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La coopération est dans le débat

mercredi 11 avril 2012, par Jean-Pierre Combe

- En date du 10 avril 2012, monsieur Jérôme Métellus vient de publier dans la riposte l’article suivant qui a été repris par le blog EL DIABLO :

Faut-il défendre le modèle des coopératives ?

- Face  l’avalanche de fermetures et de délocalisations, de plus en plus de dirigeants de gauche et du mouvement syndical défendent le modèle des coopératives.
- Le programme du Front de Gauche, par exemple, affirme qu’« en cas de délocalisation ou de dépôt de bilan, nous instaurerons un droit des salariés  la reprise de leur entreprise sous forme de coopérative ». De même prévoit-il que « le soutien public […] aux coopératives sera fortement augmenté ».
- Nul doute que cette idée trouvera un écho favorable parmi les salariés des entreprises menacées de fermeture. Beaucoup se diront : « mieux vaut garder nos emplois dans le cadre d’une coopérative que de les perdre ». Les salariés pourraient également être séduits par la perspective de devenir les propriétaires de l’entreprise – et donc d’avoir (en théorie) un meilleur contrôle sur leurs conditions de travail et leurs salaires.
- La Riposte ne s’opposerait pas  ce que, dans une entreprise menacée, les salariés tentent de sauver leurs emplois en reprenant l’entreprise sous forme de coopérative. Cependant, le système des coopératives n’est pas une alternative viable  la propriété capitaliste. L’expérience le prouve. D’innombrables coopératives naissent et meurent chaque jour,  travers le monde. Pourquoi meurent-elles ? Parce qu’elles sont en concurrence avec d’autres entreprises (ou d’autres coopératives) sur le marché capitaliste – et que les mécanismes de cette concurrence éliminent les unes au profit des autres.
- Pour éviter la faillite, que font les travailleurs d’une coopérative ? La même chose que n’importe quel capitaliste : ils accroissent la « compétitivité » de leur entreprise en baissant les frais de production. Les travailleurs en viennent donc  intensifier leur propre exploitation dans le but d’accroître ou de conserver leur part de marché – au détriment d’autres entreprises (et donc, indirectement, des salariés de ces entreprises). Un tel système finit par générer chez les travailleurs une mentalité de propriétaires et les comportements qui vont avec.
- Le cas de Mondragon
- Lorsqu’elle se développe, une coopérative a tendance  se transformer en une entreprise capitaliste comme les autres. Prenons l’exemple de Mondragon, une immense coopérative basque. Au fil des années, elle est devenue une véritable multinationale. Elle emploie 82 000 salariés  travers le monde et possède 129 filiales privées couvrant de très nombreux secteurs économiques : construction, industrie, recherche, commerce – et même la finance ! En 2008, elle a dégagé un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards de dollars.
- Dans un article publié dans le journal militant québécois Le Mouton noir, Nicolas Falcimaigne rend compte d’un entretien qu’il a eu avec José Luis Lafuente, un cadre dirigeant de Mondragon. Le journaliste évoque l’impact de la crise économique actuelle et explique : « José Luis Lafuente admet que le groupe joue dans le même marché que les autres et que, pour faire face  la situation, il a fallu imposer des baisses de salaires et d’effectifs, réduire les profits et procéder  une concentration tout en limitant les investissements ». En 2008, quelque 7000 emplois ont été supprimés. L’auteur de l’article poursuit : « Des ouvriers rencontrés dans une sociedad d’Elorrio, non loin d’Arrasate, font état d’une situation socioéconomique très difficile dans laquelle Mondragon est plutôt perçu comme du capitalisme déguisé. L’ampleur prise par le mouvement aurait éloigné de la base les instances décisionnelles, ce qui occasionnerait dans la réalité quotidienne du terrain des pratiques de gestion semblables  celles des industries traditionnelles ». Voil qui résume parfaitement les limites et les dérives du « modèle coopératif ».
- Lorsqu’une entreprise est menacée de fermeture, la gauche et le mouvement syndical devraient s’efforcer de mobiliser le mouvement ouvrier autour du mot d’ordre de nationalisation – sous le contrôle des salariés. Dans une entreprise nationalisée, c’est l’Etat qui prend en charge les investissements et les bénéfices – et éventuellement les pertes, qui peuvent être compensées par les bénéfices générés par d’autres entreprises publiques. L’Etat peut bien mieux résister aux pressions du marché qu’une coopérative. Précisons cependant que des nationalisations partielles – qui laissent l’essentiel de l’économie sous le contrôle des capitalistes – ne sont pas non plus une solution. La seule alternative viable au chaos destructeur du marché, c’est l’intégration au secteur public de l’ensemble des grands leviers de l’économie. Cette extension massive de la propriété publique permettra de planifier démocratiquement la production dans l’intérêt du plus grand nombre.
- Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)

