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Le fascisme, ultime barrage contre la révolution
mardi 7 juillet 2026, par
Avertissement
La montée du fascisme atteint toutes les sociétés dites occidentales ; la fascisation se coule dans les oripeaux « démocratiques » dont leurs dirigeants ont habillé ces sociétés ; aussi tentent-ils d’en détourner l’attention des peuples en faisant circuler les théories les plus trompeuses, celles qui le réduisent à telle ou telle apparence odieuse facile à appliquer à n’importe quel pays dont la population est entrée en lutte contre l’impérialisme rebaptisé « démocratie » : ils s’efforcent alors de détourner la colère des membres des peuples d’Europe vers les peuples en voie de libération !
Afin de combattre la propagande de ces escroqueries, nous pouvons et devons mettre en action la force de la vérité en fondant nos arguments dans le mouvement même des matières dont le monde est fait (c’est-à-dire en prenant le matérialisme pour critère de vérité), et en donnant à nos raisonnements le mouvement des échanges d’arguments qui ont lieu lorsque deux personnes discutent en cherchant à se convaincre l’une l’autre (qui est par définition la dialectique dont aucune loi ne dépend des idéologies en discussion dans les sociétés, et qui n’a nul besoin des catégories figées par lesquelles les idéologues des castes dominantes perpétuent leur domination en restreignant la pensée des membres des peuples).
Prolégomènes
Un pense-bête pour mettre en œuvre la loi générale du mouvement : le Yin-Yang
La figure bien connue du Yin-yang représente l’essence, la contradiction motrice d’un mouvement, qui oppose deux de ses mouvements composants dont l’un est le contraire de l’autre, et dont chacun est présent dans son contraire.
Cette figure représente le Yin ainsi que le Yang en deux parties de même couleur, l’identité des couleurs dénotant l’identité des deux parties du Yin et l’identité de celles du Yang : le Yin est un seul mouvement, et le Yang aussi.
L’objet de notre étude est le mouvement humain dont l’hominisation est le commencement, et dont les êtres humains sont les mouvements élémentaires, indivisibles et matériels : il est aisé d’admettre la pertinence schématique du Yin-Yang : toute la complexité du mouvement réel de l’être-humain est présente dans tous les mouvements sociaux.
L‘éteignoir fasciste brandi sur les Lumières philosophiques
Tous les penseurs des pouvoirs réactionnaires et fascistes (nazis et autres), désignent eux-mêmes comme leur ennemi philosophique les Lumières « allumées » à partir de la Renaissance et qui éclairaient la montée de la Révolution de 1 789-1 793, : ces Lumières philosophiques sont essentielles pour combattre le fascisme comme elles l‘étaient alors pour combattre la contre-révolution [1].
De quoi s’agit-il ?
Fascisme, fascisation, impérialisme, démocratie, Renaissance, Révolution, libération des peuples sont des concepts de l’Histoire : c’est la science historique que nous interrogeons ici.
Connaître l’histoire : les révolutions documentaires
La science historique est une production récente de l’Esprit ; pendant des siècles, les historiographes au service des souverains produisaient des analyses des évènements passés incohérentes quant à la causalité de la succession des évènements.
De l’historiographie à la science historique
La Renaissance, au quinzième siècle, est marquée par la réflexion philosophique des Lumières : celle-ci invalide les méthodes qui dominaient jusqu’alors l’historiographie, parce qu’elles exploitaient principalement les archives des souverains, parmi lesquelles les historiographes de cour considéraient a-priori celles de leur propre souverain comme véridiques, et celles de ceux à qui un conflit les opposait comme plus que douteuses. Ces a-priori pesaient jusque sur l’histoire des guerres : ils sont l’origine du proverbe selon lequel « l’histoire est écrite par les vainqueurs ». Au contraire des historiographes de cour, les historiens cherchent à donner des évènements de l’histoire, et notamment des guerres, autant de relations véridiques faisant aux vainqueurs comme aux vaincus leur juste place.
Ainsi, les premiers historiens contribuent à l’avènement des Lumières philosophiques en rejetant l’incohérence méthodique des historiographes de cour et en entreprenant l’élaboration du processus scientifique de connaissance de l’histoire : ce processus commence par la recherche de vestiges, de traces, de documents d’archives ou autres et se poursuit dans leur analyse que jalonnent les découvertes toujours renouvelées de nouveaux faits, lesquelles découvertes nous imposent d’éclaicir les mystères entourant chaque moment concerné afin d’en approfondir la connaissance selon l’évolution de notre questionnement et de corriger les erreurs commises au cours des précédentes analyses, mais la science historique ne renie jamais ses anciennes analyses : elle en intègre la critique dans sa propre histoire. Ainsi, notre connaissance de l’histoire est elle-même historique.
La documentation scientifique du mouvement humain
Depuis plus d’un siècle, la science historique reconnaît que les vestiges archéologiques et paléontologiques témoignent durablement de la participation des femmes, des enfants et des hommes à la vie de leur société : reconnaissant ainsi leur valeur documentaire, elle multiplie les archives de toutes sortes ; elle doit donc accepter d’étudier ces vestiges et étendre son objet d’étude au mouvement qui fut celui de l’Humanité depuis qu’elle est sortie de l’animalité.
Les peuples sont actifs dans l’histoire
De trop nombreux écrivains actuels renient les Lumières philosophiques : dans l’esprit qui fut celui des historiographes de cour, ils s’attachent principalement à évaluer le rôle des chefs dans les affrontements des crises révolutionnaires : ils ne voient dans les évènements révolutionnaires que l’affrontement d’armées hiérarchisées et commandées : cette méthode erronée écarte de leur étude le rapport des individus à l’évènement : cela les rend tout particulièrement aveugles au besoin populaire de vivre en paix, qui était déjà essentiel dans la Révolution française de 1 789-94.
Le besoin de vivre en paix est une réaction populaire à la violence ; au cours des trois derniers siècles, celle-ci n’a fait que croître au fil des guerres qui les ont jalonnés : citons le cycle des guerres de l’empire de Napoléon Bonaparte, les guerres colonialistes d’un siècle et demie, d’abord relancées par les Royaumes restaurés, qui nous laissent l’héritage morbide de la Françafrique, celles de l’empire de Louis-Napoléon Bonaparte (dit Napoléon Trois), celle dite « de Crimée » faite à la Russie de 1 853 à 1 856, celle du Mexique, de 1 862 à 1 867, et celle faite en 1 870 à la coalition allemande fédérée par le chancelier de Prusse ; les deux guerres mondiales du vingtième siècle ont exacerbé partout dans le monde le besoin populaire de vivre en paix.
La Révolution, destin de l’Humanité
Le destin de l’humanité consiste dans l’évolution des sociétés : l’histoire la relate en mettant l’accent sur les moments de changements affectant les outillages, les techniques, la structure sociale et le rapport de la société à son territoire.
L’objet le plus général de la science historique est l’étude du mouvement de l’Humanité - de son destin - depuis son avènement jusqu’à nos jours : les philosophes des Lumières concevaient le mouvement de l’Humanité comme une Révolution, laquelle se développe de crise révolutionnaire en crise révolutionnaire sous l’effet des multiples contradictions qui ne cessent pas de travailler les sociétés humaines.
Réalité concrète de la Révolution humaine
La révolution de l’Humanité implique tous les êtres humains : femmes, enfants et hommes sont ses éléments matériels, sans cesse en mouvement de leur conception jusqu’à leur mort : chacun d’eux est de manière indissociable un mouvement élémentaire du groupe familial au sein duquel il se développe, un mouvement élémentaire de tous les groupes dont il est membre, et un mouvement élémentaire de l’Humanité : ni l’Humanité, ni aucun des mouvements concrets qui la composent ne sont des abstractions !
La Révolution progresse de crise en crise
L’idéologie grand-bourgeoise qui domine la France s’attache à séparer les uns des autres aussi bien les bouleversements successifs de notre société que les évènements qui ont bouleversé et qui bouleversent les pays étrangers : selon cette idéologie, quatre révolutions distinctes auraient eu lieu en France aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, et les révolutions dans les colonies américaines de la couronne britannique, ou en Haïti, en Italie, en Allemagne, en Hongrie, en Russie, en Espagne, n’auraient aucun lien ni entre elles, ni avec la Révolution française !...
Un des principes de l’étude historique est pourtant de rechercher les causes de tout événement de l’histoire dans le passé de cet événement, aussi bien dans le pays où il a eu lieu que dans les relations de ce pays avec les autres pays du monde.
L’expérience nous montre aujourd’hui que les causes révolutionnaires de chaque révolution ne sont pas toutes éteintes lorsque cette révolution s’achève : pour notre pays, la Révolution française de 1 789-94 a allumé la Révolution dans les ci-devant propriétés du roi de France : l’île de Haïti, la Louisiane et jusqu’en Acadie [2] ; en France même, les révolutionnaires de 1 830, 1 848 et 1 871 faisaient tous référence aux promesses sociales de la Révolution de 1 789 ; Karl Marx et son ami Friedrich Engels les étudiaient aussi dans les mouvements revendicatifs français de 1 848 ; en 1 871, ils correspondaient avec les Communeux ; à la fin du dix-neuvième siècle, nombre de révolutionnaires russes faisaient référence à la Révolution française, parmi eux, Lénine ajoutait de nombreuses références critiques à l’insurrection de la Commune de Paris (1 871).
Il faut aussi parler des colonies conquises par les bourgeoisies allemande, anglaise et française au dix-neuvième siècle, et de l’inspiration contradictoire que les révolutionnaires de ces colonies trouvent dans les révolutions de leurs métropoles [3]...
Donc, oui, il faut parler de la Révolution, et non pas de multiples révolutions distinctes :
La Révolution est le mouvement d’ensemble qui entraîne l’Humanité depuis son commencement [4], comme la Gravitation universelle entraîne les planètes dans leurs révolutions autour du Soleil.
La crise révolutionnaire
Elle se déroule en trois périodes successives :
- la première période voit s’accroître apparemment sans limite les tensions et difficultés de la vie quotidienne des membres du peuple : c’est la montée de la crise ;
- la deuxième voit s’accumuler les obstacles à l’action du gouvernement réactionnaire, s’accroître la violence des répressions armées en même temps que toutes les violences sociales, et conduit à la cessation des fonctions du gouvernement réactionnaire ;
- la troisième conduit à la mise en fonction grâce aux forces populaires en mouvement d’un gouvernement qui dénouera la crise en agissant sur les inégalités sociales.
Avant la crise révolutionnaire
Avant la crise révolutionnaire et éventuellement pendant plusieurs générations, les castes et classes dominantes contraignent tous les processus du travail (c’est-à-dire tous les foyers domestiques, toutes les fermes d’élevage, toutes les exploitations agricoles et forestières, tous les ateliers, toutes les usines,...) à produire l’ensemble des moyens matériels de leur richesse et de leur pouvoir, c’est-à-dire le profit : ces contraintes produisent dans les esprits des exploités les mouvements de l’habitude et de la résignation.
Par exemple aujourd’hui en France, l’ensemble de ces contraintes réalise matériellement la domination grand-bourgeoise sur toute la société.
La montée de la crise révolutionnaire
Les membres du peuple supportent de moins en moins l’aggravation des conditions de l’exploitation de leur force de travail par les classes ou castes supérieures : l’esprit de chaque membre du peuple exploité forme des mouvements contraires à la résignation et à l’habitude, tels que le refus de la misère.
Bientôt dans le peuple, les proches, les amis, les camarades et les connaissances s’accordent sur l’analyse de cette évolution et commencent à revendiquer contre les injustices et la misère.
Dans les esprits individuels, ce commencement de revendication collective accroît le mouvement mental de révolte contre la misère ; lorsque la révolte d’un membre du peuple domine sa résignation, cette personne prend le parti révolutionnaire ; la prise du parti révolutionnaire (ou « décision de faire la révolution ») est personnelle et rationnelle ; elle trouve ses motifs dans la pensée collective des groupes auxquels la personne participe : cette décision est le premier moment de la pensée individuelle de la révolution ; c’est un mouvement de l’être-humain spirituel.
Les forces actives de la révolution ne grandissent pas autrement.
La culmination de la crise
La crise culmine lorsque le gouvernement est empêché de gouverner par l’effet des tensions sociales, dont l’intensité devient telle qu’elle interdit toute modification des circuits de prélèvement du profit obtenue sans modifier les injustices du système social des inégalités.
Le dénouement de la crise révolutionnaire
Le dénouement des crises révolutionnaires commence lorsque le mouvement des forces populaires a réussi à mettre en fonction un gouvernement chargé de réduire les injustices et la misère : mais les gouvernements qui ont succédé aux multiples crises révolutionnaires que l’Humanité a vécues depuis le commencement de sa sédentarisation ont très diversement, voire contradictoirement agi sur les inégalités des sociétés qu’ils gouvernaient : certains ont diminué les inégalités sociales, au contraire d’autres qui n’ont fait qu’instituer la violence pour corseter le mouvement populaire.
C’est que les crises mettent les peuples en des mouvements qui expriment d’abord leur souffrance collective : or, les sentiments collectifs exprimant la souffrance sont insuffisants pour les déterminer à agir collectivement pour soulager cette souffrance : cette réalité permet à certains membres des castes ou classes dominantes de détourner l’énergie de la révolte populaire afin de conquérir pour eux-mêmes une position sociale supérieure.
C’est pourquoi les crises révolutionnaires du passé ont amélioré parfois grandement la position sociale de certaines parties des castes supérieures, alors que leur dénouement ramenait les membres du peuple travailleur à une condition d’exploités semblable à celle qu’ils subissaient avant la crise : de ce point de vue, les revendications populaires de la Révolution française de 1 789-94 ont commencé de changer les choses.
Considérant la situation des travailleurs engagés à la fin du dix-septième siècle dans les bouleversements de la Révolution des Droits de l’Homme, les bourgeoisies de l’ouest européen y ont vu et saisi l’occasion de prendre le pouvoir qu’exerçait auparavant la caste « noble ».
Pouvons-nous annoncer que la prochaine crise révolutionnaire sera la dernière ?
Faire la révolution
Les êtres humains éprouvent les évolutions locales des contradictions de l’Humanité : leurs esprits individuels se confrontent dans chaque groupe auquel chacune et chacun participe ; ces confrontations élaborent les conduites collectives de groupe et les conduites individuelles qui seront les leurs dans les prochains moments : elles font de chaque femme, de chaque enfant et de chaque homme une actrice et un acteur concret des contradictions de l’Humanité : la vie sociale des femmes, des enfants et des hommes consiste à faire la Révolution de l’Humanité : c’est une erreur de croire que l’on ne peut « faire la Révolution » que pendant la crise révolutionnaire : Lénine avait fort justement rappelé les révolutionnaires russes à cette vérité que le premier devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution (même si la prochaine crise révolutionnaire semble très lointaine) !
A – Prélude : l’habitat des Grands Singes Préhumains en crise
Avant la crise
L’Humanité résulte de l’Hominisation, qui est la transformation naturelle d’une espèce préhumaine de Grands Singes qui habitait les forêts de l’est africain.
A la grande différence de leurs ancêtres Grands Singes Préhumains , les membres de l’Humanité sont composés de deux mouvements, l’être-humain matériel, qui est leur corps, et l’être-humain spirituel, qui est leur esprit individuel : la réalité de cette convivance de l’esprit et du corps consiste dans la convivance de la Femme, de l’Enfant et de l’Homme.
Chaque être-humain matériel est essentiellement un mouvement complexe de matière très peu différent de celui des Grands Singes Préhumains.
L’Hominisation est une crise de l’écologie des Grands Singes Préhumains, que les individus de cette espèce surmontent en produisant leur être-humain spirituel.
Les troupeaux de Grands Singes préhumains habitent une zone forestière tropicale de l’est africain, se déplaçant en suivant le renouvellement des ressources alimentaires que la forêt leur assure ; grégaires, les Grands Singes ne s’éloignent pas de leur troupeau, lequel ne sort pas de leur habitat spécifique, la forêt.
Trois dangers menacent en permanence la survie de l’espèce des Grands Singes Préhumains : les prédateurs, la dégénérescence génétique et la mort prématurée des mères primipares et de leurs petits (leur mort « en couches ») ; la vie commune - la convivance - de leurs troupeaux assure la durée de l’espèce en les protègeant :
- contre les prédateurs, par leur comportement collectif, rendu possible par la cohésion qu’assure au troupeau le rythme soutenu des copulations de ses membres,
- contre la dégénérescence génétique par le fait que les effets de l’éventuelle consanguinité de leurs copulations sont effacés par la dispersion rapide des frères et sœurs et de leurs parents dans la foule qu’est le troupeau des Grands Singes, ainsi que par la lenteur du rythme des mutations de l’ADN de leurs gamètes ;
- contre la mort prématurée des mères primipares et de leurs petits, en veillant instinctivement à ce que les jeunes Guenons ne copulent pas avant d’avoir pleinement accompli leur puberté [5].
La crise monte
Il y a environ trois mille millénaires, le climat de cette région évolue lentement, éclaircissant la forêt et diminuant la fertilité spécifique [6] du territoire ; les troupeaux de Préhumains doivent habiter de plus grandes surfaces et n’offrent plus à leurs membres la même protection collective contre les prédateurs : seule reste protectrice la convivance de petits groupes formés de quelques Guenons, accompagnées de leurs descendants des première et deuxième génération et de quelques Singes : ces groupes préfigurent déjà nos familles.
La convivance – la vie commune -d’un groupe « familial » de Grands Singes Préhumains comprend les échanges gestuels et vocaux, le choix des campements, la recherche de la nourriture végétale et animale, l’usage d’outils de hasard, les copulations, la mise au monde des petits, leur allaitement, leurs soins d’hygiène jusqu’à leur âge adulte.
