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Discours de clôture de Georges Dimitrov

première partie : Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme

13 août 1935

dimanche 1er août 2021, par Jean-Pierre Combe

Pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme

- Les débats circonstanciés qui se sont déroulés sur mon rapport témoignent de l’immense intérêt du congrès pour les principaux problèmes et tâches tactiques de la lutte de la classe ouvrière contre l’offensive du Capital et le fascisme, contre la menace de guerre impérialiste.

- Si nous dressons maintenant le bilan des huit jours de discussion, nous pouvons constater que toutes les thèses essentielles du rapport ont reçu l’approbation unanime du congrès. Personne parmi les orateurs n’a soulevé d’objection contre les thèses tactiques formulées par nous et contre la résolution proposée.
- On peut affirmer hardiment qu’à aucun des congrès précédents de l’Internationale communiste, il ne s’était manifesté une cohésion idéologique et politique pareille à la cohésion actuelle. La complète unanimité du congrès est l’indice que, dans nos rangs, on a acquis la pleine conscience de la nécessité de reconstruire notre politique et notre tactique en conformité avec la situation modifiée et sur la base de l’expérience particulièrement riche et instructive des dernières années.
- Cette unanimité, on peut incontestablement la considérer comme une des conditions les plus importantes pour résoudre la tâche centrale immédiate du mouvement international du prolétariat, à savoir l’établissement de l’unité d’action de tous les détachements de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme.

  • Pour résoudre cette tâche avec succès, il est nécessaire, premièrement, que les communistes sachent manier habilement l’arme de l’analyse marxiste-léniniste, en étudiant soigneusement, dans leur développement, la situation concrète et le rapport des forces de classe, et qu’ils dressent en conséquence leurs plans d’action et de lutte. C’est de la façon la plus implacable que nous devons extirper cet attachement, trop fréquent parmi les communistes, aux schémas factices, aux formules sans vie, aux clichés tout faits. Il faut en finir avec l’état de choses où des communistes, dépourvus des connaissances ou des aptitudes nécessaires pour faire une analyse marxiste-léniniste, remplacent cette analyse par des phrases générales et des mots d’ordre généraux, comme l’« issue révolutionnaire de la crise », sans faire aucune tentative sérieuse pour expliquer dans quelles conditions, sur la base de quel rapport des forces de classe, à quel degré de maturité révolutionnaire du prolétariat et des masses travailleuses, à quel niveau d’influence du Parti communiste, une telle issue révolutionnaire de la crise est possible. Or, à défaut d’une telle analyse, tous les mots d’ordre de ce genre ne sont qu’un hochet, une phrase vide de contenu, qui ne fait qu’obscurcir nos tâches du jour. Sans une analyse marxiste-léniniste concrète, nous ne saurons jamais poser et résoudre judicieusement ni la question du fascisme, ni la question du front unique prolétarien et du Front populaire, ni celle de notre attitude à l’égard de la démocratie bourgeoise, ni celle du gouvernement de front unique, ni celle des processus qui se déroulent au sein de la classe ouvrière et, en particulier, parmi les ouvriers social-démocrates, ni la foule des autres problèmes nouveaux et compliqués que la vie elle-même et le développement de la lutte de classe posent et poseront devant nous.
  • Deuxièmement, nous avons besoin d’hommes vivants, d’hommes qui sortent de la masse ouvrière, de sa lutte quotidienne, d’hommes d’action de combat, dévoués sans réserve à la cause du prolétariat, d’hommes qui, de leur énergie et de leurs bras, travailleront à réaliser les décisions de notre congrès. Sans cadres bolchéviques, léninistes-stalinistes, nous ne résoudrons pas les tâches énormes qui se dressent devant les travailleurs dans la lutte contre le fascisme.
  • Troisièmement, il nous faut des hommes armés de la boussole de la théorie marxiste-léniniste, car sans le maniement habile de cette boussole, les hommes tombent dans un étroit praticisme sans horizon, ne trouvent de solutions qu’au jour le jour, perdent de vue la vaste perspective de lutte qui montre aux masses où nous allons et pourquoi, et où nous menons les travailleurs.
  • Quatrièmement, il nous faut une organisation des masses pour faire passer nos décisions dans les actes. Notre influence idéologique et politique seule ne suffit pas. Nous devons en finir avec l’orientation vers la spontanéité du mouvement qui est une de nos principales faiblesses. Nous devons nous souvenir que sans un travail d’organisation, obstiné, long, patient, qui semble parfois ingrat, les masses n’accosteront pas la rive communiste. Pour savoir organiser les masses, il faut que nous apprenions l’art léniniste-staliniste de faire de nos décisions le bien non seulement des communistes, mais aussi des plus grandes masses de travailleurs. Il faut apprendre à parler aux masses, non pas la langue des formules livresques, mais la langue des champions de la cause des masses, dont chaque parole, chaque idée reflète les pensées et les sentiments des millions de travailleurs.