Remarques faites sur cet article par des lecteurs du blog EL DIABLO

- J’en extrais les suivantes :
- La propriété des moyens de production n’est pas le remède absolu aux problèmes des travailleurs. C’est uniquement le cadre dans lequel s’exerce l’activité qui en détermine la finalité, donc les moyens  mettre en œuvre pour y répondre.
- Ce cadre est aujourd’hui la concurrence : elle impose aux coopératives comme aux monopoles les modalités de leur gestion, ainsi que toutes leurs décisions.
- L’exemple de l’URSS montre que la socialisation totale des moyens de production ne suffit pas  garantir que la production, les conditions de travail des ouvriers seront bonnes, ni que l’industrie ne polluera pas.

Voici la réponse que je fais ce jour  cet article et  ces remarques

- Il faut défendre les coopératives en rappelant que les coopératives ne sont pas un modèle et ne l’ont jamais été.
- Les coopératives et, bien entendu, le mouvement qu’elles forment ont été créées en France par les ouvriers en lutte, comme une nécessité née de leur lutte et leur permettant d’abord de gagner quelques mois, quelques années de salaire contre la condamnation  la mort par misère que le patronat capitaliste avait prononcée contre eux. Il est remarquable qu’en France, ces coopératives aient eu une espérance d’activité avant dissolution double ou triple de celle des entreprises créées au même moment sous la propriété de sociétés  responsabilité limitée ou de sociétés anonymes.
- Malheureusement, le mouvement ouvrier révolutionnaire n’a jamais fait l’analyse politique du moyen d’action que la classe ouvrière peut trouver dans une, ou dans un ensemble de coopératives justement constituées et conduites avec le soin nécessaire : il est vrai que les ouvriers coopérateurs ont été très rares  écrire leur expérience, et c’est infiniment dommage.
- Quant  la planification, elle ne garantit pas la victoire du socialisme sur le capitalisme ! Voyez comment l’URSS s’est effondrée : les cadres de la « thérapie de choc » eltsinienne ont tous, ou presque, été formés dans l’administration soviétique du plan et par elle : l’administration du plan était depuis longtemps un objectif principal de la subversion capitaliste (laquelle était activement, consciemment et matériellement aidée par les services ( peine) discrets des Etats impérialistes), et c’est certainement en son sein que résidaient les forces politiques qui ont continué le démantèlement de l’URSS malgré le référendum par lequel les citoyens soviétiques refusaient ce démantèlement  une très large majorité.
- Non ! Ce qui manque, c’est une analyse politique permanente des moyens que crée la classe ouvrière dans sa lutte pour ses intérêts vitaux.
- Les coopératives ne sont pas un modèle et il n’est possible de parler d’elles comme un modèle que lorsqu’elles ont commencé de dériver (et d’ailleurs, les présenter comme un modèle contribue  les faire dériver).
- La classe ouvrière en lutte est conduite assez souvent  constituer des coopératives pour continuer la lutte : ce qui manque, c’est l’analyse politique qui permettrait aux ouvriers coopérateurs de rester les maîtres de leur moyens de lutte, et d’en faire un moyen solide de la résistance, de la solidarité ouvrières et de l’offensive anticapitaliste en économie : tout cela marche ensemble ou ne marche pas !
- Jean-Pierre Combe

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