La crise culmine
Au cours de leur recherche de nourriture, ces groupes « familiaux » de Grands Singes Préhumains s’affrontent à l’éclaircissement de la forêt, puis à la savane ; cette écologie nouvelle pour eux modifie leur convivance en leur imposant des déplacements à terre de plus en plus nombreux et longs ; au cours de ces déplacements, le périnée des guenons enceintes est sollicité beaucoup plus intensément que par la convivance du troupeau dans la fotêt dense : de ce fait, en proportion sans cesse croissante, leurs nouveaux-nés sont mis au monde avant d’avoir acquis in utéro les instincts qui dictent aux Grands Singes les comportements nécessaires à leur survie : privés de ces instincts, ces Grands Singes prématurément nouveau-nés doivent tout apprendre de leurs parents Grands Singes Préhumains ; ce sont les premiers Enfants, les premiers Humains : pendant toute leur vie, l’incessante communication interindividuelle de convivance des groupes « familiaux » de Grands Singes Préhumains enseigne leurs comportements instinctifs à leurs descendants : pendant toute leur vie de parents, ils initient l’Hominisation, qui transforme l’espèce des Grands Singes Préhumains en l’espèce Humaine.
Dénouement de la crise : le nomadisme hominise les Grands Singes préhumains
Ainsi, les Grands Singes préhumains résolvent la crise de leur habitat en adoptant la nomadisation par groupes familaux, renouvelant ainsi la convivance de leur groupes :
La convivance – la vie commune - des groupe « familiaux » de Grands Singes Préhumains qui élèvent les premiers Enfants Humains comprend les échanges gestuels et vocaux, l’aménagement des lieux de vie (des campements), la recherche et la préparation de la nourriture végétale et animale, l’usage d’outils de hasard, puis d’outils par destination, les copulations, la mise au monde des petits, leur allaitement, leurs soins d’hygiène et leur éducation.
L’aménagement des campements, l’usage d’outils par destination et la préparation de la nourriture permettent au groupe familial d’allonger ses circuits de nomadisation, formant la différence entre l’espèce en voie d’hominisation et les autres espèces de Grands Singes.
L’hominisation de la sexualité
Les copulations des Grands Singes en voie d’hominisation sont endogames pendant la nomadisation de leurs groupes « familiaux » isolés : les copulations de leurs membres ont principalement lieu entre parents proches ou très proches (frère et sœur, mère et fils, père et fille) à un rythme très supérieur au rythme des mutations de l’ADN de leurs gamètes : en conséquence, certains de leurs Enfants sont affaiblis par de premières tares de dégénérescence génétique ; ils font ainsi l’expérience de la dégénérescence génétique de leurs Enfants.
Lorsque deux ou plusieurs groupes « familiaux » se rencontrent au hasard de leurs nomadisations, ils s’unissent en un groupe « familial » temporaire : ce groupe élargi donne lieu à des copulations exogames, lesquelles engendrent des enfants indemnes de tares génétiques.
Que ces naissances aient lieu pendant la durée du groupe temporaire (donc plus de neuf mois après la formation de ce groupe) ou après sa séparation en groupes familiaux, les membres des groupes familiaux ne manquent pas d’observer la meilleure santé de leurs nouveaux-nés : cette expérience leur enseigne à distinguer l’exogamie de l’endogamie ; en quelques générations, ils constatent que ces nouveaux-nés de copulations exogames devenus adultes inhibent la transmission par les partenaires de leurs copulations des tares de dégénérescence ; ce renforcement d’expérience de l’exogamie heureuse conduit les êtres humains à intégrer la nécessité des copulations exogames.
Lorsque les derniers Grands Singes préhumains disparaissent, les groupes « familiaux » ne comptent plus que des Femmes, des Enfants et des Hommes : l’espèce des Grands Singes préhumains s’est transformée en l’espèce Humaine, en même temps qu’elle cessait d’appartenir au même genre que les Grands Singes : l’espèce Humaine est seule dans son genre.
B – Le genre Homo ou espèce humaine
Le genre Homo proprement dit commence au cours de l’hominisation, lorsque les derniers Grands Singes préhumains disparaissent ; c’est l’étude des vestiges découverts par les fouilles paléontologiques qui détermine strictement sa définition : Homo est le premier être semblable aux Grands Singes dont les vestiges sont mêlés à des vestiges d’outils par destination : cette définition associe l’émergence du genre Homo au commencement de la culture dont nous savons qu’elle est totalement portée par les Femmes, les Enfants et les Hommes : il s’ensuit que depuis ses premiers vestiges certains, le genre Homo ne fait qu’un avec le genre humain [7].
L’hominisation n’a pas duré plus de quelques dizaines de générations : un demi-millénaire, c’est moins que l’incertitude qui entache la date du début de l’Humanité : or, nous sommes certains que nous devons nos actuels codes sexuels sociaux aux quelques derniers millénaires écoulés avant nous : ce n’est pas l’hominisation qui les a produits.
1) Le corps de l’être humain produit et porte son Esprit
Dès la formation des neurones de l’organisme, environ cinq semaines après la première division de l’œuf, et jusqu’à leur mort, chaque neurone est parcouru depuis les dendrites de son corps cellulaire jusqu’aux ramifications terminales de son axone par un mouvement ondulatoire de ses électrons ; le contact des ramifications terminales de l’axone avec les dendrites du corps cellulaire d’un ou de plusieurs autres neurones assure la propagation de ce mouvement à ce ou à ces autres neurones.
La matière grise de notre système nerveux central [8] étant entièrement composée de neurones inter-connectés [9], elle est elle-même entièrement parcourue par le mouvement ondulatoire des électrons de ses axones : nous appellerons ici mouvement ondulatoire intra-encéphalique la partie de ce mouvement qui parcourt le cortex de notre encéphale.
a) De l’observation d’un événement à la réponse que lui donne l’être-humain
Les impressions que reçoit l’être-humain du monde qui l’environne excitent les dendrites des corps cellulaires présents dans ses organes sensitifs : ceux-ci transforment ces excitations en modulations du mouvement ondulatoire qui parcourt son axone : ces modulations sont les influx que chaque axone transporte jusqu’à son extrémité ramifiée, et qui parviennent ainsi dans le cortex cérébral, aux terminaisons de nos nerfs sensitifs qui les impriment continûment en une modulation initiale du flot ondulatoire intra-encéphalique.
Cette modulation initiale parcourt le cortex de l’encéphale en y provoquant des restitutions, par les sous-mouvements du flot intra-encéphalique, de séquences de modulations partiellement semblables à elle et qui résultent de la vie antérieure de l’individu ; ces séquences restituées surmodulent la modulation initiale et forment ainsi, au contact des dendrites des nerfs moteurs, la surmodulation terminale qui organise et édite la réponse gestuelle, visuelle et vocale de l’individu à l’évènement présent : dans le système nerveux central, l’encéphale est interposé entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs.
La réponse gestuelle, visuelle et vocale de l’individu à l’événement présent, éventuellement perturbée par quelque réflexe ou par quelque réaction instinctive, impressionne elle aussi ses organes sensitifs : les influx qui en résultent surmodulent la modulation terminale, formant avec elle le moment présent de la représentation virtuelle de la vie concrète de l’être-humain : cette « dernière » modulation du flot intra-encéphalique de nos influx nerveux est susceptible d’être restituée totalement ou partiellement, immédiatement ou dans un délai plus ou moins long ; ainsi est élaboré tout ce que nous renvoie ou renverra notre mémoire, souvenirs véritables ou illusoires, rêves de toutes natures : la mémoire est un produit de la fluidique [10] intra-encéphalique.
L’incessante communication interindividuelle de convivance des groupes « familiaux » où vivent les premiers êtres Humains produit le langage humain ; au moyen du langage humain et des mémoires de leurs membres, les groupes « familiaux » de Grands Singes et d’êtres Humains produisent l’Esprit : le langage est un facteur essentiel de l’hominisation de l’espèce des Grands Singes préhumains.
Grâce au langage humain, les Femmes et les Hommes continueront l’enseignement reçu de la convivance des Grands Singes préhumains après leur disparition.
Les groupes temporaires de rencontre réalisent la communion spirituelle des groupes « familiaux » ; lors de leur séparation, de reprendre la nomadisation ne rompt pas la connexion de leurs mémoires, que renforce encore l’échange éventuel de quelques membres adultes.
Ainsi, pour l’espèce humaine (pour le genre humain), le langage est un facteur essentiel de l’humanisation.
b) L’exogamie heureuse devient appétance pour les rencontres d’autres groupes
Ainsi, pendant les siècles de l’hominisation, peut-être un ou deux millénaires, les groupes familiaux élèvent des Enfants nés au cours de nomadisations dont l’isolement a duré deux ou trois fois le temps d’une gestation et d’autres nés juste avant ou peu après la séparation d’un groupe « familial » temporairement élargi : ils observent d’abord que ces autres enfants nés de copulations exogames ayant eu lieu lors de la rencontre d’un autre groupe ne présentent aucun signe d’affaiblissement, puis que devenus adultes, ils (ou elles) engendrent des enfants vigoureux et bien formés quel que soit la (ou le) partenaire de leurs copulations.
Il en est certainement résulté une appétance festive pour la sexualité exogame à laquelle donnent lieu les groupes temporaires de rencontre.
Lorsque le groupe temporaire se sépare en groupes familiaux, l’échange de quelques membres adultes hommes ou femmes peut enrichir encore davantage leur potentiel génétique.
c) La convivance du groupe « familial » est le chantier collectif sur lequel chaque être humain façonne en même temps dans son corps l’esprit que développe son groupe « familial » et son esprit individuel .
Les réflexes et les instincts du nouveau-né se forment au confluent de l’expression des gènes de ses chromosomes et des impressions que le fœtus reçoit du corps de sa mère.
Les Enfants nouveaux-nés apprennent de leur entourage des comportements, des gestes et des sons nouveaux pour eux, et nécessaires à leur survie : les incessantes modulations et surmodulations des influx nerveux portés par leur flot ondulatoire intra-encéphalique supportent cet apprentissage.
La communication interindividuelle de convivance est la fonction spirituelle du groupe « familial » ; chaque groupe familial accueille les enfants que les mères mettent au monde, assure leur éducation et leur première instruction : ce faisant, il façonne tout à la fois l’esprit du groupe et l’être-familial de ses membres ; pendant les quelque trois mille premiers millénaires de l’existence de l’Humanité, la communication interindividuelle de convivance assure au moyen du langage humain l’interaction au sein de chaque groupe familial de quatre fonctions interdépendantes :
- l’esprit individuel de chaque personne,
- l’esprit collectif de chaque groupe familial (relié à l’être-familial de ses membres),
- l’éducation et l’instruction de leurs membres les plus jeunes,
- le travail, qui produit et inscrit dans la nature les conditions de vie de l’Humanité ; le travail est l’action appliquée à la biosphère par les groupes « familiaux » de l’Humanité pour rendre habitables leurs lieux de vie ; c’est le mouvement humain de l’écologie.
2 - Fonctions vitales de l’Esprit
a) L’attention est la faculté de notre esprit à concentrer notre conscience sur une partie du moment présent de notre vie : elle en mobilise l’observation de manière à donner à la surmodulation présente dans la mémoire immédiate l’emphase qui assurera ses restitutions ultérieures.
b) L’Esprit, la conscience, la pensée individuelles
Les observations, actes et comportements conscients sont ceux que les êtres humains accomplissent en sachant ce qu’ils font : les autres sont instinctifs ou réflexes.
La conscience d’observer et d’agir permet à l’être humain de discuter avec pertinence de son action présente : la conscience exerce les fonctions d’observation et de contrôle sur tous les instants de notre vie ainsi que sur nos échanges.
Au sein de l’être-humain spirituel, les mouvements conscients développent la pensée ; trois mille millénaires durant, l’Humanité assure ce développement tout en étendant sa nomadisation à l’ensemble des terres émergées et non glacées.
3 - L’éducation du jeune être humain
L’éducation du jeune être humain consiste dans ses échanges gestuels, visuels et vocaux de toutes natures avec les membres de son groupe familial, puis avec les membres des groupes de rencontre auxquels participe son groupe « familial » : tous les moments de la vie quotidienne des groupes dont le jeune être humain est membre sont pour lui des processus éducatifs et instructifs ; ses convives au sein de ces groupes n’ont accès :
- ni au flot des influx nerveux qui supporte son esprit individuel,
- ni aux sous-mouvements de ce flot qui supportent ses fonctions spirituelles.
Après la naissance, la communication interindividuelle de convivance forme l’être-individuel de l’Enfant en modelant son mouvement-support dans le mouvement général de la fluidique intra-encéphalique de ses influx nerveux.
L’éducation des Enfants participe du développement de l’esprit du groupe familial.
4 - L’être-individuel et l’être-familial
L’être-social d’un groupe d’êtres humains (son esprit collectif) est la cohérence collective des esprits individuels (les êtres-individuels des membres de ce groupe) qui résulte de leurs échanges de convivance : l’esprit collectif n’a pas d’autre support ; quels que soient les groupes, les sens de leurs membres informent leur être-social (leur esprit collectif) de leur propre vie et de la vie du monde qui les environne ; ce processus assure au groupe familial les moyens d’une adaptation plus large aux conditions que lui offrent les lieux de vie : il assure donc aux premiers groupes de Grands Singes commençant leur hominisation la possibilité de s’éloigner du troupeau.
Le comportement collectif d’un groupe consiste dans l’interaction des comportements de ses membres : la nomadisation par petits groupes formant famille est le comportement qui a distingué définitivement des Grands Singes préhumains les groupes familiaux dont certains membres étaient Humains.
5) L’Esprit, production continue de la matière
Il se montre ici que depuis les premiers Enfants nés de Grands Singes Préhumains, le corps humain matériel produit collectivement au sein du groupe « familial » son Esprit individuel et l’Esprit collectif de son groupe : produire l’Esprit est donc une fonction caractéristique permanente que toute Femme, tout Enfant et tout Homme assument collectivement au sein de leur famille, quelle qu’en soit la composition [11], au moyen de la communication interindividuelle de convivance [12], en modelant et en remodelant sans cesse la mémoire de chacun d’entre eux : ce constat est l’essence du matérialisme en philosophie.
C – l’Humanité croît et étend son habitat
Les groupes « familiaux » observent les territoires qu’ils parcourent, choisissent des emplacements et y produisent les conditions favorables à leur vie ; ainsi, les progrès concomitants du travail et de l’observation de la nature élargissent, au fil des millénaires, l’habitat de l’Humanité.
L’Humanité n’augmente pas la longueur de ses circuits de nomadisation : ses groupes familiaux se déplacent, engendrent de nouveaux groupes qui s’insèrent sur le territoire ; leur insertion perturbe la fréquence de leurs rencontres périodiques ; le maintien de ce rite nécessite l’extension du territoire : tous les groupes « familiaux » peuvent être conduits à parcourir de nouveaux itinéraires, certains à franchir de gros obstacles géographiques, notamment orographiques et climatiques.
Maintenir et transmettre la connaissance
La mémoire collective des groupes « familiaux » reste essentiellement volatile : au cours de la rencontre de groupes « familiaux », les restitutions de la mémoire de chacun de leurs membres sont fortement sollicitées par la convivance du goupe de rencontre, notamment par l’invocation des évènements qui ont précédé cette rencontre : les restitutions mémorielles ne concernent pas seulement la vie des membres des groupes réunis, mais aussi les paysages parcourus, et donc tout particulièrement les reliefs, la végétation et les animaux qui ont attiré leur attention : les membres des groupes apprennent très vite à se servir de ces évènements pour invoquer des restitutions mémorielles lorsqu’ils se trouvent dans une situation semblable.
L’invocation consciente de restitutions mémorielles est certainement le moyen par lequel les humains en voie d’hominisation sont d’abord parvenus à maintenir la connexion des groupes, ensuite à enrichir leur mémoire au cours de l’extension de leur habitat : la fonction spirituelle d’invoquer consciemment les restitutions mémorielles est naturellement devenue un rôle naturel des aînés ; l’objet essentiel de cette fonction est de maintenir la mémoire des ressources des anciens lieux de vie, ainsi que la mémoire des groupes temporaires des rencontres passées ; cette fonction s’est bientôt spécialisée dans le rappel simultané des comportements qui ont été utiles et des circonstances dans lesquelles ils ont été utiles ; devenant rappel rituel d’anciennes observations, ce rappel a engendré le conservatoire oral de connaissances qu’est l’animisme.
Les connaissances ainsi conservées sont en même temps celles des groupes de rencontre et celles des pays parcourus : il s’agit en vérité de géographie humaine.
Pendant une très longue période, la pratique des restitutions mémorielles ne requiert pas que l’on y croie : l’animisme n’est pas une religion, mais l’origine la plus profonde des religions.
Fonctions spirituelles liées à la transmission aux plus jeunes
Lorsque l’Enfant apprend, sa conscience et son attention observent et contrôlent ses gestes et comportements, ainsi que son attention sensible (toucher, goût, odorat, regard, écoute) ; en même temps, les adultes de son groupe « familial » observent et contrôlent eux aussi les gestes et comportements de l’Enfant, de manière à rendre banal son effort de porter son attention, qui est son effort de concentrer sa conscience sur ce qu’il apprend : la tâche principale de l’éducation des nouveaux-nés, des Enfants et des adolescents consiste à les habituer à l’effort d’adéquation de leurs propres comportements à la vie du groupe dont ils sont membres [13].
Pour tous les membres du groupe familial, l’éducation des jeunes êtres humains consiste à établir avec eux des relations telles qu’ils se saisissent de la matière nécessaire à l’élaboration des fonctions de leur Esprit : le nouveau-né, l’enfant et l’adolescent sont les acteurs de leur propre éducation.
A tous âges, l’être-humain observe le moment présent dans lesquel il intervient : les séquences d’influx dont la modulation initiale de son flot intra-encéphalique provoque la restitution représentent des évènements antérieurs de sa vie individuelle qui peuvent avoir cessé d’être conscients ou ne l’avoir jamais été : leurs restitutions confrontent au vécu de l’individu l’observation qu’il fait du moment présent, tout en réalisant à tout moment la contribution de sa personnalité à ses comportements.
