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Rapport moral à l’Assemblée générale du Comité ANACR du Plateau des Etangs

tenue le samedi 26 mars 2 022

dimanche 3 avril 2022, par Jean-Pierre Combe

Depuis notre précédente Assemblée générale, nos raisons politiques d’agir s’aggravent de plus en plus et deviennent impérieuses.

Nous voyons monter la violence consécutive à des menées fascistes en France : nul lieu n’en est protégé, pas même les prisons comme le montre l’assassinat d’Ivan Colonna, l’assassin du préfet Erignac, par un détenu « radicalisé », c’est-à-dire membre d’un mouvement terroriste de l’intégrisme islamique.

Dans la rue : nous venons d’assister à l’assassinat du rugbyman basque Aramburu, qui jouait dans l’équipe d’Argentine, poignardé par un membre du GUD, organisation terroriste franquiste créée pour combattre le mouvement autonomiste du pays basque espagnol.

Circonstance révélatrice, ce terroriste franquiste s’est immédiatement enfui en direction de l’Ukraine, pour y combattre les troupes russes : il l’avait presque atteinte lorsqu’il fut arrêté !...

Au-delà de ces cas particuliers, le climat de violence que nourrit la presse d’argent dans notre pays à propos de la guerre qui ravage l’Ukraine doit retenir toute notre attention !

Qu’est-ce que cette guerre ?

Elle a commencé en février 2014 par le coup de force de MaÏdan, qui a mis en fonction le gouvernement siégeant à Kiev ; elle a ensuite continué par la mise en vigueur par ce gouvernement d’une loi qui tente d’épurer ethniquement l’Ukraine de toute sa population de langue maternelle russe, puis s’est développée en appliquant à toute l’Ukraine la violence terroriste :

  • elle frappe les syndicats qui prétendent continuer de représenter, de défendre et d’organiser la manifestation des intérêts des travailleuses et des travailleurs : rappelez-vous, lors d’une telle manifestation à Odessa, les membre d’un bataillon AÏDAR ou AZOV, intégrés ensuite dans la Garde Nationale du Kiev, ont ainsi enfermé une cinquantaine de manifestants dans un bâtiment public qu’ils ont ensuite incendié, en achevant au pistolet-mitrailleur ceux des manifestants et autres occupants du bâtimient qui tentaient d’échapper à la mort en sautant par les fenêtres...
  • elle frappe les partis politiques, et pas seulement le parti communiste d’Ukraine : onze partis politiques ont été interdits depuis que l’armée russe a commencé d’intervenir en Ukraine...

Cette répression à coups de fusil des mouvements populaires n’a jamais ni nulle part cessé en Ukraine ; le peuple ukrainien ne peut que faire le gros dos pour supporter l’humiliation et pour survivre ; c’est une véritable guerre que fait au peuple d’Ukraine, toutes ethnies confondues le gouvernement qui siège à Kiev, depuis février 2014, et qui n’a jamais cessé avant février 2022.

Quelles sont les forces qui ont installé ce gouvernement à Kiev ?

Dans l’existence même de ce gouvernement, les plus lourdes responsabilités pèsent sur la « Commission européenne », sur l’OTAN et sur les partis néo-nazi-fascistes ukrainiens, qui ont été introduits en Ukraine par leurs bons offices et qui furent leurs administrations exécutives !

En vérité, c’est la guerre de l’OTAN et de la Commission européenne que les partis néo-nazi-fascistes font au peuple ukrainien depuis le mois de février 2014 ; voilà les principaux acteurs du camp ukrainien de la guerre.

Socialement, ces membres du camp ukrainien de la guerre servent les intérêts de la grande bourgeoisie propriétaire des plus gros capitaux financiers, industriels et terriens actifs ou ambitionnant d’être actifs en Ukraine, dont nous savons qu’ils sont largement entremêlés à ceux actifs dans les pays de l’Union européenne ; le fascisme, c’est cette interpénétration intéressée et fructueuse des structures d’exploitation de classe et des moyens de la violence de classe, et cela n’a pas changé depuis 1935, année où Georges Dimitrov a mis en évidence son essence et sa consistance : depuis lors, le fascisme est seulement devenu européen... Nous sommes pacifistes, nous ne pouvons pas accepter de leur livrer des armes, et nous ne pouvons pas accepter de nous allier à eux pour faire la guerre...

