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Un moment de l’histoire du PCF

Comment Jean Kanapa renonce à la dictature du prolétariat

Le passé, est-il sans réponse ?

dimanche 5 décembre 2010, par Jean-Pierre Combe

- Le renoncement à la dictature du prolétariat s’inscrit dans un mouvement de l’idéologie du PCF qui l’a conduit à nier son ancienne conscience de la lutte des classes ;

- or, le besoin de lutter pour le salaire, qu’éprouvent en cet automne de 2010 les travailleurs, et notamment le fait que leurs luttes pour le salaire les conduisent sans cesse à mettre en cause le droit capitaliste de la propriété et cette propriété capitaliste elle-même, tout cela nous prouve que les luttes sociales sont encore en France ce qu’elles n’ont jamais cessé d’être : des luttes de classes. Il faut donc revenir sur ce renoncement.
- Dans un article intitulé Le passé n’a pas réponse à tout, paru en octobre 1976 dans l’hebdomadaire du Parti communiste français France Nouvelle, Jean Kanapa s’efforce de réfuter les arguments de ceux qui considèrent toujours la dictature du prolétariat comme un moyen nécessaire pour détruire le pouvoir de la bourgeoisie, donc nécessaire à la révolution ; l’un de ses arguments est celui-ci :

  • Si l’on considère que pour instaurer le socialisme en France, il faudra recourir à la dictature du prolétariat, il faut préciser qu’on considère nécessaire entre autres d’interdire les partis d’opposition, d’établir la censure, de retirer à une fraction de la population les libertés d’expression, d’association et de manifestation, etc... Et il faut dire aux travailleurs, au peuple français : « Voilà une des conséquences de ce que les communistes vous proposent ». Car la dictature du prolétariat, quelle qu’en soit la forme, c’est notamment cela.

- Cet argument présente la dictature du prolétariat comme un instrument disponible parmi d’autres, dans un rapport à l’histoire à peu près inexistant. En fait, il réduit la dictature du prolétariat à la représentation que la presse de la bourgeoisie imposait aux opinions publiques de l’ouest européen ; cette représentation était fondée sur le « rapport secret » présenté vingt ans plus tôt par N. S. Khrouchtchev au vingt-deuxième congrès du PCUS ; les errements ultérieurs l’avaient alimentée en abondance. Il n’était pas d’usage, dans le parti communiste, de discuter cette représentation.
- Pourtant, beaucoup de communistes se demandaient alors quel pouvait être son rapport avec le mouvement communiste lui-même et avec son histoire. Mais le PCF prenait déjà ses décisions sans jamais discuter cette question. Le titre de l’article de Kanapa, Le passé n’a pas réponse à tout, indique bien ce qu’il en était.
- Et justement, cet argument tourne le dos à l’histoire du mouvement communiste, et au-delà de lui, à l’histoire de la révolution elle-même : relisons-le et nous verrons qu’il est de nature à détourner les lecteurs de France-Nouvelle, c’est-à-dire un très grand nombre de communistes porteurs de responsabilités dans les cellules, les sections et les fédérations, de les détourner de l’idée de relire les anciennes discussions sur l’exercice du pouvoir pendant la période critique de la révolution ; cet argument tend en effet à faire oublier non seulement les arguments que donnaient Marx et Lénine à ce sujet, mais aussi ceux donnés longtemps avant eux par Gracchus Babeuf.
- C’est important : reconnaissant que l’Ancien Régime n’était que la dictature de l’aristocratie dite noble, Gracchus Babeuf avait constaté que le peuple, après avoir fait la révolution en abattant l’Ancien Régime pour satisfaire la revendication de liberté et d’égalité en droits, se trouvait confronté à la bourgeoisie qui mettait fin à la révolution en établissant sa propre dictature, et qui, à cette fin, réprimait la double revendication politique du peuple ;
- Gracchus Babeuf montrait alors que la démocratie n’est rien d’autre que « la dictature de l’immense classe des travailleurs » et s’attachait à la recherche des voies et moyens par lesquels cette classe pourrait établir sa dictature, c’est-à-dire fonder la démocratie.
- De sorte que la question que posent aux communistes les errements des pays du camp socialiste, quels qu’en soit les dates, est d’analyser leur origine, leurs causes et leurs mécanismes, en somme de bien les comprendre, et cela suppose que leur étude ne soit jamais écartée. Il est plus que dommage qu’au plus haut niveau du PCF, il de soit trouvé des dirigeants pour détourner les communistes de cette étude.

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