La diversification de l’Esprit, des civilisations et des parlers
Les groupes « familiaux » qui se rencontrent fréquemment développent le même esprit : en sorte que la formation de leurs groupes de rencontres est immédiate et n’exige de leurs membres aucune adaptation langagière ou coutumière.
Moins leurs rencontres sont fréquentes, plus grandes sont les divergences de leurs Esprits ; lorsque leurs connexions passent par des relais, elles contrarient d’autant plus difficilement la tendances des esprits à diverger que les relais nécessaires entre eux sont plus nombreux ; les Esprits des groupes « familiaux » divergent librement lorsque les obstacles géographiques leur interdisent toute rencontre.
En résulte la diversité des patois, des dialectes, des langues et des civilisations : cette diversité reflète la diversité des Esprits des populations humaines ; cela étant, la diversité de leurs Esprits n’interdit jamais aux groupes « familiaux » et autres de renouveler une corrélation ancienne qui semblait disparue, ou d’établir une corrélation absente, selon leur besoin de communiquer [14], notamment lorsque la répétition des rencontres des mêmes groupes familiaux aux parlers différents recrée les conditions de leur convivance, ou qu’ils ont établi des relations durables de commerce.
Fonctions spirituelles liées à la conduite du travail
L’observation, le travail, la science
Depuis trois mille millénaire, tous les parlers humains se développent en tant qu’outil collectif au moyen duquel leurs locuteurs développent leur participation au travail et leur connaissance du monde ; ces développements consistent à intégrer dans leurs parlers leurs rapports complexes à la réalité matérielle.
Si diverses qu’elles soient, leurs grammaires permettent à tout moment d’exprimer tous les raisonnements actuels de la science, de la technique, de la technologie, de la philosophie, de la politique, depuis l’observation jusqu’à l’action, pourvu seulement que leurs locuteurs forment (ou empruntent à d’autres idiomes) les mots nouveaux qui y sont nécessaires.
Depuis une vingtaine de siècles, les développements du travail produisent les moyens graphiques de représenter soit les objets que travailleuses et travailleurs observent dans la nature ou dans leur environnement, soit ceux qu’ils vont mettre en fabrication, soit les mouvements qu’ils doivent communiquer à leurs outils pour réaliser ces fabrications : ces moyens graphiques sont le dessin, puis la géométrie perspective, la géométrie, l’art du trait, la géométrie côtée, puis la géométrie descriptive ; les tracés graphiques postérieurs au dessin résultent des mouvements théoriques dont usent les femmes et les hommes appliqués au travail ; l’observation, la technique, la technologie, puis la science se développent à partir de ces mouvements en intégrant les tentatives de mettre en pratique chaque étape d’élaboration des théories : les vérifications pratiques, sans lesquelles il n’y a pas de science, consistent dans ces tentatives.
L’Esprit, du groupe « familial » au genre humain
L’être-humain spirituel est indissociablement individuel et collectif ; de plus, la pensée d’une personne n’est jamais identique à aucune pensée collective : chaque personne participe en effet aux échanges interpersonnels sans jamais se départir de son quant-à-soi, notamment de son histoire, qui est nécessairement différente de l’histoire de toutes les autres personnes, de tous les autres membres de l’espèce Humaine.
Pendant les trois mille premiers millénaires de l’Humanité, deux facteurs stimulent la communication interindividuelle de convivance ; ce sont :
- la nomadisation, qui développe les fonctions spirituelles d’observation des lieux et des ressources qu’ils offrent, de connaissance des convives [15], de la terre, de l’eau, de la végétation et de la faune, ainsi que d’adaptation des techniques du travail ;
- la rencontre toujours renouvelée d’autres groupes familiaux.
Les communions des groupes temporaires de rencontre produisent l’Esprit commun des groupes qui se sont rencontrés : la corrélation des Esprits des groupes « familiaux » partenaires de la rencontre est d’autant plus forte que ces rencontres se renouvellent et donnent lieu à l’échange éventuel de partenaires masculins et féminins sans laisser à la mémoire le temps de l’oubli : ainsi, l’esprit de chaque groupe familal contribue d’abord à former, de relais en relais, l’Esprit de l’espèce des Grands Singes préhumains en voie d’hominisation, puis l’esprit du genre Homo, c’est-à-dire du genre humain ; chaque jour, l’Humanité produit et maintient l’Esprit.
Premières œuvres matérialisant la mémoire
Les premiers alignements de mégalithes sont aujourd’hui « vieux » de quelque trente mille ans ; par rapport à l’ancienneté de l’Humanité, cette très ancienne inscription mémorielle est toute récente ; trois mille millénaires, c’est à peu près le temps pendant lequel l’Humanité produisait l’Esprit et perfectionnait ses mouvements constitutifs par voie orale et sous le conditionnement incessant des processus d’éducation et d’instruction des plus jeunes, ainsi que de la nomadisation et de la formation des groupes temporaires élargis lors des rencontres d’autres groupes : l’Humanité a doté l’Esprit de ses mouvements essentiels avant d’inventer les premières formes d’écriture : la mémoire des Femmes, des Enfants et des Hommes est le seul support de ces mouvements de l’Esprit, et ce support est un mouvement vital de leur système nerveux central.
5 - La crise générale du nomadisme
Avant la crise du nomadisme
Les membres du genre humain (de l’espèce Humaine) nomadisent à la recherche de leur nourriture par groupes formant famille, composés de quelques femmes, de quelques hommes, de leurs enfants et petits-enfants ; les copulations assurent trois fonctions héritées de l’espèce des Grands Singes préhumains :
- maintenir la grégarité du groupe, ce qui signifie dans l’Humanité maintenir les liens affectifs unissant les membres des groupes familiaux,
- lors de la rencontre de groupes familaux différents, les réunir en un seul groupe formant temporairement famille,
- assurer le renouvellement des générations.
Dans la convivance de nomadisation, le travail est extensif et indifférencié :
- extensif : lorsqu’un groupe familial a épuisé les ressources d’un territoire, il se déplace et s’établit sur un territoire abandonné depuis assez longtemps ou même nouveau ;
- indifférencié : chacune et chacun sait tout faire et apprend de chacune et de chacun ce que l’autre sait faire, ou fait mieux que lui ou qu’elle.
Tel est le mode de vie qui conduit l’espèce humaine, sitôt apparue parmi les Grands Singes Préhumains, à étendre son habitat selon les besoins de ses effectifs : en quelque trente mille millénaires, elle habite toutes les terres émergées et non glacées.
La biologie seule divise la convivance en réservant à la Femme de concevoir, de porter, de mettre au monde et d’allaiter les nouveaux-nés, imposant en même temps à son groupe de lui apporter toute l’assistance nécessaire en nourriture pour elle et en soins d’hygiène pour elle et son bébé ; la participation du nourrisson à la convivance de son groupe contribue à son sevrage.
Du point de vue de l’écologie, l’être-spirituel que porte chaque être humain (son être-humain) fait que :
- les groupes d’êtres humains s’adaptent à toutes les terres émergées et à tous les climats, exception faite des calottes glaciaires, des montagnes perpétuellement glacées et des déserts les plus extrêmes ;
- l’espèce humaine s’avère capable de se protéger de ses plus redoutables prédateurs.
Montée et culmination de la crise du nomadisme
Trois millions d’années après être apparue, l’Humanité n’a plus de nouveaux territoires à découvrir et le travail extensif épuise les ressources de l’Humanité nomade.
Pour assurer leur survie, les groupes familiaux d’êtres humains doivent modifier et perfectionner leurs travaux afin de mieux extraire leur nourriture de leur environnement naturel et de mieux habiter leurs lieux de vie.
La culmination de la crise du nomadisme n’est pas simultanée en tous lieux : elle s’étend progressivement aux territoires au fur et à mesure de ce que la surpopulation nomade les atteint ; les contradictions concrètes que rencontrent les groupes familiaux ne sont pas identiques dans tous les territoires habités ; pour ces raisons, le dénouement de la crise générale du nomadisme progresse lentement et diversement de territoire en territoire, selon les contradictions que les groupes familiaux résolvent en modifiant leurs rapports mutuels.
Le long dénouement : la sédentarisation
Du travail indifférencié au travail divisé
- certains groupes nomadisent en s’accompagnant d’un troupeau nourricier ;
- d’autres groupes perfectionnent la cueillette en renonçant au nomadisme :
- ceux-ci divisent la convivance en inventant l’agriculture et l’habitat sédentaire ; la sédentarité crée des convivances territoriales de voisinage (village, bourg, région,...) ;
- la convivance divisée divise le travail en spécialisant les travaux des membres des groupes familiaux dans certaines tâches permanentes ou temporaires (gros travaux saisonniers) :
- la convivance particulière aux tâches spécialisées du travail crée les catégories sociales, qui traversent les groupes familiaux ;
- le rôle incombant à chacune et à chacun dans le processus du travail détermine désormais les modalités de sa vie quotidienne ;
- les nomades font désormais étape dans le voisinage des bourgs ou des villages qu’habitent les groupes sédentarisés : c’est donc désormais de village en village, de bourg en bourg que les nomades traversent les régions, en troquant à chaque étape divers objets : ils nouent ainsi les relations commerciales qui font désormais partie tout à la fois de la convivance des groupes familiaux nomades et sédentarisés : d’occasionnel, le troc devient méthodique ; le nomadisme de l’échange préfigure notre colportage…
La sexualité sédentarisée : vers la prohibition de l’inceste
Alors qu’elle n’a aucun effet sur le rythme des mutations de l’ADN de l’espèce humaine, la sédentarisation de l’humanité n’efface pas l’appétance de ses membres pour les copulations exogames, c’est-à-dire dont les partenaires sont membres de groupes familiaux différents ; cela étant, le voisinage sédentaire ne renouvelle pas les voisinages de groupes : ses effets sur la survie de l’espèce sont contradictoires :
- les groupes familiaux sédentaires ne connaissent plus de périodes de nomadisme : leurs copulations sont d’abord endogames : ils doivent chercher satisfaction de leur appétance pour les copulations exogames soit auprès des groupes nomades lorsqu’ils font halte dans le voisinage de leur bourg ou de leur village, soit lors de visites aux groupes voisins.
- Cela étant, l’exogamie sédentaire reste restreinte : contre la dégénérescence génétique, elle offre aux membres des groupes « familiaux » sédentaires une protection moindre que celle qu’offrait précédemment l’exogamie du nomadisme ;
Répondant à la nécessité de faire naître des enfants indemnes de tares génétiques, la préférence sexuelle se fait de plus en plus plus exigeante et conduit les pères à préférer se détourner de copuler avec leurs filles, les mères avec leurs fils, les sœurs et frères entre eux ; quelques temps plus tard, cette préférence devient exclusive et s’inscrit dans les rites sexuels des villages ; en quelques siècles, cette exclusion rituelle deviendra la prohibition de l’inceste.
La sexualité intègre désormais la cohésion des groupes familiaux dans la cohésion des groupes de voisinage et des groupes territoriaux : la réalité vicinale et territoriale prend corps.
La sédentarisation spirituelle
Le voisinage fédère la convivance des groupes familiaux sédentaires en convivance villageoise, bourgeoise et territoriale.
Chaque catégorie sociale fédère l’esprit des groupes familiaux qui y participent en un esprit particulier : ainsi adviennent les êtres-sociaux des membres de ces groupes : lorsqu’une catégorie sociale traverse des groupes familiaux, les êtres-sociaux de ceux de leurs membres qui sont aussi membres de cette catégorie sociale relient ces groupes entre eux.
Les groupes sédentaires aussi bien que les groupes nomades développent leurs relations commerciales en un mouvement de leur esprit qui les relie à leurs partenaires commerciaux : le nomadisme de l’humanité sédentaire n’est plus le nomadisme de l’humanité nomade.
6 – l’Humanité organise sa sédentarité
l’avènement des souverainetés
Lorsqu’un territoire est trop petit pour permettre que plusieurs groupes vivent ensemble (ou convivent) pendant le temps nécessaire à modifier la division du travail pour en renouveler les tâches, chacun de ces groupes se sent menacé par les autres dans son existence même : jusqu’à ce jour, ils se sont affrontés en une guerre, c’est-à-dire au prix du sang de leurs membres [16].
Le danger de guerre devient permanent : les groupes s’organisent pour y faire face : alors apparaissent les fonctions caractéristiques de la guerre : celle de combattre à mort, celle de commander au combat, celle de décider de la guerre et de la paix : ces fonctions guerrières jouent un très grand rôle dans la transformation des modalités individuelles de la vie quotidienne en droits inégaux de vivre, c’est-à-dire dans la genèse des inégalités en droits.
Le pouvoir exercé par les membres de la catégorie dominant une société sur les membres des catégories dominées de cette société est le mouvement par lequel les dominants déterminent la vie des dominés.
La discipline est un mouvement moral qui encadre la vie, donc aussi la pensée de chaque personne dominée ; c’est un concept historique, qui évolue au cours du temps, en même temps que sociologique, distinct d’un corps social à l’autre : il y a des disciplines : toutes conditionnent diversement la pensée des dominés.
Le prince, le roi, l’empereur, qui sont respectivement les souverains d’une principauté, d’un royaume et d’un empire, se sont attribué la fonction de décider de la guerre et de la paix.
La sédentarisation de l’Esprit
La sédentarité donne lieu aux esprits de voisinage communs aux membres des groupes familiaux voisins dans le village ou la région : on est de son village ou de sa région : ce sont l’être-villageois et l’être-régional.
La spécialisation par tâche du travail divisé, divise en catégories sociales les membres des groupes sédentaires ; l’avènement des catégories sociales donne lieu aux esprits sociaux catégoriels, c’est-à-dire aux êtres-sociaux communs aux personnes appliquées à la même tâche : on est de son métier.
La diversité linguistique constitue un obstacle que les discussions populaires, en cas de besoin, parviennent toujours à surmonter, à l’exemple des mineurs français et polonais qui travaillaient ensemble, tant dans les mines cévenoles que dans celles du Nord (voir note 14).
Le développement de l’Humanité sédentaire
Devenu sédentaire, le genre humain se développe de crise locale en crise locale.
Les conflits de souveraineté mettent en cause la vie des membres des groupes familiaux sédentaires habitant les territoires faisant l’objet du conflit : jusqu’à ce jour, ils ont conduit souvent à la guerre, et la succession des guerres a formé les principautés, royaumes et empires.
Les souverains exploitent intensément et sans cesse la mémoire jusque dans les guerres pour étendre leur souveraineté à toute la population d’un territoire et pour l’y maintenir : ils intègrent la fonction religieuse à leurs fonctions souveraines et s’en servent pour mener leurs troupes au combat.
Cette intégration n’est jamais totale : la fonction souveraine, que le christianisme appellera plus tard la fonction séculaire, se développe ainsi autour de la fonction destructrice, celle de la guerre.
La fonction religieuse, elle, concerne le maintien des rites mémoriels : elle assure ce maintien par l’encadrement de ces rites dans un système de règles plus faciles à enseigner que les contenus mêmes de la mémoire : le christianisme appellera cela plus tard la fonction régulière, encadrée par les règles de la religion.
Intégrée à la fonction souveraine, la fonction religieuse maintient préférentiellement les rites qui favorisent l’exercice actuel du pouvoir souverain ; le pouvoir souverain a pour essence l’opposition du pouvoir séculier et du pouvoir régulier.
7 – Souveraineté de Droit Divin : le royaume de France
a - La dyarchie de droit divin
Depuis l’an 511, Clovis et ses successeurs s’engagent à protéger l’Eglise catholique, apostolique et romaine, dont le souverain pontife leur remet la souveraineté séculière sur leur royaume en conservant par devers soi la souveraineté régulière : en conséquence, les habitants du royaume subissent les pouvoirs de deux Etats concurrents :
- l’Etat séculier, bientôt composé des compagnons de Charlemagne, à qui leur empereur a délégué à titre héréditaire la suzeraineté d’une partie de son territoire, c’est-à-dire la tâche d’exercer la souveraineté en son nom et sous son contrôle ; jusqu’à l’abolition de la Noblesse en 1 789, ces compagnons et leurs descendance en forment l’ossature ;
- Le Clergé, c’est-à-dire les prêtres catholiques qui administrent les biens que leur Eglise s’est appropriée, et qu’exploitent différents ordres de moines dont certains assurent le fonctionnement logistique et la défense militaire de la hiérarchie des prêtres depuis les curés des paroisses jusqu’au pape de Rome.
Ces deux Etats se partagent le pouvoir souverain.
Le reste de la population encadré dans les paroisses par les curés est regroupé sous le concept de Tiers Etat ( troisième Etat ) ; deux pouvoirs asservissent et exploitent ses membres : le pouvoir régulier du curé de chaque paroisse, et le pouvoir séculier du seigneur local.
De nombreux habitants du royaume n’appartiennent à aucun des trois Etats ; soit que leur religion n’est pas celle du pape de Rome, soit qu’ils vivent en marge des lois du souverain : cathares, bohémiens, juifs, tziganes ou autres ne sont rien dans le royaume, qui ne les protège pas : ils sont les victimes désignées de toutes les persécutions ou croisades !...
La discipline féodale d’allégeance personnelle régit l’Etat séculier
Les « Nobles », de par leur naissance, ont le privilège d’obéïr à l’allégeance féodale, qui soumet personnellement et totalement le vassal à son suzerain, depuis le bas jusqu’au sommet de la hiérarchie féodale, encadrant ainsi le droit seigneurial de châtier ses vassaux.
La Noblesse fait fonction d’Etat pour tous les nobles et pour les serfs de leurs domaines.
Les disciplines rituelles du Clergé régissent l’Etat régulier
La prière, la confession, la messe et la communion sont les rites quotidiens de l’allégeance personnelle au pape de Rome.
