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Socialement petit-bourgeois, politiquement socialiste : Jules Guesde

samedi 14 août 2010, par Jean-Pierre Combe

- Jules Guesde est né en 1845 à Paris, dans une famille petite-bourgeoise : son père était professeur dans une institution privée et disposait d’une aisance suffisante pour que son fils étudie au lycée : Jules fut reçu bachelier en 1863.

- Il demande alors un emploi à la préfecture de Paris et l’obtient dans le service de la presse ; parallèlement, il commence à écrire dans divers journaux républicains. Beaucoup plus tard, il dira être devenu républicain en lisant Les Châtiments de Victor Hugo, athée en lisant la Critique de la Raison pure d’Emmanuel Kant, et socialiste à cause de la Commune de Paris.
- En 1870, il écrit dans des journaux républicains de Toulouse, puis de Montpellier : il soutient la République proclamée le 4 septembre 1870, puis, l’année suivante, écrit pour soutenir la Commune de Paris des articles qui lui vaudront d’être poursuivi devant les tribunaux : pour éviter la prison, il s’exile en juin 1871, en Suisse jusqu’à 1872, puis, pour des raisons de santé, en Italie, à Milan jusqu’en 1876.
- En Suisse, il fréquente l’anarchisme ; en Italie, il s’éloigne de l’anarchisme pour se rapprocher du socialisme milanais ; peut-être y a-t-il trouvé une première occasion de prendre contact avec des militants de l’Association internationale des Travailleurs.
- Il rentre en France en 1876 ; à Paris, il fréquente le café Soufflot, dans le quartier latin ; il y rencontre Gabriel Deville, un étudiant en droit qui entretient des relations avec Karl Marx, et Karl Hirsch, un émigré allemand, lassalien devenu marxiste ; en 1877, avec Paul Lafargue, il fonde un journal : l’Egalité ; en 1878, il rédige un Catéchisme du Socialiste, qu’un éditeur de Bruxelles insère dans un petit livre populaire intitulé Essai de catéchisme socialiste. On peut lire clairement dans ce catéchisme l’exposé d’un raisonnement matérialiste, fait par un homme conscient des luttes de classes et qui y a pris le parti ouvrier, mais qui n’a pas adopté pour lui-même le mode de penser dialectique : cette sous-estimation du mouvement dialectique de la pensée restera jusqu’à 1920 une constante de la pensée de Jules Guesde, et une caractéristique du mouvement guesdiste aussi longtemps que ce mouvement sera séparé des autres mouvements du socialisme ouvrier.
- En 1882, Paul Lafargue et lui fondent le Parti ouvrier, qui, se heurtant à la calomnie bourgeoise de « parti de l’étranger » (déjà !), prend en 1883 le nom de Parti ouvrier français (POF).
- Bien fondé dans les intérêts des membres de la classe ouvrière, ce parti recueille d’abord nombre d’adhésions. Par contre, la raideur de sa discipline, définie et conduite selon la pensée de Jules Guesde, qui se refuse à la dialectique, lui causera des échecs dont la signification n’est pas éteinte aujourd’hui : c’est tout particulièrement le cas de la tentative de créer une organisation syndicale qui serait sous la dépendance organique du parti ouvrier : cette tentative échoue en quelques mois, par la fusion rapide des effectifs des syndicats qui ont adhéré à cette organisation.
- De plus, le rayonnement apporté au groupe des socialistes indépendants par la personnalité de Jaurès, et par les efforts incessants qu’il fait pour unir tous les socialistes, fait de l’ombre au POF : ses effectifs stagnent et ses résultats aux élections diminuent.
- En 1902, le Parti ouvrier français fusionne avec le Parti socialiste révolutionnaire et avec l’Alliance communiste révolutionnaire pour former le Parti socialiste de France, qui fusionnera lui-même en 1905 avec le Parti socialiste français pour former le Parti socialiste français Section française de l’Internationale ouvrière (PS-SFIO). Guesde et Jaurès dirigent ensemble ce nouveau parti, mais la personnalité de Jaurès laisse Guesde dans la pénombre : après la mort de Guesde, survenue en 1922, les idéologues du réformisme interprèteront cela comme la victoire du réformisme sur le communisme, dont Guesde aurait été le guide !
- Et pourtant ! Quelques heures à peine après que Jaurès ait été assassiné, les députés socialistes se sont ralliés à la politique réactionnaire d’« Union sacrée » ; Jules Guesde était avec eux ; il est entré au gouvernement comme ministre d’état. Sans doute écrit-il que la révolution sort de la guerre. Mais ni les révolutions russes de 1917, ni les évènements révolutionnaires allemands de 1918 ne sont le fruit de la guerre : dans ces deux pays, la révolution continue la ligne du pacifisme révolutionnaire définie avant-guerre par l’Internationale socialiste, avec Jaurès, et appliquée contre l’Union sacrée par les communistes, appelés « Bolchéviks » en Russie et « Internationalistes » ou « Spartakistes » en Allemagne. Au congrès de Tours de 1920, Guesde est resté dans la « vieille maison », l’Internationale socialiste faillie, avec Léon Blum et les réformistes : ce n’est que plus tard qu’il écrira quelques articles favorables à la révolution bolchévique ; il meurt en 1822.

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