- C’est sur ces questions que je voudrais d’abord insister dans mon discours de clôture.
- Le congrès a accueilli les nouvelles thèses tactiques avec un grand enthousiasme et à l’unanimité. Certes, l’enthousiasme et l’unanimité sont en eux-mêmes d’excellentes choses, mais ce qui est mieux encore, c’est qu’ils s’accompagnent d’un examen profondément réfléchi et critique des tâches qui se présentent à nous, d’une assimilation complète des décisions prises et d’une compréhension réelle des moyens et des méthodes nécessaires pour appliquer ces décisions à la situation concrète de chaque pays.
- Car, auparavant aussi, nous adoptions unanimement des décisions qui n’étaient pas mauvaises. Mais le malheur était que, souvent, nous ne les adoptions que pour la forme et que, dans la meilleure des hypothèses, nous faisions de ces décisions le bien d’une avant-garde peu nombreuse de la classe ouvrière. Nos décisions ne devenaient pas la chair et le sang des grandes masses, elles ne devenaient pas un guide pour l’action de millions d’hommes.
- Peut-on affirmer que nous nous sommes déjà débarrassés définitivement de cette manière formelle de traiter les résolutions adoptées ? Non. Il faut dire qu’à ce congrès aussi, dans les interventions de certains délégués, il se manifeste des vestiges de formalisme, qu’on y sent parfois la tendance à remplacer l’analyse concrète de la réalité et l’expérience vivante par un nouveau schéma quelconque, une nouvelle formule simplifiée, sans vie, la tendance à présenter comme une réalité, comme une chose existante, ce que nous désirons, mais qui n’existe pas encore en fait.