Les croyants de la religion catholique, apostolique et romaine se divisent en deux catégories : les membres du Clergé, qui ont prononcé des vœux équivalents à un serment d’allégeance, et les « laïcs », croyants exempts de ces vœux.
Les « laïcs » vivent en paroisse sous l’autorité d’un curé, qui dirige leurs consciences ; ils doivent se confesser régulièrement, communier si le curé, satisfait de leur confession, les y autorise, ne pas travailler le dimanche et entendre la messe.
Les membres du Clergé exercent tous les métiers nécessaires à l’existence des institutions de l’Eglise, soit à leur financement comme calligraphier des documents précieux, Evangiles ou « livres d’heures » que paieront des hommes riches, bourgeois ou aristocrates, soit par leurs contribution à la propagation de la foi religieuse, comme construire des églises, ou à l’économie du royaume, dont les effets bénéfiques sont évidents tels que défricher et cultiver les marais ou la haute montagne, construire des ponts ou creuser des canaux.
Les rites quotidiens de l’allégeance au pape réservent à l’Eglise la totalité des produits du travail et de l’implication de l’intelligence de quiconque fait œuvre au sein des institutions de l’Eglise : la totalité des connaissances écrites ainsi élaborée s’accumule dans ses bibliothèques, qui ne sont ouvertes aux profanes que par exception : l’Eglise catholique, apostolique et romaine n’alphabétise même pas tous les membres du Clergé.
Le Clergé papiste fait fonction d’Etat pour les gens d’Eglise : tel est le privilège de la foi.
Notons encore que les paroisses sont les seules institutions de l’Eglise au sein desquelles des enfants naissent : pour les paroissiennes, c’est un devoir.
Au sein des paroisses, les parents élèvent leurs enfants sous la surveillance d’un parrain qui prend devant l’assemblée paroissiale l’engagement de veiller à ce que le nouveau-né devienne un bon catholique.
Un refuge pour les serfs fugitifs ?
Les deux Etats sont en concurrence devant les serfs qui fuient l’allégeance féodale des domaines seigneuriaux, c’est-à-dire le servage :
- les uns trouvent refuge dans les bourgs et passent sous la loi bourgeoise ;
- d’autres font allégeance d’une manière ou d’une autre à l’Eglise ;
- en outre, l’Eglise offre une « grâce » à certains criminels qui fuient la police et le tribunal séculiers, à condition qu’ils acceptent d’y faire pénitence.
Séculière (urbaine) ou régulière (religieuse), la discipline à laquelle les uns et les autres se soumettent est tout aussi contraignante que l’allégeance féodale.
La discipline contractuelle du Tiers Etat : les bourgs et les villes
Le haut Moyen Âge voit les « nobles » ou roturiers qui se sont attribué la propriété de terrains riverains de voies fluviales navigables et donnant lieu à concentration d’activités commerciales louer leurs terrains ou leurs bâtiments à des artisans ou à des commerçants ; tout en y habitant, ceux-ci y installent leurs ateliers ou y entreposent leurs marchandises : ces terrains deviennent ainsi des bourgs et des villes, et eux-mêmes, des bourgeois ; ils passent entre eux des contrats pour régler leurs échanges de marchandises et de services ; la pratique de ces contrats engendre la discipline contractuelle, dont la régulation est, depuis le haut Moyen Âge, l’objet principal des parlements et conseils municipaux bourgeois, lesquels délibèrent aussi des relations de leur bourg ou de leur ville avec la noblesse et avec le Clergé ; la discipline contractuelle asservit toutes les travailleuses et travailleurs.
Institution des échanges purement financiers : l’agiotage
A la recherche de financements pour leurs entreprises, les bourgeois entrepreneurs garantissent leurs emprunts en émettant des billets à ordre : ces papiers deviennent bientôt autant d’objets d’un négoce, l’agiotage.
Les privilèges de la richesse
Afin de cohabiter avec la féodalité, les bourgeoisies de chaque bourg et de chaque ville font allégeance collective à un seigneur ou à un évêque suffisamment puissant pour protéger le bourg ou la ville : elles placent ainsi les privilèges collectifs que leur confère leur richesse dans l’une des deux hiérarchies féodales concurrentes.
- le privilège économique des propriétaires ou commanditaires des processus de production est de prélever le profit sur la plus-value incorporée par le travail ouvrier dans la marchandise : c’est la source de leur richesse ;
- leur privilège social est d’exercer en lieu et place des travailleuses et travailleurs qu’ils exploitent (en les employant ou en les hébergeant) les droits sociaux dont ceux-ci sont exclus par l’exécution des tâches de travail et parce qu’ils sont hébergés par le patron : cette exclusion assure aux bourgeois commanditaires de processus de production le commandement de travailleuses et de travailleurs disponibles jour et nuit.
b - La crise de la dyarchie
Certains ordres monastiques militaires font le commerce de l’or, des monnaies et des objets précieux (or, argent, ambre,...) depuis le nord de l’Italie jusqu’aux rives de la Baltique : c’est ainsi que l’ordre des Templiers se rend maître d’un très grand pouvoir séculier dans les territoires où ont lieu ses échanges ; les opérations de l’ordre du Temple donnent au Clergé un pouvoir qui menace celui du Roi, ouvrant une crise de la dyarchie de droit divin : depuis le règne de Louis 11, la crise mûrit : elle culmine vers 1 300 avec Philippe Le Bel.
De 1 307 à 1 310, le roi élimine l’ordre du Temple, sécularise ses biens et dénoue la crise en assurant la prééminence du pouvoir séculier sur le pouvoir régulier.
La philosophie des lumières naît de l’émancipation des sciences
Les savants instituent la science
Les institutions féodales et religieuses d’Ancien Régime canalisent étroitement la production des œuvres de l’esprit dans les limites politiques du droit divin, ainsi que dans les limites religieuses du droit canon : les personnes savantes qui étudient des mouvements de matières indépendants de ces institutions s’isolent au sein de ces institutions si elles en sont membres, ou même placent leurs études en-dehors ; la vérité de leurs études, que chaque savant lit dans le mouvement de la matière qu’il étudie, ne les conduit jamais à réintégrer ces institutions : c’est ainsi que les savants invalident l’utilisation en science des critères de vérité propres aux ordres canoniques des religions ou à l’ordre féodal et valident les critères propres aux sciences.
Conduisant depuis le haut Moyen Âge le commerce des produits de la terre, la bourgeoisie éprouve la nécessité de relier la production des marchandises et la connaissance des lois de la nature, celles que nous étudions aujourd’hui aux chapitres de l’Astronomie, de la Biologie, de la Géologie de la Chimie et de la Physique.
En vérité la lutte des savants contre l’autorité des religions converge avec la lutte que mène la bourgeoisie pour accaparer la maîtrise des marchés des produits de l’agriculture au détriment des congrégations religieuses ; cette convergence aiguise la conscience bourgeoise de ce qui relie la science et le pouvoir :
- les congrégations religieuses (papistes) élaborent le pouvoir de la foi catholique en développant systématiquement diverses techniques fondées sur une connaissance précise des lois de la nature : mise en production de terrains marécageux, adduction d’eau en vue de l’irrigation de terrains trop secs, construction de ponts, …
- la bourgeoisie quant à elle affronte les congrégations sur les marchés des produits de l’agriculture et de l’artisanat : pour cela, elle a besoin du progrès de la production des paysans et des artisans qui ne sont pas membres du clergé.
Depuis la Renaissance et pendant les siècles des Lumières, cette raison rend la bourgeoisie consciente de son besoin d’aider les savants à émanciper la science en brisant les emprises religieuses.
L’historiographie mondiale a besoin de cohérence
La plupart des facteurs des crises révolutionnaires antérieures à la Révolution française échappent aux historiographes de leur époque : ceux-ci élaborent la connaissance qu’ils en ont et qu’ils nous en proposent en extrapolant les documents qui leur sont accessibles : leurs sources sont principalement les membres des gouvernements qui ont pris le pouvoir à l’occasion de la crise, secondairement les serviteurs des gouvernements que cette crise a dépossédés du pouvoir, et en troisième lieu, certains témoins de ces évènements dont quelques-uns peuvent y avoir été engagés sans prétendre exercer de pouvoir ; ainsi, ces documents manquent de la cohérence nécessaire pour permettre d’accéder à une vision d’ensemble de la crise révolutionnaire, encore moins du mouvement de l’Humanité.
A partir du milieu du quinzième siècle, l’histoire des révolutions est mise en questions : les philosophes définissent plus largement l’histoire et entreprennent de la décrire comme un mouvement ininterrompu de l’Humanité auquel ils donnent le nom de Révolution, par référence aux révolutions des planètes autour du Soleil : ils font ainsi évoluer tous les principes de l’étude historique ; l’Histoire devient pour eux la science dont l’objet est d’étudier la Révolution de l’Humanité, celle-ci se développant de crise révolutionnaire en crise révolutionnaire sous l’effet des multiples contradictions qui travailleront l’Humanité jusqu’à ce qu’elle assure à chaque être humain des droits égaux à chacun des autres êtres humains, sachant bien que l’universalité du besoin d’égalité en droits n’a jamais été évidente.
Désormais, les historiens ne sont plus empêchés d’accéder au rapport à l’évènement des membres des sociétés en crise, notamment au besoin populaire de vivre en paix [17].
En réalité, le pacifisme est, à l’égal du refus de la misère et des injustices, une forte raison de la prise de parti populaire de faire la révolution.
Révolution documentaire de la science historique
Reconnaissant le droit humain universel de penser et d’exprimer sa pensée, la philosophie des Lumières cause un foisonnement documentaire qui complique beaucoup la tâche des historiens, les obligeant à repenser l’analyse des crises révolutionnaires : auparavant, cette analyse mettait en évidence les premières manifestations de l’ordre politique et social consécutif à la crise : tout au plus les historiographes auraient-ils pu deviner dans les bouleversements de l’ordre politique que seule l’intervention des membres du peuple travailleur, des exploités, causait les différences observables entre la réalité du nouvel ordre politique et les premières intentions que les chefs révolutionnaires avaient inscrites dans leurs actions concrètes ; mais les historiographes considéraient les documents de ces interventions populaires comme « peu sérieux » et les écartaient de leur documentation.
Les Lumières philosophiques
Pendant les décennies qui précédaient la Révolution française de 1 789-94, les savants instituaient leur propre discipline, la discipline d’étude, qui consiste à soumettre toute étude aux critères de vérité étrangers aux religions et aux ordres politiques d’autorité parce que procédant des mouvements de la matière étudiée.
c - La monarchie de droit divin
En 1 516, le roi François premier, vainqueur l’année précédente à Marignan, signe avec le pape Léon 10 le concordat de Bologne par lesquel le Roi de France devient le premier clerc dans son royaume : il y cumule ainsi le pouvoir séculier et le pouvoir régulier : désormais, le royaume de France est une monarchie de droit divin.
L’évolution des forces économico-politiques
Le déclin du système féodal
Les guerres féodales systémiques ont réduit la Noblesse à l’impuissance : la reine Catherine de Médicis le comprend et entreprend de renforcer le pouvoir royal, tout en évitant soigneusement de renforcer le pouvoir du Clergé papiste ; elle et ses successeurs attirent les Nobles à la cour, où ils dépensent dans les festivités royales les revenus qu’ils prélèvent dans leurs domaines.
Les progrès de la discipline d’études
Depuis des siècles, les savants étudient leur spécialité dans le silence de leur laboratoire ou de leur observatoire ; ils lisent la vérité de leurs découvertes dans les lois des mouvements matériels qu’ils observent ; lorsqu’elles contredisent les mythes fondateurs des autorités religieuses ou royales et qu’ils les rendent publiques, ils encourent les foudres de tribunaux dont les uns jugent selon les canons de leur Eglise, les autres selon l’ordre féodal, les uns et l’autre étant établis par des traditions d’autorité ignorantes du fondement et de l’objet de la science.
Au cours de ces procès, les savants défendent l’utilisation en science des critères de vérité propres à leur discipline ; or, les critères de vérité propres aux ordres canoniques des religions ou à l’ordre féodal fondent les sentences des tribunaux : jusqu’a la Renaissance, les savants sont seuls sur la sellette des accusés et l’issue de ces procès est fatale.
Le travail paysan enseigne les paysans
Depuis la fin du nomadisme, le travail sédentaire enseigne les membres des groupes « familiaux » : la sédentarisation a imposé aux familles paysannes d’appliquer leur travail et leur intelligence à la surface de terre qui leur est accessible, en vue d’assurer leur subsistance : les paysans ont ainsi pris conscience qu’une certaine surface de terre ne peut produire davantage qu’une certaine quantité de denrées et de biens.
Individuellement, certaines et certains fuient la sujétion du travail paysan et rejoignent les bourgs ou les villes, où une minorité entreprennent de mettre en valeur eux-mêmes un métier appris dans leur famille, la plupart vendant leur force de travail à quelque entrepreneur.
Depuis la sédentarisation, le travail enseigne aussi aux travailleuses et aux travailleurs la formation des catégories complexes des sociétés antiques, puis féodales, puis médiévales..., et c’est la confrontation de tout cela aux difficultés de se nourrir, de s’habiller et de se loger qui leur donne conscience de l’injustice sociale inscrite dans le mouvement général de la propriété, né de la sédentarisation, en même temps que de leur besoin de vivre en paix.
Le travail n’est pas un échange marchand
L’entrepreneur oblige les travailleuses et travailleurs qu’il emploie à appliquer leur travail à la matière ou au produit semi-fini qu’il leur donne à travailler : le travail y ajoute la valeur qui en fait une marchandise.
Le salaire est le prix auquel le propriétaire du processus de production rémunère le temps passé par la travailleuse ou par le travailleur à exécuter les tâches du travail.
La relation réelle de la travailleuse ou du travailleur à leur employeur n’a que l’apparence d’un contrat : c’est d’abord l’échange de l’hébergement contre l’obligation de travailler ; cela fonctionne bien plutôt comme une allégeance. Le premier besoin de la femme, de l’homme et de l’enfant qui travaillent est de se reposer et de s’alimenter : au cours des premiers siècles de l’industrie bourgeoise, le lit et la table sont les principaux éléments du salaire, accompagnés seulement de quelques sous apparaissant comme des primes. Dans les bourgs et les villes, la misère est le lot des travailleuses, des travailleurs et de leurs enfants.
Qu’il soit perçu en nature ou en espèces, le salaire est nécessaire au salarié pour reproduire sa force épuisée par le travail ; sauf que les salariés ne perçoivent le juste salaire que dans la mesure de leur pression revendicative sur leur employeur.
L’entreprise capitaliste
Les bourgeois entrepreneurs constituent l’entreprise capitaliste en se rendant propriétaires de matières premières ou de produits semi-finis, des outils nécessaires pour les transformer, en engageant des travailleuses ou des travailleurs à appliquer leur travail à les transformer, puis en vendant le produit de cette transformation : le profit que le bourgeois capitaliste escompte est ce qui lui restera lorsqu’il aura rémunéré le travail accompli et payé les outils et les matières premières.
La maladie génétique de l’entreprise capitaliste
Le taux du profit est le rapport du profit perçu par l’entrepreneur capitaliste à la fin d’un cycle de production au capital qu’il a investi dans ce cycle : lorsque l’entrepreneur prend la décision politique d’incorporer au capital de l’entreprise une part de ce profit, il augmente évidemment d’autant le capital investi dans le cycle de production suivant ; pour la même production, les travailleuses et travailleurs ajoutent au cours de ce nouveau cycle la même valeur à la marchandise ; il s’ensuit que le taux du profit rapporté par ce nouveau cycle de production à l’entrepreneur capitaliste est plus faible que celui rapporté par le premier.
Cette diminution n’a pas de compensation dans la répétition du même cycle de l’économie d’entreprise : c’est une véritable maladie génétique incurable de l’entreprise capitaliste. Karl Marx, au premier tiers du dix-neuvième siècle, appelait cette maladie la baisse tendancielle du taux de profit. L’avidité de l’entrepreneur capitaliste à percevoir le profit maximal en est le symptôme.
Le commerce enseigne les bourgeois
Les échanges contractuels enseignent à la bourgeoisie que les seules marchandises dont la vente ou la revente peut enrichir ceux qui en font commerce sont celles qui prennent sur le marché une valeur d’échange supérieure au total du capital investi et des salaires perçus par les travailleuses et travailleurs qui ont fait ce travail : le travail fait pour produire les marchandises et les présenter à la vente est la seule source de toute richesse.
Le travail n’est pas la mesure, mais la source de la valeur incorporée dans la marchandise par les tâches du travail : la mesure de cette valeur est le temps d’exécution des tâches qui ont réalisé cette marchandise.
Les artistes, écrivains et savants produisent les œuvres de l’esprit
Ils inscrivent leur intention, qui est immatérielle, dans la matière de l’œuvre : les souverains et les Eglises dominantes (en France, l’Eglise catholique) craignent les effets de leurs œuvres sur l’esprit des sociétés : leurs censures veillent à limiter ces effets.
Les artistes plasticiens et architectes tentent de vivre de la vente de leurs œuvres et de la protection de quelque seigneur.
Beaucoup d’artistes des arts vivants (musique, théâtre, chant, danse, pantomime...) s’installent dans le nomadisme faute de trouver la protection de quelque aristocrate ; ils contribuent à la formation et à la diffusion dans le peuple d’idées nouvelles, ces idées sont souvent produites par les besoins de leur public, mais parfois, ont été secrètement sorties des circuits fermés des institutions religieuses ou royales.
La musique est une activité paysanne : certains paysans font la musique des bals villageois ; certains musiciens font profession de la musique religieuse ou de la musique de cour.
