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De la revendication ouvri√®re √ la r√©sistance nationale

mardi 11 septembre 2012, par Jean-Pierre Combe

- D√©fendre son salaire contre le pr√©l√®vement du profit, c’est r√©sister √ l’exploitation capitaliste ; cela d√©termine la politique salariale √ tous les niveaux de l’action ; ces niveaux sont celui du salari√© individuel, celui de l’ensemble des salari√©s d’une entreprise, celui d’une branche d’industrie, celui de la nation... :

- la politique salariale est r√©pressive si elle vise √ diminuer les salaires, elle est sociale ou revendicative si elle tend √ satisfaire les droits des salari√©s √ vivre et √ faire vivre leur famille dans la dignit√© ; cette raison, que l’on observe partout o√Ļ le travailleur vend sa force de travail contre un salaire, fait que la revendication salariale ne peut en aucun cas √™tre consid√©r√©e comme ext√©rieure √ la politique, comme apolitique.
- De la part des salari√©s, au niveau individuel comme au niveau de leur collectif de travail, il n’y a de politique salariale que revendicative ; en outre, l’exp√©rience imm√©diate de tous les ouvriers salari√©s leur montre sans d√©lai, d√®s les premiers jours de leur embauche, qu’ils ne peuvent faire avancer leur politique salariale individuelle qu’en la mettant en coh√©rence mutuelle avec celle de tous leurs coll√®gues : pour les salari√©s de l’entreprise, il s’agit d’organiser leurs rapports interindividuels en reliant entre elles leurs politiques salariales individuelles de mani√®re √ les rendre coh√©rentes, ce qui fera d’elles la politique collective du collectif travailleur ; c’est ainsi que na√ģt le besoin ouvrier d’organisation.
- Il en r√©sulte que dans tous les pays, tous les mouvements d’organisation ouvri√®re ont pour objet principal et essentiel la revendication d’un salaire assurant au travailleur qu’il pourra vivre et faire vivre sa famille dans la dignit√© : la revendication du salaire est l’essence de toutes les √©volutions politiques que d√©termine le mouvement ouvrier d’organisation.
- De telles √©volutions ont lieu dans tous les pays d’Europe et du monde, depuis des √©poques diverses, avec des rythmes divers ; elles conduisent √ des r√©sultats divers : nous devons constater aussi que le mode capitaliste de l’√©conomie devient dominant en absorbant dans le march√© tous les mouvements ant√©rieurs de l’√©conomie, ou en les lui subordonnant √©troitement, de sorte que dans tous ces pays, la contradiction de la revendication salariale et du pr√©l√®vement capitaliste devient le d√©terminant de toute l’√©volution √©conomique, politique et culturelle de la soci√©t√©.
- On voit bien en France que pendant le dix-neuvi√®me si√®cle, le mouvement ouvrier organisait la revendication salariale sur tous les plans de la vie des citoyennes et des citoyens : la d√©fense de la sant√© physique de l’ouvrier et de sa famille (les mutuelles ouvri√®res), les relations avec l’employeur (les syndicats ouvriers), l’action sur les march√©s o√Ļ les ouvriers ach√®tent leur nourriture, leur habillement...(les coop√©ratives ouvri√®res de consommation), sur ceux o√Ļ se vendent les produits du travail (les coop√©ratives ouvri√®res de production), l’exercice du droit de cultiver son esprit et son corps (les associations ouvri√®res de culture, de loisir et de sport)... : nous devons remarquer que le mouvement ouvrier fran√ßais n’a entrepris l’√©laboration du parti ouvrier qu’apr√®s avoir commenc√© d’organiser tous ces plans de la vie des citoyennes et des citoyens que sont les ouvri√®res et les ouvriers, faisant ainsi de l’organisation politique le n√©cessaire prolongement commun de tous les autres plans d’organisation de la revendication ouvri√®re.
- Dans l’empire des Tsars russes, l’organisation revendicative du mouvement ouvrier a commenc√© beaucoup plus tard, mais ses progr√®s furent beaucoup plus rapides qu’en France, impliquant fortement les paysans pauvres et ceux sans terre : les R√©volutions de 1905 et de 1917, avec toutes leurs caract√©ristiques, en furent le r√©sultat.
