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ISBN : 978-2-9550552-0-5

La révolution aura lieu, n’en doutez pas !

24 juillet 2014

dimanche 19 septembre 2021, par Jean-Pierre Combe (Date de rédaction antérieure : 24 juillet 2014).

Avant-propos

La connaissance des évènements politiques du passé, notamment celle des révolutions passées, est nécessaire aux femmes et aux hommes qui aspirent à vivre dans une société simplement humaine : c’est grâce à cette connaissance qu’ils pourront conduire efficacement leur lutte quotidienne pour faire advenir une telle société dans notre pays.

Mais l’étude du passé est complexe et la représentation que nous cherchons à nous en faire, nous qui ne sommes pas des spécialistes, est sujette à des opérations de brouillage et d’intoxication par des écrivains mercenaires de la grande bourgeoisie chargés par les chefs bourgeois de diffuser dans les peuples une idéologie favorable à la domination capitaliste, et de la substituer à l’histoire.

Pour échapper à ce brouillage et rejeter cette intoxication, il faut faire de grands efforts, se rappeler les historiens fondateurs de la science historique, étudier leurs efforts méthodiques et rendre vie aux principes scientifiques de l’histoire.

Reprenant alors les documents laissés par les révolutions du passé, on parvient ainsi à un exposé clair où figurent les documents disponibles pour l’étude, une discussion critique de ces documents, et un récit de l’évènement ( de la révolution ) étudié.

De tels récits peuvent être rédigés avec une grande économie de texte, sans répétitions, sans rupture dans l’exposition de l’action, et il n’est pas rare que leur lecture soit aussi passionnante que les meilleurs romans.

Tout cela concerne le passé, et ne peut pas être appliqué au présent ; nous avons besoin de connaître le passé parce que notre action quotidienne est comparable à la construction d’un édifice pour laquelle les maçons posent ( au présent ) chaque pierre sur les pierres qui vont la soutenir ( au futur ) et qui ont été posées précédemment ( au passé ), bien ou mal.

Cette métaphore doit faire comprendre, d’une manière générale, le rapport de l’action présente à toutes les actions passées, et en même temps, notre besoin présent de bien connaître notre histoire ( notre passé ).

Mais voyons un peu : notre action présente est entravée par ceux qui ne veulent pas de notre édifice ( disons : un palais pour le peuple, beau, ouvert, facile d’accès, riche en toutes les possibilités de santé, de culture et de civilisation, bien intégré dans la nature ... ) et veulent nous faire construire une prison …

Pour donner leur orientation à notre construction, ils s’efforcent de nous tromper sur toutes les positions des pierres précédemment posées, au risque de causer l’effondrement final de l’édifice en construction …

Il est donc important de savoir distinguer les vrais historiens ( ceux qui respectent et appliquent la méthode scientifique en histoire ) des faux ( ceux qui réécrivent en permanence l’histoire en faussant le sens des évènements, et souvent les évènements eux-mêmes : on les appelle aujourd’hui des révisionnistes ou des négationnistes ) ; nous aurons l’occasion d’y revenir dans d’autres ouvrages.

Chers lectrice ou lecteur, tu vois ici que diverses conceptions de l’avenir viennent interférer dans les représentations du passé.

Les maçons, lorsqu’ils construisent un édifice, n’agissent pas au hasard : ils décident chacun de leurs gestes en fonction de deux ensembles de données : l’un des ensembles est leur connaissance de leurs outils et des matières qu’ils ont à travailler ; l’autre est la description concrète ( le plan ) de l’édifice à construire.

Arrêtons ici la métaphore : je suis un révolutionnaire, et j’ai élaboré mon idée de la révolution sous l’éclairage des Lumières philosophiques et de la Révolution française, qui s’est déroulée de 1789 à 1794 : je milite pour que le peuple dont je suis membre parvienne à instaurer une société de liberté et d’égalité en droits pour tous ses membres ; je suis un communiste et connaissant bien la société de mon pays, je pense que la révolution est nécessaire et qu’elle aura lieu : je veux contribuer à ce qu’elle ait lieu dans les meilleures conditions possibles pour toutes les femmes et tous les hommes qui y ont intérêt.

C’est de la révolution prochaine que je veux parler, celle dont nul ne sait rien, pas même moi bien évidemment, sauf qu’elle aura lieu et cela tout le monde le sait.

Je veux en dire le plus de choses raisonnables possible, afin que les citoyens conscients du présent et des immenses difficultés dans lesquelles notre peuple est plongé, et dans lesquelles ils sont eux-mêmes plongés, gardent l’espoir que la révolution produira une société dans laquelle nous jouirons d’une vie meilleure, et mobilisent leur Raison pour faire en sorte que la violence n’excède pas ce qui est nécessaire pour contraindre les exploiteurs à cesser d’exploiter la force de travail de la plus grande partie de l’humanité : j’ai écrit dans ce but les pages qui suivent.

Mais la seule méthode possible pour parler de ce qui vient est de se placer dans un mouvement et d’observer ses relations avec les autres mouvements, puis de se placer dans chacun des autres mouvements et de faire de même jusqu’à les avoir tous visités : la seule méthode à notre disposition est la dialectique la plus générale.

Les textes qui résultent de ces réflexions ont deux propriétés importantes : la première, c’est que traitant du même événement prochain, les chapitres successifs que cette méthode produit comportent des répétitions : ces répétitions sont inévitables ; de plus, elles relient les points de vue initiaux de chaque chapitre à l’objet de la réflexion qui, lui, est le même pour tous les chapitres.

La deuxième propriété, c’est qu’ils ne contiennent aucune contrainte susceptible de peser sur le lecteur à aucun moment des évènements prochains ; cela aussi, c’est une propriété de la dialectique : elle ne donne de certitude que lorsqu’elle traite du présent, et à condition d’être le mouvement d’un raisonnement appliqué à la réalité concrète, matériellement observée, et d’intégrer le critère matérialiste pour mouvement de vérité.

Mais pour le futur, cher lecteur, tu devras produire toi-même la vérité à chaque moment, à chaque instant de ces évènements, et je te conseille de toujours garder le critère matérialiste comme mouvement de vérité, ce qui suppose qu’à chaque instant qui passe, tu observes, tu prennes connaissance de ce qui change pendant cet instant dans le mouvement matériel de ton travail et dans celui des sociétés.

Ce conseil m’était donné par des ouvriers communistes lorsqu’à quatorze ans je commençais de fréquenter leur parti ; je l’ai toujours suivi et je ne le regrette pas.

Les contre-révolutionnaires aussi façonnent la révolution

La Constitution de l’an 1 de la République commence par une Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen rédigée en 35 articles dont voici le dernier :

Article 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Cet article a été rédigé alors que les bandes contre-révolutionnaires royalistes semaient la mort et la terreur dans une grande partie du territoire national, que la marine de guerre britannique occupait Toulon, que la bourgeoisie riche recrutait ses propres bandes de sujets violents, leur donnant mission d’étendre la violence sous prétexte de fédéralisme…

A la fin du printemps de l’an 1 de la République (1793), dans cette atmosphère de violence, la Convention soumit le projet de cette constitution à l’approbation des assemblées primaires de citoyens : les réunions de ces assemblées générales par circonscription ont eu lieu au cours d’une relative accalmie ; leur résultat, que personne n’a jamais contesté, fut acquis en août de la même année : le peuple approuvait le projet, par l’écrasante majorité d’environ 10 contre 1 ; le projet de constitution devenait ainsi la Constitution de l’an 1 de la République.

Malgré l’accalmie qui avait accompagné la consultation populaire, la Convention décidait courant septembre « de suspendre la promulgation de la Constitution jusqu’au retour de la paix » ; la violence reprenait alors, et conduisait en quelques semaines la Convention à voter les « Lois de Terreur », que les écrivains et journalistes réactionnaires présentent comme l’essence et la consistance de la Révolution.

Les « Lois de Terreur » ne sont qu’une toute petite partie de la Révolution ; elles n’ont duré qu’un an, et parmi les personnes qui ont trouvé la mort à cause des évènements révolutionnaires, un tout petit nombre, exactement connu (moins de 3200), leur doivent d’avoir perdu la vie ; pourtant, la propagande réactionnaire persiste à résumer la Révolution française dans ces seules lois ; il s’agit pour la bourgeoisie, qui a éloigné les membres de notre peuple de la rédaction des lois, de leur inculquer un réflexe de rejet de l’idée même d’une insurrection pour briser nos entraves, motivé par la soumission aux lois qui les organisent !

Aujourd’hui pourtant, un regroupement de formations politiques, qui a pris le nom d’Arc républicain de Progrès, juge possible et souhaitable une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ; c’est paradoxal !

Les citoyens, dans leurs discussions, évoquent très rarement l’hypothèse d’une révolution pacifique, et quand ils l’évoquent, il se trouve presque toujours quelqu’un pour l’écarter : elle est donc paradoxale ; elle me semble pourtant pertinente ; je m’explique :

Depuis des décennies, les gouvernements réactionnaires de la France conduisent leurs politiques de manière à toujours associer la violence à tout mouvement populaire de quelque importance : ils le font en lâchant les chiens, je veux dire les « casseurs », contre les manifestations ; nous savons tous que ces « casseurs » sont manipulés par les structures occultes de l’Etat bourgeois : il faut savoir, dire et répéter que ces structures sont illégales et contraires à toute constitution.

Cela montre en tous cas qu’en France, l’Etat bourgeois est d’accord avec l’Arc républicain de Progrès sur la possibilité d’une insurrection populaire républicaine pacifique et démocratique ; mais bien évidemment, il nie son caractère souhaitable : nos gouvernements lâchent les « casseurs » afin de dévoyer les mouvements populaires de légitime revendication vers la violence, dans le but de les réprimer par la violence avec tous les moyens violents dont dispose l’Etat.

Telle est la politique de nos gouvernements en matière de ce qu’ils appellent l’« ordre public » : nous devons comprendre qu’ils trouvent bien plus difficilement les moyens de réprimer la revendication populaire lorsque celle-ci se développe selon sa propre logique, qui n’est pas une logique de violence.

On le voit bien : le piège ouvert devant le mouvement populaire de revendication à chacune de ses manifestations, c’est l’alliance offerte, sous prétexte d’insurrection, par quelque bande violente, en général téléguidée par l’Etat bourgeois ; si le mouvement populaire accepte cette alliance, il sera impliqué dans la violence, ce dont la bourgeoisie bénéficiera dans tous les cas :

  • soit en matant le mouvement populaire sous la répression la plus violente, dans des flots de sang si besoin est (aucune bourgeoisie au monde n’a jamais reculé devant l’éventualité de faire couler à flots le sang du peuple qu’elle exploite),
  • soit en s’assurant le contrôle du mouvement s’il s’avérait victorieux : l’un ou l’autre des chefs de bande violente se placera en tête du mouvement, après quoi la propagande bourgeoise le portera en héros au gouvernement : le coup d’Etat porté au mois de mars 2014 à Kiev, en Ukraine, en est un très bon exemple tout récent !

Que devient la légitimité du mouvement populaire ? Lorsque les membres du peuple revendiquent leurs droits de vivre librement et dans l’égalité en droits, ils exercent en effet les droits que les Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen reconnaissent à tout un chacun ; nulle constitution, nulle loi, et à plus forte raison aucun règlement ne peut leur être opposé : c’est en cela que consiste la légitimité. On le voit : le piège de l’alliance avec les bandes violentes fonctionne en reniant toute légitimité !

La question qui se pose à tous les révolutionnaires est donc la suivante : comment assurer le légitime développement du mouvement populaire de revendication contre sa négation et sa répression par la contre-révolution ?

Comment contribuer à ce que le mouvement populaire de revendication se porte au plan politique, où se décide l’orientation de l’économie, en développant la légitimité qui l’a fondé ?
Comment faire vivre dans les luttes les plus dures la double revendication de liberté et d’égalité de tous les êtres humains en droits, et assurer qu’elle continue de fonder la légitimité du camp de la révolution ?

Répondre aux questions précédentes définit l’esprit dans lequel il faut résoudre les suivantes :

  • comment combattre le vertige de la violence, comment rejeter l’alliance empoisonnée offerte par les bandes de « casseurs » ?
  • comment conférer à ce mouvement le niveau politique nécessaire à son heureux aboutissement ?
  • comment donner à ce mouvement de revendication pacifique et démocratique la qualité insurrectionnelle grâce à laquelle il pourra abattre le barrage des lois illégitimes ?
  • comment combattre les chefs des bandes violentes qui tentent de confisquer la victoire du mouvement populaire pour le compte de la bourgeoisie ?

Il s’agit de faire en sorte que la revendication populaire produise sur tous les plans, de celui de l’individu à celui de la Nation, les exigences qui plieront la politique au service des intérêts du peuple, c’est-à-dire à la satisfaction de la légitime revendication populaire de vivre dignement.

La revendication populaire dont il s’agit est celle des droits de chaque femme et de chaque homme habitant le territoire national de vivre et de faire vivre sa famille de son propre travail, librement, dans la dignité, en jouissant de droits égaux à ceux de n’importe quel autre habitant. Il faut remarquer, et souligner, que la démarche des Droits de l’Homme et du Citoyen, d’abord proclamée dans la Déclaration de 1789, puis complétée et précisée par la déclaration inscrite dans la Constitution de l’an 1 de la République, non seulement définit et établit la légitimité de cette revendication, mais encore qu’elle en contient les premiers mouvements : la revendication populaire procède de la démarche inscrite dans les Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, de l’an 1 de la République (1793), et que nous savons lire dans celle de l’ONU (1946).

Cela nous amène à une observation : l’insurrection dont il est question ici procède de la revendication populaire : quel est son rapport avec la démarche des Droits humains et civiques ? Les premières lignes de ce chapitre montrent que les révolutionnaires qui rédigeaient la Constitution de l’an 1 de la République faisaient procéder de cette démarche l’insurrection à laquelle le peuple doit recourir pour rétablir ses droits violés, et nous devons reconnaître que lorsque les droits de vivre des membres du peuple ne sont pas assurés, les droits du peuple sont violés !

Quelques mois plus tard, le coup d’Etat de thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) imposait une censure de longue durée à toute discussion des problème essentiels de la Révolution.

L’insurrection dont parlaient nos révolutionnaires consistait à prendre les armes pour renverser un gouvernement qui violerait les droits du peuple ; ils en parlaient comme d’un droit du peuple : elle était donc populaire ; visant à rétablir le peuple dans ses droits violés, elle était démocratique ; proclamée par la première constitution républicaine en France, et visant à imposer au gouvernement de respecter les principes fondamentaux de la République, elle était républicaine.

Sans doute le réalisme imposait-il alors aux Révolutionnaires de ne pas parler d’insurrection pacifique, mais les trahissons-nous aujourd’hui en posant ce problème ?... Quelques semaines après le coup d’état du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), Gracchus Babeuf et Augustin Darthé, avec leur Conjuration des Egaux, tenteront de lancer un mouvement d’insurrection pacifique, mais leur conjuration sera durement réprimée par le gouvernement bourgeois et eux-mêmes seront condamnés à mort et exécutés.

Les membres de l’Arc républicain de Progrès ont donc fait preuve d’audace en posant l’idée d’une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique.

Toute révolution consiste dans l’affrontement du camp de la révolution et du camp de la contre-révolution. Que cet affrontement soit pacifique ou guerrier ne saurait dépendre des seuls révolutionnnaires ! Les révolutions passées nous le confirment abondamment si l’on veut bien examiner de près, jour après jour, leur développement : pendant la Révolution française, c’est très généralement le camp de la contre-révolution qui a pris l’initiative de la violence armée : le camp de la contre-révolution, c’était le roi, les régiments qui lui étaient fidèles ; c’était autour du roi l’aristocratie et ses bandes royalistes ; mais remarquons, et ne l’oublions pas, que la bourgeoisie riche est devenue contre-révolutionnaire pendant le procès du roi, recrutant ses propres bandes d’agents violents, irrégulières celles-là, puis prenant en quelques semaines le contrôle du camp de la contre-révolution.

La Révolution russe de l’année 1917 donne lieu à un constat tout-à-fait semblable, compte tenu du brouillage produit par la guerre mondiale.

Il faut garder présent à l’esprit que le mouvement revendicatif dont procède la révolution n’est pas d’essence guerrière : ce mouvement se heurte depuis toujours (depuis les révolutions précédentes pourrait-on dire) à la violence de l’exploitation du peuple par les castes ou classes privilégiées ; l’exploitation violente du peuple est l’essence du camp de la contre-révolution ; pour le camp de la contre-révolution, appliquer la violence à réprimer le mouvement populaire revendicatif est le mode de sa vie quotidienne, et y employer les armes n’est qu’une éventualité circonstantielle.

Il en résulte que les révolutionnaires n’ont pas à choisir entre une voie pacifique et une voie guerrière de la révolution : leur seule voie est la revendication populaire légitime ; nous devons par conséquent formuler autrement la question :

A quelles conditions pouvons-nous espérer rendre pacifique l’affrontement résultant de l’insurrection révolutionnaire ? Peut-on même imaginer faire de cet affrontement un processus de la paix ?

La seule condition que nous puissions imaginer est que la force et la nature populaire du mouvement de revendication soient telles, et d’une telle évidence, que les casseurs n’osent pas s’y frotter, et que les policiers n’hésitent pas, le cas échéant, à arrêter les casseurs, à les emprisonner et à les présenter aux juges d’instruction, même s’ils portent des coupe-files officiels, même s’ils sont membres des forces de police.

C’est aussi que la force et la nature républicaine du mouvement revendicatif soient telles, et d’une telle évidence, que les militaires le considèrent comme un mouvement de la nation dont ils font partie, et refusent d’y voir l’action d’un quelconque ennemi.

C’est encore que le mouvement revendicatif tire toute sa force de l’engagement évident de l’immense majorité des membres du peuple, et que cet engagement rende obsolète l’autorité des gouvernements réactionnaires.

Déjà, nous pouvons observer un exemple du jeu de ces conditions dans la situation révolutionnaire du Vénézuéla : lorsqu’il a pris le pouvoir, le président Chavez a placé sous son autorité les institutions centrales de l’Etat, comme c’était son devoir, mais aussi les grandes industries du pays, notamment la plus lucrative, celle du pétrole. Sans attendre, il a affecté une part du revenu de ces industries à des missions sociales dont l’objet était de satisfaire les besoins du peuple les plus urgents : habitat, santé infantile, alphabétisation, alimentation…

L’amélioration du sort des membres du peuple que l’accomplissement de ces missions réalisait enrichissait véritablement le peuple vénézuélien ; sous l’autorité du président Chavez, les institutions centrales de l’Etat commençaient de servir le peuple ; elles commençaient à passer à la Révolution : à quelques temps de là, Chavez a appelé le peuple à la Révolution bolivarienne que les premiers changements du Vénézuéla semblaient rendre possible.

Les ressources de l’économie n’étant pas extensibles comme l’est le caoutchouc, l’affectation des moyens nécessaires aux missions sociales diminuait les profits des actionnaires des grandes industries : la bourgeoisie vénézuélienne subissait un appauvrissement relatif : alors, ses membres se sont mis à accuser le gouvernement bolivarien d’appauvrir le Vénézuéla, ont resserré leurs liens avec la grande bourgeoisie état-unienne et avec les services discrets et secrets de l’Empire capitaliste mondial, et ont intensifié leurs activités contre-révolutionnaires.