Qu’ils soient d’église, bourgeois ou aristocrates, les premiers écrivains et savants n’ont pas besoin de vendre leurs œuvres : leur famille, aristocratique ou bourgeoise, ou leur congrégation religieuse assurent leur vie ; les savants, astronomes, naturalistes et médecins, étudient la nature des astres, de la Terre, des animaux, des plantes, ainsi que de nos corps ; les médecins espèrent que leurs patients leur verseront des honoraires, mais Ambroise Paré a obtenu de François premier une ordonnance qui leur interdit de poursuivre en justice leurs mauvais payeurs.
d - La crise de la souveraineté de Droit Divin
Les progrès de l’allégeance personnelle au Roi
A l’aube de la Renaissance, les rois de France instituent la Maison du Roi pour exercer les fonctions essentielles de l’Etat : les fonctionnaires royaux civils et militaires sont agents de la Maison du Roi ; nobles ou roturiers, tous sont soumis à la discipline d’allégeance personnelle au Roi, que le roi veille à substituer à l’allégeance personnelle au suzerain caractéristique du système féodal.
La fièvre de l’agiotage
Sous la Régence, la spéculation devient la fonction économique des propriétaires des capitaux réels des entreprises, créant le marché de l’agiotage, lequel donne lieu à des scandales financiers retentissants...
Montée de la crise révolutionnaire
La discipline contractuelle libère la dynamique propre à l’économie bourgeoise
Les inégalités politiques entre bourgeois se creusent région par région ;
- les bourgeois les plus riches dominent la bourgeoisie régionale : ils s’imposent aux bourgeois moins riches grâce à leurs moyens financiers ;
- ils accumulent du capital en dépouillant les moins riches, jusqu’à en faire des prolétaires ; pour survivre, ceux-ci se vendent comme en esclavage ;
- devenant de moins en moins nombreux, les bourgeois s’efforcent de contrôler leurs marchés en imbriquant leurs capitaux au niveau du royaume ;
Ce processus politique de concentration des capitaux s’intègre d’abord parfaitement au processus nobiliaire de concentration de la propriété terrienne entre les mains des « nobles du plus haut rang » ; à terme, il rendra l’ensemble des bourgeoisies du royaume assez puissant pour maîtriser l’évolution de la crise révolutionnaire de 1 789-1 794.
Mûrissement de la crise révolutionnaire
Aux dernières décennies du dix-huitième siècle, quelques membres de la noblesse qui maintiennent des troupes prêtes pour la guerre et qui ont montré un véritable talent pour les conduire au combat sont autorisés à vivre dans leurs domaines ; d’autres servent la Maison du Roi ; les autres vivent à la cour et perdent rapidement toute compétence politique.
Les nobles de cour couvrent leurs dépenses somptuaires en élevant sans cesse les divers prélèvements que leur assure leur suzeraineté sur leurs domaines, plongeant les paysans toujours plus profondément dans la misère.
En conséquence de cette misère croissante éclatent une succession de jacqueries ; vers le milieu du dix-huitième siècle, cette succession ressemble à un mouvement de révoltes paysannes.
Les incessantes guerres et querelles religieuses affaiblissent le clergé.
Le roi, premier clerc du royaume, se montre habile à maintenir l’autorité du pape de Rome à distance de ses prétentions.
Depuis des siècles, la bourgeoisie maîtrise l’appareil judiciaire et les finances du royaume, et entretient des gardes bourgeoises armées pour faire la police et maintenir l’ordre bourgeois dans les bourgs et les villes : elle a désormais l’ambition de conduire les affaires du royaume...
Au printemps de 1 788, la crise est mûre : le Roi convoque pour le printemps suivant une réunion des Etats généraux de son royaume afin de recevoir les doléances de ses sujets :
- la Noblesse en délibère au sein de ses Etats provinciaux,
- le Clergé au sein de sa hiérarchie épiscopale et sous la supervision du Pape,
- les membres du Tiers Etat sont réunis par leurs curés dans leurs paroisses.
Les paysans participent aux réunions de leurs paroisses pour faire valoir leurs droits de vivre contre la situation que leur fait le Royaume en prélevant de telles quantités du produit de leur travail agricole ou industriel (alors presque partout artisanal et rural) qu’il ne leur reste pas de quoi assurer dignement la nourriture, l’habillement et le logement à leurs familles.
La crise culmine : le royaume est obsolète
Délibérant dans ses patois et langues locales et rédigeant en français, langue du roi, les Cahiers de doléances du Tiers Etat, le peuple s’empare de la revendication d’égalité en droits de vivre et s’insurge ; il devient ainsi la force matérielle de la Révolution.
Les années suivantes, l’insurrection paysanne rend impossible la continuation du royaume de droit divin, cause la proclamation de l’Assemblée constituante, renverse l’absolutisme, puis le royaume lui-même, et impose à la société deux ans de République.
e - Dénouement révolutionnaire de la crise
Nationalisation de la souveraineté, avènement de la Nation
En l’an 1 789, la Révolution française confère la souveraineté de notre territoire à notre peuple, déchéant ainsi le Roi de France et lui substituant notre Nation, qu’elle place au rang des princes, rois et empereurs : le concept de la Nation englobe tous les habitants du royaume, y compris ceux, nombreux, qui n’appartiennent à aucun de ses trois Etats.
L’esprit national en résulte : il procède de la communication des groupes de femmes, d’enfants et d’hommes qui habitent le territoire de la nation et qui assument désormais l’autorité souveraine : cette communication engendre un mouvement de leur esprit individuel, leur être-national ; les différences interindividuelles et interrégionales, les conflits entre les individus et entre les groupes, toutes leurs contradictions économiques, sociales et politiques, toutes leurs évolutions et leurs résolutions animent l’esprit national en même temps que l’être-national de chacun des habitants du territoire national.
Transformation de la Maison du Roi : la Fonction publique
De nombreux fonctionnaires royaux se soumettent aux décisions de l’Assemblée constituante, puis de l’Assemblée Nationale, qui les financent en vue de leurs nouvelles missions : c’est ainsi que la Maison du Roi se transforme en Fonction Publique.
Les finances publiques
Nationaliser la souveraineté annulait les allégeances dues conjointement au Roi et au Pape en quoi consistait l’ancien régime de souveraineté : le peuple travailleur refuse désormais les prélèvements nobiliaires, cléricaux et royaux qui finançaient les fonctions jusque naguère assurées par les fonctionnaires royaux, le Clergé et les autorités bourgeoises.
Le Peuple souverain rend la Nation récipiendaire de toutes les allégeances relatives à la souveraineté : l’élection de ses Représentants fait de la Représentation nationale la source des missions de la fonction publique ; les fonctions qu’ils exercent engagent les fonctionnaires à servir la Nation ; telle est la discipline nationale.
L’assemblée constituante entreprend de rédiger une Constitution afin de définir un cadre général pour les fonctions des nouvelles institutions du pouvoir politique et pour leur financement par l’impôt : la Nation réorganise les fonctions de l’état séculier au sein des nouvelles institutions.
Logiquement, l’assemblée constituante tente d’intégrer de même celles de l’état régulier : elle rédige la Constitution civile du Clergé ; de nombreux curés, proches des paysans, acceptent cette démocratisation du ci-devant état régulier et lui prêtent serment.
Mais deux obstacles s’y opposent :
- les vestiges de l’état régulier : à l’intérieur de l’ancien royaume, les bandes contre-révolutionnaires assassinent nombre des « curés jureurs ». A l’étranger, le Pape de Rome la refuse, et les prêtres qui lui sont fidèles la rendent impossible ; les survivants des « prêtres jureurs » sont alors défroqués... Le combat frontal du Pape contre la Révolution française durera jusqu’au concordat qu’il signe avec Napoléon Bonaparte et à la suite duquel il bénit son empire ; mais la lutte de l’église catholique pour rester ou redevenir maîtresse de toutes les disciplines pratiquées par le clergé, c’est-à-dire propriétaire de tous les produits du travail fait en son sein, n’a jamais cessé. L’Eglise catholique de France reste l’Etat clérical extérieur à la Nation ; par conséquent, toutes les institutions nationales seront laïques.
- les nombreux habitants du royaume qui n’appartiennent à aucun des trois Etats ; juifs, cathares, bohémiens, musulmans, protestants [18] ou autres, qui nétaient rien dans le royaume, se voient reconnue la plénitude de leurs droits humains et civiques par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : celle-ci rend illégaux pogromes et croisades.
Les bourgeoisies des villes forment des milices armées sur le modèle des Gardes bourgeoises d’Ancien Régime ; leur mobilisation pour défendre la Convention des représentants du peuple convoquée à la suite de la journée insurrectionnelle du dix août pour rédiger une nouvelle constitution en fait bientôt des unités locales de la Garde nationale, dont la discipline est très différente de celle en vigueur dans l’Armée de ligne : notamment, chaque caporal, sous-officier et officier jusqu’au chef de bataillon est choisi par le commandement parmi trois candidats présentés par ses futurs subordonnés : ce mode d’élection assure la discipline de la Garde nationale victorieuse de l’invasion prussienne à Valmy, le 22 septembre 1 792.
Ensuite, la réalisation de l’amalgame révolutionnaire de l’armée de ligne et de la Garde nationale étend à toutes les armées de la République et jusqu’au grade de colonel ce mode d’élection des gradés ; l’élan révolutionnaire qui en résulte sera exploité par Napoléon Bonaparte jusqu’à Moscou, mais au bénéfice de la contre-révolution dont en réalité, il est mandataire.
Révolution et besoins spirituels de l’être humain : la discipline d’étude
Le mouvement révolutionnaire libère les écrivains des censures royale et religieuse : la littérature devient leur moyen de prendre parti pour ou contre la révolution ; leurs débats enrichissent notre littérature.
Votée le 26 août 1 789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen émancipe la pensée de chacun des membres du peuple : cette émancipation fait de chaque personne une source légitime du mouvement collectif qu’est la pensée nationale.
La Révolution abolit le droit d’Ancien Régime : c’est désormais selon le droit bourgeois que les mécènes vont contrôler leurs protégés : les bourgeois riches endossent volontiers le rôle valorisant de protecteur des arts joué naguère par les aristocrates riches ; cela ne change pas les conditions de la vie des artistes des arts vivants, des plasticiens et des architectes.
Les savants se libèrent de la double contrainte politique et religieuse de l’Ancien Régime et participent matériellement à la Révolution, notamment en contribuant à l’armement des volontaires levés en masse pour combattre les bandes armées royalistes et l’invasion des armées des princes d’Europe coalisés.
La liberté et l’égalité ont besoin d’idées nouvelles et vraies
Dans un premier temps, la Révolution libère le mouvement des idées à la recherche de la vérité, c’est-à-dire la discipline d’étude.
La Convention nationale, suivant le rapport de Lepelletier de Saint Fargeau lu par Robespierre, reconnait la nécessité de compenser les handicaps de la pauvreté en élargissant à tous les enfants l’enseignement de la lecture, de l’écriture et du calcul.
Ce motif d’un droit républicain des citoyennes et des citoyens à un enseignement universel ferait de l’exercice de la discipline d’étude un droit civique et humain.
Afin de former les ingénieurs et les officiers supérieurs dont la France manque évidemment, la Convention Nationale assume en 1 794 l’importance de la discipline d’étude et sa cohérence révolutionnaire avec la discipline nationale en créant, dans le cadre de la Garde Nationale, une Ecole centrale des Travaux publics, sous la direction du géomètre Gaspard Monge [19], avec pour devise : « Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire ».
Mais en vérité, à partir de l’automne de 1 788, le peuple du royaume de France a fait la Révolution contre les privilèges de la naissance et contre ceux de la foi catholique sans se préoccuper de ceux de la richesse : désormais, les privilèges de la richesse contrôlent, limitent et orientent la discipline nationale et la discipline d’étude.
1 793 : la force populaire de la Révolution a adopté la Constitution de l’an 1 de la République par un vote populaire.
Stabilisation contre-révolutionnaire de la crise
Les armées britanniques entrent en guerre contre la révolution ; au lieu d’être promulguée , la Constitution est « suspendue jusqu’à la paix » : face à la guerre contre-révolutionnaire, la bourgeoisie impose son pouvoir et décrète une conscription massive, bloquant ainsi toute initiative populaire pouvant lui faire obstacle.
La bourgeoisie légalise ses privilèges
Aussitôt maîtresse de l’Assemblée législative, elle avait :
- privé les prolétaires du droit de s’associer à peine proclamé dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen : le décret du 7 juin 1 791, dit « loi Le Chapelier », renouvelait les missions policières de répression : les travailleurs penseront, mais n’auront pas la parole !...
- édicté les lois abolissant les privilèges de la naissance et de la foi et mettant en vente les biens des « nobles » émigrés et ceux de la haute Eglise catholique (depuis de nombreux siècles, la persécution maintient les autres Eglises dans la pauvreté) ; ces biens sont dévolus selon la discipline contractuelle, qui préside aux ventes de biens immobiliers ; pour la bourgeoisie riche, c’est une aubaine : elle s’approprie ces biens sans rien changer à leur régie : dans les domaines ruraux dont ils deviennent propriétaires, les bourgeois maintiennent la discipline d’allégeance.
Mais la vente des biens des privilégiés spolie le peuple paysan de ces terres : il se révolte à nouveau, notamment dans les régions nantaise, bordelaise, lyonnaise : la bourgeoisie, maîtresse des lois, écrase ces révoltes paysannes dans leur sang.
Les propriétaires de capitaux, eux, utilisent le droit d’association pour défendre la propriété contre les prolétaires, et les maintenir sous la vieille discipline d’allégeance.
Face au peuple, la bourgeoisie prend la place des ordres privilégiés
La grande bourgeoisie n’est pas sûre que la discipline nationale lui garantisse l’obéïssance des forces de police : elle recrute des hommes de mains et recourt aux services des Collets noirs de la Jeunesse dorée, une faction plus royaliste que le roi, dont les membres portent un habit noir à collet de soie noire lorsqu’ils pratiquent en bandes organisées le terrorisme contre-révolutionnaire ; cette faction est formée par discipline d’allégeance au sein de la jeunesse de l’aristocratie d’Ancien Régime, qui dispose de salles d’armes permettant l’entraînement quotidien au maniement de l’épée, du bâton, et de la lourde canne noueuse. Les Collets noirs de la Jeunesse dorée sont la première bande armée fasciste en France.
8 - La bourgeoise construit sa dictature
La bourgeoisie prend le contrôle des affaires publiques :
- la discipline contractuelle devient la loi de l’économie nationale ; désormais, cette loi capitaliste suffit à contraindre les propriétaires des moyennes et petites entreprises ;
- la ci-devant « noblesse de robe » se met au service du nouveau régime : cette caste de juristes intègre dans la fonction publique les corps chargés de tenir les registres des lois et d’administrer la justice, dont elle assume le recrutement et le contrôle, et continue les anciennes fonctions contractuelles d’avocat et d’avoué.
- la bourgeoisie transforme en finances de la République les finances royales, confiant la fonction fiscale à un corps spécialisé dont elle assume le recrutement et le contrôle ; la bourgeoisie usurpe ainsi la maîtrise des finances publiques.
La grande bourgeoise réprime la Révolution et prend tous les pouvoirs
Arrive l’an 2 de la République (1 793-94) : quatre ans après la réunion des Etats Généraux, les grands-bourgeois constatent que leurs privilèges, ceux de la richesse, que ne limitent plus ceux de la naissance ni ceux de la foi, leur confèrent assez de pouvoir pour mettre un terme à la Révolution : ce qu’ils font, se montrant ainsi contre-révolutionnaires.
La limite de la Révolution est atteinte : le 9 thermidor an deux de la République (27 juillet 1794) la grande bourgeoisie l’écrase dans le sang du peuple : son coup d’Etat est immédiatement suivie d’une vague d’assassinats qui fait en quelque six semaines au bas mot dix fois plus de victimes que la Terreur révolutionnaire de 1 793 n’en a fait en six mois.
Ayant ainsi épuré la Convention de ses membres authentiquement révolutionnaires, elle coiffe la République d’un Directoire et instaure un nouvel ordre inégal confirmant le privilège de la richesse en l’instituant en plusieurs niveaux.
Les institutions de la dictature bourgeoise seront l’œuvre du Directoire, puis du Consulat et de l’Empire que Napoléon Bonaparte prendra soin d’appuyer sur l’Etat régulier du ci-devant royaume, dont les institutions supérieures et le souverain pontife sont étrangers à la Nation française.
Ce n’est qu’après plus d’un siècle de lutte pour la liberté de penser et d’exprimer sa pensée que la République française entreprendra de réaliser la laïcité de nos institutions parce qu’elle est essentielle à la citoyenneté des nombreux habitants de notre pays qui ne croient pas dans la religion catholique, ni même dans le Christ.
Prenant en mains tous les pouvoirs de la République, Napoléon Bonaparte engage les armées de la République dans une longue suite de guerres de conquête, qui permettent à la bourgeoisie française du grand capital d’entreprendre une fructueuse politique d’alliances avec les bourgeoisies capitalistes européennes, en même temps que s’entretuent sur les champs de bataille la jeunesse républicaine de notre pays et les armées ennemies ; or, les soldats, sous-officiers et officiers subalternes de ces armées italiennes, autrichiennes, bavaroises et prussiennes sont des hommes jeunes et sensibles aux idées des Lumières philosophiques [20].
Suivent enfin les tentatives des rois Louis 18 et Charles 10 de restaurer le royaume de droit divin ; la bourgeoisie française n’ayant plus besoin du droit divin, voue ces tentatives à l’échec.