- En 1918, l’Etat tsariste broy√© par la guerre imp√©rialiste, et le mode capitaliste de la production de son empire renvers√© par la r√©volution, les propri√©taires des plus gros capitaux du reste du monde se sentirent gravement menac√©s ; devant cette menace, ils entreprirent imm√©diatement d’unir leurs forces √©conomiques et politiques pour combattre la R√©volution et reconqu√©rir le territoire de l’ancien empire des Tsars ; pour eux, il n’√©tait pas question de se limiter aux fronti√®res de leurs pays ; les plus radicaux firent alliance avec des comploteurs politiques europ√©ens et financ√®rent leurs entreprises : c’est ainsi que Henry Ford, des automobiles Ford, fut le premier √ financer Hitler et son parti national-socialiste (NSDAP), et qu’il fut bient√īt suivi par un groupe d’industriels allemands de la sid√©rurgie, de la m√©canique et de la chimie ; depuis la guerre de 1914, Louis Renault liait ses affaires avec celles de Henry Ford : il suivit l’alliance contre-r√©volutionnaire de tr√®s pr√®s, la soutenant activement ; d’autres industriels fran√ßais, parmi les plus riches, tel Louis Berliet, participaient √ ce concert des exploiteurs qui supportaient et manipulaient les groupes de provocateurs racistes : notamment, mais pas seulement, les fascistes et les nazis.
- Cette entente supranationale des plus riches a subverti les pays d’Europe m√©ridionale et centrale, l’Italie, l’Allemagne ; en vue de cette subversion, son principal moyen d’action fut le terrorisme, pour lequel elle mit en fonction un dispositif priv√© militairement organis√©, y int√©grant les d√©bris des arm√©es blanches au fur et √ mesure de ce qu’elles √©taient chass√©es du territoire de l’ancien empire des tsars (c’est ainsi que les officiers et beaucoup de soldats de l’ancienne arm√©e du g√©n√©ral Wrangel chass√©e de Crim√©e furent r√©install√©s en Bulgarie et en Yougoslavie). Aussit√īt que cela devenait possible, c’est-√ -dire aussit√īt que les partis racistes parvenaient au pouvoir, ce dispositif priv√© √©tait l√©galis√© et la police officielle y √©tait int√©gr√©e, sans pour autant que l’effort terroriste soit diminu√©, au contraire ! Il s’agissait pour l’entente supranationale des plus riches d’assurer la ma√ģtrise grand-bourgeoise sur tous les Etats que dominait la grande bourgeoisie, afin de briser la r√©sistance des exploit√©s, de renforcer administrativement, polici√®rement, toutes les in√©galit√©s sociales afin de mieux garantir et accro√ģtre les pr√©l√®vements capitalistes, en m√™me temps que de pr√©parer une force militaire suffisamment puissante pour reconqu√©rir le pays des Soviets : on appelle cela ¬« la mont√©e des fascismes¬ ».
- En France et en Espagne, la tentative de subversion raciste a d’abord √©t√© mise en √©chec par la vigilance de la classe ouvri√®re, par la d√©termination des partis communistes et par l’union antifasciste des classes populaires et de la fraction √©clair√©e (au sens des Lumi√®res philosophiques) de la bourgeoisie : cette union porta au gouvernement l’alliance politique du Front populaire : c’est alors que les grands capitalistes fran√ßais et espagnols impliqu√©s dans l’alliance internationale contre-r√©volutionnaire choisirent la guerre comme moyen d’√©tendre √ ces deux pays leur dispositif d’encadrement violent.
- En Espagne, ils lanc√®rent quatre g√©n√©raux, la L√©gion (le ¬« Tercio¬ ») et une partie de l’arm√©e professionnelle dans un coup d’Etat, ce qui d√©clencha une guerre civile dont les cicatrices sont toujours sensibles.
- Dans cette guerre, les poutchistes re√ßurent l’aide d√©cisive de la ¬« non-intervention¬ » pratiqu√©e contre les int√©r√™ts de la France par le gouvernement de Monsieur L√©on Blum, de concert avec le gouvernement de Sa Majest√© britannique, avec celui des USA et avec les autres gouvernements des pays dits ¬« lib√©raux¬ » ; de la part des gouvernements racistes (nazi-fascistes), les poutchistes re√ßurent le renfort de l’arm√©e italienne envoy√©e par le gouvernement fasciste de Benito Mussolini, et celui de l’aviation allemande envoy√©e par le gouvernement nazi d’Adolf Hitler ; pour mieux servir les poutchistes espagnols, la Luftwaffe d’Hermann G√∂ring exp√©rimenta le bombardement terroriste massif des populations civiles, notamment en √©crasant la ville basque de Guernica.