Contre la contre-révolution, la révolution bolivarienne se défend : le peuple n’a jamais manqué de voter pour elle, et ses votes successifs ont toujours affaibli la contre-révolution : nous pouvons constater que jusqu’à présent les nombreux coups d’Etat contre-révolutionnaires ont échoué ; jusqu’à ce jour, le gouvernement bolivarien a réussi à laisser à la contre-révolution la responsabilité des dégâts qu’elle cause, à cantonner ses coups d’Etat dans les quartiers riches, sans « envoyer les chars », et sans déporter personne.

Il est évident que la force principale de la Révolution bolivarienne ne réside pas dans les forces armées ou dans les institutions de l’Etat : sa force décisive est l’engagement du peuple.

Déjà, l’expérience bolivarienne du Vénézuéla, son influence en Bolivie, en Equateur, en Amérique centrale, montre qu’il est possible d’interdire au camp de la contre-révolution de massacrer le peuple, à condition que les révolutionnaires rassemblent et accumulent dans leur camp assez de volontés et de force : il ne suffit pas d’être plus fort, il faut être beaucoup plus fort que la contre-révolution, dans tous les moments de la vie économique, sociale et politique de la nation.

Si le peuple vénézuélien mène la révolution bolivarienne à bien, il aura rendu un fier service à tous les peuples du monde !

Mais répétons-le : guerrière ou pas, la Révolution n’a qu’une seule voie, c’est la revendication populaire de vivre dignement dans l’égalité en droits et dans la liberté ; elle n’a qu’un seul mode d’action, c’est d’affronter la contre-révolution, d’affronter l’exploitation que les castes et classes privilégiées font subir aux membres du peuple : c’est-à-dire, affronter l’exploitation capitaliste pour la faire cesser .

Victoire et défaite du camp révolutionnaire

La Révolution française doit beaucoup aux Lumières philosophiques : elle atteste tout particulièrement de la pertinence des deux plus brillantes d’entre elles, la Liberté et l’Egalité en droits, ainsi que de celles qui les accompagnent toujours, la Justice, et la Paix qui est sa « fille », ou sa sanction si l’on préfère le dire ainsi.

Le fait est que tous les révolutionnaires ont toujours nourri cet espoir que la révolution nous conduit à la paix, par le fait qu’elle réalise une société de justice.

Bien sûr, la Révolution française, ayant été arrêtée le 9 thermidor an 2 de la République avant d’avoir réalisé la société de justice, ne nous a pas conduits à la paix ; elle nous en a pourtant notablement rapprochés en définissant et en bâtissant hors de toute religion les institutions communes à tous les habitants du pays : de cette manière, elle a mis fin aux affrontements interreligieux qui n’avaient pas vraiment cessé depuis la fin du Moyen Age : c’est la Révolution française qui a conduit les habitants de la France à la paix religieuse en soumettant toutes les institutions publiques au principe qui recevra un siècle plus tard, et à juste titre, le nom de laïcité.

Cela étant, la confusion brouille aujourd’hui les rapports de la révolution, de la paix et de la violence au point qu’il semble entendu que la révolution ne peut être que le déferlement de la violence la plus extrême, alors que tous les révolutionnaires ont conscience que la guerre reste un événement politique ordinaire, voire fatal, des sociétés d’inégalité.

Le communiste que je suis n’accepte pas d’en rester là : je me suis mis en quête des facteurs de la crise de notre société qui permettront à notre peuple, s’il les prend en mains, de mener la révolution à bonne fin, en réduisant autant qu’il est possible les déferlements de la violence, et de telle manière que son dernier moment soit le premier mouvement socialiste de la société tout entière.

Parvenir à un tel résultat exige que les citoyennes et citoyens conscients de ce que la révolution aura lieu prennent mieux connaissance de la situation présente du mouvement de revendication populaire et de celui des agents de l’Etat, afin de mieux évaluer notre contribution au mûrissement des conditions du déclenchement de la crise révolutionnaire, et que nous allongions en même temps la perspective jusque dans ses développements (c’est-à-dire au sens courant : jusqu’au-delà du commencement de la Révolution) en disant ce que nous pouvons dire des pas qui doivent être ceux de la marche au socialisme proprement dite.

Cela fixe la tâche des communistes : étudier sans cesse la société dans laquelle le peuple revendique et la revendication populaire, et diffuser sans cesse dans le peuple la connaissance produite par cette étude ; je dois aussi rappeler que la participation à l’action revendicative concrète est le moyen que les communistes doivent employer pour étudier la situation concrète des luttes de classes.

Nous, communistes, rencontrons aujourd’hui un très gros obstacle : ce sont les effets des torrents de propagande haineuse et calomnieuse déversés tout à la fois sur les travailleurs et sur les communistes depuis la fin de l’occupation nazie de la France : cette propagande, conduite de manière à cacher toute réalité qui pourrait la démentir, brandit une image repoussante des communistes et l’interpose entre eux et les autres membres du peuple, de manière à rompre leurs relations et à les empêcher de se comprendre les uns des autres ; il nous faut donc en même temps montrer la réalité, rétablir la vérité, dire qui nous sommes, nous, les communistes de ce pays.

Nous sommes des citoyens révolutionnaires ; notre tradition est née des révolutionnaires Cordeliers et Sans-culottes, des députés Montagnards de la Convention, ainsi que de ceux des Jacobins qui s’étaient sincèrement alliés avec les Sans-Culottes : Robespierre, Saint-Just et quelques autres ; les efforts du Sans-culottes Gracchus Babeuf ont apporté à notre tradition une contribution essentielle.

Avant 1789, le prénom de Babeuf était François-Noël ; il exerçait sa profession de commissaire à terrier (notaire spécialisé dans la propriété nobiliaire) en se faisant médiateur dans les conflits qui opposaient les paysans travailleurs aux propriétaires, nobles ou bourgeois, des domaines terriens : dès que la révolution s’annonce, il s’engage pour les intérêts des travailleurs paysans et prolétaires, et se heurte aux prétentions des notables bourgeois ; il n’a jamais été assez riche pour être candidat à la députation aux assemblées révolutionnaires ; après le coup d’Etat du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), il est des quelques révolutionnaires qui ne s’avouent pas vaincus et relancent deux revendications populaires, celle contre la misère et celle de promulguer la Constitution de l’an 1 de la République.

Ce coup d’Etat fut un coup d’arrêt porté par la grande bourgeoisie à la Révolution : par ce moyen, elle s’est installée elle-même, sans intermédiaire, au gouvernement de la France, pour placer les campagnes, les ateliers et les manufactures hors du champ concerné par les principes de la vie publique ; désormais, en même temps que les gouvernements bourgeois plongeaient tous les travailleurs et les prolétaires des villes et des campagnes dans une misère encore jamais connue, même sous l’Ancien régime, ils rejetaient et réprimaient violemment la revendication ouvrière et paysanne de citoyenneté ; la bourgeoisie excluait ainsi pour neuf décennies les travailleurs de toute citoyenneté, et jusqu’à aujourd’hui, elle nie que l’exercice du travail puisse être acte de citoyennes et de citoyens : la grande bourgeoisie a enrayé et arrêté le cours de la Révolution des Droits humains et civiques.

Quant à nous, communistes, la Révolution française a fondé notre base de principes, à savoir :

  • les membres du peuple habitant notre pays sont égaux en droits humains et civiques, nous discutons avec tous comme discutent des citoyens égaux en droits ;
  • la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen inscrite dans la Constitution de l’an 1 de la République définit toute légitimité en énonçant les droits nécessaires à chacune et à chacun pour vivre ; nous savons la retrouver dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclamée par les Nations unies en 1946, et nous faisons nôtre la conception du droit définie à cette date par l’Association des Juristes démocrates.

Le coup d’Etat grand-bourgeois du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) a arrêté la Révolution de la Liberté et de l’Egalité avant qu’elle abolisse les privilèges de la grande bourgeoisie : depuis ce coup contre-révolutionnaire, les propriétaires des plus gros capitaux, dont le nombre diminue toujours, s’enrichissent en exploitant toute force de travail, volant les prolétaires et appauvrissant les pauvres dont le nombre ne cesse de croître : la misère des peuples ne cesse de s’accroître à mesure que s’enrichit une minorité seulement occupée à gérer ses propriétés et à en jouir ; l’inégalité est toujours le principe de l’organisation sociale.

Or, les travaux de divers penseurs et savants du dix-neuvième siècle nous confirment dans notre pensée que cela n’est pas fatal : je tiens pour particulièrement importants les travaux de Friedrich Engels, de Karl Marx, de Charles Darwin, de Sigmund Freud, qui, venant après les réflexions des grands voyageurs et des philosophes des Lumières, confirment la preuve que les humains sont naturellement égaux, et que l’élaboration, partout dans le monde, de sociétés d’égalité est tout-à-fait possible : leurs travaux confirment la nécessité de relancer la révolution arrêtée le 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794).

Friederich Engels et Karl Marx n’ont pas créé la tradition révolutionnaire, ni même la tradition communiste du mouvement ouvrier : en France, l’une et l’autre procèdent de la Révolution française : la campagne sanglante menée par la grande bourgeoisie française pendant les deux premières années de la République, et dont le coup d’Etat du 9 thermidor an 2 de la République fut l’accomplissement victorieux, prouvait chaque jour aux travailleurs que les intérêts de la bourgeoisie n’étaient pas les leurs : la tradition révolutionnaire et la tradition communiste du mouvement ouvrier sont nées de la résistance républicaine à cette offensive bourgeoise.

En bons militants, Friederich Engels et Karl Marx ne se contentaient pas de dire la nécessité de relancer la révolution : ils ont démontré la possibilité d’accomplir la révolution de la Liberté et de l’Egalité : la preuve qu’ils ont apportée consiste dans l’analyse des mouvements de l’économie exposée par Karl Marx dans le Capital : cette analyse montre que le prolétariat travailleur doit sans cesse défendre le salaire, qu’il doit pour cela s’attaquer aux prélèvements de profit en quoi consiste l’exploitation capitaliste : en conséquence de cela, le prolétariat travailleur peut relancer la révolution ; il lui faut seulement joindre à la revendication du salaire une revendication active de confisquer le capital, et avec lui tous les objets réels et fiduciaires qui entrent dans sa composition.

Ainsi, la contribution de ces deux militants à la tradition communiste est un moment essentiel des évolutions qui ont affecté le camp révolutionnaire depuis 1788 ; malheureusement, l’importance de ce moment fait oublier à de trop nombreux communistes qu’il n’en est pas le premier moment.

C’est dommage, car l’analyse de ces évolutions, c’est-à-dire l’analyse des contradictions du camp révolutionnaire, est indispensable à qui a besoin d’appréhender l’actualité des travaux scientifiques de ceux qui ont prouvé la possibilité de faire la Révolution : c’est cette analyse qui valide en effet la preuve marxiste dans les conditions qui sont les nôtres.

Qu’est-ce qu’une révolution ? C’est le bouleversement, réalisé à l’échelle d’un pays, des conditions concrètes dans lesquelles ses habitants reproduisent et produisent les conditions matérielles de leur existence.

Le bouleversement révolutionnaire atteint toutes les conditions concrètes de la reproduction et de la production des conditions d’existence de la société humaine, depuis leurs formes jusqu’à leur base ; il change le mode même de la production : c’est ainsi que la Révolution française, dans son œuvre d’abolition des prélèvements féodaux, a détruit la souveraineté monarchique et l’organisation féodale du territoire, les baronnies, comtés, duchés, marches (on appelait ainsi les territoires frontaliers, que le roi ne confiait pas à un duc, mais à un marquis) ainsi que le royaume, pour substituer la Nation au souverain monarque, créant ainsi la souveraineté nationale, et pour remplacer l’ordre féodal, qui hiérarchise les territoires, par un ordre qui accorde la même valeur à toute localité dont le territoire est travaillé par les paysans : pour fonder l’ordre territorial démocratique, la Révolution a créé la commune et le canton.

Nul ne reste à l’écart de la révolution ; chacun prend parti à chaque moment pour elle ou contre elle, suivant comme il évalue ses intérêts et leur satisfaction par la révolution : après le coup d’Etat du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), Gracchus (tel était alors son prénom) Babeuf remarquait qu’en 1789, tout le monde sauf le roi était révolutionnaire, alors que lors de l’avènement de la République (septembre 1792), beaucoup de révolutionnaires avaient rejoint le camp de la contre-révolution au fur et à mesure de la satisfaction de leurs revendications, au point qu’il ne restait plus, dans le camp de la révolution, que les véritables amis de l’égalité et l’immense classe des travailleurs.

La Révolution, c’est un mouvement collectif de tous les membres de la société : aucun système de catégories figées ne permet de le percevoir, de le penser ni de le comprendre : pour percevoir, penser, comprendre la révolution, il faut faire appel à la dialectique.

Comme tout mouvement, la révolution est le siège de contradictions ; la contradiction essentielle oppose la révolution à la contre-révolution. Il s’agit de femmes et d’hommes dont les intérêts s’opposent : les uns placent leurs intérêts dans la révolution et forment le parti révolutionnaire, les autres dans la contre-révolution et forment le parti contre-révolutionnaire ou réactionnaire : la révolution consiste dans l’affrontement de ces deux camps.

Mais ces deux camps sont eux-mêmes des mouvements : ils sont donc chacun le siège de contradictions :

C’est ainsi qu’au début de la Révolution française,

  • le parti contre-révolutionnaire était formé de gens aussi divers que des aristocrates de cour, des seigneurs terriens, des grands bourgeois très riches, des gens d’Eglise de haut rang, mais aussi des Sans-Culottes fidèles à leurs maîtres ;
  • quant au parti révolutionnaire, il comprenait principalement des travailleurs Sans-Culottes, des artisans et des paysans ; il comprenait aussi des bourgeois dont certains étaient avant tout avides d’agrandir leurs propriétés, des aristocrates et un assez grand nombre de gens d’Eglise qui avaient compris la nécessité de se soumettre à la loi bourgeoisie ;
  • Gracchus Babeuf avait bien observé que le parti révolutionnaire comprenait aussi ceux qu’il appelait les véritables amis de l’égalité : il s’agit de bourgeois, aristocrates, gens d’Eglise ou prolétaires lecteurs des Philosophes, acquis aux principales Lumières philosophiques, la Liberté et l’Egalité en droits de tous les êtres humains, et qui, dans la révolution, prennent le parti de reconnaître à tous les membres du peuple des droits égaux à ceux des riches et des autres privilégiés !

La révolution est un mouvement de la Nation : la politique nationale consiste dans l’affrontement de la contre-révolution et de la révolution.

Il n’y avait aucun Sans-Culottes dans la Convention nationale qui se réunit au lendemain de la victoire de Valmy pour entreprendre de définir l’institution de la souveraineté nationale, la République : pour y être député, il fallait être propriétaire.

Pendant le même temps, les Sans-Culottes contribuaient efficacement et puissamment aux progrès de la réorganisation républicaine du royaume, ce qui conférait à leur mouvement une influence grandissante.

Cette influence inquiétait profondément la bourgeoisie riche : elle résolut d’arrêter la révolution ; devenant ainsi contre-révolutionnaire, elle se mit à recruter et à former des bandes violentes, sortes de milices bourgeoises (habillées d’un manteau noir et armées d’une lourde canne noueuse), pour les engager dans la guerre civile tantôt contre les bandes de l’aristocratie, tantôt avec elles, faisant toujours couler le sang du peuple, terrorisant la population et interdisant de plus en plus souvent les réunions des comités révolutionnaires.

Cette violence cyniquement terroriste préparait dans la rue le coup d’état que la bourgeoisie riche porta le 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), pour reprendre en mains la totalité des leviers du gouvernement du pays : ensuite, la bourgeoisie prit la direction du camp de la contre-révolution, y réalisa l’intégration des partis contre-révolutionnaires bourgeois, aristocratiques et ruraux sous la loi de la propriété bourgeoise ; c’est ainsi qu’elle unit toutes les forces contre-révolutionnaires sous sa direction exclusive dans la répression de la seule force sociale qui restait au camp de la révolution, le mouvement des travailleurs Sans-Culottes.

Désormais, dans l’affrontement révolution contre contre-révolution, la bourgeoisie riche dirige le camp de la contre-révolution en s’efforçant d’accumuler davantage de richesse sans la produire elle-même, et la classe travailleuse, toujours force unique du camp défait de la révolution, revendiquait simplement les droits de vivre de tous ses membres, et c’est encore Gracchus Babeuf qui nous en informe. La guerre civile de la contre-révolution contre la révolution était devenue la guerre de la classe exploiteuse pour réprimer la revendication ouvrière des droits de vivre, dernier mouvement révolutionnaire en activité, et ainsi imposer à la classe travailleuse l’exploitation bourgeoise sans limites, l’exploitation capitaliste.

Aujourd’hui, les membres de la classe ouvrière ne jouissent toujours pas du droit de vivre : ils doivent acheter ce droit aux propriétaires des capitaux, en le payant de leur force de travail.

Ainsi, nous observons que l’affrontement de la contre-révolution et de la révolution prenait dès le 10 thermidor an 2 de la République (28 juillet 1794) les caractères de l’affrontement de deux classes sociales, l’une dominante et exploiteuse, la bourgeoisie riche, l’autre dominée et exploitée, dans laquelle Gracchus Babeuf reconnaissait l’immense classe des travailleurs ; l’alliance des véritables amis de l’égalité restait acquise aux travailleurs, témoignant de l’attachement essentiel, jusque dans la défaite, de la philosophie humaniste au destin révolutionnaire du mouvement populaire.

Désormais, les grands bourgeois propriétaires des plus gros capitaux terriens, miniers, industriels, commerciaux et financiers, et dont l’existence sociale consiste à prélever le profit sur la force de travail des ouvrières et des ouvriers, ainsi que sur les progrès que d’autres font faire aux sciences et aux techniques, et à l’incorporer aux capitaux qu’ils contrôlent, ces bourgeois riches constituent le noyau actif du camp de la contre-révolution ; cela n’a pas changé depuis ; le principal moyen de leur pouvoir politique consiste à gérer leurs propriétés, à diriger leurs entreprises et à manipuler l’Etat que financent nos impôts. Ils ont créé la profession politique, dont les membres assurent le contrôle exclusif de la bourgeoisie sur la vie publique et sur la législation de notre pays : la profession politique, c’est la négation quotidienne de la démocratie.

Nous observons que le camp de la contre-révolution est peu nombreux : il se réduit aux membres de la bourgeoisie riche qui ont pris la Bourse des Valeurs pour philosophie ; mais il est très fortement structuré par la circulation du profit et des capitaux, et discipliné par les succès et les échecs dans les échanges mercantiles ; il possède de très gros moyens d’action, et s’en sert en permanence pour manipuler l’opinion publique et pour intimider les membres du peuple ; il n’hésite jamais à faire couler le sang du peuple lorsque cela assure le prélèvement des profits : grâce à ces moyens, ce camp minoritaire domine notre pays et beaucoup d’autres pays, exploite sa classe travailleuse, abuse travailleuses et travailleurs et divise le camp de la révolution !

Karl Marx, avec l’aide de son ami Friederich Engels, a donné dans son œuvre « Le Capital » la toute première analyse de la structure et de la discipline du camp de la contre-révolution ; dans le plan détaillé de cet ouvrage nous pouvons lire la méthode suivie par son auteur pour faire cette analyse, et chacun peut constater aujourd’hui que s’il applique à la réalité des sociétés d’aujourd’hui la méthode qui a guidé Karl Marx lorsqu’il faisait le plan de son ouvrage Le Capital, cela lui permet toujours de connaître la classe exploiteuse, la bourgeoisie capitaliste, et les processus de l’exploitation qui la relient aux membres du peuple, même s’ils sont aujourd’hui beaucoup plus complexes que du vivant de Karl Marx.

