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Darwin contre le (néo)libéralisme

article publié dans le numéro 36 d’EtincelleS

mercredi 14 décembre 2016, par Jean-Pierre Combe

Le néolibéralisme, c’est la tentative des propriétaires des plus gros capitaux de la finance et de l’industrie de mettre enfin en application au niveau mondial la vieille théorie du libéralisme, selon laquelle aucune règle ni structure publique ne doit faire obstacle au libre jeu du marché des marchandises, du travail et des capitaux.

Cette théorie est vieille : elle était déjà formulée lorsque s’est déclenchée la Révolution française, et elle a joué un rôle dans la fédération contre-révolutionnaire des bourgeois riches et des aristocrates en France, ainsi que dans le règlement final des guerres napoléoniennes.

L’application de cette théorie conduisait la Révolution industrielle qui imposait à l’Angleterre le « capitalisme à la Manchester » : elle y répandait la misère sociale inimaginable que décrit parfaitement Charles Dickens dans ses romans...

Vers le milieu du dix-neuvième siècle, la bourgeoisie britannique ressentit le besoin de faire face à la montée du socialisme : en 1848, le « Manifeste du parti communiste » de Karl Marx et Friederich Engels venait de placer le mouvement scientifique de la pensée au cœur de l’essence du socialisme.

Pour le système d’exploitation capitaliste, le développement d’une revendication de socialisme scientifiquement fondée représentait, et représente toujours, un danger mortel : le caractère scientifique de l’économie capitaliste est éminemment discutable, et une telle discussion, conduite selon les critères de la science, qui exige de commencer la connaissance dans l’observation de la réalité et d’avancer pas à pas en établissant la vérité de chaque pas au moyen du seul critère indépendant des sociétés humaines, qui est le critère matérialiste, une telle discussion a toutes chances de conduire à une condamnation du système économique capitaliste, et d’ailleurs, cette discussion a déjà eu lieu maintes fois : elle a toujours abouti à cette conclusion.

En 1836, Charles Darwin débarquait du Beagle ; en 1839, il publiait son « Voyage d’un naturaliste autour du monde ».

En 1859, il publiait son ouvrage aujourd’hui le plus connu, «  De l’origine des espèces par la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ».

Entre temps, Charles Darwin communiquait ses observations et découvertes dans les sociétés savantes britanniques ; les milieux religieux que l’on qualifierait aujourd’hui d’intégristes lui opposèrent violemment le récit biblique et répandirent des interprétations absurdes de ses théories, telle que celle selon laquelle « l’homme descendrait du singe », qu’il a toujours réfutées.

Lors de la publication de « De l’origine des espèces », quelques grands bourgeois riches d’Angleterre furent enthousiasmés par le concept de la «  Lutte pour la vie  » : ils s’en emparèrent et présentèrent désormais la concurrence capitaliste et son éternel aboutissement, la concentration des capitaux entre les mains des plus riches, comme la forme que prendrait la « Lutte pour la vie » en passant de l’écologie à l’économie. Ils baptisèrent « Darwinisme social » cette théorie hasardeuse et s’en servirent pour faire obstacle aux progrès du socialisme scientifique.

Sans attendre, Charles Darwin a désavoué le « darwinisme social », afin de défendre la valeur scientifique de ses travaux. Il avait entrepris de comprendre comment l’évolution des espèces a pu conduire à l’avènement de l’espèce humaine que nous connaissons ; en 1971, au bout de douze ans de réflexions, de compilation de ses notes et des observations d’autres naturalistes, il publiait «  La filiation de l’homme par la sélection sexuelle  ».

Dans ce nouvel ouvrage, Charles Darwin établit que l’espèce pré-humaine est devenue humaine en développant un atout qu’aucune autre espèce animale ne possédait : une solidarité particulière, qui commandait à chaque individu de porter secours et assistance aux plus faibles des membres de son groupe : Charles Darwin met en évidence que l’avènement de l’humanité et son développement sont dûs à un atout exactement contraire au mécanisme de la sélection naturelle, produit par un retournement dialectique de ce mécanisme, et exactement contraire au prétendu « Darwinisme social ». Baptiser de ce nom la théorie libérale de l’économie capitaliste s’avère une pure escroquerie obscurantiste : il est temps de rendre à cette théorie un nom qui la désigne véritablement, comme par exemple : « théorie bourgeoise pseudo-darwinienne de la concentration des capitaux ».

Or que commande le néolibéralisme à ceux qui lui obéïssent ?

Nous le voyons tous les jours dans les actes des gouvernements du monde capitaliste : le néolibéralisme commande de mettre fin aux systèmes éducatifs, lorsqu’ils portent tous les enfants à un niveau acceptable de culture et de connaissances générales et scientifiques ; il commande de mettre fin aux systèmes publics d’assurance maladie, de prévoyance et de retraite : en somme, il commande de mettre fin à toutes les institutions que nous devons aux luttes sociales des classes exploitées, et dont la mission est de porter assistance aux plus démunis et aux plus faibles des membres de nos sociétés : le néolibéralisme n’est rien d’autre qu’une réédition au niveau mondial de la théorie bourgeoise pseudo-darwinienne de la concentration des capitaux.

Et aujourd’hui, on nous replonge dans les affres de cette théorie malfaisante et surannée, en lui donnant seulement un nom invoquant la nouveauté : le néolibéralisme !

Pour parvenir à nous l’imposer, la caste des propriétaires de capitaux détruit tous les mécanismes sociaux que nous avions institués pour porter assistance aux plus faibles de nos congénères !...

Où nous mènent-ils de cette manière ? Evidemment, vers la fin de l’espèce humaine, vers la fin du genre humain...

Pour que l’humanité survive, il faut que nous privions les propriétaires des plus gros capitaux de tous leurs pouvoirs politiques, afin que désormais, les femmes et les hommes instituent et développent les soins attentifs que nos sociétés doivent aux plus faibles de leurs membres, et que chacune et chacun, y compris les plus faibles, participe à l’exercice de la propriété sur les ressources que nous offre la nature et sur leur mise en valeur : la revendication de socialisme se conjugue ici avec la revendication de rendre saine l’écologie du travail : cette double revendication doit nous conduire à accomplir consciemment l’institution de l’atout qui a distingué le genre humain parmi tous les autres êtres vivants de notre planète Terre.

P.-S.

Je conseille très chaudement la lecture attentive des ouvrages consacrés à Charles Darwin par Patrick Tort !

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