- L’Internationale communiste engagea pleinement le mouvement ouvrier syndical et politique international dans l’aide √ la R√©publique espagnole : en France, pays limitrophe de l’Espagne, la CGT tenait le bureau de recrutement des Brigades internationales ; la CGT et le Parti communiste fran√ßais viol√®rent ouvertement la politique de non-intervention, et r√©ussirent √ faire de la France la grande base arri√®re de l’arm√©e r√©publicaine espagnole, d’o√Ļ partaient pour le front les volontaires brigadistes, et par o√Ļ transitait le mat√©riel de guerre fourni par l’URSS ; le ministre de l’air Pierre Cot, qui n’√©tait pas communiste, s’est toujours tenu concr√®tement dans le camp de l’aide √ la R√©publique espagnole.
- L’absence d’aide des Etats fran√ßais et britannique, conjugu√©e avec l’aide et les renforts re√ßus de l’√©tranger par les poutchistes d√©termina le sort de la guerre : le fascisme franquiste vainquit la R√©publique espagnole.
- Restait la France : la coalition fasciste avait de nombreux complices actifs dans la ¬« haute soci√©t√©¬ » et particuli√®rement dans la ¬« haute administration¬ » civile et militaire ; ce petit monde jugea qu’il fallait pr√©parer la guerre avec soin pour s’assurer de la victoire et √©tendre √ la France l’empire raciste (nazi-fasciste).
- La premi√®re alerte fut, dans l’automne de 1936, la proclamation par L√©on Blum de la ¬« pause dans les r√©formes sociales¬ » : c’√©tait la rupture de l’accord de Front populaire, et par cons√©quent l’affaiblissement d√©cisif de la d√©fense antifasciste de la France.
- Les activit√©s de la coalition fasciste purent alors se d√©ployer, bient√īt sans v√©ritable frein : les obstacles administratifs qu’auraient d√ » rencontrer sur notre territoire Gestapo et police mussolinienne disparurent ; on ouvrit des camps de concentration pour y enfermer les r√©fugi√©s espagnols victimes du poutch franquiste ; les r√©ductions de salaires suivirent, confirmant chaque jour que le gouvernement Blum avait rompu l’accord de Front populaire.
- Pendant ce temps, les patrons des plus importantes industries lourdes et m√©caniques sabotaient les livraisons de mat√©riel de guerre √ l’arm√©e en allongeant sans mesure les d√©lais, en faisant passer en fabrication les v√©hicules civils en priorit√© sur les commandes militaires.
- Les g√©n√©raux de l’Etat-major se refusaient √ adapter leurs m√©thodes de travail, les cha√ģnes et les moyens de commandement √ l’√©volution des conditions du combat qui r√©sultait de l’√©volution des mat√©riels, particuli√®rement de celle des chars et des avions.
- Lorsque l’arm√©e du nazisme envahit la Pologne, l’Angleterre et la France durent lui d√©clarer la guerre, mais ni l’une ni l’autre n’engagea le combat ; il faut constater que Hitler en √©tait pr√©venu : il √©carta lui-m√™me, et p√©remptoirement, des hypoth√®ses de son Etat-major celle d’une offensive anglo-fran√ßaise sur le front occidental de l’Allemagne.
- Pour ce qui est de la France, tout cela s’explique par le fait que ses chefs militaires comme ses principaux ministres √©taient eux-m√™mes au service des int√©r√™ts des plus gros propri√©taires de capitaux de l’industrie fran√ßaise, qu’ils admiraient Mussolini (le mar√©chal P√©tain n’en faisait pas myst√®re) ou Hitler : or, ces capitalistes participaient √ l’entente contre-r√©volutionnaire des plus riches. Leur ennemi n’√©tait ni le fascisme, ni le nazisme.
- Ils l’avaient √©crit : ils pr√©f√©raient le r√©gime nazi au Front populaire !