Pour combattre ce camp de la guerre, y a-t-il un camp ukrainien de la paix ?

Les partis nazi-fascistes, qui exercent par la violence des armes un pouvoir qu’ils ont pris en 2 014 par la violence des armes, ne font certainement pas partie du camp de la paix !

Ce camp existe pourtant : ce sont les femmes et les hommes qui refusent de collaborer avec les héritiers ukrainiens du nazi-fascisme hitlérien, qui refusent d’obéïr à leur gouvernement, qui refusent l’épuration ethnique et la réécriture de l’histoire de l’Ukraine !...

Les membres du camp ukrainien de la paix sont les membres du peuple opprimé par la caste qui a porté au pouvoir le gouvernement à participation nazi-fasciste qui siège à Kiev, même s’ils sont contraints de faire le gros dos pour supporter la violence particulièrement subie depuis huit ans ; ceux d’entre eux qui ont pris les armes et qui opposent la guerre à la guerre pour se défendre n’ont pas trahi le camp de la paix, au contraire !...

Socialement, les membres du camp de la paix sont des femmes et des hommes qui veulent vivre du travail de leurs propres mains et de l’application de leur intelligence, sans prélever de profit sur le travail d’autrui ; nous reconnaissons là les membres du peuple ukrainien avec qui nos anciens étaient alliés dans la lutte contre l’Empire hitlérien !...

Le camp de la paix dans la région centre-orientale de l’Europe

Je dois attirer l’attention sur le fait qu’avant 1992 et pendant plus de deux siècles, les frontières entre l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie étaient grandes ouvertes ; observons qu’il n’y a pas davantage de différences entre les langues biélorusse, russe et ukrainienne qu’il n’y en a entre la langue auvergnate, la langue limousine et la langue provençale ; Biélorusses, Russes et Ukrainiens forment un seul peuple ; les jeunes gens et jeunes filles, et aussi les moins jeunes, de toutes les ethnies de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine forment de nombreux couples, de nombreux mariages dont il reste aujourd’hui de nombreuses familles dans lesquelles plusieurs des multiples ethnies d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie sont métissées, et dont les deux parents ont des passeports différents ; ces familles sont établies en Ukraine, en Russie, en Biélorussie, sans vraiment tenir compte des frontières tracées entre ces pays... Ce mélange des familles est une des causes de la sensibilité du peuple russe aux souffrances que le fascisme dominant à Kiev grâce à l’OTAN fait subir aux peuples d’Ukraine ; elles sont aussi un premier lien très fort, fondateur de la solidarité pacifiste des peuples biélorusse, russe et ukrainien.

En réalité, ces familles forment la base vivante d’un camp de la paix commun à la Biélorussie, à la Russie et à l’Ukraine et qui s’étend sans aucun doute à des pays voisins de ceux-là ! Le camp ukrainien de la paix existe bel et bien, et ce serait une erreur de le croire séparé des camps russe et biélorusse de la paix !...

La gestation de la bourgeoisie post-socialiste post-soviétique

Cette bourgeoisie de monopoles s’est formée au sein de la « nomenklatura » de l’URSS...

Lors de notre libération de 1944, nos anciens analysaient la guerre que nous venions de subir : ils voyaient clairement la concurrence destructive que se livrent les sociétés capitalistes afin de s’approprier les unes aux dépens des autres les ressources nécessaires à leur production essentielle, qui est celle du profit ; sachant que cette concurrence est motrice de toutes les sociétés capitalistes, ils dénonçaient le capitalisme comme la cause de toutes les guerres...