La lutte contre le fascisme doit être concrète

- Il n’est point de caractéristique générale du fascisme, si juste qu’elle soit par elle-même, qui nous dispensera de la nécessité d’étudier concrètement et de prendre en considération les particularités du développement du fascisme et des formes diverses de la dictature fasciste dans les différents pays et aux différentes étapes. Dans chaque pays, il est nécessaire de scruter, d’étudier et de découvrir ce que le fascisme a de proprement national, de spécifiquement national, et d’établir en conséquence, les méthodes et formes efficaces de lutte contre le fascisme.
- Lénine nous mettait en garde avec insistance contre « la standardisation, l’ajustement mécanique, l’identification des règles tactiques, des règles de lutte ».
- Cette indication est particulièrement vraie quand il s’agit de la lutte contre un ennemi qui exploite dans l’intérêt du grand Capital, avec autant de raffinement, autant de jésuitisme, les sentiments et les préjugés nationaux des masses ainsi que leurs inclinations anticapitalistes. Un tel ennemi, il faut le connaître exactement et sous toutes ses faces. Nous devons, sans le moindre retard, réagir contre ses manœuvres variées, déceler ses subterfuges, être prêts à riposter sur n’importe quel terrain et à n’importe quel moment. Il ne faut avoir aucun scrupule à apprendre même de l’ennemi, si cela nous aide à lui tordre le cou plus vite et plus sûrement.
- Ce serait une erreur grossière que d’établir un schéma général du développement du fascisme applicable à tous les pays et à tous les peuples. Un tel schéma ne nous serait d’aucun secours, il nous empêcherait au contraire de mener la lutte véritable. C’est ainsi qu’on en arrive au surplus, à rejeter sans distinction dans le camp du fascisme des couches de la population qui, à condition qu’on les aborde de façon judicieuse, peuvent être, à un certain stade de développement, engagées dans la lutte contre le fascisme, ou tout au moins neutralisées.
- Prenons, par exemple, le développement du fascisme en France et en Allemagne.
- Certains communistes estiment qu’en France le fascisme ne peut en général se développer aussi facilement qu’en Allemagne. Qu’y a-t-il dans cette affirmation d’exact et qu’y a-t-il d’erroné ? Il est exact que les traditions démocratiques n’étaient pas, en Allemagne, aussi profondément enracinées qu’elles le sont en France, dans ce pays qui, aux 18e et 19e siècles, est passé par plusieurs révolutions. Il est exact que la France est un pays qui a gagné la guerre et imposé le système de Versailles à d’autres pays ; qu’en France il n’existe pas dans les masses ce sentiment national blessé qui a joué un rôle si important en Allemagne. Il est exact que les masses fondamentales de la paysannerie en France sont animées d’un état d’esprit républicain, antifasciste, surtout dans le Midi, à la différence de l’Allemagne où, dès avant l’arrivée du fascisme au pouvoir, une partie considérable de la paysannerie se trouvait sous l’influence des partis réactionnaires.
- Mais, en dépit des différences qui existent dans le développement du mouvement fasciste en France et en Allemagne, en dépit des facteurs qui mettent des entraves à l’offensive du fascisme en France, ce serait faire preuve de myopie que de ne pas voir la croissance ininterrompue, dans ce pays, du danger fasciste et de sous-estimer la possibilité d’un coup d’Etat fasciste. Il existe en France de nombreux facteurs qui, d’autre part, favorisent le développement du fascisme. N’oubliez pas que la crise économique commencée en France plus tard que dans les autres pays capitalistes, continue à s’approfondir et à s’aggraver, et cela facilite singulièrement le déchaînement de la démagogie fasciste.
- Le fascisme français possède dans l’armée, parmi les officiers, de solides positions telles que les nationaux-socialistes n’en possédaient pas dans la Reichswehr avant leur arrivée au pouvoir. En outre, il n’y a peut-être pas de pays où la corruption du régime parlementaire ait pris des proportions aussi monstrueuses, et où elle ait provoqué une indignation des masses aussi grande qu’en France. C’est là-dessus, comme on sait, que les fascistes français spéculent démagogiquement dans leur lutte contre la démocratie bourgeoise. N’oubliez pas non plus que la crainte aiguë de la bourgeoisie française de perdre son hégémonie politique et militaire en Europe favorise également le développement du fascisme.
- Il s’ensuit que les succès du mouvement antifasciste en France, dont Thorez et Cachin nous ont parlé ici et dont nous nous réjouissons de tout notre cœur, ne sauraient encore être envisagés, loin de là, comme une preuve que les masses travailleuses ont réussi à barrer définitivement la route au fascisme.
- Il faut, une fois de plus, souligner avec insistance toute l’importance des tâches de la classe ouvrière française dans la lutte contre le fascisme, tâches que j’ai déjà indiquées dans mon rapport.
- Il est dangereux également de se faire des illusions sur la faiblesse du fascisme dans d’autres pays où il ne dispose pas d’une large base de masse. Nous en avons des exemples tels ceux de la Bulgarie, de la Yougoslavie, de la Finlande, où le fascisme, tout en manquant de base large, n’en est pas moins arrivé au pouvoir en s’appuyant sur les forces armées de l’Etat, et où il a cherché ensuite à élargir sa base en se servant de l’appareil d’Etat.
- Dutt avait raison d’affirmer qu’il existait dans nos rangs une tendance à considérer le fascisme « en général », sans tenir compte des particularités concrètes des mouvements fascistes dans les différents pays et en taxant à tort de fascisme toutes les mesures réactionnaires de la bourgeoisie, ou même en qualifiant tout le camp non communiste de camp fasciste. Loin de renforcer la lutte contre le fascisme, tout cela l’a, au contraire, affaiblie.
- Or, il subsiste encore maintenant des vestiges de l’attitude schématique à l’égard du fascisme. N’est-ce pas une manifestation de cette attitude schématique que l’affirmation de certains communistes assurant que l’« ère nouvelle » de Roosevelt représente une forme encore plus nette, plus aiguë de l’évolution de la bourgeoisie vers le fascisme que, par exemple, le « gouvernement national » d’Angleterre ? Il faut être aveuglé par une dose considérable de schématisme pour ne pas voir que ce sont justement les cercles les plus réactionnaires du Capital financier américain en train d’attaquer Roosevelt, qui représentent, avant tout, la force qui stimule et organise le mouvement fasciste aux Etats-Unis. Ne pas voir le fascisme réel prendre naissance aux Etats-Unis sous les phrases hypocrites de ces cercles en faveur de la « défense des droits démocratiques des citoyens américains », c’est désorienter la classe ouvrière dans la lutte contre son pire ennemi.
- Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux se développent également, comme on l’a signalé dans la discussion, certains groupes fascistes, mais, évidemment, il ne peut y être question du même genre de fascisme que nous connaissons en Allemagne, en Italie et dans les autres pays capitalistes. Là, il faut étudier et peser les conditions économiques, politiques et historiques tout à fait particulières, qui font et feront prendre au fascisme des formes spéciales.
- Certains communistes qui ne savent pas envisager concrètement les phénomènes de la réalité vivante et qui souffrent de paresse d’esprit, remplacent l’étude minutieuse et approfondie de la situation concrète et du rapport des forces de classe par des formules générales qui ne disent rien. Ils rappellent non point les tireurs d’élite qui frappent en plein but, mais ces « habiles » tireurs qui frappent systématiquement et infailliblement à côté du but et dont les coups portent tantôt plus haut, tantôt plus bas que le but, tantôt plus loin tantôt plus près de la cible. Eh bien ! Nous, nous voulons, en tant que militants communistes du mouvement ouvrier, en tant qu’avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière, être de vrais tireurs d’élite qui sans manquer un seul coup frappent en plein but.