La force dominée du camp de la révolution

La description que fait Gracchus Babeuf de ce qu’était devenu le camp de la révolution lors de l’avènement de la République, à la fin du mois de septembre 1792, indique les trois faits qui font jusqu’à aujourd’hui la force de la révolution ; ce sont :

  • le grand nombre des femmes et des hommes qui ont intérêt à la révolution ;
  • leur qualité d’ouvrières et d’ouvriers, grâce à quoi ils peuvent toujours assurer concrètement la production de tous les biens nécessaires à la vie humaine, la création de toutes les bases matérielles nécessaires aux civilisations, ainsi que la production de toute richesse ;
  • la participation de femmes et d’hommes d’autres conditions sociales, mais véritablement acquis à la revendication d’égalité en droits et de liberté de toutes les femmes et de tous les hommes qui habitent le territoire en révolution.

La domination du camp de la contre-révolution

C’est le 9 thermidor an 2 de la République que le camp de la contre-révolution a imposé au camp de la révolution la domination qui a traversé les cahots de notre histoire et dure jusqu’à ce jour : quels sont ses moyens de dominer notre société ?

Ce fut d’abord le massacre des républicains, la terreur appliquée au peuple, la tromperie, le recrutement massif des jeunes pour les guerres de conquête, la division du peuple en factions guerrières mutuellement hostiles, l’obscurantisme, la misère et la terreur.

Depuis le 9 thermidor an 2 de la République, certains de ces moyens ont toujours été actifs : c’est le cas de la tromperie, de l’obscurantisme, de la misère et de la culture de la terreur, qui consiste à mettre tout salarié en situation permanente d’insécurité, mais c’est aussi le cas de l’utilisation des jeunes dans les guerres en terre étrangère (les guerres napoléoniennes, puis coloniales et néo-coloniales).

La mise en œuvre des autres moyens est la mission bourgeoise des forces armées (armée, gendarmerie, police, milices et bandes irrégulières) : le calme revenant, les gouvernements bourgeois n’ont jamais licencié ces forces ; ils les ont toujours maintenues prêtes à servir, même au repos.

Unir les Français pour aller au socialisme :

la place des agents civils et militaires de l’Etat

L’armée et la police sont, comme les Français le savent, les administrations de la violence au service de l’ordre établi ; les Français savent aussi qu’en France, l’ordre établi est l’ordre bourgeois, l’ordre capitaliste. Nous savons donc que la bourgeoisie les oppose à tout changement de la société qui serait susceptible de faire obstacle au prélèvement du profit par les propriétaires des capitaux, à son incorporation aux capitaux et à la concentration des capitaux entre les mains des plus gros de leurs propriétaires ; mais ne nous trompons pas : c’est l’Etat tout entier que la bourgeoisie emploie à réprimer la révolution ; la police et l’armée ne sont que les organes de l’Etat chargés de l’emploi des armes.

Il nous faut donc prendre conscience des problèmes que posent et poseront aux révolutionnaires toutes les institutions de l’Etat, et parmi ces problèmes, ceux que posent les forces armées.

Il s’agit de prendre pleinement conscience de la réalité présente, afin de fonder dans cette réalité toutes nos actions et toutes nos élaborations théoriques, afin d’exclure toute spéculation sur l’utopie et de formuler quelques vérités premières de l’indispensable prise de conscience.

A cet égard, nous nous garderons d’oublier que la Révolution française a fait naître, en 1792, un mode d’organisation sociale et politique concurrent de l’Etat, auquel elle a donné un autre nom, avant que la bourgeoisie, en juillet 1794, mette fin à la Révolution et recouvre l’œuvre révolutionnaire d’une grande robe grise !

La première de ces vérités, constante pour tous les révolutionnaires, est qu’il est nécessaire de mettre fin au système capitaliste ; voici pourquoi :

La nation française est attaquée par les propriétaires des plus gros capitaux de sa terre, de son industrie, de son commerce et de sa finance (banques et assurances), alliés et complices des propriétaires des plus gros capitaux d’Europe, et au-delà, du monde : par leur fait, nous voyons continuer l’augmentation du chômage, la diminution de toutes les parties du salaire que sont le salaire direct, les prestations servies par la Sécurité sociale et par les mutuelles, et les pensions de retraite par répartition, tout cela étant, de plus, grignoté jour après jour par une inflation soigneusement camouflée par la presse écrite, parlée et télévisée au service du capital.

Les propriétaires des plus gros capitaux attaquent encore notre nation sous un autre angle : la diminution et la destruction de nos productions par la concentration des capitaux industriels, conduite de restructuration en délocalisation, ainsi que des capitaux agricoles ; au moyen de la politique de concentration des capitaux agricoles, les capitalistes ont substitué à notre agriculture paysanne une agriculture industrielle : ils ont ainsi supprimé en un demi-siècle plus de neuf emplois agricoles sur dix, mis en friche une très grande partie de nos terres arables, rétréci outrageusement l’éventail des produits de l’agriculture et beaucoup diminué leur qualité moyenne, gravement pollué les terres, les eaux et l’atmosphère.

Leur troisième angle d’attaque contre la nation française est la « Construction européenne » : elle fut toujours un puissant accélérateur de la concentration des capitaux agricoles ; au fur et à mesure de ce que les capitalistes mettaient en fonction les institutions de leur « Union européenne », ils ont supprimé les cantons (la crise de l’économie capitaliste se généralisant, ils ont supprimé les dernières institutions cantonales, les tribunaux de paix, qui jugeaient d’une manière coutumière avec les Droits de l’Homme et du Citoyen parmi leurs références juridiques ; ils les ont supprimés parce que dans les conflits du travail, les juges de paix tendaient de plus en plus à rétablir les droits humains et civiques des salariés violés par les patrons : cela rendait les jugements de plus en plus souvent défavorables à la formation du profit) ; dans le même but, ils achèvent le démantèlement des communes, détruisent les départements et dévoient les régions pour les faire servir à l’intégration de nos territoires dans les structures étatiques de leur Union européenne ; nous voyons en même temps le rouleau compresseur du « tout-anglais obligatoire » entreprendre d’écraser les langues nationale, régionales et locales de France, avec la complicité des régionalistes antirépublicains héritiers des thèses menteuses et réactionnaires de Charles Maurras.

Les mêmes propriétaires des plus gros capitaux, ou leurs sosies d’autres pays, attaquent notre nation en développant les trafics et la consommation illicites des drogues, la traite des personnes prostituées et le trafic des armes.

Pour couronner le tout, l’impérialisme asservit notre nation, assignant à l’armée française des missions contraires à l’intérêt national (pour les trentes dernières années, nous citerons les interventions au Tchad, au Zaïre (l’ancien Congo belge), au Congo anciennement français, au Rwanda, en Afghanistan, en Irak, en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali, et cette liste n’est pas complète) ; en outre, l’impérialisme télécommande et oriente en France comme partout ailleurs dans le monde le développement du terrorisme.

Pour clore ce noir tableau, nous devons dire encore que les gouvernements de notre pays participent à toutes ces attaques : en réalité, la nation française est attaquée par ses propres gouvernements ! On le voit, toutes ces raisons mettent en cause la survie de la France.

La bourgeoisie et son Etat

L’Etat français est comme tous les Etats, un appareil administratif élaboré, mis en place et en fonction, non par la Nation, mais par les classes dominantes, c’est-à-dire par la bourgeoisie riche, avec pour mission de maintenir la domination de classe, c’est-à-dire d’assurer le prélèvement et la collecte du profit, et son intégration aux capitaux privés : la bourgeoisie riche de la France estime que son Etat ne peut accomplir aujourd’hui cette mission qu’en couvrant les attaques contre la Nation jusqu’à ce qu’elle soit détruite et notre peuple asservi : nous comprenons dès lors que malgré les militaires et les policiers patriotes, il n’est pas assuré que la police et l’armée défendent la nation contre les agressions qu’elle subit : l’une et l’autre en sont détournées par les ordres qu’elles reçoivent de nos gouvernements et par les pressions idéologiques des diverses factions du parti capitaliste ; ces diverses factions ne diffèrent l’une de l’autre que par le cynisme de leur propagande, et par les déguisements qu’elles donnent à la violence antipopulaire de leurs prétentions.

Il est clair, me semble-t-il, que la seule manière que nous ayons de sauver la France est de mettre fin au système capitaliste dans lequel elle est enfermée.

Mettre fin au système capitaliste suppose que le peuple démantèle le moyen du pouvoir qu’est l’Etat bourgeois : de quoi s’agit-il ?

En France, l’Etat bourgeois est composé de trois éléments : l’ensemble des administrations publiques définies par la Constitution et par les lois fondamentales (officiellement désigné sous le nom d’Etat), les chambres consulaires et les structures des entreprises de la bourgeoisie.

Les chambres consulaires procèdent d’une tradition médiévale strictement bourgeoise ; dissoutes par la Révolution, elles ont été rétablies sous la signature de l’empereur Louis-Napoléon Bonaparte, pour prendre en mains les missions de politique économique que la République avait d’abord confiées aux municipalités, aux administrations cantonales et aux conseils généraux. Aujourd’hui, le budget géré par les chambres de commerce et d’industrie de France est au moins égal à celui de l’Etat constitutionnel : le réseau des Chambres consulaires est une division de l’Etat bourgeois réel.

Les structures des entreprises de la bourgeoisie sont le contrat salarial, les réseaux d’achat et de vente, les ententes, les combinaisons résultant des achats et ventes des parts d’actions (filiales, groupes, participations croisées, trusts, etc...).

L’Etat constitutionnel et le réseau des Chambres consulaires sont les tours de défense de l’Etat bourgeois.

La bourgeoisie exerce son pouvoir politique en jouant des structures d’entreprises : dans ce jeu, les propriétaires des plus gros capitaux se servent du contrat salarial pour constituer leur pouvoir politique en confisquant les droits humains et civiques des salariés de toutes les entreprises dont ils possèdent une part de capital, et en se les appropriant : l’ensemble fonctionnel des entreprises capitalistes est la force de manœuvre de l’Etat bourgeois.

En France donc, un très petit nombre de très riches propriétaires des plus gros capitaux de la terre, de l’industrie, du commerce et de la finance (ils sont moins d’une centaine) exercent un pouvoir politique exorbitant : ils font la loi du réseau des Chambres de Commerce et d’Industrie, ils orientent l’action de nos gouvernements et pèsent très lourdement sur l’activité de toutes les assemblées représentatives de nos collectivités territoriales ; fondé sur le grand nombre des salariés qu’ils exploitent, leur pouvoir est essentiellement contraire à toute démocratie, contraire à tous les principes de la République : ces gens imposent à notre peuple un régime d’inégalités.

Leur richesse et leur pouvoir sont la cause de la pauvreté qui afflige des millions d’habitants de la France, salariés déqualifiés, chômeurs, titulaires de revenus de substitution et de précarité, personnes sans domicile fixe, etc… : dans notre pays seulement, nous comptons par millions les victimes de cette centaine de privilégiés ; c’est ce qui rend nécessaire de mettre fin à leurs privilèges, de mettre fin à leur pouvoir exorbitant, de mettre fin au moins en France au système économique et politique qui est le leur, et qui porte le nom de capitalisme.

La possibilité de le faire résulte simplement de ce que chacune de leurs victimes est capable d’intelligence et de travail, et que toutes sont capables de joindre leurs intelligences en un mouvement collectif d’intelligence, et, conjointement, leurs actions en une action collective : lorsqu’un groupe de femmes et d’hommes s’attachent à résoudre concrètement une difficulté vitale, leurs intelligences individuelles ne cumulent pas leurs effets de manière additive (par simple ajout), mais de manière multiplicative, par intégration des apports de tous aux apports de chacune et de chacun : le potentiel collectif d’intelligence des exploités est, à cause de leur grand nombre, infiniment supérieur à l’intelligence, même collective, du petit nombre des exploiteurs ; la condition nécessaire pour que les victimes de l’exploitation exercent leur intelligence collective est qu’elles comprennent comment exercer leurs droits humains et civiques égaux pour faire valoir leurs intérêts, et qu’elles constatent que le moment est arrivé pour elles d’élaborer et d’instituer une société d’égalité et de liberté pour toutes les femmes et tous les hommes, une société sans exploiteurs.

Donc : mettre fin à la société capitaliste !

Oui, mais comment ?

Le système capitaliste tout entier repose sur un principe : les capitaux appartiennent à des personnes privées, éventuellement regroupées selon le droit privé, qui prélèvent sur les produits du travail fait dans les entreprises placées sous leur propriété le profit dont elles vivent et abondent leurs capitaux, leurs entreprises ou les institutions de l’économie qui les servent : dans les sociétés capitalistes, le pouvoir politique naît des capitaux que l’on possède et du profit que ces capitaux permettent de collecter.

Pour abattre le système capitaliste, il faut donc d’abord abattre la propriété privée des gros capitaux et confisquer les biens où est produit et par où circule le profit que ces propriétaires accumulent ; or dans chaque pays, la légitimité et parfois même la légalité permettent au peuple de confisquer les biens des propriétaires de capitaux.

Confisquer les biens où est produit, où circule et où est accumulé le profit, cela ne demande pas très longtemps : de quelques semaines à quelques mois ; mais cette confiscation n’est que le premier acte de la Révolution  : sans délai, sans même attendre que le premier acte soit déclaré terminé, avec pour seul signal le sentiment populaire de la nécessité, il faut que le peuple s’approprie lui-même ces biens, qu’il prenne en main la gestion de toutes les richesses qu’ils représentent et produisent, et qu’il s’en serve de manière à mettre fin à la misère et à tous les drames dont la cause est l’exploitation capitaliste ; en somme, il faut que le peuple prenne collectivement possession des biens servant à l’économie capitaliste, et qu’il bouleverse cette économie de telle manière que plus jamais personne n’ait à en souffrir, de telle manière que chacun des habitants du pays y vive dignement avec sa famille : c’est là le deuxième acte, qui s’achève lorsque les femmes et les hommes constatent que l’économie désormais fondée sur la propriété sociale des moyens de produire et d’échanger fonctionne , c’est-à-dire lorsqu’ils ont accompli l’édification d’une économie socialiste ; ce deuxième acte de la Révolution demande beaucoup plus longtemps.

Les tâches du deuxième acte de la Révolution :

  • créer un mode social (ou national, c’est la même chose) de propriété,
  • élaborer des règles pour gérer les biens soumis à ce nouveau mode, c’est-à-dire des règles selon lesquelles seront conduits la production, les progrès de la production et la répartition des denrées, biens et richesses produits,
  • et soumettre à la propriété sociale les biens confisqués aux propriétaires capitalistes.

La planification démocratique est certainement l’une des plus importantes de ces règles ; une autre tâche absolument indispensable, sous peine d’échec à long terme, est de préparer les nouvelles générations à prendre toutes leurs responsabilités dans l’élargissement de la liberté individuelle qui en résultera, en ouvrant les enseignements des écoles, collèges et lycées sur les transformations en cours dans la société, sur les contraintes que ces transformations font cesser, et en ouvrant sur l’étude de ces transformations et de tous leurs effets toutes les activités sociales de recherche (il ne s’agit pas seulement des activités universitaires de recherche et d’enseignement en sciences, en technologie, en sciences humaines, en économie, en droit, mais aussi de toutes les activités des cercles populaires d’étude scientifique).

Le deuxième acte de la Révolution demande du temps :

du temps pour que le peuple prenne possession de ses nouveaux biens,
du temps pour qu’il apprenne à exercer collectivement son nouveau droit de propriété, pour qu’il prenne conscience de ses règles, les invente et les formule, et pour les inscrire dans nos lois,
du temps pour refaire notre industrie et notre agriculture, toutes deux ravagées par l’économie capitaliste,
du temps pour refaire notre système scolaire, collégien, lycéen, universitaire et de formation permanente, démantelé par les réformes des gouvernements au service du capitalisme,
du temps pour élaborer les nouvelles connaissances dont nos écoles, collèges, lycées et universités devront ouvrir et faciliter l’accès aux femmes et aux hommes de tous âges qui habitent ce pays, afin qu’ils soient demain les maîtres de leur société et en même temps, les maîtres de leur destin,
du temps pour développer le mouvement associatif populaire, qui est absolument nécessaire au développement de la culture, des sciences, des techniques et des arts, ainsi qu’aux progrès de l’agriculture et de l’industrie.

C’est seulement lorsque toutes ces tâches auront été accomplies que nous pourrons parler de la France comme d’une société socialiste ; le temps de leur accomplissement est le temps de la marche au socialisme.

La marche au socialisme ne doit pas être pensée comme un stade d’une société sortant d’une transformation et attendant la suivante, mais comme un mouvement ; comme tous les mouvements de toutes les sociétés, ce mouvement sera celui d’une contradiction : celle-ci opposera bien évidemment les forces de progrès aux forces de réaction ; les forces de progrès œuvreront à la fin des drames, des guerres et de la misère, c’est-à-dire qu’elles œuvreront au bonheur commun ; les forces de réaction s’efforceront de ramener notre société sous l’oppression du capital, sous l’exploitation capitaliste, ce qui, nous le savons, plongerait la plupart des habitants de cette société dans le malheur.

La bourgeoisie contre la République

La Révolution est, comme tout mouvement de toute société, un nœud de contradictons : la crise révolutionnaire commence lorsque le parti du mouvement s’est rendu plus fort que le parti de l’ordre, et s’achève lorsque le parti de l’ordre, transformé par la révolution, a triomphé du parti du mouvement.

Au début de la Révolution française, le parti du mouvement réunissait les deux mouvements contradictoires que sont la revendication bourgeoise et la revendication populaire.

Au milieu du dix-septième siècle, la bourgeoisie tenait dans ses mains deux administrations royales, celle de la justice et celle de la finance, ainsi que l’industrie manufacturière : c’était son Etat, pour lequel elle revendiquait une plus grande place dans l’Etat monarchique. Les Etats constitués après la Révolution, d’abord par la constitution thermidorienne, puis par toutes celles qui ont suivi pendant presqu’un siècle, ne sont que l’Etat bourgeois d’Ancien Régime complété des administrations de la police, de l’armée et de quelques autres, et sur lequel l’autorité de la bourgeoisie est confirmée.

A la veille de la Révolution, la revendication populaire procédait des avancées techniques, scientifiques et philosophiques du siècle des Lumières : le peuple revendiquait la liberté et l’égalité en droits pour tous les habitants du royaume, afin que chacune et chacun vive dignement.

C’est l’intervention du peuple pour ses propres revendications qui a brisé le royaume, le pouvoir de l’aristocratie ; c’est elle qui a institué la Nation, la République et la Démocratie : la Nation ne doit rien à l’Etat et la République ne doit surtout pas être confondue avec lui !

La République et l’Etat bourgeois dans la société capitaliste

Pendant l’été de 1792, la bourgeoisie riche confiait à tous ses agents officiels, privés et clandestins la mission de protéger la propriété qu’elle veut inviolable et sacrée ; par le poutch du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), elle prenait en mains ceux des leviers du gouvernement qui lui avaient échappé à la faveur de la revendication populaire de liberté et d’égalité en droits ; elle le faisait en imposant cette même mission par la terreur blanche (au bas mot trente mille morts en quelques semaines par toute la France) à tous les agents des pouvoirs publics : c’est la mission essentielle et unique des agents officiels, privés et clandestins de l’Etat bourgeois à partir du 9 thermidor an deux de la République (27 juillet 1794) ; cette mission fut invariablement la leur jusqu’à la chute du concept de monarchie, c’est-à-dire jusqu’au moment où le candidat du « parti royaliste » à la présidence de la « troisième République » naissante a dû renoncer à ses ambitions.