9 – La bourgeoisie exerce sa dictature
La bourgeoisie contrôle les disciplines
Dès l’an 3 de la République (1 794), la dictature bourgeoise place hors de portée du public les disciplines libérées par la Révolution :
- la grande bourgeoisie, maîtresse de la représentation nationale, encadre la discipline nationale dans sa discipline contractuelle ; par sa maîtrise des finances publiques, elle soumet aussi les collectivités territoriales et les associations ;
- dans la fonction publique civile et militaire, elle donne à la discipline nationale des formes héritées de la discipline d’Ancien Régime, incitant les supérieurs à recevoir en violation des principes républicains l’allégeance de leurs subordonnés ;
- dans les entreprises, la dictature bourgeoise continue la discipline d’allégeance ;
- sous prétexte du professionnalisme nécessaire à la gestion des conflits pouvant surgir dans l’exécution des contrats d’affaires, la bourgeoisie réserve aux juristes la discipline d’étude nécessaire à l’interprétation des textes, et leur attribue les fonctions judiciaires qui auraient dû devenir nationales ;
- en matière de connaissance de la nature et du monde réel, elle réserve cette discipline à des institutions dont elle contrôle l’accès, et dans lesquelles elle maintient les entraves à la discipline d’études nécessaire à cette connaissance que sont les préjugés religieux.
Sous la férule de la bourgeoisie
Le Directoire, le Consulat puis l’Empire forment les institutions du nouvel ordre inégal fondé sur le privilège de la richesse ; libérés de la concurrence des privilèges de la naissance et de la foi, les propriétaires d’usines et de maisons commerciales contraignent leurs employés salariés à produire toujours plus pour des salaires qui n’augmentent jamais quand ils ne diminuent pas, et rétablissent l’antique droit de cuissage pour y soumettre les femmes qu’ils salarient.
La bourgeoisie a pris possession de l’état et contrôle les assemblées représentatives : la discipline contractuelle peut désormais produire tous ses effets ; la partie la plus riche de la bourgeoisie impose ses contrats inégaux à toutes les entreprises, en même temps qu’elle domine la discipline nationale, celle que valide la représentation nationale, en lui imposant son interprétation, qui est de défendre la propriété et l’appropriation privées des capitaux et du profit : la fonction publique civile et militaire est désormais, et pour longtemps, tiraillée entre deux exigences contradictoires :
- d’une part la lettre de sa mission, qui met la fonction publique au service exclusif de la Nation,
- et d’autre part l’interprétation grand-bourgeoise qui met la fonction publique au service de la dictature bourgeoise.
Les artistes et les écrivains restent dans le champ de la discipline contractuelle : au nom du droit reconnu dès 1 789 à chaque être humain de penser et de s’exprimer librement, les auteurs cherchent les contrats qui leur permettront de se produire ou de faire éditer leurs œuvres : mais les propriétaires de théâtres ou d’imprimeries sont des citoyens riches dont le parti au sein de la société en révolution est bourgeois : ils exercent fréquemment leur privilège, qui est celui de la richesse, pour limiter la présentation au public des œuvres dangereuses pour le pouvoir de leur parti, souvent sous prétexte de mauvais goût.
Les savants se heurtent à l’ordre bourgeois : les scribes mercenaires de la bourgeoisie limitent la vérité scientifique en soumettant le sens du mot de science au critère d’un consensus que rien ne relie aux réalités dont traitent les disciplines de la connaissance [21].
L’inégalité essentielle de l’économie marchande
Désormais, l’économie marchande généralise l’inégalité essentielle au capitalisme. Par l’effet du « contrat de travail », le patron confisque les droits civiques et humains des salariés pendant qu’ils exécutent leur tâche du travail ; il ramène ainsi sa relation au salarié à une relation d’allégeance : c’est le retour de l’antique discipline factieuse.
Napoléon Bonaparte accède au pouvoir : il militarise la fonction publique ; en 1 804, il militarise l’Ecole centrale des Travaux publics, d’abord créée en 1 794 sous la direction du géomètre Gaspard Monge, et la rebaptise Ecole Polytechnique ; les réformes de Napoléon Bonaparte s’inspirent du papisme : elles réservent aux membres de corporations encadrées et instituées dans l’Etat le droit d’exercer les disciplines que la Révolution avait libérées.
La république est enchaînée, la démocratie réduite à une forme
Depuis le coup d’Etat contre-révolutionnaire du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1 794), il ne peut plus être question de former un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
La bourgeoisie riche met son pouvoir d’Etat au service de la pression qu’exercent les patrons sur les salariés de manière à étendre l’allégeance salariale aux vingt-quatre heures que dure la journée, aux trente jours que dure le mois et aux douze mois que dure une année ; la classe travailleuse produit beaucoup de profit, mais ne se nourrit qu’à peine !
Tous les gouvernements français prennent toutes leurs décisions exclusivement selon les intérêts capitalistes : les gouvernements français sont réellement des dictatures collectives de la grande bourgeoisie.
Empereurs, rois et princes d’Europe s’approprient le concept de Nation
En 1 815, réunis en congrès à Vienne, en Autriche pour se partager le profit de la défaite de l’Empire de Napoléon Bonaparte, les empereurs, rois et princes d’Europe considèrent que les nations leur sont soumises : ils tracent les nouvelles frontières de leurs états sans aucun égard aux peuples habitant les territoires européens, et rebaptisent « nations » les souverainetés européennes.
En conséquence, ils pervertissent l’esprit national, espérant soumettre les nations à leurs souverainetés et exploiter désormais la discipline nationale qui leur a infligé leurs défaites de la première décennie de l’empire de Napoléon Bonaparte.
10 - Révolution dans la pensée de la Révolution
Les quatre ou cinq décennies suivantes voient historiens, philosophes et militants révolutionnaires renouveler profondément leurs problématiques : c’est alors que Karl Marx établit les principes de sa critique : refusant de se placer en-dehors de l’Humanité pour étudier l’histoire de l’Humanité, il se place résolument dans son époque, dans le pays qu’il habite et dans la lutte contre l’oppression, et fonde sa philosophie sur les principes du matérialisme, de la dialectique, qu’il associe sans les confondre, et de la prise du parti ouvrier dans les luttes de classes.
Les groupes révolutionnaires de l’après-Révolution française
L’ensemble de ces discussions donne lieu à la formation de nouveaux groupes révolutionnaires dans les différentes catégories sociales des différents pays ; leur communication mutuelle de catégorie sociale à catégorie sociale forme le nécessaire processus idéologique et politique révolutionnaire dont la vocation est de prendre en compte la société dans sa globalité en vue d’une transformation que les révolutionnaires définissent d’abord comme devant instaurer un système économique, social et politique sans profiteurs : répondant à la revendication formulée par Jean-Jacques Rousseau dans Le Contrat social, ils appellent socialisme leur objectif.
Une première contradiction oppose bientôt deux grandes tendances de ce processus :
- l’une envisage les transformations de la société compatibles avec le maintien des corps intermédiaires de l’état ;
- l’autre milite pour conduire la Révolution jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la suppression du prélèvement du profit, qui attestera l’extinction de la classe ou caste sociale des profiteurs.
Ces deux tendances se séparent au cours de la Seconde République (1 848-1 852).
Vers la révolution socialiste : le communisme
Une deuxième contradiction ne tarde pas à diviser la tendance « jusqu’auboutiste » :
- l’une, avec Bakounine, dénonce la fonction sociale de l’état, qui est d’assurer le prélèvement du profit par les profiteurs, et donc milite pour supprimer immédiatement l’état : ce sont les anarchistes.
- l’autre, avec Marx et Engels, explique que la classe ouvrière doit prendre possession de l’état pour le transformer en subvertissant ses corps intermédiaires jusqu’à devenir elle-même l’état : ce sont les communistes.
Ces deux tendances révolutionnaires se sont progressivement séparées au cours de l’Empire de Louis-Napoléon Bonaparte qui règne sous le nom de Napoléon Trois de 1 852 à 1 870.
11 – Le transformisme, vertu de la dictature bourgeoise
La fonction sociale de la bourgeoisie et son expression politique
La fonction de la bourgeoisie est de placer ses capitaux afin de profiter de la finance, des ressources à exploiter, des marchandises à produire, de la structure de la société, de la culture, de la politique : mais chaque entreprise ne produit le profit attendu par les propriétaires de ses capitaux que pendant un cycle de production ; au-delà, le taux du profit diminue de cycle en cycle :
Pour maintenir son profit au même taux, chaque patron doit :
- dévaloriser sans cesse les capitaux vivants et matériels qui y sont investis, tant en diminuant les salaires qu’en modifiant les processus de production ;
- prélever une part des profits produits par d’autres entreprises que la sienne.
Ces interventions des patrons pour maintenir le taux du profit perçu par leurs actionnaires sont l’essence même de la politique de classe de la bourgeoisie.
Les effets de la politique bourgeoise
Sur la classe ouvrière, ce sont la pression incessante pour diminuer les salaires, ainsi que les licenciements, le chômage de masse et l’humiliation culturelle.
Sur l’organisation sociale du travail et sur la production matérielle, ce sont deux mouvements contraires :
- le besoin d’ouvriers instruits indépendamment de leur religion ou de leur origine ethnique, qui accompagne les progrès du besoin social d’un système d’enseignement public laïc,
- la sous-traitance qui « externalise » certaines étapes de la production, la liquidation partielle ou totale de la production ou son transfert vers des pays aux bas salaires, le remplacement de la production présente par la production de nouvelles marchandises, le remplacement des machines-outils, leur automatisation, leur robotisation, la déqualification du travail.
Le collectivisme bourgeois
L’agiotage enseigne aux actionnaires qu’aucune entreprise n’est seule dans la société, et que les relations de concurrence sur les marchés boursiers leur donnent le moyen de percevoir une part des profits produits dans plusieurs entreprises.
L’agiotage est donc, pour la bourgeoisie, un moyen de combiner les entreprises pour réaliser de nouveaux processus de production, produisant des marchandises plus complexes, c’est-à-dire plus chères, ou en plus grande quantité.
Ainsi, la concurrence mercantile conduit à la concentration des entreprises, à la formation de trusts, dont les chefs se connaissent bien et conduisent ensemble l’économie des entreprises qu’ils contrôlent directement ou indirectement ; le mot anglais « trust » désigne la confiance : en économie capitaliste, il désigne des réunions de dirigeants d’entreprises industrielles ou financières qui se connaissent et se font mutuellement confiance pour définir et organiser ensemble la production des entreprises représentées directement ou indirectement par chacun de leurs membres ; la confiance mutuelle des membres d’un trust repose sur la définition de l’objet poursuivi et l’échange de garanties financières ; il y a un mot français pour désigner de telles réunions : c’est le mot « complot ».
En dominant sans partage la France au moyen de formes étatiques variant sans cesse, la bourgeoisie a ainsi concentré ses capitaux industriels et financiers au point de constituer des trusts qui assument la direction de l’ensemble de notre économie.
a - La peur bourgeoise du peuple
Les directions des plus grandes sociétés, groupes, trusts et ententes conduisent hors de l’autorité de l’Etat leurs affaires communes qui consistent à épuiser la force de travail des femmes et des hommes dans la surexploitation des ressources que la terre et le sous-sol offrent aux habitants de la planète ; pour leurs décisions de conduite, l’information de première nécessité, qui leur suffit et en justifie à leurs yeux toutes les conséquences, est le devenir des sommes de monnaie qu’ils affectent et réaffectent sans cesse aux investissements qui leur rapporteront les plus gros profits dans le plus court terme.
Mais ce mode de gouvernement ne met pas la bourgeoisie à l’abri des mouvements populaires : en 1 871, l’insurrection de la Commune de Paris la terrorise et interrompt sa dictature ; en conséquence elle resserre sa discipline contractuelle de manière à conférer à ses trusts du plus haut niveau assez de pouvoir pour contrôler de la République.
Les moyens des trusts sont les entreprises financières qui y sont représentées ; la concurrence capitaliste concentre aussi les trusts.
En conduisant l’économie des entreprises capitalistes, les trusts contraignent les personnes de leurs salariés et employés à adapter leur vie aux intérêts grands-bourgeois : il n’y a pas d’échappatoire à cette contrainte.
La concentration capitaliste des entreprises actives sur le territoire national forme à ce niveau un trust suprême qui a assez de pouvoir pour contrôler le gouvernement.
La politique du fascisme avoué
L’écrivain nostalgique de l’Ancien Régime Ernest Renan publie en 1 872 un essai intitulé la Réforme intellectuelle et morale : il y représente l’insurrection de la Commune de Paris comme la pire catastrophe ayant frappé la France depuis les débuts de la dynastie capétienne ; il dénonce l’effondrement moral de l’aristocratie qui dominait ce pays depuis les Carolingiens et les Capétiens comme la « cause » de cette catastrophe : sa démonstration entrelace préjugés réactionnaires, idées reçues, clichés, platitudes, poncifs et stéréotypes.
Il justifie ainsi son opinion que désormais, le gouvernement de la France devrait émaner d’une hiérarchie fondée comme celle de l’Ancien Régime sur la naissance, c’est-à-dire sur la race, et qui combatte sans cesse le socialisme.
En somme, Ernest Renan promeut l’idée d’un régime de gouvernement de notre pays fondé sur un pouvoir occulte dont la philosophie sera raciste et antisocialiste.
Le trust suprême qui se forme alors en France possède toutes ces qualités : chaque trust est un collectif de bourgeois qui conduit au moyen de la finance les entreprises représentées directement ou indirectement par ses membres ; la hiérarchie des trusts exerce ces pouvoirs dans l’ombre qui occulte à tous les niveaux les affaires privées, jusqu’au trust suprême qui les synthétise en un commandement occulte de l’économie nationale.
A la fin du dix-neuvième siècle, la crise qui oppose la France et l’Allemagne à propos du Maroc, donne à ce trust suprême conscience de sa capacité, au cas où des élections menaceraient de confier le gouvernement de la France au mouvement populaire, de se substituer à ce gouvernement et de combattre le mouvement populaire par la force des armes.
Au début du vingtième siècle, le gouvernement bourgeois de la France engage la police et l’armée dans la mobilisation et le recrutement des soldats qu’il faudra envoyer au front de la guerre qu’il prépare ; il met en action deux processus :
- la mobilisation de la jeunesse française déjà préparée par la conscription,
- le recrutement massif de membres des peuples des colonies pour en faire des soldats.
Jusqu’au début de la guerre, l’état-major de l’Armée française est resté conforme au modèle défini par le Second Empire (celui de Louis-Napoléon Bonaparte) : recruté par cooptation parmi les officiers de carrière et instruit par répétition pure, sans critique, des vieux schémas stratégiques et tactiques issus des guerres perdues de cet empire.
En principe, les deux processus de recrutement de l’armée devraient rester actifs et fournir mois après mois les tranchées en chair à canon [22] jusqu’à la démobilisation de 1 918 ; mais l’armistice ne termine pas la guerre bourgeoise : beaucoup de soldats mobilisés pour la durée de la guerre ne seront pas renvoyés dans leurs foyers à l’échéance de leurs obligations, malgré qu’ils en aient : certains régiments seront maintenus sous les drapeaux et envoyés en Russie combattre la révolution soviétique [23].
b - Quant le peuple travailleur se rebiffe
La dictature bourgeoise fut interrompue en France par trois puissants mouvements de revendication, qui ont imposé momentanément la satisfaction partielle des intérêts des classes populaires : celui de 1 871 déjà mentionné, et ceux de 1 936 et de 1 945.
A l’automne de 1 936, la classe grand-bourgeoise opposait son gouvernement collectif occulte au Front Populaire élu six mois plus tôt : l’opinion publique appelle mur d’argent ce pouvoir des très riches, ce fascisme ; le Front populaire s’est brisé contre le mur d’argent.
En 1 945, la guerre finissant, le pouvoir français de la finance s’appuyait fortement sur ses homologues britannique et états-unien pour combattre l’élan populaire de la Résistance et la politique inspirée par le Conseil national de la Résistance : c’est bien le fascisme états-unien et ouest-européen qui a obtenu en mai 1 947 l’éviction des ministres communistes, la mise aux oubliettes de la politique du Conseil national de la Résistance et la remise en selle de la grande bourgeoisie française majoritairement coupable d’avoir kollaboré avec les occupants nazis et fascistes, majoritairement coupable de fascisme, et qui maintient cette politique.
11 – Un siècle de continuité fasciste
Le fascisme, moyen grand-bourgeois de dénouer la crise
a - L’Internationale communiste définit le fascisme
A la fin de la première guerre mondiale, les évènements de la vie sociale et politique des pays non-soviétiques d’Europe confrontent les communistes aux différentes formes de dictature de plus en plus autoritaires qui, toutes, servent la bourgeoisie du grand capital industriel et financier, la grande bourgeoisie.
Chacun de ces partis et organisations communistes analyse au jour le jour la dictature bourgeoise de son pays ; l’internationale communiste prend connaissance de leurs travaux au fur et à mesure de leur progression pour élaborer sa propre analyse ; le secrétaire général de l’Internationale rapporte cette analyse et son élaboration aux partis et organisations membres réunis en congrès ; l’intervention de clôture synthétise les critiques et compléments apportés au rapport introductif par les partis membres : elle formule en termes concrets la situation politique du mouvement communiste et les problèmes de la révolution tels qu’ils se posent désormais.
Le septième congrès de l’Internationale communiste se tient à Moscou du 25 juillet au 5 août 1 935 ; Georges Dimitrov, secrétaire général, lui rapporte les travaux effectués par l’Internationale depuis le sixième congrès : c’est encore lui qui prononce l’intervention de clôture ; ce rapport rappelle que déjà, le sixième congrès avait constaté que des tendances fascistes et des germes du mouvement fasciste existent presque partout, sous une forme plus ou moins développée ; il rappelle aussi que la treizième assemblée plénière du Comité exécutif de l’internationale communiste avait caractérisé le fascisme au pouvoir comme la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier. Réfutant que le fascisme serait la petite bourgeoisie s’emparant du pouvoir d’Etat en se plaçant au-dessus du prolétariat et de la bourgeoisie, ce rapport le définit comme suit :
Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même, c’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels. Le fascisme en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples.