Front unique prolétarien, front populaire antifasciste

- Certains communistes se creusent vainement la tête pour savoir par quoi commencer : par le front unique du prolétariat ou par le front populaire antifasciste ?
- Les uns disent : on ne pourra pas entreprendre l’établissement du Front populaire antifasciste avant d’avoir organisé un solide front unique du prolétariat.
- Mais, raisonnent les autres, comme l’établissement du front unique prolétarien se heurte dans nombre de pays à la résistance de la partie réactionnaire de la social-démocratie, mieux vaut commencer du coup par le Front populaire et, sur cette base seulement, déployer ensuite le front unique de la classe ouvrière.
- Les uns et les autres, évidemment, ne comprennent pas que le front unique du prolétariat et le front populaire antifasciste sont liés l’un à l’autre par la dialectique vivante de la lutte, qu’ils s’interpénètrent, se transforment l’un en l’autre au cours de la lutte pratique contre le fascisme, au lieu d’être séparés l’un de l’autre par une muraille de Chine.
- Car on ne saurait croire sérieusement qu’on puisse vraiment réaliser le Front populaire antifasciste sans établir l’unité d’action de la classe ouvrière elle-même, qui est la force dirigeante de ce front populaire. Et, d’autre part, le développement ultérieur du front unique prolétarien dépend dans une mesure notable de sa transformation en un front populaire contre le fascisme. Imaginez-vous l’amateur de schémas qui, placé devant notre résolution, construit son schéma avec le zèle d’un véritable exégète :

  • D’abord le front unique du prolétariat par en bas, à l’échelle locale ;
  • puis le front unique par en bas, à l’échelle régionale ;
  • ensuite le front unique par en haut, passant par les mêmes degrés ;
  • après cela, l’unité du mouvement syndical ;
  • ensuite, le ralliement des autres partis antifascistes ;
  • puis le Front populaire déployé par en haut et par en bas ;
  • après quoi, il conviendra d’élever le mouvement à un degré supérieur, de le politiser, de le révolutionnariser, etc..., et ainsi de suite.