- A la fin de l’√©t√© de 1939, le parti communiste fran√ßais √©tait conscient de ce que les gouvernements anglais et fran√ßais sabotaient depuis de nombreux mois les n√©gociations engag√©es √ Moscou en vue d’une alliance d√©fensive de l’Angleterre, de la France et de l’Union Sovi√©tique : plac√© devant l’annonce de la signature, le 23 ao√ »t 1939, du pacte de non-agression germano-sovi√©tique, il refusa de participer au concert de condamnations mensong√®res et d’insultes qui saluait cet √©v√©nement, et qui se prolongea au pr√©texte de l’avanc√©e de l’Arm√©e rouge jusqu’√ la ligne propos√©e en 1918 par le diplomate anglais Lord Curzon pour d√©finir la fronti√®re de la Pologne et de la Bi√©lorussie : au d√©but d’octobre, pour cette raison et sans proc√®s, le parti communiste fut proclam√© coupable, dissout et ses √©lus d√©chus de leurs mandats : les municipalit√©s que dirigeaient des militants communistes furent remplac√©es par des d√©l√©gations pr√©fectorales.
- Pendant les trois trimestres qui suivirent, la pr√©v√īt√© fit la chasse aux communistes dans la zone de d√©ploiement des arm√©es et dans les rangs des unit√©s ; dans le reste du pays, la police et la gendarmerie accomplissaient la m√™me tache. On enfermait les communistes arr√™t√©s, ou on les affectait √ des compagnies disciplinaires.
- Le 8 avril 1940, le ministre (socialiste) de la justice Albert S√©rol signa un d√©cret permettant de condamner √ mort toute personne qui aurait √©t√© arr√™t√©e pour activit√© communiste.
- Leur ennemi, c’√©tait le peuple de France, qui, en 1933, avait mis en √©chec la tentative d’√©tendre l’empire raciste (nazi-fasciste) √ notre pays !
- L’ennemi qu’ils combattaient, c’√©tait la classe ouvri√®re de leur propre pays, et d’abord le parti totalement ind√©pendant de la bourgeoisie et des int√©r√™ts bourgeois dont cette classe s’√©tait dot√©e, le parti communiste ; ils combattaient la classe ouvri√®re parce qu’elle est la force principale, essentielle, de la r√©volution qu’il leur fallait et qu’il leur faut abattre afin de rester au pouvoir et de continuer d’exploiter le peuple ; pour combattre la classe ouvri√®re et pour la soumettre, il leur fallait d√©truire son parti, le parti communiste.
- Au service de ce combat antinational, ils mettaient toutes leurs ressources : leur richesse et leurs entreprises, mais aussi leurs commis dans la haute administration, dans la haute arm√©e, leurs relations d’affaires avec leurs fournisseurs et leurs clients, en France et √ l’√©tranger, et aussi, bien entendu, toutes les plumes et qu’ils pouvaient stipendier pour orienter les proses journalistiques ou radiophoniques, les discours parlementaires, sans oublier les complots et les organisations secr√®tes de divers niveaux (la Cagoule, la Synarchie,...) ainsi que leurs contacts avec les services secrets et les polices fran√ßais, allemands, italiens...
- La cons√©quence fatale de cette politique est intervenue en juin et juillet 1940 : il fut facile aux forces arm√©es allemandes et italiennes d’envahir la France : les soldats de l’arm√©e fran√ßaise combattirent avec vaillance, et cent mille d’entre eux trouv√®rent la mort dans ces combats ; mais dans les deux premiers jours de la guerre, l’aviation allemande avait pu d√©truire au sol presque toute l’aviation fran√ßaise, parce qu’elle n’avait pas √©t√© mise en alerte, et qu’elle n’avait re√ßu aucun ordre pour se disperser sur les a√©rodromes de combat, et ensuite, presque tous ces combats ont oppos√© des forces arm√©es allemandes militairement coh√©rentes, bien organis√©es et bien command√©es, parfois √ une division, le plus souvent √ des r√©giments ou √ des bataillons, parfois m√™me √ des compagnies ou √ des sections qui se battaient sans couverture a√©rienne et comme si elles √©taient seules sur le champ de bataille, comme si leurs unit√©s de rattachement n’existaient √ aucun niveau, toujours dans l’absence de toute intervention utile du corps d’arm√©e ou de l’arm√©e : les soldats, sous-officiers, officiers subalternes, officiers sup√©rieurs et les quelques officiers g√©n√©raux qui combattaient le faisaient malgr√© la d√©mission criminelle du haut commandement, malgr√© la d√©sertion dont s’√©taient rendus coupables les chefs des Etat-majors des arm√©es fran√ßaises.