Ce pouvoir est détenu par les trusts dont les membres sont propriétaires ou représentants directs des propriétaires des banques, mais aussi des groupes d’industries métallurgiques, chimiques, pharmaceutiques, agraires et forestières résultant de la concentration des capitaux.
Le fascisme efface les frontières nationales
Pendant l’entre-deux guerres mondiales du vingtième siècle, les bourgeoisies européennes entrelacent les liens de leurs trusts en un réseau européen et transatlantique afin d’instituer leur empire de telle manière que les frontières des Etats ne leur fassent plus obstacle : cet entrelacs de liens d’affaires et politiques implique les plus grands trusts des Etats-Unis d’Amérique et de toute l’Europe non-soviétique, France et Grande-bretagne comprises ; il a beaucoup et fidèlement servi les Etats nazi d’Allemagne et fasciste d’Italie pour approvisionner en armes et en munitions les armées qu’ils rassemblaient et recrutaient au fur et à mesure des alliances qu’ils nouaient, puis de leur conquête guerrière, dont la première étape fut de s’assurer une base industrielle suffisante en conquérant les territoires non-soviétiques de l’ouest européen, en vue, à partir du 22 juin 1 941, de conquérir l’URSS afin d’abattre le pouvoir soviétique.
De sorte que l’importante victoire remportée sur le nazi-fascisme en 1 945 fut d’abord la victoire des peuples de l’URSS, à laquelle tous les peuples d’Europe avaient peu ou prou contribué par la résistance de leurs mouvements ouvriers et populaires, et malgré les répressions que subissaient ces mouvements.
Cette victoire ne fut pas totale : les états fascistes d’Italie, d’Europe centrale, d’Europe du Nord et nazi d’Allemagne, de Pologne et des Etats Baltes ont été détruits, mais les principaux trusts capitalistes actifs dans ces pays ont traversé cette guerre sans jamais cesser leur collaboration avec les trusts capitalistes actifs en Grande Bretagne et aux Etats-Unis d’Amérique.
De sorte que dans l’après-guerre de 1 945 les trusts capitalistes de toute l’Europe non-soviétique et des USA recomplètent leur entrelacs d’intérêts commerciaux, industriels et politiques dont ils font la base active à partir de laquelle ils entreprennent de maintenir l’économie capitaliste dans les pays libérés par l’Armée Soviétique : cette entreprise, ininterrompue depuis 1 945, puis servie par la trahison d’une partie de la « Nomenklatoura » soviétique, a finalement abattu les économies socialistes des pays de l’est européen et de l’URSS au cours des huitième et neuvième décennies du vingtième siècle.
Nous constatons aujourd’hui que l’actuelle « Construction européenne », toutes les annonces d’une « Gouvernance mondiale », ainsi que les guerres telles que celle qui crucifie la Palestine, la vidant de sa population multiethnique et multireligieuse, pour attribuer son territoire à l’« Etat d’Israël », lequel résulte de la volonté colonialiste des gouvernements britanniques et de l’armement que lui assure le complexe militaro-industriel états-unien, telles que celle qui a détruit la Yougoslavie, celle qui ravage l’Ukraine, ou encore celle entreprise conjointement par les USA et par l’état d’Israël contre l’Iran, sont la simple continuation de cette entreprise des principaux trusts capitalistes occidentaux de mettre la main sur l’économie du monde entier.
Tous ces évènements, jusqu’à ce jour, confirment incontestablement la définition du fascisme élaborée par l’Internationale communiste et formulée par Georges Dimitrov, tout en nous donnant à observer la diversité des sociétés arbitrairement proclamées démocratiques, dans lesquelles nous avons observé et observons l’avènement du fascisme.
Aujourd’hui en France, le trust suprême du capitalisme menace toutes les entreprises de pertes de trésorerie et de capital : sous cette menace, associée à la menace de guerre qui ne cesse jamais, il les contraint à adapter leur conduite aux intérêts grand-bourgeois.
Le fascisme réalise la dictature bourgeoise : il est contraire à toute démocratie.
La grande bourgeoisie réalise et promeut la menace de la violence fasciste
Depuis la fin du dix-neuvième siècle, les propriétaires des plus gros capitaux industriels et financiers actifs dans notre pays prennent le contrôle de tous les marchés de notre économie.
Ils ont d’abord pris le contrôle des marchés des produits de la mine et des industries de transformation des produits miniers, puis celui des produits animaux et végétaux du sol.
La paysannerie assurait, à la fin du dix-neuvième siècle, la production animale et végétale.
Encore en 1 955 en France, les paysans travaillaient deux millions trois cent mille exploitations agricoles : ils étaient la force du travail de la terre ; la vocation traditionnelle de l’agriculture était d’exploiter localement toutes les ressources que recèle le territoire agricole et forestier de chaque métairie ou ferme : maintenir cette tradition exigeait la présence de personnels nombreux sur chaque exploitation, pour un travail qui n’en finissait pas et dont certains moments pouvaient être pénibles ; chaque ferme ou métairie était travaillée par les membres d’une même grande famille (jusqu’aux cousins, oncles et tantes) que renforçaient souvent un ou deux domestiques de ferme et, pour les grands travaux, quelques tâcherons.
Cette agriculture paysanne exigeait aussi la présence dans les localités rurales de toute une industrie principalement artisanale du fer, du bois et de première transformation des produits de la terre : treize millions de personnes vivaient ainsi de l’agriculture paysanne et de l’industrie artisanale qui en était l’auxiliaire.
L’exploitation paysanne nourrissait réellement le pays.
Dans les « grandes plaines céréalières ou betteravières » apparaissaient déjà de grands domaines (quelques centaines d’hectares) exploités industriellement au moyen de quelques ouvriers salariés servant de gros ou très gros outils mécanisés alors vendus directement par les industries métallurgiques, suivant le modèle états-unien (plan Marshall oblige). Le sort des ouvriers de l’agro-foresterie industrielle n’a jamais été meilleur que celui des ouvriers des industries métallurgiques. La production des exploitations agro-industrielles est tout à la fois spectaculaire et médiocre : l’exploitation industrielle n’a jamais mis en valeur l’ensemble des ressources de la terre : en réalité, la vocation des industries agraires et forestières n’a jamais été de nourrir la France, mais de produire du profit pour leurs actionnaires.
En 2 020, les exploitations agricoles ne sont plus que trois cent quatre-vingt-dix mille ; leur « Surface Agricole Utile (SAU) » moyenne les rapproche de l’étendue des domaines nobiliaires de l’Ancien Régime ; sauf que des kilomètres de haies ont été arrachées et des dizaines de villages rasés pour permettre aux énormes machines de l’agro-industrie « moderne » de parcourir d’énormes parcelles.
Les pertes d’emplois occasionnées par la disparition des deux millions cent mille exploitations agricoles manquantes et de toute l’industrie mécanique villageoise n’ont pas été compensées : treize millions de personnes sont aujourd’hui privées de travail et vivent soit de leurs assurances chômages, soit d’un dispositif d’assistance.
L’industrialisation de l’agriculture a presque totalement écrasé l’agriculture paysanne ; cette évolution de quelque trois quarts de siècles est vécue comme fatale par les paysans ; pourtant, cette « fatalité » ne résulte d’aucun facteur naturel : elle a été imposée au monde agricole par la dégradation des termes des échanges économiques des exploitations agricoles résultant de la course capitaliste au profit, qui fondait les « Politiques Agricoles Communes » (communes aux pays membres de ce qui devenait l’« Union européenne ») que déterminait la grande bourgeoisie européenne.
Sur le plan idéologique, la dictature bourgeoise intervient massivement depuis le milieu du vingtième siècle : elle conduit à l’obsolescence les contenus scientifiques et critiques de nos enseignements primaire, secondaire et de nos universités et grandes écoles : elle libère ainsi le champ devant les propagandes des philosophies sectaires, idéalistes, racistes, antisocialistes, donc fascistes qui sont celles de son pouvoir occulte.
Par son contrôle des marchés, le pouvoir des propriétaires des plus gros capitaux (le fascisme) contraint la totalité de nos institutions publiques, privées et associatives, entreprises moyennes et petites, associations, conseils territoriaux élus, c’est-à-dire l’ensemble de notre économie et de notre expression culturelle.
De moins en moins nombreux dans notre pays, les propriétaires des plus gros capitaux industriels et financiers compensent leur petit nombre en imbriquant leurs capitaux dans ceux qui dominent l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-unis d’Amérique : ainsi, les trusts suprêmes des pays capitalistes organisent le fascisme mondial.
Les chefs du capitalisme mondial « informent » l’opinion publique
La fonction assignée à la presse écrite, télévisée et numérique par le trust suprême nous détourne des solutions à nos problèmes économiques et politiques.
La proportion des informations fausses qu’elle véhicule ne cesse de croître depuis qu’en 1 981, la pieuvre capitaliste a saisi la presse régionale de notre pays ; gonflée à propos du long et cruel martyre de la Palestine, des cahots de notre climat [24], de la crise politique à prétexte sanitaire dite du Covid, puis de la guerre qui ravage l’Ukraine, de la guerre contre l’Iran entreprise conjointement par l’Etat d’Israël et par les USA, cette proportion atteint aujourd’hui des maxima qui semblent difficiles à dépasser.
La presse d’argent nous présente sur le mode catastrophique et terroriste cette salade mêlant quelques vérités à une masse d’affirmations fausses et de mensonges, qui prouve seulement que ceux qui établissent jour après jour les bulletins écrits, radiodiffusés, télévisés ou télématiques de nos informations sont obsédés par la volonté de nous terroriser jusqu’à annihiler notre esprit critique, jusqu’à obtenir de nous une obéïssssance totale.
Le fascisme s’en prend à notre constitution et à nos lois républicaines
Celles-ci instituent un cadre pour que les délibérations des citoyennes et des citoyens français élaborent et décident de la politique des gouvernements de notre pays et contrôlent l’action de nos gouvernements ; ce cadre devrait être une forme vivante de démocratie.
Mais cette forme, le peuple français ne l’habite pas : depuis quelques mandats présidentiels, la bourgeoisie capitaliste administre de plus en plus notre pays selon des procédures en marge de toutes nos institutions, violant la constitution en vigueur : ainsi, après s’est vanté d’être devenu président par effraction, notre président actuel fait de l’effraction anticonstitutionnelle un procédé banal de son gouvernement.
En vérité, la politique de nos gouvernements est dictée par des technocrates qui traduisent à l’intention des députés et des sénateurs les délibérations des chefs des plus puissants trusts financiers et industriels : ceux-là sont véritablement les chefs du fascisme.
Donc, la bourgeoisie riche exerce son autorité sur les plans économique, social, culturel et politique par le trust suprême du capitalisme : les membres de ce trust suprême, peu nombreux en vérité, détiennent et exercent tous les pouvoirs de la dictature bourgeoise : outre les membres de ce trust, le mouvement de la dictature bourgeoise a pour membres exécutifs toutes les personnes intéressées à sa politique.
12 - Montée d’une nouvelle crise révolutionnaire
Les béquilles de la dictature bourgeoise
La dictature bourgeoise assure sa domination sociale et politique sous la garde des forces armées publiques et de ses forces armées privées, au moyen de son contrôle des marchés matériels et financiers, et sa domination idéologique en réprimant toute pensée dialectique et tout recours au critère matérialiste de la vérité, grâce au concours de philosophes bourgeois ou candidats stipendiés à la bourgeoisie ; ceux-ci manipulent sans cesse à son service la langue commune, notamment dans son vocabulaire, en faussant le sens des mots courants, en inventant des néologismes ou en introduisant des mots étrangers sans les définir.
De cette manière, la dictature bourgeoise conduit les contenus scientifiques et critiques de nos enseignements primaire, secondaire et de nos universités et grandes écoles à l’obsolescence, libérant le champ devant les propagandes des philosophies de son pouvoir occulte, qui sont sectaires, idéalistes, racistes, antisocialistes, donc fascistes.
En France, la démocratie reste un objet de revendication
La base solide sans laquelle nulle démocratie ne peut exister, ce sont les droits de vivre également nécessaires à toutes les femmes, à tous les enfants et à tous les hommes.
La Révolution de 1 789-1 794 nous en donne deux définitions successives : celle proclamée au mois d’août 1 789, et celle, plus complète, insérée en préambule de la Constitution de l’an 1 de la République, qui introduit le droit au travail.
Ayant mis une fin sanglante à la Révolution au moyen de la Terreur Blanche, massacrant plus de dix mille victimes, la grande bourgeoisie demandait par dérision ce que pouvaient bien être les Droits de l’Homme et pourquoi ils seraient universels ; Gracchus Babeuf, instruit par l’expérience de cinq ans de révolution, leur répondra que tout être humain, chaque femme, chaque enfant et chaque homme, a les droits en l’exercice desquels consiste la vie.
En effet, au-delà du parti-pris universaliste qui avait présidé aux rédactions des déclarations de 1 789 et de l’an 1 de la République, Gracchus Babeuf considérait les droits de vivre comme un concept historique, dont le contenu dépend du moment présent de la société en cause.
Il nous faut donc renouveler sans cesse le constat des droits dont la jouissance par les prolétaires, qui ne détiennent aucun bien, est entravée par les inégalités de la société, et ne jamais cesser d’en propager la revendication [25].
La montée des mouvements contraires de la dictature bourgeoise
Les mouvements contraires de la dictature du grand capital, eux-mêmes contradictoires, réagissent à l’intensification incessante des prélèvements capitalistes de profit en se renforçant de telle manière que l’exercice du pouvoir de gouverner devient de plus en plus incertain.
Quelques grands bourgeois, peu nombreux en vérité, se détournent de la dictature de leur caste pour rejoindre la bourgeoisie intermédiaire et accroître son importance tant productive qu’idéologique, ou renforcer la bourgeoisie marginale et ses divers courants.
Les fonctionnaires civils et militaires sont pris dans la contradiction de leurs deux missions qui s’avèrent de moins en moins compatibles : celle, constitutionnelle, de protéger l’ordre public, et celle que la grande-bourgeoisie leur assigne de protéger la propriété privée des capitaux et l’appropriation privative du profit, dussent-ils violer les Droits humains et civiques.
Les bourgeois marginaux sont des dilettantes de l’exploitation capitaliste : ils consomment plus ou moins avidement une fortune héritée ou acquise par alliance ; certains partagent les activités et la sujétion morale des artistes, des écrivains ou des savants.
Les artistes, écrivains et savants, ainsi que certains bourgeois marginaux, s’occupent de vie spirituelle (création artistique, musique, théâtre, religion, littérature, ou encore science) ; l’expression particulière des savants a pour objet de diffuser la science, c’est-à-dire d’enseigner leurs processus de découverte et les objets qu’ils ont découverts ; tous sont sollicités par le service de la dictature contre l’exigence de vérité et de sincérité essentielle à leurs disciplines intellectuelles.
Les prolétaires ne possèdent rien que leur corps : n’ayant ni terre, ni atelier, ni machine-outil, ils ne peuvent se procurer leur nourriture, leur habillement et leur habitat qu’en vendant heure par heure leur force de travail ; ils sont appliqués au travaux industriels et artisanaux de la grande production, de la production différentiée, de l’agriculture ou de la forêt ; le salaire qu’ils perçoivent lorsque le travail est fait compense de moins en moins l’épuisement de leurs forces.
Les bourgeois intermédiaires exploitent des entreprises petites à grandes, prélevant une part toujours plus restreinte du profit qu’elles produisent : la plus grande part de ce profit est « pompée » sur leurs marchés amont et aval par de plus grands capitalistes ; ce qui leur reste de profit ne leur assure pas de meilleurs salaires que ceux des ouvriers qualifiés des grandes usines ; les paysans exploitant eux-même leur terre et les bourgeois intermédiaires ont le même rapport socio-économique avec le capital réel qu’ils exploitent ; seule, la nature de ce capital est différente : pour le paysan, c’est la terre et ses outils dont certains sont motorisés ; pour le bourgeois intermédiaire, ce sont ses outils et machines-outils et son local ; du point de vue socio-économique, les paysans exploitant leur propre terre sont des bourgeois intermédiaires.
Les Eglises : formées autour du maintien de la foi religieuse, leurs disciplines ont pour objet de maintenir leurs propriétés et de maîtriser la société qu’elles appellent « profane » en détournant la population de toute critique qu’inspireraient les évolutions concrètes de la société : les églises se veulent vecteurs spirituels de la domination de caste ou de classe.
Les déclassés étant exclus de tout destin social, les bourgeois du grand capital les considèrent de plus en plus comme un vivier où recruter leurs milices et leurs armées privées.
Un mouvement politique contraire du fascisme : la Résistance
Son Conseil national (CNR) publie en avril 1 943 sous le titre Les Jours heureux son programme dont le contenu exprime sans ambigüité la volonté de tirer toutes les leçons de la défaite de 1 940 en conférant à notre peuple le contrôle de notre économie.
Deux mouvements socio-économiques actuels contraires de la dictature bourgeoise
En économie, la mutualité et la coopération des travailleurs
Le patronat capitaliste inscrit depuis toujours sur des listes noires les ouvrières et les ouvriers les plus actifs dans les luttes pour les salaires.
Afin de survivre, ces ouvrières et ces ouvriers blacklistés, comme on dit depuis quelques décennies, devaient recourir à la seule solution qui leur restait : s’organiser collectivement pour le travail, pour l’alimentation et pour la solidarité face au chômage, aux accidents et aux maladies. C’est ainsi que le dix-neuvième siècle a vu la créations de coopératives populaires d’alimentation, de mutuelles et de coopératives ouvrières de production.
Il n’était pas rare que ces premiers mutualistes et coopérateurs ouvriers soient rejoints par d’autres citoyennes et citoyens convaincus de la valeur des expériences qu’ils initiaient.