- Vous direz que c’est un pur non-sens. Je suis d’accord avec vous. Mais c’est précisément le malheur qu’un tel non-sens sectaire, sous une forme ou sous une autre, se rencontre encore, à notre vif regret, dans nos rangs.
- Comment donc la question se pose-t-elle en réalité ? Evidemment, nous devons partout travailler à créer un vaste Front populaire général de lutte contre le fascisme. Mais, dans un grand nombre de pays, nous ne sortirons pas des conversations générales sur le Front populaire, si nous ne savons pas, par la mobilisation des masses ouvrières, briser la résistance de la partie réactionnaire de la social-démocratie au front unique de lutte du prolétariat. C’est ainsi que la question se pose avant tout en Angleterre, où la classe ouvrière forme la majorité de la population, où les trade-unions anglaises et le Parti travailliste ont derrière eux la masse essentielle de la classe ouvrière. C’est ainsi que la question se pose en Belgique, dans les pays Scandinaves, où, face à des Partis communistes numériquement faibles, se dressent de puissants syndicats de masse et des Partis social-démocrates numériquement forts.
- Les communistes commettraient dans ces pays une faute politique très grave s’ils se dérobaient à la lutte pour l’établissement du Front unique prolétarien derrière des formules générales sur le Front populaire, lequel ne peut être établi sans la participation des organisations de masse de la classe ouvrière. Pour réaliser dans ces pays un véritable Front populaire, les communistes doivent accomplir un immense travail politique et d’organisation dans les masses ouvrières. Ils doivent surmonter les préjugés de ces masses, qui considèrent leurs organisations réformistes de masse comme l’incarnation déjà réalisée de l’unité prolétarienne ; ils doivent convaincre ces masses que l’établissement du front unique avec les communistes signifie leur passage sur les positions de la lutte des classes, et que, seul, ce passage garantit le succès de la lutte contre l’offensive du Capital et le fascisme. Ce n’est pas en nous proposant dans ces pays des tâches plus vastes que nous surmonterons les difficultés que nous rencontrons. C’est, au contraire, en luttant pour faire disparaître ces difficultés que nous préparerons, non en paroles, mais en fait, la formation d’un véritable Front populaire de lutte contre le fascisme, contre l’offensive du Capital, contre la menace de guerre impérialiste.
- La question se pose autrement dans des pays tels que la Pologne, où, à côté du mouvement ouvrier, se développe un puissant mouvement paysan, où les masses paysannes ont leurs propres organisations qui se radicalisent sous l’influence de la crise agraire, où l’oppression nationale suscite l’indignation parmi les minorités nationales. Là, le développement du Front populaire de lutte se fera parallèlement au développement du front unique prolétarien et, parfois, dans ce type du pays, le mouvement du Front populaire peut même devancer le mouvement du front ouvrier.
- Prenez un pays tel que l’Espagne, qui traverse un processus de révolution démocratique bourgeoise. Peut-on dire ici que la dispersion du prolétariat, au point de vue de l’organisation, exige l’établissement de la complète unité de lutte de la classe ouvrière avant la formation d’un front ouvrier et paysan contre Lerroux et Gil Robles ?
- En posant ainsi la question, nous isolerions le prolétariat de la paysannerie, nous abandonnerions en fait le mot d’ordre de la révolution agraire, nous faciliterions aux ennemis du peuple la possibilité de diviser le prolétariat et la paysannerie et d’opposer la paysannerie à la classe ouvrière. Comme on le sait, ce fut là une des causes principales de la défaite de la classe ouvrière asturienne lors des batailles d’octobre 1934.
- Toutefois, il y a un point à ne pas oublier : dans tous les pays où le prolétariat est relativement peu nombreux, où la paysannerie et les couches petites-bourgeoises de la ville prédominent, dans ces pays il importe encore plus de déployer tous les efforts pour établir un solide front unique de la classe ouvrière elle-même, afin que celle-ci puisse occuper sa place de facteur dirigeant par rapport à tous les travailleurs.
- Ainsi, par rapport à la solution du problème du front prolétarien et du Front populaire, on ne peut fournir des recettes universelles pour tous les cas de la vie, pour tous les pays et pour tous les peuples. L’universalisme dans ces choses-là, l’application des seules et mêmes recettes à tous les pays, équivaudrait, permettez-moi de vous le dire, à l’ignorance. Or, l’ignorance, nous devons la frapper même et surtout lorsqu’elle se manifeste sous l’enveloppe de schémas universels.

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