Dans les articles qu’il publiait pour réagir au poutch de thermidor an 2 de la République, Gracchus Babeuf notait que lorsque la Convention fut convoquée, les travailleurs, dans leur « immense masse » comme il l’écrivait, restaient les seuls révolutionnaires véritables, tous les autres ayant obtenu satisfaction aux revendications qu’ils avaient formulées contre l’Ancien Régime ; au lendemain du coup d’Etat, Babeuf constatait que les travailleurs, à la ville comme à la campagne, avaient été plongés dans une misère plus terrible encore, et réduits au silence politique ; sa formule soulignait que les travailleurs ont pour eux le nombre : cela l’a conduit à revendiquer que soit mise en vigueur, malgré ses imperfections, la constitution de l’an 1 de la République, et c’est cette revendication formulée alors qui a placé la République dans nos revendications prolétariennes.

Pendant les quatre-vingt-quinze années qui ont suivi, la bourgeoisie française a combattu haineusement le nom même de la République ; non seulement les ouvriers prolétaires n’avaient pas le droit de voter, mais ils étaient tenus de détenir un « livret ouvrier » et de le présenter au patron en vue de l’embauche, ainsi qu’à toute réquisition de la police ou de la gendarmerie ; malgré cela, l’insurrection de février 1848 avait montré que la tenace revendication ouvrière de la République pouvait toujours donner un sens révolutionnaire à la revendication d’un salaire juste et décent ; devant cette menace révolutionnaire, la bourgeoisie avait utilisé le Second Empire pour mettre les rouages principaux de son pouvoir politique à l’abri dans les Chambres consulaires (chambres de commerce et d’industrie, chambres des métiers, et ultérieurement chambres d’agriculture) ; la Commune de Paris ayant montré que le danger d’une république révolutionnaire n’avait pas disparu, la bourgeoisie riche entreprit de récupérer le mot de « République » en en faisant désormais le nom de l’Etat ; mais pour que la récupération fonctionne, il fallait faire quelques concessions de vocabulaire à l’histoire de notre Révolution.

Il fallait tourner les Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen :

Celle de 1789 déclare en effet :

Préambule - Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, et au bonheur de tous. En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être Suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen...

Celle de l’an 1 de la République (1793) déclare :

Préambule - Le peuple français, convaincu que l’oubli et le mépris des droits naturels de l’homme sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu d’exposer dans une déclaration solennelle ces droits sacrés et inaliénables, afin que tous les citoyens, pouvant comparer sans cesse les actes du gouvernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais opprimer, avilir par la tyrannie ; afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur ; le magistrat la règle de ses devoirs ; le législateur l’objet de sa mission. - En conséquence, il proclame, en présence de l’Etre suprême, la déclaration suivante des droits de l’homme et du citoyen.

Article 1 - Le but de la société est le bonheur commun. - Le gouvernement est institué pour garantir à l’homme la puissance de ses droits naturels et imprescriptibles.

La bourgeoisie riche de notre pays ne peut pas admettre que le bonheur de tous les habitants du pays soit un objectif constitutionnel des institutions publiques !

Car le droit de tous les habitants du pays au bonheur donne aux prolétaires des droits, et n’en déplaise à la bourgeoisie riche, ces droits, s’ils leur étaient reconnus, leur permettraient de n’être plus des prolétaires – c’est-à-dire de jouir eux aussi, d’une manière non encore définie, de la propriété !

La bourgeoisie refusait et refuse la République véritable pour la raison qu’elle institue la souveraineté du peuple (du peuple tout entier) selon le principe de l’égalité en droits de chaque personne avec n’importe quelle autre, et que ce principe retire à toute classe minoritaire tout pouvoir de gouverner seule, toute possibilité d’usurper la souveraineté nationale comme le fait la bourgeoisie française : si riches soient-elles en effet, cent personnes ne peuvent en aucun cas imposer leur politique à trente cinq ou quarante millions de personnes majeures, jouissant réellement de tous leurs droits humains et civiques (parmi lesquels il faut citer le droit à l’instruction, le droit à l’information et le droit de s’associer), et dont chacune détient des droits civiques égaux à ceux de chacune de ces cent personnes riches.

Les Françaises et les Français qui ont intérêt à mettre fin au système capitaliste sont l’immense majorité des habitants de la France, et une grande partie des agents de l’Etat bourgeois ; ceux d’entre les Français, agents de l’Etat bourgeois ou non, qui sont conscients de ce que leur intérêt est de mettre fin au système capitaliste, et qui estiment nécessaire d’agir pour y parvenir, peuvent prendre en compte le sens propre du mot de République, qui est inscrit dans notre histoire, et le mettre en œuvre, dès maintenant et jusqu’à ce que la Révolution commence, puis pendant toute la marche au socialisme, et jusque dans le socialisme lui-même, pour manifester la volonté majoritaire de notre peuple.

En somme, les habitants de la France doivent mettre en œuvre la République véritable pour réduire à néant le pouvoir de contrainte qu’exerce l’Etat bourgeois sur les travailleurs et sur tous ceux qui ne pourront pas vivre s’ils ne trouvent ou retrouvent pas de travail ; deux cent vingt ans après la déchéance des Rois de France, la République a toujours pour seule réalité celle d’une revendication du peuple travailleur.

Les vulnérabilités de l’Etat bourgeois

L’Etat bourgeois est constitué d’êtres humains placés les uns par rapport aux autres dans des rapports déterminés pour assurer l’application des directives émanant du cercle dirigeant la bourgeoisie ; cela étant, chaque être humain est toujours capable de juger les rapports auxquels il est soumis et les principes de l’action que les directives lui commandent, de modifier ce jugement, de remettre en cause les principes, et donc, le cas échéant, de modifier ses engagements personnels : l’histoire humaine est remplie d’exemples de ces dictateurs qui ont été déchus parce que quelques-uns de leurs subordonnés, quelques-uns des employés de leur gouvernement, les avaient trahis.

L’aristocratie a commencé de perdre son pouvoir collectif de dominer le royaume de France lorsqu’aux siècles des Lumières, un certain nombre de ses membres, dont quelques-uns des plus éminents, se sont détournés du service des armes du roi ou de la fidélité au pouvoir politique du haut clergé, préférant la connaissance du monde, la connaissance de la nature et l’ouverture philosophique connexe de cette connaissance : cette préférence a conduit certains d’entre eux à épouser la cause de la Révolution, pour le pire, peut-être, mais aussi pour le meilleur, certainement !

Individuelle ou collective, toute dictature présente cette vulnérabilité, et la dictature de la bourgeoisie riche y est sujette comme les autres : elle n’est assurée de la fidélité que d’un très petit nombre de ses agents, et les bourgeois eux-mêmes ne sont pas tous décidés à défendre la dictature bourgeoise.

La double mission des agents de l’Etat bourgeois

En somme, la bourgeoisie riche, toujours au gouvernement de notre pays lorsque le concept de la monarchie fut vaincu, devait faire semblant de se rallier à la République : la définition de la nouvelle mission des agents de l’Etat était une question centrale, essentielle, et particulièrement sensible, pour ce faux-semblant de ralliement : pour la bourgeoisie, il n’était pas question d’assurer le bonheur commun à tous les habitants de la France ; l’essentiel de cette mission était toujours l’assurance fonctionnelle du prélèvement et de la circulation du profit, qui est l’intérêt exclusif des plus riches propriétaires de capitaux !

Cela étant, un siècle de dictature bourgeoise cynique n’avait pas effacé des consciences des Français que chaque habitant du pays doit trouver son intérêt dans l’action publique : elle a donc inventé l’intérêt général et l’a substitué au bonheur commun.

Aujourd’hui par conséquent, la mission des agents de l’Etat les écartèle entre deux directions contraires, antagoniques : l’intérêt général d’une part, et d’autre part celui des plus gros propriétaires de capitaux.

Mais si gros soient les capitaux, les intérêts de leurs propriétaires sont toujours des intérêts particuliers, et doivent le céder à l’intérêt général. Devraient le céder !

Par l’effet de son hégémonie, la grande bourgeoisie place aux fonctions de direction de son Etat des personnes pour qui l’intérêt général, au plus haut niveau, n’est rien d’autre que l’intérêt des plus gros propriétaires de capitaux : c’est ainsi qu’elle s’assure que les directives de son Etat tendront à servir les intérêts capitalistes.

Mais les enseignements des Lumières philosophiques et les traditions de notre Révolution ne s’effacent pas si facilement, et leur maintien, par l’étude de l’histoire, des sciences de la nature et de la philosophie, fait que les agents de nos administrations, surtout aux échelons moyens et inférieurs, parviennent à distinguer l’intérêt général des intérêts particuliers ; aux plus bas échelons, la différence que cela représente est d’autant mieux perçue que les agents vivent parmi les membres du peuple et observent comme eux, les conséquences des politiques mises en œuvre par les gouvernements : c’est une forte raison d’exiger d’agir dans l’intérêt général.

Il en est de même dans le réseau des chambres consulaires, à la différence que les agents n’ont à connaître professionnellement que des chefs d’entreprise ; cela les écarte des salariés de production (ouvriers ou techniciens) ; cependant, la concentration des capitaux a retiré aux chefs des petites entreprises industrielles et agricoles la quasi-totalité du pouvoir de conduire leurs entreprises, et beaucoup de ces petites et moyennes entreprises ont disparu ; de grandes parties de notre territoire ont été vidées de leur industrie et même de leur agriculture : cela peut rendre évidente aux yeux des agents des chambres consulaires la divergence entre l’intérêt général et les intérêts des propriétaires des plus gros capitaux.

En France, l’Etat bourgeois est vulnérable parce que les intérêts des propriétaires de capitaux divergent de l’intérêt général (qui est justement l’intérêt national). La bourgeoisie a toujours connu cette divergence : au moment de renverser l’Ancien Régime, elle était très minoritaire dans la population du royaume ; de ce fait, la simple démocratie risquait de tourner les agents de son Etat comme ceux des administrations nouvelles vers la mission d’assurer le bonheur commun, et de les détourner de la mission de défendre les intérêts bourgeois ; c’est pour cette raison que, dès l’été de l’an 1 de la Révolution (1793), aussitôt acquise la défaite de l’aristocratie, elle reniait la mission de bonheur commun, et tournait la violence contre le peuple.

La bourgeoisie riche comptait alors quelques milliers de membres tout au plus : après qu’elle eut balayé la République, elle exerçait le pouvoir au moyen d’un parlement de cinq cent députés choisis parmi ses membres : ce parlement suffisait à la représenter tout entière avec toutes ses nuances.

Depuis lors, la divergence des intérêts capitalistes et de l’intérêt général n’a jamais cessé de s’élargir, au rythme de la concentration des capitaux : entre les deux premières guerres mondiales, deux cent chefs de familles riches surveillant les gouvernements suffisaient à représenter les intérêts capitalistes ; aujourd’hui, les propriétaires des capitaux décisifs dans l’économie française ne sont pas plus d’une petite centaine.

En même temps que se concentraient les capitaux, et parce que les intérêts capitalistes divergeaient toujours davantage de l’intérêt général, la grande bourgeoisie perfectionnait les mécanismes de sa domination : les intérêts capitalistes lui imposent en effet de faire taire toute expression des intérêts de notre peuple, et sa position de force politique minoritaire ne peut obtenir cela que par l’application de la violence dans tous les domaines, et à un niveau suffisant ; c’est ainsi qu’elle s’attache à faire concourir à l’application quotidienne de la violence sur notre peuple :

  • l’économie elle-même,
  • l’administration judiciaire et toutes les autres administrations de l’Etat (pas seulement l’armée et la police),
  • l’idéologie au moyen de toutes les éditions de presse écrite ou télévisée, du livre, du film, de la chanson,
  • l’éducation : à cette fin, elle a assigné comme mission principale à chacun des établissements de nos systèmes public et privé des écoles, collèges, lycées, universités et grandes écoles, …, celle de sélectionner les enfants, et fait de l’enseignement une mission subalterne !

En vérité, depuis l’été 1793, la bourgeoisie n’a jamais cessé de mettre en œuvre la violence contre-révolutionnaire pour affaiblir l’autonomie économique, idéologique et d’organisation des membres du peuple.

Depuis lors, à cet effet, tous les moyens administratifs ou publics de la propagande œuvrent pour maintenir les agents de l’Etat dans l’obéissance aux ordres que leur transmettent les gouvernements bourgeois ; le moyen idéologique de ce maintien est l’incessant rappel de la fiction selon laquelle l’intérêt général consisterait dans les intérêts capitalistes, les intérêts des salariés étant censés être garantis et représentés par leur patron, et les autres membres du peuple, chômeurs ou femmes, n’ayant pas d’intérêt propre à faire valoir : la bourgeoisie assure la domination de la mission de protéger la propriété capitaliste en noyant la mission d’intérêt général dans une obscurité épaisse et brumeuse.

La situation où un peu plus de deux siècles de politique bourgeoise ont conduit la France rend évidemment nécessaire de rendre la mission d’intérêt général prioritaire sur toute autre considération dans la conduite, à tous les échelons, de l’action de tous les départements et administrations de l’Etat. Quelle force politique peut-elle le faire ?

Cela fait deux cent vingt ans que la bourgeoisie est reine de toutes nos administrations publiques : la force de sa position est telle que la seule intervention capable de ramener l’intérêt général, c’est-à-dire l’intérêt national, au premier plan des tâches des agents de l’Etat est la seule force capable de s’imposer à la bourgeoisie : c’est la revendication populaire des intérêts ouvriers, la revendication par les prolétaires de leurs droits de travailler humainement et de vivre et faire vivre leurs familles dignement grâce au salaire que leur travail leur rapportera, à condition que cette revendication des droits légitimes des membres du peuple prenne assez de force.

En somme, la lutte idéologique qui oppose au sein de l’Etat bourgeois la mission d’assurer les intérêts capitalistes et celle d’assurer l’intérêt général est un front de la lutte de classes qui oppose la bourgeoisie et le peuple travailleur : cette réalité introduit la lutte des classes dans toutes les administrations de l’Etat, y compris dans l’armée et dans la police.

La Révolution et les forces armées

La Révolution n’est pas commencée : le premier problème des révolutionnaires est de favoriser la formation, l’expression et la convergence des revendications légitimes des travailleuses et travailleurs habitant en France, sans en excepter les agents de l’Etat bourgeois ; il nous faut constater la situation du mouvement populaire de revendication et nous exprimer pour combattre les interprétations qu’en feront, dans leur propre intérêt, les diverses factions de la bourgeoisie.

Notre expression sur ces sujets doit contribuer à faire la vérité sur tous les mouvements de revendication : seule en effet l’expression de la vérité permet d’éviter débordements et dérapages, de mettre les provocateurs en échec et d’assurer une convergence durable et sûre.

C’est dans notre recherche de vérité que consiste notre prise de parti pour les intérêts de la classe ouvrière dans les luttes de classes d’aujourd’hui : notre axe directeur est la défense du salaire et la mise en cause de la propriété capitaliste et chaque fois que c’est possible, nous devons aller jusqu’à montrer que l’intérêt des salariés en lutte et l’intérêt national convergent dans l’expropriation des propriétaires des plus gros capitaux.

L’expression en direction des forces armées est une tâche de cette activité :

En direction de la police :

  • Il est important de faire savoir aux fonctionnaires de police que nous distinguons les provocateurs et les criminels : dans toutes les circontances, nous défendons les salariés en lutte pour leurs droits légitimes, et n’admettrons jamais que les énormes pouvoirs qui sont ceux des policiers servent à réprimer, à faire taire la revendication des salariés.
  • Les policiers disposent de ces énormes pouvoirs pour combattre le crime et poursuivre les criminels, et nous savons depuis bien longtemps que souvent, les salariés revendiquent parce qu’ils ont été victimes de délits ou de crimes ; par exemple, lorsqu’un patron retarde le paiement des salaires pour payer ses fournitures, il se rend coupable d’un délit, le salaire étant défini par la loi comme la première dette prioritaire de l’entreprise, et lorsque le chef d’entreprise met le salaire en retard de paiement pour payer des tantièmes, des jetons de présence ou d’autres formes de profit, et que le retard des salaires met les vies des salariés, ou celles de leurs familles, en danger, le délit commis se hausse au niveau d’un crime !...
  • Nous avons donc beaucoup de matière pour rappeler aux fonctionnaires de police qu’ils ont beaucoup de choses à faire dans l’intérêt de la nation, et que la répression de la légitime revendication populaire est une tâche contraire à l’intérêt général, et donc contraire à l’intérêt national.
  • Cette critique est de grande importance, parce que depuis quelques décennies, certains cercles influents de la haute bourgeoisie poussent le patronat à renverser les normes admises et à considérer toute revendication salariale comme un crime !... Devant cette tendance fasciste, il faut poser à tous les fonctionnaires de police la question de choisir entre le camp de la nation, celui du peuple, d’une part, et d’autre part celui de la bourgeoisie fasciste !

En direction des armées :

  • La défense nationale est impliquée à risque par l’exploitation capitaliste parce que les principaux exploiteurs de notre pays ont exporté une part de leurs capitaux dans les pays du tiers-monde, et que donc, ils surexploitent les peuples de ces pays de diverses manières.
  • Elle est encore impliquée à risque du fait que certains des propriétaires des plus gros capitaux actifs dans notre pays trafiquent sur les armements, ce qui consiste à spéculer sur le risque de guerre, en jouant souvent de la présence de l’armée française dans nos anciennes colonies ; ces spéculations sont d’autant plus juteuses que le risque de guerre est plus grand, mais le risque de guerre, c’est sur les peuples, sur les travailleurs, sur les prolétaires qu’il pèse !
  • Or, notre armée assume à l’étranger des missions impérialistes, contraires aux intérêts nationaux de la France.
  • Il y a donc un lien entre les revendications légitimes des travailleurs exploités par les groupes capitalistes opérant dans les pays étrangers et les missions de l’armée française : ce lien fait que nous avons là aussi beaucoup de matière pour nous adresser aux militaires français et leur rappeler que véritablement, leur seule mission d’intérêt national est celle de défendre notre territoire national : c’est une puissante raison de formuler dès à présent la revendication de ramener sur le territoire national toutes les formations de nos armées de terre, de mer et de l’air actuellement cantonnées dans des pays étrangers.
  • Nous devons aussi aborder les questions que nous pose l’armée d’un autre point de vue : l’armée française est actuellement entièrement professionnelle : cela signifie que les filtres de son recrutement la protègent idéologiquement du « tout-venant » des jeunes citoyens de notre pays ; par ailleurs, la tradition de la « Légion étrangère » permet à ceux qui dirigent notre armée de recruter des étrangers selon l’arbitraire d’un groupe de spécialistes totalement inconnus des citoyens de notre pays. La professionnalisation de notre armée a accompli sa séparation d’avec la Nation, que Jean Jaurès qualifiait de crime. Nous devons donc revendiquer que la conscription redevienne le mode de recrutement de nos armées, afin de rétablir et d’assurer le lien vital de l’armée française avec la nation française.

Pour rendre à la France son armée

Au cours de l’été de 2013, plusieurs textes circulaient dans les milieux intéressés aux choses militaires ; ces textes témoignent de sentiments de désarroi, et peut-être même de révolte, que des militaires de tous grades, de toutes les armées et de toutes les armes éprouvent diversement devant la dégradation de notre défense nationale, et que les élèves se destinant aux carrières de sous-officiers, d’officiers mariniers et d’officiers n’ignorent certainement pas.