Un mouvement agro-forestier
L’industrialisation de l’agro-foresterie est un processus grossier : son actuelle culmination laisse d’importantes marges dans lesquelles des femmes et des hommes maintiennent localement et contre vents et marées des économies rurales humaines ; ils sont soutenus par d’autres, étrangers à l’agriculture, mais conscients de la nécessité vitale de cette résistance pour la sauvegarde de la nature vivante et pour maintenir la perpective de replacer l’Humanité dans son écologie dont la course capitaliste au profit l’exclut chaque jour un peu plus.
Parmi ceux qui osent ainsi résister au capitalisme grand-bourgeois, nous voyons des enfants d’agriculteurs entêtés, les membres de deux syndicats de paysans [26], des étudiants de Grandes Ecoles d’agriculture et d’agronomie qui élaborent et expérimentent à leur échelle, nécessairement humaine, des modalités de travail échappant à la discipline contractuelle du capitalisme, donc capables de dominer au moins localement cette discipline : ils marquent cette élaboration en s’appelant eux-mêmes les « bifurcants ».
Une base des modalités qu’ils expérimentent combine la coopération de personnes aux métiers différents et la mutualisation de leurs moyens en force de travail et en matériel ; cette base est soutenue par un ferme refus très bien argumenté de la gestion actuelle imposée à l’agriculture française par ceux qui gouvernent la France.
Notons au passage que certains étudiants d’autres Grandes Ecoles manifestent aussi un esprit « bifurcant ».
13 - La crise culmine
La politique grand-bourgeoise imposée à notre pays plonge nos prolétaires dans la misère et plus généralement notre peuple dans des difficultés croissantes.
Quotidiennement, les prolétaires constatent que le salaire qu’ils ont perçu ne leur permet pas de vivre et de faire vivre leur famille dans la dignité : or, toute augmentation des salaires diminue le profit que les actionnaires attendent de la vente des marchandises : directement contraires à la production du profit, les revendications légitimes du prolétariat ouvrier font de son mouvement économique et idéologique l’exact contraire de la dictature grand-bourgeoise : le prolétariat ouvrier affronte les classes dominantes sur les trois plans de la lutte des classes, le plan économique, le plan politique et le plan idéologique : par cet affrontement, la classe ouvrière produit sa propre idéologie.
Les bourgeois intermédiaires : à l’approche de la maturité de la crise, ils tentent de maintenir leur part de profit de deux manières :
- en resserrant leur participation à la dictature : ils s’en prennent d’abord aux salaires des ouvrières et ouvriers de leur entreprise en réprimant leur revendication vitale ;
- en s’en prenant aux prélèvements de leur profit opérés sur leurs marchés amont et aval ; ils contrarient ainsi la suprémacie grand-bourgeoise.
La dictature bourgeoise écartèle sans cesse les artistes, écrivains et savants, ainsi que ceux des bourgeois marginaux qui se livrent aux mêmes activités, entre les exigences de sincérité de leur discipline d’étude et leur besoin de vivre, lequel les soumet à la classe dominante, seule à même de financer leurs œuvres : celles et ceux dont les œuvres illustrent la classe bourgeoise et son idéologie sont assurés de vivre dans un confort bourgeois ; les autres sont les acteurs d’un mouvement contraire de la domination grand-bourgeoise : ils pourront se livrer aux délices du dilettantisme à condition de censurer toute expression de prise de parti contraire à la dictature bourgeoise, sous peine de se voir réduire ou même supprimer leurs moyens de vivre [27].
En particulier, les savants ne sont pas libres d’étudier et d’enseigner ; la dictature bourgeoise réprime tout usage que les savants pourraient faire, tant dans leur enseignement que dans leur recherche, de la philosophie matérialiste, qui est libre de tout idéalisme et intègre la connaissance dans le mouvement des matières que les sciences étudient, et dialectique, qui intègre la connaissance dans le mouvement des sciences : cette répression tend à confiner la science dans des institutions semblables aux congrégations papistes auxquelles le public n’accède pas.
Les Eglises : à l’approche de la maturité de la crise, les églises suivent l’évolution de la hiérarchie des castes sociales en s’efforçant de rester après la crise un vecteur spirituel de la nouvelle hiérarchie de castes et de classes.
Les déclassés : le capitalisme les a privés de ressources en privant de travail les chômeurs, ou de leur capital les anciens propriétaires d’entreprises artisanales, petites ou moyennes conduits à la faillite par la discipline bourgeoise de concurrence, ou de leurs droits légitimes les victimes du surendettement et les immigrés, clandestins ou non.
Plongés dans une profonde misère économique, et bien souvent physiologique, ils sont autant de proies pour les commerces criminels (proxénétisme, drogues, armes) ; la grande bourgeoisie y recrute les truands du patronat (vigiles, milices diverses), ainsi que la chair à canon des armées privées qui, telles les Grandes Compagnies du Moyen Âge, combattent sous des drapeaux interchangeables.
Parmi les déclassés, l’avidité d’une amélioration durable de leur sort peut motiver la formation d’un début de mouvement contraire de la dictature bourgeoise.
L’économie des mouvements catégoriels contraires de la bourgeoisie n’est pas (encore) cohérente au point de dessiner une nouvelle circulation du profit ; cependant, leur intensité empêche le gouvernement mandaté par le trust suprême de mettre en œuvre sa politique, en lui opposant deux obstacles :
- d’une part, la propagande grand-bourgeoise ayant réussi à dévoyer vers le social-démocratisme le parti communiste français, autrefois fondé dans la revendication légitime des ouvriers prolétaires, et dont l’objectif concret était de rendre le profit aux travailleuses et aux travailleurs, les candidats que ce parti propose aujourd’hui aux élections ne montrent plus d’intention de satisfaire leurs revendications salariales légitimes et urgentes : en conséquence de cela, la moitié des électeurs se détournent des élections nationales, qu’elles soient législatives ou présidentielles ;
- d’autre part, la plupart des députés et sénateurs de notre parlement actuel28 sont enfermés dans leur engagement de refuser de donner satisfaction aux membres du peuple travailleur : ils s’efforcent de maintenir la même équipe politique aux postes présidentiel et gouvernementaux, et s’affairent à retarder encore et encore la censure qui les renverra avec leur président à leurs chères études (si tant est qu’ils soient encore capables d’étudier le monde réel !).
Le fait est que la convergence des mouvements contraires de la dictature grand-bourgeoise ne dessine pas encore une nouvelle circulation du profit.
Pendant ce temps, l’espoir de sortir de la misère, l’espoir d’une vie meilleure, le dispute au doute que suscite l’obscurantisme dans l’état d’esprit des membres de notre peuple.
14 – Vers quel dénouement ?
Ici se montre l’importance du plan idéologique de la lutte des classes : c’est sur ce plan en effet que se nouent et se dénouent toutes les alliances des mouvements catégoriels contraires de la dictature grand-bourgeoise : aussi longtemps qu’elle subira l’influence d’une autre catégorie sociale, la classe ouvrière servira de force d’appoint pour une révolution incomplète qui ne confèrera pas l’égalité en droits de vivre à toutes les femmes, à tous les enfants et à tous les hommes : il est donc essentiel qu’elle réfute toute tutelle d’une autre catégorie sociale quelle qu’elle soit et qu’elle développe elle-même sa propre idéologie.
Les communistes se trouvent donc dès aujourd’hui chargés d’une importante responsabilité, celle d’intégrer la pensée de la prise du pouvoir par les collectifs travailleurs de chaque entreprise sur l’ensemble des processus productifs de cette entreprise et de la prise de possession par eux de l’ensemble du capital matériel et fiduciaire de leur entreprise dans la préparation du dénouement de la présente crise révolutionnaire.
Collectivement, les travailleurs de chaque entreprise se fonderont solidement sur le droit de propriété pour exercer ce pouvoir et pour substituer une coopération socialiste inter-entreprises aux relations de concurrence inter-capitalistes : ainsi, tout en élaborant la planification socialiste, ils priveront les actuels propriétaires d’actions tout à la fois de leurs pouvoir de conduire les productions et de spéculer sur la valeur d’échange des actions.
Ainsi sera anihilié le fascisme, dernier barrage contre la révolution humaine, et libérée la contradiction fondatrice de l’Humanité, celle qui oppose la Matière dont chaque être humain, femme, enfant et homme, est fait, et l’Esprit, que tous les membres de l’Humanité portent collectivement.
[1] - voir Lumières communes, Georges Gastaud, éditions DELGA, 2 017
[2] - L’Acadie était une partie de la Louisiane : après que Napoléon Bonaparte eut vendu la Louisiane aux Etats-Unis d’Amérique, les Yanquis ont massivement déporté les Acadiens dans le Nouveau-Brunswick, région de la province québécoise du Canada, qui restait colonie de la Couronne britannique.
[3] - avec aujourd’hui une réalisation africaine : le panafricanisme.
[4] - c’est lorsque certains Grands Singes ont commencé de développer les caractères spécifiques de l’espèce Humaine que l’Humanité a commencé.
[5] - Aujourd’hui, notamment en France, cela correspond à la nécessité vitale qu’une fille s’abstienne de copuler avant que le plein développement de son bassin ait accompli sa majorité sexuelle physique (entre quinze et dix-sept ans).
[6] - La fertilité spécifique d’un territoire est sa fertilité par unité de surface.
[7] - Dans la classification universelle des êtres naturels, l’Humanité est une espèce comme l’était celle des Grands Singes préhumains, mais au sein de son genre, elle est la seule espèce ; pour cette raison, la littérature emploie à peu près indifféremment les expressions : l’espèce humaine et le genre humain.
[8] - Le système nerveux central est composé de deux parties : l’encéphale, contenu dans la boîte crânienne, et la moëlle épinière, contenue dans la colonne vertébrale.
[9] - la cartographie de ces connexions est très complexe, sans doute même trop complexe pout être faite.
[10] - La fluidique est une discipline technique consistant à faire circuler un fluide (par exemple de l’air faiblement comprimé) dans un réseau tubulaire dont les nœuds orientent le débit selon l’information qu’ils reçoivent, sous une forme mécanique pouvant être celle d’un autre courant du même fluide. Cette discipline a été développée pour la recherche spatiale, à l’époque où l’on pouvait craindre que les rayonnements cosmiques interdisent l’emploi sur les satellites artificiels des circuits de logique électronique.
[11] - Dans nos villes, la famille se constitue autour de la mère et du père ; dans nos campagnes, jusqu’au milieu du vingtième siècle, elle comportait aussi les grands-parents, et souvent des frères et sœurs du père ou de la mère ; plus généralement, selon les civilisations, la famille désigne des institutions regroupant autour de la mère différentes personnes en nombre variable pour les fonctions d’éducation et de première instruction des enfants.
[12] - La parole accompagne tous les moments de communication interindividuelle de convivance : la langue familiale, que nous disons « maternelle », en est un moyen essentiel.
[13] - Toute division de la tâche d’éducation en tâches que l’on veut indépendantes et que l’on répartit dans des institutions spécialisées ignorantes les unes des autres entre lesquelles les enfants, préadolescents ou adolescents devront répartir leur temps et leurs efforts leur fait courir le risque d’une division profonde de leur personnalité pouvant leur causer des dysphories et des troubles aussi graves ou plus graves que la bipolarité...
[14] - Depuis le Moyen-Âge, dialectologues et linguistes voient principalement dans les parlers humains des marqueurs de séparation identitaire des communautés humaines ; en linguistique et en dialectologie, c’est une faute méthodique : la fonction essentielle des langues, dialectes et patois n’est pas de diviser les populations en ethnies, mais d’assurer la communication des êtres humains selon leurs besoins : au vingtième siècle des mineurs français et polonais travaillaient ensemble, tant dans les mines cévenoles que dans celles du Nord : pour la communication vitalement nécessaire au fond de la mine, ils créaient leurs patois communs : ces patois empruntaient leurs vocables et leur syntaxe aux deux langues des mineurs : polonaise et cévenole en Languedoc, polonaise et « ch’ti » dans le Nord... : l’immense chantier de l’étude des diverses manières dont les humains utilisent les structures sémantiques, syntaxiques et morphologiques des langues pour établir et assurer la communication dont ils ont besoin n’a pas encore été réellement ouvert.
[15] - Les convives sont les membres du groupe familial, mais aussi les membres des groupes temporaires de rencontre.
[16] - Telle est la définition qu’en donne Clausewitz dans son ouvrage De la Guerre
[17] - Le pacifisme était déjà une raison de la Révolution française de 1789 écrasée dans le sang du peuple le 9 thermidor an deux de la République (27 juillet 1 794) ; c’était une raison décisive de la Commune de Paris de 1 871 ; à partir de 1 915 dans l’empire Russe, c’était une raison essentielle du soviétisme, et donc de la Révolution soviétiste d’octobre 1 917 ; en 1 920, c’est une des deux raisons qui ont conduit le Congrès socialiste de Tours à décider d’adhérer à l’Internationale communiste, donc de créer le Parti communiste français, ce qui séparait les communistes d’avec les sociaux-démocrates, coupables d’avoir voté les crédits de guerre en 1 914 et soutenu les gouvernements de guerre...
[18] - ce mot désigne les membres de toutes les églises chrétiennes réformées
[19] - Gaspard Monge est le fondateur de la Géométrie descriptive, qui décrit les figures de l’espace tridimensionnel en les projetant sur deux plans (espaces bidimensionnels) orthogonaux.
[20] - C’est un fait : il reste à évaluer la part de ce fait dans le calcul qui a conduit la bourgeoisie française à tirer le profit des coalitions européennes contre-révolutionnaires en lançant les armées républicaines de la France dans cette entreprise : n’oublions pas que Napoléon Bonaparte était de famille noble, et qu’il avait appris l’artillerie dans une école réservée aux fils des familles nobles.
[21] - Nous sommes actuellement témoins d’une manipulation spectaculaire de la science bourgeoise, caractérisée par un effort idéologique tendant à liquider le matérialisme en intercalant la grammaire entre l’univers matériel et le critère scientifiqsue de la vérité !... La théorie du transgenrisme, ou transhumanisme, en est un exemple spectaculaire, scandaleux, aux applications criminelles ; il y a d’autres exemples de cette manipulation.
[22] - deux témoignages des plus poignants sont, en littérature, la nouvelle Le Feu, écrite par Henri Barbusse, et en chanson, La Chanson de Craonne, recueillie par Paul Vaillant-Couturier, et dont l’auteur est resté anonyme.
[23] - Les soldats de l’armée d’Orient, qui combattaient l’empire austro-hongrois dans les Balkans à partir de Salonique, nous ont laissé en témoignage un très beau chant de révolte : Odessa-Valse, chantée par les soldats et marins français qui refusaient de combattre la révolution soviétique. Le commandement promit une prime de 100.000 francs-or et la démobilisation immédiate à qui en dénoncerait l’auteur : peine perdue, la chanson est restée anonyme. Ce chant dit sans ambigüité ce que pensent les soldats de l’armée française d’Orient, débarquée en 1 916 à Salonique ( Thessalonique ) pour combattre l’empire ottoman et l’empire austro-hongrois. Ces soldats avaient été retirés des Balkans après l’armistice, puis débarqués en Russie pour combattre la Révolution russe ; ils avaient deux raisons évidentes de condamner le gouvernement français : on leur faisait faire la guerre alors que l’armistice était signé, et on leur faisait combattre la Révolution russe, qui était, à leurs yeux comme aux yeux de la grande majorité des Français et des peuples habitant les théâtres de guerre, absolument légitime.
[24] - Les sécheresses, les pluies abondantes, les inondations persistantes et autres évènements chaotiques de notre météorologie nous valent de la part des idéologues du pouvoir une avalanche de mensonges fondés sur le dogme intitulé « réchauffement climatique » selon lequel les climats de nos contrées ne subiraient pas d’autre influence que celle de l’activité humaine et ne dépendraient des activités ni solaire, ni tellurique (de la Terre) ; pour cette « raison », ils nous enjoignent de restreindre le chauffage de nos habitations, la cuisson de nos aliments et même les quantités d’eau nécessaires à notre hygiène ; mais ils évitent soigneusement de mettre en cause les aberrations dans lesquelles les propriétaires des plus gros capitaux ont conduit l’industrie et l’agro-industrie de notre pays et de beaucoup d’autres. Car il était aberrant de mettre fin au milieu du vingtième siècle à l’électrification de notre réseau ferré, qui devait être totale ; aberrante aussi l’industrialisation de l’agriculture : la chimisation et la mécanisation poussées à outrance ont dévasté des départements entiers et causent les inondations persistantes que nous vivons depuis l’automne 2 023 ; aberrante encore la déforestation industrielle des régions tropicales dans laquelle les capitalistes français ont beaucoup investi ; tout aussi aberrante la politique de guerre qui refuse de négocier.
[25] - aujourd’hui en France, ce sont :
- exercer un travail rapportant les moyens matériels de vivre et de faire vivre dignement ses enfants jusqu’à leur majorité,
- disposer de temps libre d’obligation salariée,
- assurer son hygiène personnelle, accéder aux soins médicaux,
- s’instruire, s’informer et se cultiver spirituellement par la participation aux activités culturelles, la lecture, la fréquentation des théâtres et des cinémas, l’écoute et la pratique musicales,
- penser et exprimer sa pensée, voter en connaissance de cause, être candidat aux fonctions électives,
- se cultiver physiquement, pratiquer le sport,
Les femmes ont en outre les droits d’assumer leur rôle propre dans le renouvellement des générations.
[26] - le Mouvement pour la Défense de l’Exploitation familiale et la Confédération paysanne.
[27] - Aujourd’hui, le GIEC (Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) est un excellent exemple des pressions par lesquelles la bourgeoisie tente d’anéantir l’exigence de sincérité du savant inhérente à la science afin de soumettre toute activité scientifique à ses intérêts égoïstes : le décret du gouvernement qui l’a institué précise que le GIEC financera les études climatologiques qui démontrent que le climat de la Terre se réchauffe sous l’effet des activités humaines. Ce gouvernement assignait ainsi à la science la mission de démontrer les postulats sur lesquels il fonde sa politique.