- Regardons les choses en face : la d√©faite de la France √©tait la victoire que recherchaient les membres fran√ßais de la coalition contre-r√©volutionnaire : Philippe P√©tain ne dit pas autre chose lorsqu’il d√©veloppa, dans un discours du mois de juillet, sa th√©orie de la punition divine que devait subir le peuple de France pour avoir commis le p√©ch√© de se refuser √ l’empire nazi-fasciste et le crime d’imposer de grands progr√®s sociaux en termes de salaires, de droit au repos et de conditions de travail.
- Mais certains refusaient la d√©faite et appelaient les habitants de notre pays √ ne pas c√©der :

  • le 17 juin 1940, Charles Tillon, membre du comit√© central du parti communiste fran√ßais, publie un texte court dans lequel il met la nature bourgeoise des gouvernements en cause et d√©nonce leur trahison : il appelle le peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commer√ßants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, √ s’unir dans l’action... pour l’ind√©pendance nationale et pour prendre des mesures contre les organisations fascistes ;
  • le lendemain 18 juin, le g√©n√©ral De Gaulle se place au point de vue de la technique de guerre, affirme sa foi dans l’alliance britannique et √©tats-unienne, et invite les officiers et les soldats fran√ßais qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient √ s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, les ing√©nieurs et les ouvriers sp√©cialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient √ s’y trouver, √ se mettre en rapport avec lui, dans l’esprit de continuer la guerre contre l’Allemagne, et conclut que Quoi qu’il arrive, la flamme de la r√©sistance fran√ßaise ne doit pas s’√©teindre et ne s’√©teindra pas  ;
  • le 10 juillet, le jour m√™me o√Ļ le mar√©chal P√©tain prend le pouvoir, le parti communiste fran√ßais publie un long appel √ r√©sister : ce texte d√©nonce s√©v√®rement la responsabilit√© que portent de longue date les gouvernements fran√ßais hostiles √ la paix, ainsi que les profiteurs de la d√©faite, qui sont aussi les profiteurs de guerre ; il proclame que jamais un grand peuple comme le n√ītre ne sera un peuple d’esclaves , puis appelle tous les membres du peuple de France √ former un front de la libert√©, de l’ind√©pendance et de la renaissance de la France, √ confisquer les b√©n√©fices de guerre, √ restituer √ la nation les biens que les capitalistes exploitent √ leur seul profit.

- Ces divers appels signifient que des Fran√ßais, notamment des membres du peuple qui participaient au mouvement politique d’organisation revendicative, prenaient le parti de combattre et commen√ßaient √ s’organiser en des mouvements diversement d√©finis.
- En Gr√®ce, en Yougoslavie et aussi en Italie, les communistes anim√®rent la lev√©e de puissants mouvements populaire de guerilla pour combattre l’oppression de leurs nations par l’empire raciste (nazi-fasciste).
- En France, le mar√©chal P√©tain lui-m√™me consomma le d√©sastre : prenant le relais du gouvernement Daladier dans la guerre anticommuniste, il signa une capitulation honteuse qui plongea les habitants de notre pays dans une impuissance d√©sesp√©r√©e ; exploitant le d√©sastre militaire et le d√©sespoir, il se fit l’entrepreneur de l’extension √ la France de l’empire nazi-fasciste, continuant et confirmant l’impitoyable r√©pression politique, polici√®re et militaire que les gouvernements de la ¬« dr√īle de guerre¬ » avaient commenc√© d’appliquer aux communistes, l’√©tendant √ tous les R√©sistants au fur et √ mesure du d√©veloppement de la R√©sistance, taxant d√®s juillet 1940 les produits agricoles tr√®s en-dessous de leur co√ »t de revient, r√©quisitionnant ces produits et les exp√©diant en Allemagne, embrigadant de force tous les hommes dans une ¬« L√©gion des combattants¬ » qu’encadrait un ¬« Service d’Ordre L√©gionnaire¬ » (SOL), renfor√ßant la contrainte administrative sur les municipalit√©s, rempla√ßant la R√©publique par l’¬« Etat Fran√ßais¬ », interdisant le syndicalisme de classe et embrigadant la population