Certains de ces textes représentent la situation de nos armées en établissant des comparaisons douteuses et entachées de préjugés idéologiques : leurs lecteurs seraient bien inspirés de les replacer dans la situation générale des institutions nécessaires à la vie de notre nation, et de les confronter aux faits, notamment aux faits que les textes émanant de la haute administration de l’état ne mentionnent pas : de telles confrontations leur montreront la nécessité de rectifier, parfois de façon importante, la représentation qu’ils se font de la réalité.

Le devoir qui s’impose aux patriotes

Mes camarades sont des patriotes ; il y a parmi eux de vieux communistes que je connais bien : ils ont payé assez cher pour avoir le droit de parler haut de notre pays, de son avenir ; certains d’entre eux sont enfants d’immigrés qui avaient choisi librement le pays de 1789 et du Conseil national de la Résistance ; quant aux militants de la renaissance communiste, ils continuent la même tradition, et veulent réaliser l’union de tous les patriotes sincères qui préfèrent l’avenir du pays aux privilèges des classes dominantes et exploiteuses.

Notre devoir de patriotes est de combattre les dévoiements du patriotisme ; le patriotisme vrai peut être le tremplin des plus hautes avancées de civilisation ; par contre, tenter de le dévoyer, de l’opposer au peuple et au progrès social, comme le font la droite dure et l’extrême droite, cela conduit à laisser les mains libres aux pires ennemis du peuple, de la République et de la nation, et aboutit à faciliter la tâche des casseurs du pays.

La base des préjugés

Les propagandistes de la « vraie droite » et de la « fausse gauche » présentent les rapports de l’Armée française et de l’Education nationale comme conflictuels ; pour la « vraie droite », l’Education nationale serait un repaire de gauchistes, alors que la « fausse gauche » entretient et agite les clichés stérilisants de l’antimilitarisme, évitant ainsi de dénoncer les féodalités financières du capitalisme : ce jeu théâtral détourne l’attention que les Français doivent à la situation réelle de nos armées.

Les faits réels qui peuvent inquiéter tous les Français

Ce sont les effets réels d’une entreprise de démolition dont les coups frappent toutes les institutions nationales, et notamment :

Toute l’industrie : L’industrie des armements :

La production française d’armements n’a plus pour objectif de fournir aux amées françaises les armes et les équipements dont elles ont besoin : de plus en plus, nos armées sont incitées à acheter leurs armes et leurs équipements dans les supermarchés du trafic d’armes, que nos manufactures et nos arsenaux sont mis en devoir d’approvisionner en passant sous le statut civil des entreprises privées.

L’industrie civile :

La production est méthodiquement démantelée, privée de ses circuits économiques essentiels ; EDF-GDF, la SNCF sont soumises à une concurrence très artificielle, qui conduit la SNCF à abandonner l’exploitation de lignes dont les voies ne sont plus entretenues, faute de financement,…

L’agriculture familiale, la pêche artisanale :

Il n’en reste à peu près rien.

Les services publics :

L’Equipement : ce corps semble, depuis des années, avoir été « mis en extinction » : pour sept agents fonctionnaires partant à la retraite, on n’en recrute plus qu’un !

Les services municipaux sont en voie de régression rapide, pour être repris en mains par les « communautés de communes ».

Les hôpitaux sont de plus en plus concentrés, de plus en plus loin des besoins humains, leurs effectifs soignants sont de plus en plus insuffisants.

L’Education nationale est en proie à une entreprise de dénationalisation qui dévalue toute la culture des contenus à transmettre, et qui les remodèle de manière à permettre à des autorités non définies de les traiter comme on traite les marchandises dans le commerce de gros.

La protection sociale, les retraites, les loisirs : ces institutions ont été réduites à presque rien sous l’effet de lois réactionnaires qui se sont succédées depuis un demi-siècle : ces lois rédigées conformément aux conseils et directives du CNPF, puis du MEDEF, sont l’expression de la politique du grand patronat capitaliste.

Les coups n’atteignent pas seulement l’économie,

mais aussi la production :

Le CNPF, puis le MEDEF se sont toujours attachés à faire obstacle au désir bien légitime des travailleurs de gérer eux-mêmes leur vie et de participer en toute responsabilité à la vie de la cité ; dans ce but, le patronat capitaliste dispose depuis toujours d’un moyen efficace, dont il n’a jamais cessé d’user : intensifier le travail, notamment par la réduction la plus extrême des effectifs, et allonger sa durée au-delà du supportable, jusqu’à priver les travailleurs de leurs capacités physiques de penser ; telle est la politique du patronat capitaliste organisé, et c’est dans le cadre de cette politique qu’il porte les coups destructeurs à toute notre économie :

  • privatisations (EDF-GDF), délocalisations massives, démontage de l’appareil industriel (la SNCF a été scindée, le réseau séparé de l’exploitation et l’effectif des cheminots réduit de moitié) et des savoir-faire techniques, expatriation obligée de nos jeunes ingénieurs et chercheurs,
  • mise en œuvre de méthodes de gestion inappropriées (les hôpitaux gèrent les malades selon les méthodes de « gestion à flux tendus » inventées pour la gestion de crise des stocks de marchandises : cette gestion prive les médecins du temps nécessaire pour examiner les malades et prendre connaissance des maladies qu’ils ont à soigner).

Dans l’Education nationale :

Toutes nos écoles, nos collèges et nos lycées sont en très grave sous-effectif, en même temps qu’en très grave sous-équipement ; c’est est au point que les enseignants se voient privés de tout moyen d’instruire et d’éduquer leurs élèves, qui, eux, surchargent les classes en y apportant avec eux toutes les difficultés et les misères de leur quartier et de leur famille.

Nos gouvernements s’efforcent de substituer à la réalité nationale de nos écoles, collèges, lycées, lycées techniques, écoles techniques supérieures un modèle anglo-saxon et germanique : comme si un ensemble scolaire était lui-même un bien d’exportation !... Par ailleurs, nous savons que l’échec de ce modèle est déjà avéré en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis d’Amérique…

La protection sociale, les retraites, les loisirs :

L’essentiel en fut réalisé dans la continuation de l’effort de la Résistance et dans l’esprit de son programme « les Jours heureux », par le Gouvernement provisoire de la République française que présidait le Général De Gaulle, puis par les ministres communistes des gouvernements ultérieurs dont au premier chef Ambroise Croizat ; ces institutions furent de grands progrès de la démocratie, en ce qu’elles donnaient pour la première fois aux travailleurs les moyens d’exercer leur droit de rester en bonne santé et, le cas échéant, d’y revenir, ainsi que le droit de vivre pour eux-même en-dehors du temps de travail : elles sont nécessaires à toute démocratie ; ce sont, authentiquement, des institutions nationales : les coups qui les ont réduites à presque rien, ont été portés contre les intérêts de notre nation, pour satisfaire les intérêts égoïstes des plus riches membres de la grande bourgeoisie.

Les institutions territoriales de la démocratie :

Nos cantons ne sont plus qu’un souvenir ; nos communes et nos départements cessent d’exister ; à leur place, on nous met des « métropoles », pesantes baronnies concurrentielles ignorant toute démocratie, et des régions définies pour morceler les nations, et tout d’abord la nôtre.

Les institutions sociales de la démocratie :

Les associations sont étranglées par l’insuffisance des salaires et par la réduction des loisirs des travailleurs,

Les coopératives populaires de consommation ou de production sont engluées par les pratiques déloyales de la concurrence capitaliste et par les lois et règlements injustes de l’Etat ;

Les institutions financières de répartition ( assurances et banques mutuelles ) voient leurs directions placées hors de l’accès de leurs membres-clients, et étranglées par des règlements qui leur imposent de capitaliser au détriment de leur fonction statutaire de répartition ;

Les institutions démocratiques du travail :

Les syndicats de salariés, les coopératives d’entreprise et les mutuelles d’entreprise échappent au contrôle démocratique de leurs sociétaires, et sont soit dissous, soit récupérés par le patronat : c’est encore un effet de l’allongement du temps de travail et de son intensification ;

La langue française

Un éteignoir est brandi sur elle : dans tous ses usages publics, (publicités, enseignes commerciales, chanson, cinéma, recherche, et désormais, université) notre langue nationale est minorisée au profit du tout-anglais impérial, et parfois par l’effet de lois votées par notre parlement, telle la loi Fioraso, qui couronne la loi Pécresse (dite LRU).

L’autophobie nationale, outil idéologique de la démolition de notre pays :

C’est un discours qui dénigre toutes les ressources matérielles et intellectuelles qu’il est possible de mobiliser pour développer la France : par là, il tend à réduire au silence et à détruire le patriotisme lui-même.

Ce discours est prononcé en toute occasion, tantôt pour justifier l’inexistence ou la cessation d’une activité économique importante, tantôt pour rejeter une idée de développement : ses arguments vont de l’affirmation aussi douteuse que péremptoire que nous n’autions pas (ou plus) les ressources nécessaire à cette activité, jusqu’à l’insulte selon laquelle les Français « ne savent pas faire (et ne peuvent pas apprendre) ».

Les maîtres en autophobie ornent souvent leurs arguments des qualifications de « franco-français », « franchouillard », « hexagonal », qu’ils veulent péjoratifs et désobligeants.

Le discours de l’autophobie épaissit le rideau de fumée qui cache l’invasion de la Bourse de Paris par la finance états-unienne et par les société qataries.

Il accompagne fréquemment les discours xénophobes, méprisants pour les membres des classes pauvres de notre société.

Il contribue à jeter l’obscurité sur le fait que les immigrés sont d’abord victimes de l’ordre mondial inégalitaire qui surexploite les pays du tiers-monde et maintient leurs peuples dans la misère.

Ce discours obsédant est déterminé par l’oligarchie financière des capitalistes « français », généreusement promu par la « fausse gauche » bon chic bon genre, et ressassé par la presse écrite et télévisée que finance le capital.

Qui porte les coups destructeurs ?

Les gouvernements français : ils ont liquidé la diplomatie héritée du gaullisme, réintégré la France dans l’OTAN, puis subordonné l’action de la France aux décisions des Etats-Unis, soumis la législation et les budgets de notre pays à la censure de l’Union européenne, c’est-à-dire abdiqué la souveraineté nationale en matière législative et budgétaire.

Le gouvernement de l’« Union européenne » : il démantèle le territoire national en régions qu’il soumet à sa tutelle directe, réorganise son administration autour de métropoles chapeautant le développement inégal et concurrentiel de leurs territoires, ce qui conduit à liquider toute idée d’égalité en droits des habitants et toute possibilité d’un développement équilibré du pays.

L’OTAN : elle entrave le fonctionnement de nos armées tout en les poussant aux interventions en territoire étranger hors de toute légalité internationale pour des intérêts qui ne sont pas nos intérêts nationaux.

Des groupes séparatistes : ils agissent en France comme en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, cherchant à provoquer la sécession des régions riches comme la Catalogne, le Pays basque, l’Italie du nord (surnommée la « Padanie »), l’Ecosse, ce qui présage de la restauration d’un colonialisme intérieur.

Leur mode d’action consiste à séduire les amoureux des langues locales et régionales, en promouvant auprès d’eux des schémas ethniques fallacieux et démagogiques, en accusant de tous les maux le « jacobinisme », qu’ils caricaturent au lieu de le définir, afin de jeter le tabou sur l’idée d’unité nationale des habitants de la France : on le voit, ils s’efforcent de faire oublier le principe d’égalité en droits de toutes les citoyennes et de tous les citoyens.

C’est ainsi qu’ils prennent prétexte du déclin des langues locales et régionales pour imposer une fausse définition ethnique de toute institution, pour inhiber (ou interdire) la recherche par les Français de leur cohérence nationale, c’est-à-dire pour faire taire la revendication populaire de la république, que les Français de toutes les régions et de toutes les langues ont manifestée lorsque fut fondée l’école laïque en y envoyant leurs enfants apprendre notre langue nationale.

Tout cela crée les conditions dans lesquelles des nantis viennent du nord de l’Europe s’installer en France et, devant le basculement insidieux, mais officiel, de notre pays à la langue anglaise, se dispensent d’apprendre le français !

Les membres de l’oligarchie financière du capitalisme : les biens qu’ils possèdent à titre privé leur donnent le pouvoir politique exorbitant de choisir les politiciens qui gouverneront la France et de leur dicter leur politique ; officiellement organisée en France dans le MEDEF, cette oligarchie financière est entièrement tournée vers les « Etats-Unis d’Europe » pilotés par Berlin, vers l’Union transatlantique, chère à Wall Street ; elle manipule la reconfiguration des territoires, les transferts de souveraineté ; elle a publié un manifeste intitulé Besoin d’aire en décembre 2011 ; c’est elle qui veut la suppression des communes et des départements.

Que disent les partis politiques auxquels la télévision ouvre ses écrans ?

Les diverses chaînes de télévision habituellement regardées par les Français ouvrent leurs écrans à certains partis politiques : les uns participent de la « vraie droite » ; c’est le cas du Front national, qui n’a jamais participé à un gouvernement et qui a usurpé son nom (le nom de Front national était celui que portait l’organisation patriotique unitaire mise en place par le PCF clandestin sous l’Occupation, et qui dirigeait les FTP-F et les FTP-MOI).

Les autres partis autorisés de télévision participent de la « fausse gauche ».

Ni les uns, ni les autres ne proposent de sortir de cette prison euro-atlantique des peuples que sont l’Union européenne et l’Euro ; tous ces partis, lorsqu’ils étaient au gouvernement, ont concouru à l’effacement de l’usage du français dans nos institutions, notamment dans les publications scientifiques et à l’Université, par leurs circulaires et par les lois qu’ils ont fait voter.

Le Front national se dit favorable à la sortie de l’Union européenne et de l’Euro, mais il y met une condition (la « sortie concertée ») qui la renvoie aux calendes.

La vraie gauche

Sans cesse rejetée dans l’obscurité par le théâtre de notre système médiatique, la vraie gauche est pratiquement interdite de télévision : elle ne participe pas à l’entreprise de démolition nationale, au contraire de la « fausse gauche ».

La vraie gauche est en effet patriotique, populaire et internationaliste ; elle porte les traditions illustrées par Robespierre, Saint-Just, les Communards parisiens, les Francs-Tireurs et Partisans ; certains de ses militants, communistes, militent pour que renaisse en France un véritable Parti communiste français, développant la ligne politique formulée par le congrès tenu à Tours fin décembre 1920, et illustrée par Maurice Thorez, Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier, Benoît Frachon, Jacques Duclos et tant d’autres...

Quelques leçons de l’histoire

Au sortir de la seconde guerre mondiale, l’écrivain gaulliste François Mauriac avait rendu hommage à la classe ouvrière de France « seule, dans sa masse, demeurée fidèle à la France profanée », alors que la majorité des milieux d’affaires avait collaboré, voire, comme l’avait pressenti Marc Bloch et comme l’a démontré historiquement Annie Lacroix-Riz, fait « le choix de la défaite ».

Aujourd’hui, les milieux d’affaires nous imposent une politique de même nature, à ceci près que cette fois-ci, les privilégiés ne choisissent pas seulement de soumettre le pays à l’étranger, comme le firent jadis l’évêque Cauchon condamnant Jeanne d’Arc, les Emigrés de Coblence combattant dans l’armée des rois contre les Soldats de l’An 2, les Versaillais livrant l’Alsace-Lorraine aux Prussiens ou le régime de Vichy collaborant avec Hitler : aujourd’hui, les privilégiés ont entrepris de tuer notre pays en le vidant de toutes ses institutions démocratiques.

Les militaires ont leur place dans l’union du peuple de France

Nous connaissons leurs soldes et leurs primes : nous savons qu’elles ne sortent pas de l’ordre de grandeur des traitements des fonctionnaires civils ; nous savons aussi quelles contraintes impose l’état de militaire à tous ceux qui se préparent à combattre les agressions que la France pourrait subir : tout les rapproche des autres membres de notre peuple.

Quant à nous, nous voulons une profonde transformation de l’armée dans le sens de ce qu’avait fait la Révolution française ou dans le sens de ce qu’avait écrit Jaurès dans L’Armée nouvelle ; nous n’opposons pas la masse des citoyens en armes prêts à défendre leur sol en cas d’invasion et la technicité des officiers chargés de dominer la pensée militaire et de savoir utiliser les armes les plus modernes : tous peuvent servir la République, le peuple, et au cœur de la nation, servir ce monde du travail qui produit les richesses et qui en profite si peu.

Le PS et l’UMP briguent l’adhésion des militaires à leurs thèses, et même à leur organisation ; les militaires ont le droit de répondre à l’un ou à l’autre, mais cela ne doit pas les conduire à participer à la démolition nationale, ou à se diviser et à se combattre sur les critères d’appartenance à l’un ou à l’autre de ces partis.

Le prétendu « Front national » aussi brigue les faveurs des militaires : mais son opposition à l’Europe supranationale et à l’Euro est superficielle, mais ses propagandes soufflent par bouffées la guerre civile, interethnique ou interreligieuse, mais son avènement déshonorerait définitivement notre France laïque aux yeux du monde en lui faisant porter le drapeau du racisme et de la xénophobie, lesquels n’existent qu’en réprimant le patriotisme véritable : il serait triste que certains militaires se rallient à lui !

Comment en sortir ?

Il faut que la France se libère de l’autorité du gouvernement de l’Union européenne, qu’elle sorte de la monnaie européenne, l’Euro, qu’elle rétablisse sans restriction ni délégation la souveraineté nationale, qu’elle sorte de l’OTAN et qu’elle soumette les propriétaires des gros capitaux à la loi démocratique de la Nation ! C’est possible si le peuple de France s’unit pour y parvenir.

Pour aller au socialisme, comprendre la Révolution !

Le 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) met à la révolution française une fin sanglante ; la bourgeoisie riche a pris possession de l’Etat hérité du royaume, succédant aux ordres privilégiés (« noblesse » riche et haut clergé).

La bourgeoisie avait commencé sa révolution en élaborant avec les ordres privilégiés le compromis du 5 août 1789, connu comme « abolition des privilèges », mais dont l’objet réel était de mettre fin aux révoltes commencées à l’automne 1788 et qui s’étendaient de semaine en semaine, par lesquelles les paysans détruisaient les titres de la propriété nobiliaire.

Lorsqu’à l’été 1791, le roi, enfui de Paris, fut arrêté à Varennes, la bourgeoisie tenait la Maison du Roi, c’est-à-dire l’Etat royal.

Mais pour en prendre possession, et bien qu’elle en contrôlât déjà les finances depuis plusieurs siècles, la bourgeoisie riche avait dû admettre que des révolutionnaires de moyenne ou de petite bourgeoisie, ainsi que des Sans-Culottes, participent aux institutions nécessaires à l’exercice du pouvoir jusqu’aux échelons moyens des hiérarchies de l’Etat.

Or, ces révolutionnaires proches ou membres du peuple n’avaient pas renoncé à leur volonté de constituer une société de femmes et d’hommes libres et égaux en droits vivant et faisant vivre leurs familles dans la dignité : leur influence entravait l’achèvement de l’Etat grand-bourgeois et le développement de sa politique : l’année qui suivit l’arrestation du roi à Varennes vit la Révolution piétiner.

