plan culturel ; en cons√©quence elle a perdu sa coh√©rence, la conscience collective de classe a beaucoup recul√©, et les travailleurs se sont divis√©s : ces raisons ont consid√©rablement affaibli la lutte contre l’exploitation.

- Deux processus concourent √ cet affaiblissement depuis quatre d√©cennies :

  • Le premier est l’action de la bourgeoisie qui domine la France et exploite ses travailleurs, et notamment les progr√®s de cette action et ses r√©sultats ; au nombre de ces progr√®s et de ces r√©sultats, il faut citer :
    • la destruction des institutions r√©publicaines de la France, et notamment :
      • la mise √ mal des communes,
      • la diminution du r√īle et des pr√©rogatives des √©lus du peuple dans toutes nos collectivit√©s territoriales et nationales,
      • la d√©gradation de la la√Įcit√© des enseignements de nos √©coles, coll√®ges, lyc√©es, universit√©s, et notamment l’effacement de l’enseignement des connaissances pratiques et th√©oriques n√©cessaires √ la d√©mocratie,
      • la destruction des services publics,
      • la privatisation des entreprises nationalis√©es ;
    • le renforcement de l’Etat bourgeois en France :
      • accroissement du poids, du r√īle et des pr√©rogatives des administrations et des structures corporatives du capital (syndicats d’exploiteurs, chambres consulaires), au d√©triment des √©lus du peuple,
      • cr√©ation et d√©veloppement d’administrations supranationales (europ√©ennes et mondiales), transfert vers elles de missions jusque l√ assum√©es par les administrations nationales et encadrement des administrations nationales par les administrations supranationales,
      • transfert √ l’√©tranger d’importantes productions industrielles et agricoles, accompagn√© de la destruction des entreprises qui les assumaient,
      • destruction du salariat et r√©activation des principes f√©odaux de l’assistance, de la pr√©carit√© et de la corv√©e pour s√©parer le travail de sa r√©mun√©ration.
  • Le deuxi√®me processus s’est d√©velopp√© dans le PCF : c’est le r√©formisme lui-m√™me qui a mis fin √ la revendication politique communiste, aux processus d’√©tude propres au parti communiste, que ce parti proposait √ ses membres, et au bout du compte, qui a d√©truit dans le PCF la conscience communiste collective de la lutte des classes.

- Depuis ses d√©buts, l’action du r√©formisme qui se d√©veloppe dans le PCF converge avec celle des partis r√©formistes de la n√©buleuse ¬« socialiste¬ » : leur convergence a notamment permis √ la bourgeoisie de renforcer sa domination id√©ologique sur l’enseignement des √©coles, des coll√®ges, des lyc√©es, des universit√©s, ainsi que sur les √©ditions du livre et de la presse √©crite, parl√©e et t√©l√©vis√©e, jusqu’√ rendre cette domination totalitaire.
- Telles sont les √©volutions du rapport des forces de classe en France, et telle est la situation politique qu’elles ont produite dans notre pays : ces conditions sont celles dans lesquelles les communistes doivent aujourd’hui se d√©terminer.
- Mon avis est que pour nous remettre en un mouvement communiste coh√©rent capable de donner lieu √ l’activit√© d’un v√©ritable parti communiste, il nous faut d’abord reprendre collectivement conscience de la lutte des classes : cela consiste √ recommencer d’analyser les luttes de classes et de fonder nos prises de positions politiques, dans tous les pays dont le n√ītre, sur les int√©r√™ts qu’ont les peuples travailleurs dans les luttes √©conomiques et politiques qui les opposent √ leurs exploiteurs, lesquels s’organisent d√©sormais autour de la classe bourgeoise, qui est dominante partout o√Ļ s√©vit l’exploitation des travailleurs par ceux qui ne travaillent pas eux-m√™mes.

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