travailleuse dans des ¬« corporations¬ » verticales dont les chefs √©taient de grands patrons, d√©truisant l’industrie par le ¬« Retour √ la terre¬ », la ¬« femme au foyer¬ » et par trois modalit√©s de d√©portation des hommes en Allemagne pour travailler dans l’industrie de guerre que furent la pr√©tendue ¬« Rel√®ve¬ », les r√©quisitions de sp√©cialistes et le ¬« Service du Travail Obligatoire¬ » (STO) (on ne parlait pas de ¬« mobilit√©¬ » !), livrant nombre de communistes emprisonn√©s aux autorit√©s hitl√©riennes et permettant √ celles-ci de disposer sans formalit√©s des camps d’internement et de regroupement, constituant ainsi sur notre sol un r√©seau d’entr√©es directes dans le syst√®me concentrationnaire nazi ; l’¬« Etat fran√ßais¬ » p√©tainiste recruta bient√īt dans le ¬« Service d’Ordre L√©gionaire¬ » une ¬« Milice Fran√ßaise¬ », tr√®s active d√©nonciatrice des communistes et racketteuse des r√©sistants et des autres ind√©sirables de toutes cat√©gories : c’est la ¬« Milice fran√ßaise¬ » qui fut le moyen d’√©clairage (les yeux et les oreilles) des unit√©s SS pour tous leurs d√©placements, stationnements et actes terroristes en France ; l’Etat p√©tainiste dit ¬« fran√ßais¬ » r√©prima par la violence, de juillet 1940 √ la lib√©ration, tout ce qui refusait ou semblait devoir refuser d’ob√©√Įr √ son gouvernement ou aux autorit√©s nazies et fascistes ; il avait √©dict√© des lois antijuives d√®s avant que P√©tain s’engage devant Hitler, √ Montoire, √ collaborer avec l’occupant : Philippe P√©tain mit pleinement en œuvre cette politique d√®s le 10 juillet 1940 : cela lui valut le titre de ¬« Gauleiter de la France¬ » que lui d√©cern√®rent les R√©sistants : ils avaient reconnu en effet que cette politique √©tait celle du nazisme et du fascisme.
- Le p√©tainisme et l’occupation nazi-fasciste ont charg√© de sens la revendication ouvri√®re : d√©sormais, lorsqu’un travailleur d√©fendait son salaire et la vie de sa famille, il mettait en cause, non seulement les capitalistes fran√ßais, mais aussi le r√©gime gouvernemental de collaboration avec les autorit√©s d’occupation et l’occupation elle-m√™me : ¬ tout acte de revendication ouvri√®re est devenu acte de r√©sistance, et c’est comme tel qu’il est r√©prim√©. Les syndicalistes de lutte de classe et les communistes l’avaient compris : lorsque le 27 mai 1941, en pleine zone interdite, les mineurs du Nord et du Pas de Calais ont d√©clench√© la gr√®ve dans laquelle cent mille mineurs se sont engag√©s, ils joignaient la revendication patriotique √ la revendication sociale : chaque tonne de charbon manquant √ l’industrie de guerre allemande fut un succ√®s de leur action ; l’occupant ne s’y est pas tromp√©, r√©primant cette gr√®ve comme une insurrection, par la mort et la d√©portation.
- La r√©alit√© du combat contre l’oppression raciste a fait converger les mouvements de r√©sistance et arrach√© certains secteurs du peuple travailleur √ l’influence du p√©tainisme : cette convergence f√©d√©rait la R√©sistance et la conduisit √ former le Conseil national de la R√©sistance (CNR) le 27 mai 1943 ; revenue sur les positions de lutte de classe, la CGT participait √ ce Conseil, ainsi que la CFDT ; la r√©pression n’y put rien. Aussit√īt cr√©√©, le CNR inscrivait les convergences des mouvements de R√©sistance dans son programme les Jours heureux adopt√© le 15 mars 1944 et publi√© pour la premi√®re fois clandestinement √ Paris le 24 mars 1944.
- Ce programme d√©nonce notamment la cause de la d√©faite dans la perte d’efficacit√© de nos institutions d√©mocratiques et populaires, elle-m√™me caus√©e par les entreprises de corruption et de trahison , qui ont eu libre cours en France dans les quelques ann√©es qui ont pr√©c√©d√© la d√©claration de guerre, et qualifie le r√©gime appel√© ¬« Etat fran√ßais¬ » pr√©sid√© par Philippe P√©tain de ¬ r√©gime de basse r√©action .
- Cela vaut la peine de relire ce programme ; vous le trouverez dans l’article suivant :

La guerre et la r√©sistance dans l’histoire sociale

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