Cette situation ne pouvait pas durer : la régularité de l’approvisionnement en vivres des populations était compromise par la spéculation bourgeoise sur les stocks, et de plus, le danger de conquête du territoire par les armées des princes d’Europe se précisait chaque jour ; les révolutionnaires prirent les mesures nécessaires pour faire tomber les obstacles :

  • convoquer une Convention nationale pour déchoir le roi et rédiger une nouvelle Constitution,
  • former à Paris une commune insurrectionnelle et la substituer au conseil municipal, afin d’assurer notamment la résolution des problèmes de subsistances,
  • assurer la protection de la Convention par une garde composée de bataillons de gardes nationaux volontaires envoyés par tous les départements : c’est cette garde qui fut envoyée combattre l’armée des princes commandée par le duc de Brünswick, lorsqu’elle s’avança dans le royaume de France : la bataille eut lieu à Valmy et ce fut l’armée des volontaires républicains qui remporta la victoire ;
  • réunir la Convention (la première réunion eut lieu le lendemain de la victoire de Valmy) et prendre acte de l’avènement de la République,
  • faire le procès du roi (ce procès aboutit à sa condamnation à mort ; il fut exécuté le 21 janvier 1793),
  • rédiger la Constitution et la soumettre à l’approbation populaire (le peuple fut consulté dans ses assemblées primaires à partir du mois de mai 1793 ; son approbation du projet fut acquise à une très large majorité, d’au moins neuf contre un, au mois d’août).

Mais alors que les décisions révolutionnaires étaient mises à exécution, la bourgeoisie riche s’inquiétait de plus en plus, non pas des risques de guerre, mais de la contribution puissante qu’apportaient les Sans-Culottes et leurs alliés de l’artisanat et de la circulation des marchandises à la résolution révolutionnaire des problèmes qui se posaient aux habitants du royaume ; elle s’inquiétait de leur influence qui grandissait, et de sa propre autorité qui diminuait : des comités révolutionnaires départementaux et locaux lui échappaient, des corps de la garde nationale ne lui obéïssaient pas, elle n’était pas sûre des régiments de ligne...

La Convention réunie, elle tira ses conclusions, régla ses comptes d’autorité avec l’Ancien régime en conduisant le roi à la guillotine, et entreprit d’arrêter la révolution : elle se mit à recruter des bandes irrégulières pour toutes les missions de violence terroriste pouvant contribuer à interdire les réunions des comités révolutionnaires dans les départements, dans les cantons et dans les quartiers : ainsi, par la violence et par l’assassinat, elle chassait les révolutionnaires de toutes les institutions du nouveau gouvernement. Le bain de sang du 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794), où elle noyait la révolution, fut son triomphe : désormais, la bourgeoisie riche gouverne et peut assembler et compléter les institutions de son Etat : le camp de la révolution est défait et le peuple apparemment soumis.

Quelques décennies plus tôt, l’économiste anglais Ricardo avait découvert dans les échanges marchands la contradiction économique des exploiteurs et des exploités, qui oppose les propriétaires des terres et des machines aux ouvriers qui subissent l’exploitation parce qu’ils ne possèdent ni terre ni machine, et l’avait appelée la lutte des classes.

En France, sous l’Ancien Régime, la propriété se composait de deux systèmes entremêlés de coutumes contraignantes :

  • l’un constituait la propriété nobiliaire et régissait les privilèges qui autorisaient l’aristocratie et le clergé à prélever leurs ressources sur la production et sur la circulation des produits de la terre,
  • l’autre constituait la propriété bourgeoise et régissait les droits de l’individu propriétaire sur les biens en sa possession.

A la veille de la Révolution, la classe bourgeoise détenait les bâtiments et les machines nécessaires aux manufactures et à l’industrie naissante ; la position que cela lui assurait dans la division du travail lui permettait de prélever le profit sur toutes les ventes des produits entrés en sa possession soit qu’ils aient été fabriqués dans ses locaux, sur ses machines, soit qu’elle les ait achetés. Par les circuits financiers qu’elle contrôlait déjà depuis des siècles, elle incorporait ces profits à ses capitaux déjà considérables ; la révolution fit disparaître ce qui restait de l’ancienne contradiction économique qui avait opposé la bourgeoisie à l’aristocratie et au haut clergé : désormais, ces deux ordres devraient gérer leurs propriétés non plus selon leurs privilèges, mais selon la loi bourgeoise.

Le coup d’Etat du 9 thermidor an 2 de la République scellait cette alliance : la bourgeoisie riche est désormais libre de réorganiser l’Etat dont elle vient de prendre possession pour en faire son Etat, sa chose. La classe bourgeoise, intégrant les restes de l’aristocratie, s’alliant (sous Napoléon Bonaparte) avec le haut clergé, puis obtenant (sous Louis-Napoléon Bonaparte) son ralliement plénier se confond bientôt avec le camp de la contre-révolution ; le coup d’Etat contraint immédiatement le peuple à rester soumis au même statut qui était le sien sous l’Ancien régime, le salariat et le chômage occupant la place et prenant le rôle du servage, qui vient d’être aboli ; désormais, la contradiction entre contre-révolution et révolution coïncide avec la lutte des classes : la lutte des classes découverte par Ricardo maintient son existence sur le plan de l’économie ; cela permet au peuple de rendre politiquement actif le camp de la révolution lorsque la misère augmente trop : la bourgeoisie en est consciente : elle maintient toutes les institutions de son Etat qui ont fait leurs preuves dans la répression de la révolution : la bourgeoisie maintient le camp de la contre-révolution en état de veille permanente.

La mission de l’Etat bourgeois est la même que celle de l’Etat d’Ancien Régime : protéger le pouvoir politique tiré de l’exploitation du travail par les castes (ou la classe) dominantes, et qui leur (ou lui) assure cette exploitation : depuis la Révolution, notre Nation a vécu plusieurs épisodes au cours desquels la revendication populaire mettait en danger le pouvoir politique de la bourgeoisie ; tous ces épisodes ont vu la bourgeoisie riche recourir à son Etat pour se maintenir au pouvoir : l’Etat bourgeois protège la bourgeoisie contre la revendication populaire de vivre dignement.

Le fait est que la revendication populaire de vivre et de faire vivre sa famille en toute dignité grâce aux ressources que le travail procure à chacune et à chacun, cette revendication renaît toujours : elle renaît parce que l’exploitation du travail par les castes ou classes dominantes dépasse toujours ce que les personnes exploitées peuvent supporter ; par conséquent, toutes les défaites du camp de la révolution approfondissent les besoins élémentaires des membres du peuple, dont procède immédiatement, sans cesse, impérieusement, la revendication populaire de vivre dignement : elle est donc l’essence irrépressible du camp de la révolution ; même défait, le camp de la révolution reste virtuellement actif.

Certains philosophes des Lumières représentaient l’évolution des sociétés dans des termes que leur inspiraient les progrès de l’astronomie : ils concevaient toute société comme animée d’un mouvement général vers l’égalité en droits et vers la liberté, qu’ils appelaient la Révolution ; ce mouvement progresse de crise en crise, selon comment évolue le rapport des forces entre deux camps, celui de la contre-révolution et celui de la révolution.

Dans cette acception, toutes les sociétés du monde sont divisées en deux camps : l’un, dominant et contre-révolutionnaire (encore appelé réactionnaire), est réel et doté d’une force instituée dans l’Etat ; l’autre, dominé et révolutionnaire, est virtuel, potentiel ou réel, selon les moments de l’histoire, et doté d’une force de la même qualité virtuelle, potentielle ou réelle que lui-même ; notre pays ne fait pas exception.

Mais nous devons savoir aussi employer le concept courant, qui réserve le nom de Révolution au temps de la crise, en considérant qu’en-dehors de ce temps, la Révolution est absente de la société.

Dans le temps d’une vie d’homme, les sociétés évoluent entre l’absence et la présence de la révolution ; de ce fait, on nous demande souvent : que veut dire faire la révolution quand il n’y a pas de révolution ? C’est une question bien légitime, si l’on se rappelle que les personnes qui vivent aujourd’hui dans les conditions de la société capitaliste enclencheront, conduiront et accompliront elles-mêmes demain une révolution, et vivront après-demain dans la société qu’elle aura produite : dans cette perspective, cette question vient aux personnes qui n’ont pas conscience du caractère révolutionnaire de la revendication populaire de vivre dignement, ou à celles qui ont cette conscience, mais ne comprennent pas comment la revendication populaire de vivre dignement peut devenir la révolution.

En vérité, cette question exprime une interrogation personnelle relativement à la révolution : que ferai-je pendant, et quelle sera ma vie après ?

Le fait est que personne ne peut dire précisément ce que sera la révolution, ni décrire en détail la société qu’elle produira. Un fait est certain, c’est que le mode d’existence du capitalisme est de broyer l’humanité des travailleuses et des travailleurs : pour rendre à chacune et à chacun son humanité, il est donc nécessaire de renverser le capitalisme.

Tout ce que nous pouvons dire, c’est que la révolution aura lieu !

Nous devons considérer que la révolution de toutes les sociétés progressera de crise révolutionnaire en crise révolutionnaire jusqu’à la crise qui produira une société dans laquelle toute femme et tout homme jouira pleinement de sa propre humanité ; par ce fait, cette crise aura transformé les conditions du mouvement général de la société, transformé les conditions de la révolution.

Vers la victoire du camp révolutionnaire

L’affrontement révolutionnaire

Le camp de la contre-révolution : en tous temps, il comprend la classe dominante, c’est-à-dire selon les division systématiques de la propriété, les ordres ou castes privilégiées ; il comprend aussi les institutions au moyen desquelles ces castes ou classes prélèvent une part des richesses produites par le travail, se disputant le pouvoir d’en prélever davantage au détriment les unes des autres.

Ces institutions plus ou moins distinctes et plus ou moins intégrées selon les sociétés constituent l’Etat qui contraint travailleuses et travailleurs à se soumettre aux divers prélèvements opérés par les ordres ou castes qui dominent leur société.

En France, la bourgeoisie capitaliste gouverne seule depuis le 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) ; au moyen du Consulat, de l’empire de Napoléon Bonaparte et des royaumes restaurés, elle a absorbé les restes de l’ancienne aristocratie ; au moyen de l’empire de Louis-Napoléon Bonaparte, elle a accompli l’intégration du clergé, concédant au haut clergé de devenir une institution de l’Etat bourgeois ; l’éternelle prétention du haut clergé romain de contrôler l’Etat est devenue une dispute interne à la grande bourgeoisie ; désormais, la bourgeoisie est la seule partie de la population présente dans le camp de la contre-révolution.

Avec la bourgeoisie, ce camp comprend l’ensemble de ses moyens de produire et d’échanger, ainsi que les institutions de l’Etat bourgeois, que la bourgeoisie a mis un siècle à nous imposer au détriment de la République, et qu’elle ne peut maintenir aujourd’hui qu’en le déguisant sous une apparence républicaine.

Comme sous l’Ancien régime, la réalité du camp de la contre-révolution, ainsi que celle de sa force, sont attestées par la contrainte que subissent quotidiennement les travailleurs ; cette contrainte les soumet totalement à l’exploitation capitaliste en les privant des moyens de vivre dignement ainsi que de leur citoyenneté, c’est-à-dire de participer réellement à la souveraineté nationale.

Le camp de la révolution : La seule source de la force révolutionnaire, nous l’avons vu, est la revendication populaire de vivre et de faire vivre sa famille en toute dignité : en l’absence de crise révolutionnaire, cette source est d’abord propre aux membres du peuple, individuelle et économique ; la société est stable ; le camp révolutionnaire est virtuel et la force révolutionnaire aussi ; au sens courant du mot, la révolution est absente de la société.

Au cours du temps, la réalité et la composition du camp de la révolution varient selon les difficultés de la vie des travailleurs : plus elles sont grandes, plus ce camp rallie de membres du peuple.

Lorsque la revendication populaire de vivre dignement se fait collective tout en restant sur le plan de l’économie, le camp de la révolution devient potentiel, et sa force devenue potentielle se fait sentir en entravant plus ou moins les prélèvements opérés par les classes exploiteuses.

Lorsque le peuple porte sa revendication de vivre dignement sur le plan politique, le camp révolutionnaire devient réel : la société perd sa stabilité structurelle, les entraves à l’exploitation des travailleuses et des travailleurs se multiplient, la classe dominante recourt à l’Etat pour se maintenir : l’affrontement de la contre-révolution et de la révolution devient critique ; la révolution se présente à la société.

Dans toute société d’inégalité, le camp de la contre-révolution affronte force contre force celui de la révolution : lorsqu’elle concerne les périodes où le camp révolutionnaire est virtuel, cette affirmation est paradoxale ; pourquoi la classe dominante appliquerait-elle en effet une force réelle pour combattre une force virtuelle qui parce qu’elle est virtuelle ne peut pas produire d’effets réels ?

L’histoire mondiale de toutes les sociétés d’inégalité montre, comme en réponse, que les Etats ont toujours réellement déployé leur force réelle contre les travailleuses et les travailleurs : observons que les membres de toutes les castes et classes dominantes ont toujours posé en principe, et enseigné, que « l’Homme est mauvais, et qu’il ne fait le bien que lorsqu’il y est contraint » : ce principe nous dit que le camp révolutionnaire est pris très au sérieux, même lorsqu’il est virtuel, par toutes les classes dominantes partout dans le monde et à toutes les époques.

L’affrontement révolutionnaire est paradoxal lorsque le camp de la révolution est virtuel ; ce paradoxe s’estompe lorsque le camp de la révolution devient potentiel, et cesse lorsqu’il devient réel.

En France, le camp de la révolution manifestait sa réalité dès l’automne de 1788 ; d’abord membre de ce camp, la bourgeoisie riche l’a déserté pendant l’été révolutionnaire de 1792, pour rallier le camp de la contre-révolution : le roi à peine exécuté, elle a engagé ses armes dans la répression du camp de la révolution : son mode d’action combinait la culture de la terreur , qui consiste à mettre tout habitant du pays en situation permanente d’insécurité, la tromperie, l’obscurantisme, la misère, avec l’utilisation institutionnelle des jeunes dans les guerres en terre étrangère (à titre d’exemple : les guerres napoléoniennes, coloniales, néocoloniales etc...), et tout ce qui est encadrement contraignant des populations : salariat, armée, gendarmerie, police, milices et bandes irrégulières  ; aujourd’hui, certaines de ces modalités sont légalement instituées, les autres, les milices et bandes irrégulières, sont la « réserve illégale de l’ordre bourgeois ».

En somme, la bourgeoisie riche française n’a fait la révolution que de l’hiver 1788-89 à l’été 1792 ; ensuite, elle l’a réprimée, puis l’a arrêtée, prenant le pouvoir le 9 thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794).

Faire la révolution

En son sens courant, cette expression signifie agir pendant la révolution en renforçant le camp de la révolution, pour anéantir la contre-révolution.

Malgré son caractère lacunaire, nous pouvons plonger cette signification dans le concept de la révolution que nous tenons des Lumières philosophiques : faire la révolution prend alors un sens général, en l’absence comme en la présence de la crise révolutionnaire : les deux camps affrontés existant comme nous venons de le voir, il est toujours possible d’agir sur l’un et sur l’autre ; faire la révolution prend alors le sens de faire grandir le camp révolutionnaire et sa force, et d’affaiblir le camp de la contre-révolution ; faisant la révolution hors de la crise révolutionnaire, les révolutionnaires obtiendront le déclenchement de la crise lorsqu’ils auront rendu la force du camp révolutionnaire réelle et supérieure à celle du camp de la contre-révolution dans des proportions suffisantes ; ils obtiendront la victoire de la révolution si la supériorité de la force révolutionnaire assure l’anéantissement du camp de la contre-révolution, c’est-à-dire la fin de la domination de la classe dominante et de l’exploitation qu’elle fait subir aux peuples travailleurs.

Deux dimensions simultanées mesurent la supériorité nécessaire au camp de la révolution : le nombre de ses membres, qui fait sa force, et la cohérence de leur action, qui fait son efficacité.

Observons encore que toutes les raisons précédentes font qu’il n’y a pas de révolution minoritaire : le mouvement populaire révolutionnaire français du dix-neuvième siècle a fait l’expérience malheureuse des « minorités agissantes » : ce sont des mouvements qui se forment en posant en principe que la révolution n’existe pas en-dehors d’eux-mêmes : ils ne connaissent pas d’autre cohérence que la cohérence personnelle, et donc, ils sacrifient le nombre à une cohérence qu’ils croient obtenir en imposant à leurs membres une stricte discipline d’obéïssance et en adoptant un mode d’organisation administratif, bien connu de toutes les polices puisque c’est le leur, qui place les militants dans une hiérarchie pyramidale dans laquelle les directives circulent du haut vers le bas et les compte-rendus du bas vers le haut : cette conception erronée de la révolution elle-même est la cause des échecs répétés de toutes les « minorités agissantes ».

Faire la révolution, c’est agir en même temps positivement sur la force révolutionnaire et négativement sur la force contre-révolutionnaire , de telle manière que l’acteur de la révolution, qui est le peuple, prenne conscience des conditions nécessaires à la victoire durable du camp révolutionnaire sur le camp contre-révolutionnaire ; ainsi, pour les révolutionnaires :

  • agir positivement sur la force révolutionnaire signifie faire grandir la revendication populaire de vivre dignement : cela consiste à dire les revendications que portent tous les membres du peuple, travailleuses, travailleurs, chômeurs… tous ceux que le capital exploite directement ou indirectement, à contribuer à leur action revendicative, à participer à leur mouvement en démontrant la cohérence non seulement économique, mais humaine, de toutes ces revendications, en les synthétisant en une revendication politique du peuple travailleur et en faisant de cette synthèse la ligne politique de la révolution ; elle synthétise en effet les intérêts de tous les membres du peuple qu’exploitent les capitalistes, qui sont la très grande majorité de la population ; par cette synthèse, la revendication sociale et politique de vivre dignement devient authentiquement nationale, et prend une qualité et une intensité telles que la bourgeoisie ne pourra pas la réprimer.
  • agir négativement sur la force contre-révolutionnaire signifie affaiblir, et, lorsque les développements politiques de la revendication le rendent possible, détruire les moyens du pouvoir politique de la classe dominante, ou en prendre possession afin de les mettre au service des travailleuses et des travailleurs.

L’action positive sur la force révolutionnaire et l’action négative sur la force contre-révolutionnaire sont essentiellement liées : la ligne directrice de l’action négative sur les forces de la bourgeoisie, c’est l’action positive sur la revendication humaine de vivre dignement ; c’est d’abattre les obstacles que la classe bourgeoise oppose à la revendication de tout être humain de vivre dignement ; C’EST DE LIBÉRER TOUS LES MEMBRES DU PEUPLE, de libérer le travail lui-même, en brisant toutes les contraintes que les propriétaires des capitaux leur imposent, c’est en somme renverser tous les obstacles que le capitalisme oppose à l’exercice par chaque être humain des droits qui sont les siens parce qu’il est un être humain, et dont l’exercice fait de lui un citoyen.

La politique du pire n’est pas révolutionnaire.

La force du camp de la contre-révolution

La solidarité de la classe bourgeoise est la dernière et la plus profonde défense de la bourgeoisie : elle est constamment renouvelée par la stricte discipline de la bourgeoisie dirigeante, constamment gymnastiquée par la concurrence capitaliste qui régit les échanges marchands et les transactions financières ; cette discipline ne se discute pas plus en temps de paix qu’en temps de guerre ; c’est elle qui règle la concentration des entreprises capitalistes, qui conduit aux regroupements de capitaux, et qui réduit sans cesse, en conséquence, l’effectif de la bourgeoisie dirigeante.