Aujourd’hui, nous ne devons plus seulement prendre les guerres des sociétés capitalistes pour objets de notre analyse, mais élargir notre champ d’études en direction du passé, vers les guerres que se livraient royaumes, pricipautés et empires pré-capitalistes aux seizième, dix-septième et dix-huitième siècle, mais aussi en direction du présent, qui nous donne à voir des guerres de libération anticoloniale, mais aussi l’entrée en guerre de sociétés nouvellement redevenues capitalistes ou en passe de le redevenir, soit entre elles, soit dans des guerres de libération anticoloniales, soit dans des guerres entre impérialismes...

Dans tous ces cas, les classes et castes dirigeantes des sociétés belligérantes ont toujours étendu au plan politique la logique au nom de laquelle elles prétendent en économie s’approprier les ressources nécessaires à l’élargissement de leur production du profit : pour ces castes et classes dirigeantes, la guerre n’est qu’une de leurs entreprises essentielles : elles la conduisent comme leurs autres entreprises, de manière à produire du profit et à s’approprier de nouvelles ressources en vue de la production future du profit.

Il nous faut comprendre maintenant la formation de la caste bourgeoise qui se transformait en une bourgeoisie de monopoles tout en conduisant ce pays à sa dissolution.

C’est l’adoption par le soviet suprême de l’URSS des réformes proposées par l’économiste académicien Liberman qui a déclenché cette transformation ; le noyau de ces réformes était l’adoption de la gestion comptable comme principe de gestion de toutes les entreprises soviétiques ; au fur et à mesure de ses progrès, la gestion comptable faisait émerger dans toute l’URSS une catégorie fonctionnelle de technocrates de plus en plus habiles à gérer des processus industriels et économiques sans rien connaître aux différentes techniques dont la maîtrise est nécessaire à l’élaboration, à la mise en œuvre de ces processus et à l’obtention de leurs résultats. La catastrophe de Tchernobyl est typiquement le résultat de la direction par la gestion comptable, lorsqu’elle a éliminé l’intervention en gestion des assemblées générales du personnel travailleur...

Lorsque cette catégorie fonctionnelle fut bien établie en tant que caste, ses membres situés en haut de sa hiérarchie trouvèrent dans la dissolution de l’URSS l’occasion de se livrer à des manœuvres délictueuses en droit soviétique comme en droit bourgeois, pour s’approprier à titre privé les entreprises soviétiques, c’est-à-dire soumises à la propriété publique, qu’ils dirigeaient : tels sont les ploutocrates, premiers membres de la bourgeoisie capitaliste exploiteuse des pays autrefois membres de l’Union soviétique, et tels sont les oligarques, qui dirigent l’économie de ces pays, simplement parce qu’ils sont les plus riches des ploutocrates : qu’ils soient lituaniens, estoniens, biélorusses, moldaves, kazakhs, géorgiens, arméniens, azéris, ou autres, tous ont reçu de l’URSS cette même formation à l’économie et au commandement.

La dissolution de l’URSS fut aussi pour eux l’occasion de nouer des liens solides, mais contradictoires, avec les bourgeoisies étrangères (européennes, états-unienne,...) ainsi qu’avec leurs homologues chinois.

Toutes les contradictions internationales que nous connaissons aujourd’hui sont issues des divisions de la caste bourgeoise de l’ancienne URSS.

Le cas de la Russie

La montée au pouvoir de Vladimir Poutine résulte de la formation au sein de la ploutocratie russe d’une tendance indépendantiste refusant la soumission au grand capital monopoliste dominé par les USA et dont l’OTAN est le bras armé pour l’Europe ; devenu président, Vladimir Poutine l’a clairement fait comprendre aux propriétaires des capitaux russes en en mettant trois ou quatre en prison...

Instruite par la Révolution soviétique, la caste grand-bourgeoise ukrainienne craignait la contagion ; mais le pouvoir politique du gouvernement russe s’arrête aux frontières de la Russie ; le rapport des forces entre l’Etat et les propriétaires de l’économie (les capitalistes ou ploutocrates représentés par les plus puissants d’entre eux, les oligarques) ne dépendait plus désormais que des acteurs ukrainiens de ce rapport.