La concentration capitaliste rassemble les pouvoirs politiques de la bourgeoisie dans les trusts capitalistes jusqu’à ce qu’ils prennent l’ascendant sur les pouvoirs publics : au début du vingtième siècle, la bourgeoisie a pu réduire grâce à cela les états au rang d’administrations exécutives territoriales de ses propres affaires ; lorsqu’est venue la fin du vingtième siècle, la grande bourgeoisie avait accumulé une puissance suffisante pour entreprendre de gouverner elle-même les continents et le monde, directement au moyen de ses trusts : elle a alors entrepris de détruire les nations, et d’intégrer les états qui encadraient ces nations pour en faire les administrations exécutives continentales de son pouvoir politique ; parallèlement à cela, les effectifs de la bourgeoisie dirigeante diminuaient encore.

Il faut être concret :

Décrire à l’avance les institutions de la société post-révolutionnaire est parfaitement vain ; il y a deux raisons à cela :

  • d’abord, toute révolution, même si elle ne donne pas lieu à l’épanchement du sang, bouleverse si profondément les conditions concrètes de la vie sociale qu’elle détruit tous les projets institutionnels, « révolutionnaires » ou non, qui ont pu la précéder ;
  • ensuite, nous ne pouvons pas connaître avant la révolution toutes les ressources qu’elle va libérer !

La seule propagande capable de produire un rassemblement révolutionnaire uni et cohérent consiste à dénoncer les obstacles réels dont la destruction allègera réellement les contraintes qui entravent la vie des salariés, des travailleurs précaires, des sans-travail,... et à en appeler à l’intelligence et à l’initiative des membres du peuple pour réaliser les actions qui détruiront ces obstacles et pour élaborer en même temps les modalités durables de la vie de femmes et d’hommes libres et égaux en droits, dans une société où chacun assurera la jouissance des denrées et des biens nécessaires à sa vie et à celle de sa famille sur sa propre participation réelle à la production des denrées, des biens et des richesses réalisée par la nation.

Duplicité de la mission de l’Etat : la lutte des classes fait la lumière

L’abrogation par le coup d’Etat de thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) de la mission républicaine assignée aux gouvernements d’assurer le bonheur commun avait laissé dans les rapports sociaux de notre pays une tension qui bénéficiait à la revendication populaire de la République : que cette revendication populaire entre en synergie avec la revendication d’un salaire décent mettait la domination bourgeoise en danger d’effondrement : la bourgeoisie devait conjurer ce danger.

Pendant le premier siècle post-révolutionnaire, les bourgeois s’étaient rendus habiles à démontrer que l’intérêt général coïncidait avec leur intérêt de profiteurs ; ils croyaient y réussir toujours : donc, lorsque le modèle monarchique de l’Etat bourgeois s’est effondré, la bourgeoisie riche a introduit l’« intérêt général » dans les missions des agents publics de l’Etat, comme substitut au bonheur commun et, bien évidemment, dans l’esprit d’en faire un nouveau moyen de protéger la propriété capitaliste.

Oui, mais : si l’on veut bien accepter les travailleurs et les chômeurs comme membres de notre société, alors leurs intérêts participent à la formation de l’intérêt général ; ce que nous devons constater tous les jours depuis toujours, c’est que la protection de la propriété capitaliste ne satisfait ni les intérêts des travailleurs ni ceux des chômeurs, et que les exploités subissent toujours plus de préjudices par le fait que leurs propriétés sont gérées par les propriétaires des plus gros capitaux ; ces raisons font que les développements de la lutte des classes écartèlent toujours davantage les agents publics de l’Etat entre la défense de l’intérêt général et la protection de la propriété capitaliste : les agents publics de l’Etat ont de plus en plus de raisons de comprendre que l’intérêt général ne consiste pas à protéger la propriété bourgeoise contre le mouvement populaire de revendication.

Donc, la lutte des classes démontre que les agents des corps de l’Etat sont chargés de deux missions contradictoires : la défense de l’intérêt général, qui inclut l’intérêt des travailleurs et des sans-travail, comme de tous les habitants de ce pays qui ne détiennent aucune part de la propriété capitaliste, et la protection de la propriété capitaliste : les nombreux cas où ces deux missions entrent en conflit montrent à l’évidence que l’intérêt général n’est pas de protéger la propriété capitaliste ; la réalité de la lutte des classes met la mission d’intérêt général en contradiction avec la protection de la propriété capitaliste.

La victoire de la révolution

Derrière l’Etat, la dernière défense de la bourgeoisie est sa solidarité de classe ; il est par conséquent essentiel que la révolution des droits humains et civiques abatte la solidarité de classe de la bourgeoisie : ne pouvant plus alors compter sur aucune solidarité de domination, les bourgeois seront contraints d’accepter la nécessaire solidarité humaine, celle qui assure la vie de tout être humain.

La défaite de la bourgeoisie contraindra les bourgeois à devenir des êtres humains égaux en droits avec toutes et tous les autres êtres humains .

Il faut donc que la révolution conduise, même par la contrainte, les bourgeois riches à accepter que la propriété des moyens de produire et d’échanger ne soit plus leur propriété privée, mais devienne la propriété de toute la société, devienne propriété sociale, et à se contenter de jouir comme tout un chacun des droits humains et civiques attachés à leurs personnes : c’est la seule contrainte essentielle à la victoire du camp de la révolution : combien de personnes menace-t-elle ?

Les véritables profiteurs, bourgeois que l’étendue de leurs biens et de leurs profits placent à la direction de toute l’économie, sont moins d’une centaine pour la France ; les chambres consulaires sont les organes du pouvoir politique qu’ils exercent sur l’économie ; la pratique française de la « pantoufle » leur assure le contrôle des plus hauts fonctionnaires des administrations de l’Etat constitutionnel, ainsi que celui des personnels chargés par l’Etat de diriger les industries sous propriété nationale.

Tout compte fait, les membres du camp de la contre-révolution sont en petit nombre : avec tous ces serviteurs, cela peut atteindre deux à cinq milliers, peut-être dix mille ; mais ce camp possède d’énormes moyens institutionnels d’agir sur tous les plans et dans presque tous les domaines : ces moyens donnent une force considérable à la contre-révolution : la situation concrète, aujourd’hui, c’est que le camp de la contre-révolution applique une force considérable pour rester dominant, et qu’il a encore des moyens en réserve !

A tout moment, la force du camp de la révolution est virtuelle, potentielle ou réelle, politique ou non, comme il l’est lui-même ; mais l’essence de cette force est permanente, individuelle et économique : c’est la revendication populaire de vivre dignement.

En face du camp de la contre-révolution, le camp de la révolution n’est pas constitué en permanence ;

  • ses membres potentiels sont tous les membres du peuple que la révolution libèrera des prélèvements capitalistes directs et indirects, et des autres formes d’exploitation économique que sont par exemple le chômage, les emplois précaires, …, ainsi que de l’oppression culturelle (la sélection et l’exclusion scolaires, les discriminations diverses…) : je dis bien : tous les membres du peuple que le régime capitaliste humilie tant sur le plan de la culture que sur le plan de l’économie sont membres potentiels du camp de la révolution ;
  • ses alliés solides sur le plan de l’économie sont ceux qui revendiquent les moyens économiques de vivre dignement, c’est-à-dire qui revendiquent une rémunération juste de leur travail et une composition juste de leur salaire : en prenant connaissance et conscience des obstacles que la bourgeoisie leur oppose, et en analysant les raisons de ces obstacles, ils peuvent étendre leur revendication du plan économique au plan politique et devenir membres actifs du camp de la révolution ;
  • ses membres actifs sont les membres du peuple qui revendiquent en toute conscience sociale, économique et politique leurs droits de vivre dignement ;
  • au nombre des membres actifs de la révolution, il faut compter les véritables amis de l’égalité : comme au temps de Gracchus Babeuf, ce sont des membres de la classe dominante et des membres des catégories que leur profession ne relie pas directement au travail de production matérielle, qui reconnaissent que tous les êtres humains sont égaux en dignité, en droits et qui militent pour que tous soient égaux devant les lois ; les véritables amis de l’égalité n’ont aucunement vocation à devenir les chefs du parti révolutionnaire : sauf rare exception, ils ne possèdent pas les qualités nécessaires.

Autrement dit : les membres potentiels du camp de la révolution sont tous les membres du peuple qui ont intérêt à faire la révolution ; en tous temps, le premier devoir des révolutionnaires est de les rallier à ce camp, de les convaincre d’en devenir membres actifs, afin de donner à la révolution la force la plus grande possible.

Pour accomplir la révolution, son camp doit se rendre plus fort, beaucoup plus fort que le camp de la contre-révolution ; il doit devenir réel, agir sur le plan politique avec la plus grande force et la plus grande efficacité : le nombre ne suffit pas, il faut aussi la cohérence ; deux moments sont particulièrement importants pour l’assurer :

  • l’un se situe sur le plan de l’économie : c’est le moment où les membres du peuple rendent collective leur revendication individuelle ; le camp de la révolution devient alors potentiel autour de chaque groupe de personnes qui font ce pas ;
  • l’autre se situe sur le plan du collectif : c’est le moment où les membres du peuple étendent au plan politique leur revendication économique (c’est une erreur de penser ces deux plans indépendamment l’un de l’autre : cette erreur, le PCF l’a commise quelques mois après le mouvement revendicatif de mai et juin 1968 : c’est l’une des causes les plus importantes de ses dérives et de son déclin).

Ce sont deux moments d’un même processus dont il faut penser les réalisations comme simultanées parce que les passages des membres du peuple de la conscience individuelle de leurs moyens de vivre à la conscience de la nécessité de participer à un mouvement politique collectif de revendication populaire, tous ces passages sont individuels.

En l’absence de crise révolutionnaire, faire la révolution consiste à faire grandir dans le peuple la volonté collective de donner satisfaction à la revendication de vivre dignement, de briser dans ce but tous les obstacles que la classe exploiteuse, la bourgeoisie capitaliste, oppose à cette satisfaction .

Par conséquent, une tâche incombe en permanence et en tous temps aux membres actifs du camp de la révolution : convaincre les membres potentiels de leur camp d’en devenir membres actifs, c’est-à-dire de devenir des révolutionnaires.

C’est une tâche de longue durée consistant à s’adresser ouvertement, mais individuellement à chacune et à chacun des membres du peuple, en développant des arguments interpersonnels, c’est-à-dire les arguments que chaque membre actif du camp de la révolution échange avec un, ou deux, avec un petit nombre de membres potentiels de ce camp au cours de conversations sincères, lorsqu’il veut sincèrement les aider à prendre conscience des intérêts qu’ils ont à revendiquer et les convaincre de joindre leur besoin individuel à la revendication collective, d’étendre la revendication collective du plan de l’économie à celui de la politique, et de militer pour la révolution, c’est-à-dire de devenir un membre actif du camp de la révolution.

C’est cette tâche qui rassemble et active les trois facteurs du déclenchement de la crise révolutionnaire :

  1. l’élévation du nombre des membres du peuple qui revendiquent, qui donne à leur effectif une très grande majorité ;
  2. la convergence qui rend collective leur action revendicative ;
  3. et l’élévation de l’activité revendicative jusqu’au niveau politique.

La tâche révolutionnaire consiste à entraîner le plus grand nombre possible de citoyens à assumer la tâche politique de faire la Révolution, de telle manière que la Révolution soit l’œuvre du souverain collectif, la Nation !

Aucun des arguments, aucun des moments de cette tâche ne relève d’un quelconque secret : tout, dans cette tâche, est légitime, elle ne viole en rien les Droits de l’Homme et du Citoyen, en particulier, elle ne viole en rien la Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU de 1947.

Les révolutionnaires doivent absolument distinguer le secret d’une part, et d’autre part la clandestinité par laquelle le peuple travailleur protège éventuellement son mouvement revendicatif contre la répression des polices des classes dominantes : la clandestinité est légitime, parce que l’objectif essentiel du mouvement populaire est légitime ; ce sont les répressions policières commandées par les classes dominantes qui sont illégitimes ! Quant au secret de l’action révolutionnaire, c’est un fantasme bourgeois.

Concrètement, vers la révolution

A la fin du dix-neuvième siècle, le mouvement politique des ouvriers français a tiré les leçons des échecs répétitifs des minorités agissantes en élaborant un mode d’organisation pouvant assurer la cohérence de l’ensemble du parti révolutionnaire, lorsque ses membres sont dispersés et isolés par l’exercice de leur profession ou par la répression policière :

  • sur le plan économique d’une part, le mouvement syndical révolutionnaire élaborait son organisation propre, aboutissant en 1895 à combiner en une Confédération générale des Travailleurs les structures « verticales » (les Fédérations professionnelles ou Corporations) et les structures « horizontales » (les Unions locales et départementales) ;
  • sur le plan politique d’autre part, il s’avérait que le fréquent isolement des militants ouvriers excluait toute possibilité de concevoir, au sein d’un grand parti révolutionnaire, la circulation d’ordres qui devraient dicter leur action, ils voyaient l’absurdité de s’attribuer et de se distribuer des rôles de chefs de groupes de guerre révolutionnaire, hiérarchisés ou non, et d’anticiper sur le progrès de la conscience revendicative populaire ; ces raisons conduisaient l’élaboration d’un autre mode d’organisation.

En 1916, Lénine précisait les modalités du mode d’organisation communiste et le proposait aux Bolchéviks en lui donnant son nom de centralisme démocratique ; il s’agit de la participation de tous les communistes à l’analyse de la situation des luttes économiques et politiques des membres du peuple, par laquelle ils prennent connaissance de toutes les raisons d’agir et de ne pas agir, ainsi que de tous les moyens disponibles pour l’action ; la synthèse de cette analyse est faite centralement, de manière à assurer la cohérence de la pensée de chaque militant communiste avec celle de tous les autres militants communistes ; c’est cela qui leur permet de décider eux-mêmes de toutes leurs actions en leur garantissant qu’elles seront cohérentes.

Le centralisme démocratique n’est pas une discipline d’obéïssance : c’est une discipline d’étude et d’action ; adoptant le centralisme démocratique, les Bolchéviks libéraient l’initiative politique des communistes de l’empire des Tsars ; ensuite, l’Internationale communiste a fait de ces principes ceux des organisations communistes de toute la planète : cette généralisation était juste et nécessaire, comme l’ont montré ensuite les succès et victoires remportées sur le plan mondial par le mouvement populaire dans les luttes antifascistes, la Résistance à l’empire nazi-fasciste, et la longue résistance à la « guerre froide » que les propriétaires des plus gros capitaux du monde faisaient aux peuples qui avaient rompu avec le système capitaliste, même si cette résistance a été défaite avant la fin du vingtième siècle par une deuxième grande trahison de la social-démocratie, qui fut aussi spectaculaire et dramatique que la première, commise en 1914 et dénoncée par Lénine.

Formulant quelques-unes des leçons que tiraient les communistes des luttes ouvrières ayant animé l’ouest européen au dix-neuvième siècle, Lénine écrivait que les communistes doivent toujours se placer un pas en avant des masses, sans jamais se couper des masses : il rappelait ainsi que la contribution des communistes au progrès des consciences revendicatives des membres du peuple est essentielle à la révolution.

La tâche révolutionnaire des communistes

Jusque dans la septième décennie du vingtième siècle, les communistes français insistaient avec juste raison sur le caractère formel, purement formel, de la démocratie instituée dans les sociétés dominées par la bourgeoisie ; cela étant, il est dommage que tant de communistes aient cru devoir assimiler la République à une variante de l’Etat ; cela leur cachait la critique que faisait Lénine en 1916, lorsqu’il montrait qu’il n’est pas possible de bâtir le socialisme sans développer complètement la démocratie, et qu’il ne peut véritablement pas y avoir de démocratie dans une société qui se refuse au socialisme ; cette critique léniniste contient de fortes raisons d’étudier en profondeur la contradiction qui oppose la République à l’Etat bourgeois : et de fait, la simple lecture de l’histoire de la Révolution française conduit à distinguer, à séparer la République de l’Etat, et à les opposer : en vérité, la bourgeoisie riche n’a jamais accepté la République : [elle a entrepris de la combattre dès la fin de septembre 1792 ; le 9 thermidor an 2 de la République, elle l’a détruite ; ensuite, elle a successivement appelé son Etat Directoire, puis Consulat, puis Empire, puis Royaume restauré, puis de nouveau Empire : pendant cette période, elle renforçait des défenses de l’Etat bourgeois contre les mouvements populaires.

Nous l’avons dit précédemment : ce n’est pas un ordre donné par un chef révolutionnaire qui déclenche la révolution : c’est l’évolution par laquelle la force politique du camp de la révolution devient supérieure à la force du camp de la contre-révolution. Quant au renversement de ce rapport de forces, il ne peut être connu que par l’observation de ses conséquences : l’acteur de la Révolution est le peuple, et seul le peuple, collectivement, peut conduire la révolution.

C’est dans la coïncidence de la contradiction entre révolution et contre-révolution et de la lutte des classes que des femmes et des hommes trouvent leurs raisons de devenir communistes : ils les trouvent en observant notre société, le travail qu’ils y font et la vie de leurs collègues, voisins et amis ; ces raisons les conduisent à prendre le parti de faire réellement la révolution qui abolira l’exploitation : devenir communiste, c’est cela et rien d’autre.

Il en résulte que la tâche révolutionnaire des communistes n’est pas de déclencher et de conduire la crise révolutionnaire : la Révolution ne peut pas être l’œuvre du parti communiste ; elle est et sera l’œuvre du souverain collectif, la Nation !

La tâche révolutionnaire des communistes, quels que soit leur métier, leur profession, leur position sociale, est de faire la révolution chaque jour, c’est-à-dire d’agir chaque jour pour affaiblir la force contre-révolutionnaire et accroître la force révolutionnaire.

Contribution à une dialectique de la révolution

Le mot de dialectique est d’un emploi fréquent : pourtant, les emplois qui en sont faits en ma présence sont si souvent fautifs, voire caricaturaux, que souvent, j’hésite à l’employer moi-même.

Le fait est que peu de gens savent de quoi il s’agit : pour les uns, c’est l’art de compliquer les choses, pour les autres, c’est la spécialité des Jésuites, que sais-je encore ?

La dialectique

Chers lectrice et lecteur, j’ai pourtant besoin d’employer ce mot, simplement parce que je m’attache à penser selon le mode dialectique, et qu’à mes yeux, il vaut mieux que vous sachiez ce que j’entends par là.

  • Une pensée née dans le dialogue
    La dialectique, c’est un mouvement de la pensée dont l’expression et la compréhension sont les mouvements de base. La présence de l’expression et de la compréhension dans la dialectique assure la possibilité aux individus que nous sommes, que vous êtes chers lectrice et lecteur, et que je suis, moi qui vous écris ces lignes, de dialoguer avec pour effet d’échanger, de confronter et de faire évoluer nos corps idéels ( les mouvements idéologiques personnels que chacun de nous a en tête ), chacun de notre côté, avec éventuellement la prise de conscience d’idées communes, ou de divergences.
    Ce schéma de la dialectique est vraiment le premier qu’il faut donner ; il est d’ailleurs vraisemblable que ce soit la première définition donnée par les philosophes à la discipline qu’ils commençaient à cerner en s’interrogeant sur les pratiques du dialogue ; le mot de dialectique est en effet dérivé de celui de dialogue d’une telle manière que sa signification littérale peut être : « l’art du dialogue ».
  • Une pensée en mouvement
    Il faut donc considérer que deux, ou plusieurs, interlocuteurs qui dialoguent, ou qui colloquent, mettent en œuvre la dialectique chacun dans sa propre pensée, de telle manière que l’échange de leurs propos se développe en formant une nouvelle dialectique, collective, qui assure l’échange, la composition et la critique des idées invoquées et évoquées dans le dialogue, ou dans le colloque.
    Bien sûr, si personne n’écrit cet échange de propos, la dialectique collective cesse d’exister lorsque le dialogue ou le colloque prend fin ; toutefois, elle laisse une trace dans la mémoire de chaque interlocuteur, sous la forme des idées qu’il a formées en participant à l’échange des propos.
    Cette trace est personnelle : c’est un nouveau mouvement de sa pensée que forme chaque interlocuteur au moyen de sa compréhension des propos échangés.
    On le voit : la dialectique est impropre à transmettre les ordres administratifs (que sont par exemple les ordres des chefs de guerre).
  • Un moyen de penser le mouvement
    La dialectique est donc un mouvement de la pensée mobilisé par tout dialogue, et qui met la pensée en mouvement.
    Les premiers philosophes l’avaient bien compris : c’est l’origine de la pédagogie de Socrate, surnommée la « maïeutique » ou art d’accoucher un élève des idées que le maître veut lui faire acquérir.
    Mais c’est surtout le point de départ d’une identification plus profonde de la dialectique : dès l’origine de la philosophie, les philosophes ont pensé que la dialectique, par ce qu’elle est un mouvement de la pensée (commençant dans l’expression et dans la compréhension) qui met la pensée en mouvement, pouvait bien être le moyen de penser le mouvement lui-même, dans son concept le plus général.