La bourgeoisie ukrainienne a peur du peuple : elle se couvre du bouclier de l’OTAN

Les présidents ukrainiens n’ont pas su imposer l’autorité de l’Etat à leurs oligarques : il leur aurait fallu mobiliser le peuple ukrainien et cette mobilisation, leur caste s’en méfiait comme de la peste ; séparée de sa partie russe, la partie ukrainienne de la ploutocratie s’est sentie livrée à elle-même, ou plutôt à la tentation de se réfugier sous le bouclier de l’OTAN : nous pouvions constater bientôt qu’elle y cédait.

C’est ainsi que la limite qui sépare la Russie et l’Ukraine est devenue une frontière ; je crois que personne, en France, n’est en mesure d’imaginer l’extrême humiliation ressentie par les membres des peuples d’Ukraine et de Russie devant l’érection de cette frontière !...

Le retour du nazi-fascisme

C’est bien d’un retour qu’il s’agit, et non d’une renaissance !...

A partir de 1993, l’Ukraine a vécu deux décennies d’une paix chaotique au cours de laquelle le capitalisme, donc aussi la misère du peuple, se développaient sauvagement ; en même temps, les idéologies nazi-fascistes étaient réimportées en Ukraine par les héritiers d’anciens militants qui avaient fui aux Amériques pour se mettre à l’abri du châtiment qu’ils encouraient pour leurs crimes commis au cours de la deuxième guerre mondiale !

Mais d’où sortent ces revenants nazi-fascistes de la deuxième guerre mondiale, trop jeunes pour y avoir participé eux-mêmes ? En vérité, ce n’est ni la génération spontanée, ni l’intervention divine qui les a produits ; ils étaient d’abord protégés par les services secrets des USA et des trusts US de la finance, de l’industrie et de la terre, qui avaient exploité en Amérique latine leur habileté à organiser la terreur (les Escadrons de la mort, c’est eux qui les ont définis et organisés !), et de plus, les fonds privés des trusts financent aux USA des « universités » enseignant leurs idéologies, comme d’ailleurs celles de tous les intégrismes religieux !).

Ce sont cette protection et cet « enseignement » qui ont rendu possible le retour en Ukraine, massif au cours des deux décennies de « paix chaotique », du bandérisme et des autres variantes du nazi-fascisme.

Et l’ouverture par l’une au moins des tendances nazi-fascistes (AZOV, AÏDAR, Praviy Sektor, … ?) de camps pour recruter des enfants avant même leur adolescence et en faire des soldats, alors que la formation et l’emploi d’enfants-soldats sont qualifiés de crimes de guerre et interdits par l’ONU, résulte évidemment aussi de la protection dont les services secrets des trusts états-uniens ont couvert les enseignements dispensés dans les « universités du nazi-fascisme » !...

Résister, cela veut dire aujourd’hui en France, ne pas hurler avec les loups
Jean-Pierre Combe

La discussion

La discussion qui a suivi a donné aux participants l’occasion d’attirer l’attention sur quelques points importants :

  1. Il faut, comme le fait ce rapport, sortir de laprésentation manihéenne qui est aujourd’hui la seule présente dans notre presse écrite et télévisée !
  2. Nous éprouvons un véritable ras-le-bol devant la lecture et l’audition de la presse d’argent écrite et télévisée qui est seule accessible en France !
  3. Nous estimons que la France devrait s’en tenir à une position de non-alignement et ne défendre de proposition d’interposition ou d’intervention humanitaire que sous le drapeau de l’ONU. - Le déploiement de casques bleus pourrait être une telle intervention.
  4. Le proposition faite cette semaine par Macron d’envoyer à Marioupol des troupes françaises ouvrir un couloir humanitaire d’évacuation de civils est un scandale pur et simple : un tel couloir aboutirait à sauver des membres des milices fascistes (AZOV,...) !

Le vote

Après discussion, ce rapport moral a été approuvé à l’unanimité par l’Assemblée générale du Comité ANACR du Plateau des Etangs.

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