Ils l’ont pensé, et ils l’ont fait.

Chers lectrice et lecteur, dans le présent chapitre, je m’autorise d’eux pour faire deux choses à la fois : mettre en œuvre de manière explicite les quelques procédés dialectiques de base que je connais pour exposer, exprimer la vue d’ensemble que je me fais du mouvement général des sociétés humaines. Avec l’espoir de faire en même temps une troisième chose : vous donner, chers lectrice et lecteur, l’envie de mettre en œuvre, vous aussi, la dialectique pour penser les mouvements qui vous intéressent, et que je ne connais pas !

Ambitieux ? Oui !

Mais lisez ce chapitre : j’espère que vous verrez deux choses :

  • vous avez le droit d’être aussi ambitieux que moi, et je vous le souhaite ;
  • et je vous ai laissé beaucoup de travail !

Penser la révolution

Ce qui m’intéresse, c’est le mouvement général des sociétés conçu au sein de la Philosophie des Lumières, sous le nom de révolution.

Ce mouvement trouve sa dynamique dans les inégalités sociales :

  • elles interdisent au plus grand nombre des membres des sociétés humaines tout accès véritable à la propriété de la terre, des autres moyens de produire ainsi que des moyens d’échanger les produits du travail, les forçant ainsi à travailler,
  • elles réservent toute propriété de quelque signification sociale à un petit nombre des membres des sociétés seulement occupés à jouir des biens qu’ils possèdent, à prélever et à consommer une part de ce que produit le travail, à se disputer leurs biens en bourse ou par la guerre, toujours au prix de la misère et de la mort des travailleurs.

La lutte des classes

Les inégalités sociales mettent en évidence que les principales fonctions de la vie sociale sont réparties entre deux catégories inégales de personnes : la fonction de prélever de la matière dans la nature et d’en faire les denrées, les biens et les richesses de la société incombe à la catégorie inférieure ; la jouissance des biens, des richesses et des moyens de produire et d’échanger, la politique, le commandement, la conduite du travail et des échanges, c’est-à-dire les tâches de la grande propriété, incombent à la catégorie supérieure, éventuellement subdivisée en castes et en ordres plus ou moins séparés.

Tous les rapports économiques, sociaux et politiques reliant propriétaires et travailleurs sont conflictuels : l’ensemble de ces conflits constitue la lutte des classes.

L’action motrice de la révolution, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui l’appliquent à la société ; ils le font en revendiquant les denrées et les biens nécessaires à leur survie, dont tendent à les priver les prélèvements opérés par les propriétaires de la terre, des mines, des forêts et des moyens d’échange.

Les propriétaires, toujours organisés collectivement quoiqu’ils en disent, prélèvent une partie des denrées et des biens produits par le travail.

Les membres de la classe travailleuse opposent aux propriétaires, d’abord individuellement, leur revendication de vivre dignement.

Les propriétaires appliquent toujours collectivement la répression aux travailleuses et aux travailleurs, sans attendre que leur revendication devienne collective.

L’opposition de ces deux classes sociales consiste dans deux efforts contraires : l’effort de revendiquer de vivre dignement que font travailleuses et travailleurs, et l’effort double que fait collectivement la classe propriétaire, pour prélever une partie de ce qu’a produit le travail et pour réprimer la revendication ouvrière. Ces deux efforts, l’un simple, l’autre double, produisent à tout instant des effets sur la société ; l’histoire de la succession de ces effets est l’histoire de la révolution dans cette société, c’est-à-dire l’histoire de la société.

Donc, l’évolution de la société consiste dans les effets conjugués de l’effort que fait la classe travailleuse sur la classe propriétaire et de celui que fait la classe propriétaire sur la classe travailleuse : la cause de cette évolution réside dans la contradiction de la classe propriétaire et de la classe travailleuse.

L’essence du mouvement

La société apparaît ici comme une chose dont le mouvement est déterminé par l’action de deux forces contraires appliquées réciproquement l’une sur l’autre par deux des entités qui la constituent ; pour la dialectique, l’interaction de ces deux entités est une contradiction désignée par le mot « essence ».

Les sciences de la nature (astronomie, physique, géologie, biologie, chimie, écologie...) étudient de nombreux autres cas de tels mouvements : nous pourrions voir dans ce concept dialectique du mouvement une généralisation interdisciplinaire.

A ce point de mon exposé, je considère que l’essence de la révolution est la contradiction de la classe propriétaire et de la classe travailleuse, et la lutte des classes comme la réalisation de cette contradiction.

L’histoire, et avant ?

Marx et Engels avaient noté que toute l’histoire des sociétés humaines n’a été, au fond, que l’histoire des luttes de classes ; en même temps, ils pensaient logiquement qu’aux temps d’avant l’histoire, les sociétés humaines n’étaient vraisemblablement pas divisées en classes ; comment vivaient alors les femmes et les hommes est une question légitime à laquelle il n’est actuellement possible de répondre que par des hypothèses ; cela dit, je n’ai pas mis l’exposé d’une dialectique de l’humanité préhistorique dans l’objet de ce chapitre.

Les hypothèses vraisemblables

Lorsque Marx et Engels écrivaient, très peu de vestiges de la préhistoire étaient connus ; leur examen conduisait beaucoup de savants à considérer comme très vraisemblable l’hypothèse que les femmes, les hommes et leurs enfants vivaient en communautés nomades, chassant, pêchant et cueillant, c’est-à-dire prélevant leur nourriture, leurs habits et leur habitat directement dans la nature.

Un siècle et demi de recherches obstinées, de fouilles patientes et méthodiques, accompagnées des nécessaires controverses scientifiques, se sont déroulés depuis Marx et Engels ; ces travaux établissent d’abord qu’il reste beaucoup de travail avant de nous faire de la vie des groupes de femmes, d’hommes et d’enfants de la préhistoire, dont la durée se mesure en centaines de milliers d’années, une représentation d’ensemble dont nous puissions être sûrs ; nous n’en pouvons donner que quelques caractères vraisemblables, dont deux ou trois seulement sont proches de la certitude.

Des humains en petit nombre : le premier de ces caractères est que le petit nombre des humains habitant notre planète leur permettait d’y vivre en stabilité écologique, sans en diviser le territoire ; la terre était presque certainement commune, indivise même entre les communautés ; c’est ce caractère qui vaut à cette hypothèse le nom de « communisme primitif » que lui donnaient Karl Marx, Friederich Engels et d’autres savants.

Des humains sachant tout faire : un autre caractère presque certain concerne l’éducation des enfants : chaque communauté humaine devait faire en sorte que chaque enfant arrivant à l’âge adulte sache faire tout ce qui est nécessaire pour se nourrir, s’habiller, contribuer à la nourriture et à l’habillement des autres membres du groupe, et contribuer à l’aménagement de son habitat : pour satisfaire à cette nécessité, le groupe éduquait ses enfants de telle manière qu’ils deviennent des adultes sachant tous pêcher, chasser, cueillir, aménager leur habitat (leur campement), différant seulement par l’âge et surtout par le sexe, bien évidemment.

Des femmes respectées : par le fait de la différence sexuelle, nous devons admettre que très tôt dans notre préhistoire, l’éducation des filles présentait avec celle des garçons des différences qui se prolongeaient dans l’âge adulte en différences des travaux que faisaient les femmes avec ceux que faisaient les hommes ; mais rien ne nous conduit à croire que les sociétés humaines ont attribué aussitôt aux travaux des hommes une considération qu’elles refusaient aux travaux des femmes : les sociétés humaines sédentarisées connaissaient presque certainement cette différence de considération, mais je considère jusqu’à preuve du contraire que pendant les nombreuses centaines de millénaires de nomadisme préhistorique, les travaux des femmes étaient aussi bien considérés que ceux des hommes, et de plus, que les hommes voyaient dans l’enfantement et dans l’allaitement des nourrissons une raison de porter aux femmes un respect particulier.

Des groupes solidaires de personnes libres : il n’est pas besoin de longs développements pour comprendre que de ces deux caractères, l’indivision de la terre et l’éducation d’enfants tous capables des mêmes tâches, les femmes et les hommes de ces sociétés devaient concevoir un grand sentiment mêlant solidarité au sein du groupe et liberté des individus : de tels groupes en effet, vivant sur un très vaste territoire, dont la faune et la flore suffisaient à tous leurs besoins, avaient tout le temps nécessaire non seulement pour chasser, pêcher, cueillir, préparer leur nourriture, façonner leurs outils, leurs armes et leurs habits, aménager leur campement, mais aussi pour faire circuler oralement toute la connaissance et toutes les informations de leur temps : ils n’avaient aucun besoin de chefs ni de hiérarchie.

Une économie de l’abondance : la nature maintenait sans leur intervention les stocks de matière dont ils avaient besoin : ils ne possédaient rien et vivaient dans une abondance réelle ; à la fin du nomadisme préhistorique, l’humanité comptait seulement plusieurs centaines de milliers d’individus, et peuplait la totalité des terres émergées et toute la limite des banquises de l’hémisphère nord et des mers libres de glaces : cela nous semble très peu, mais cet effectif était tel que les ressources accessibles par la pêche, la chasse, la cueillette commençaient à ne plus lui suffire ; la surpopulation allait bientôt rompre l’équilibre écologique du nomadisme.

Il ne faut pourtant pas faire de la préhistoire un âge d’or ou un paradis que nous aurions perdu : le paradis perdu et l’âge d’or sont des mythes légendaires, et dans la préhistoire comme dans l’histoire de la réalité humaine, les mythes sont des représentations imaginaires : pour appréhender le destin de l’humanité, il faut considérer d’abord la réalité ; ensuite seulement les mythes, selon leur pertinence.

Une négation, la surpopulation ; ses conséquences

La dialectique représente tout processus qui met fin à un mouvement comme une négation de ce mouvement : en l’occurrence : la surpopulation nie l’équilibre écologique du nomadisme. Ce n’est pas la seule négation opérée par la surpopulation.

Les guerres : dans l’espace habitable, l’ancien espace du nomadisme, les communautés se heurtaient et s’affrontaient : leurs premières guerres restreignaient leurs déplacements jusqu’à rendre le nomadisme impossible ; les communautés durent se limiter à un territoire qu’elles pouvaient défendre : la surpopulation niait la nomadisation.

La sédentarité : il leur fallut apprendre à prélever leurs ressources sans sortir de ce territoire, c’est-à-dire, élaborer le mode de vie sédentaire : la négation du nomadisme produisait la sédentarité.

L’inégalité, la hiérarchie, l’obéïssance : c’en était fini de la liberté collective des communautés ; l’accès aux ressources naturelles devenait précaire et inégal ; les guerres faisaient naître les concepts de la hiérarchie de commandement, au premier plan desquels celui de chef de guerre : la négation du nomadisme niait aussi la liberté et l’égalité.

On le voit : la négation dialectique est un processus complexe ; sa complexité la rend capable de représenter des moments complexes d’évolution de la réalité.

A cause de la surpopulation, faire la guerre devenait aussi nécessaire que d’élever les enfants ; les communautés éduquèrent désormais les garçons pour qu’ils deviennent des guerriers ; cette éducation fit perdre aux hommes, au fil des générations, la connaissance du bien pêcher, du bien chasser, du bien cueillir : elle niait la connaissance multimillénaire de la relation essentielle de l’être humain à la nature ; l’ignorance essentielle qui en résultait fit bientôt sentir ses effets sur trois plans :

  • la surpopulation s’emballe : sur le plan sexuel, l’oubli du rapport précédemment longuement observé de l’humain à la nature joint au besoin de la communauté d’être la plus forte dans les rivalités guerrières créaient les conditions d’un accroissement beaucoup plus rapide de toutes les populations ;
  • l’écologie perd l’équilibre, l’abondance s’éloigne, l’ignorance progresse : sur le plan écologique, le heurt de la diminution du territoire de chaque communauté avec l’accroissement inouï de populations devenant rapidement ignorantes de leur relation essentielle à la nature provoqua un accroissement considérable du besoin des sociétés humaines de prélever sur les ressources naturelles : la surpopulation niait la stabilité écologique de l’être humain en même temps que l’abondance ; il en résultait un besoin de rétablir la connaissance essentielle dans les nouvelles conditions, celles de la sédentarité ; jusqu’à ce jour, ce rétablissement n’est ni satisfaisant, ni exempt de fautes ;
  • adviennent l’agriculture, les métiers, le troc : sur le plan social, la fin de l’abondance créait des besoins nouveaux : rendre l’habitat plus durable, produire davantage de denrées alimentaires, d’habillement et de biens divers, et les échanger à l’intérieur ou à l’extérieur de la communauté ; ces besoins niaient le nomadisme, requérant d’être satisfaits hors de l’ancienne écologie : à cette fin, les humains inventaient l’élevage, l’agriculture, l’extraction des minéraux et leur transformation, notamment la métallurgie, le troc ; les métiers étaient tellement différents les uns des autres qu’une personne ne pouvait en maîtriser qu’un ;
  • La division des sociétés en classes sociales : l’ignorance qui s’était généralisée jointe au besoin permanent d’organisation de chaque communauté qui résultait de tout cela séparèrent les tâches du travail de celles de la propriété, parmi lesquelles figurent, bien sûr, le troc, le contrôle des ressources rares (notamment la terre et l’eau) et la conduite d’expéditions guerrières : la société se divisait en classes sociales.

L’infériorité des femmes : par contre, les fillettes continuaient d’apprendre les travaux des femmes : les communautés protégeaient l’avenir en tenant autant que possible les femmes à l’écart des combats… : cette protection incombait évidemment aux hommes et les mettait en valeur par rapport aux femmes comme jamais ils ne l’avaient été aux temps du nomadisme : il est logique de voir là l’origine du statut d’infériorité qui est celui des femmes dans toutes les sociétés d’inégalité.

Survolons les temps écoulés depuis lors :

Dans les communautés devenues sédentaires, les femmes et les hommes que la division de la société plaçait dans la classe inférieure étaient obligés de travailler, alors que ceux de la classe supérieure s’appropriaient les denrées et autres biens produits par le travail pour en faire ce que bon leur semblait, ne laissant aux membres de la classe inférieure que ce qui leur était nécessaire pour survivre ; les membres de la classe inférieure étaient ainsi privés de l’ancienne liberté et de l’ancienne égalité, privés de toute participation aux décisions politiques, alors que la participation plénière à la vie de la communauté avait été la règle de l’ancien nomadisme : pour les membres de la classe sociale inférieure, l’abondance, l’ancienne liberté et l’ancienne égalité n’étaient plus que le souvenir d’un rêve ; devons-nous voir là l’origine du mythe du paradis perdu ? Le fait est que la division de la société en classes fut, pour les membres de la classe inférieure, le contraire d’un progrès !

L’exploitation de classe : les prélèvements opérés par la classe supérieure sur les denrées et biens produits atteignaient souvent le maximum de ce que la classe inférieure ou la nature pouvaient supporter, et le dépassaient facilement : dans certaines régions, les préhistoriens ont découvert des traces de civilisations disparues, dont quelques-unes ont vraisemblablement été anéanties par l’effet des dégâts causés à l’environnement ou à la société elle-même par la surexploitation.

La revendication de vivre dignement : mais l’éducation des filles et les travaux des femmes avaient été sauvegardés : cela faisait des femmes un support collectif vivant pour la mémoire du mode de vie nomade : leurs souvenirs retransmis de génération en génération devaient faire naître chez les femmes et les travailleurs la nostalgie de l’ancienne égalité et de l’ancienne liberté, et transformer le désir de vivre en revendication de vivre sans devoir quémander sa nourriture, ses habits ou sa couche, c’est-à-dire, de vivre dignement : la dignité revendiquée par les membres de la classe inférieure pourrait bien être la trace irrépressible laissée dans nos mémoires par l’égalité et par la liberté du nomadisme antique...

La mythologie, moyen de la domination de classe : aussi bien, les membres des classes propriétaires n’ont jamais fait que la réprimer pendant des millénaires et jusqu’à ce jour ; à cet effet, ils ont usé bien évidemment de contrainte ; mais les représentations idéelles sans cesse produites, cultivées et vérifiées par l’exercice concret du travail ranimaient toujours la revendication de vivre dignement : contre son incessante renaissance, la contrainte ne pouvait suffire : il fallait aussi leurrer les travailleuses et les travailleurs en imposant l’idée que l’autorité des propriétaires est légitime : ceux-ci se mirent alors à jouer de l’ambigüité essentielle des langues humaines pour bâtir des représentations imaginaires, des mythes, qui, évidemment, légitimaient la propriété, et dont ils faisaient l’explication dernière de toute chose : du même coup, ils déqualifiaient la connaissance concrète du monde que la pêche, la chasse et la cueillette avaient apportée pendant des millénaires à l’humanité, la faisant passer pour une mythologie ancienne et désuette.

Mais l’ambigüité des langues humaines garantit la multiplicité des mythes, ainsi que leurs contradictions réciproques : chaque femme et chaque homme garde toujours la possibilité de nier un mythe ou de le contredire, en élaborant un autre mythe ; les propriétaires ne s’en sont jamais privés, pour réarranger les systèmes de propriété : les contradictions mythologiques, les contradictions des systèmes d’idées n’ont jamais été des objets pour les guerres : elles furent toujours des moyens aux mains des propriétaires de se disputer les objets de la propriété, et d’abord les plus importants d’entre eux, la terre et l’eau, et pour se disputer en même temps le pouvoir politique : toutes les guerres ont pour enjeu la propriété souveraine de la terre : dans les guerres dites de religion, dans les guerres dites idéologiques, la religion comme l’idéologie ne sont que des moyens de la guerre : des moyens, pas les enjeux !

Permanence de la revendication de vivre dignement

Sur le plan social, les formes diverses prises par la revendication populaire de vivre dignement doivent nous faire comprendre qu’elle est essentielle aux sociétés résultant de la négation de l’écologie du nomadisme : la société divisée en classes ne peut satisfaire cette revendication qu’en se niant elle-même !

On peut certes voir un enrichissement de la société dans le passage, imposé à la société par sa division en classes, de l’état dans lequel tous ses membres ont des compétences presque toutes identiques à un état dans lequel ils ont des compétences productives diverses, et voir dans cette diversité le moyen indispensable aux progrès des techniques qui se sont succédés depuis, il n’en reste pas moins que la diversité a toujours été exploitée par les propriétaires sur le plan social pour leur seul bénéfice : si les membres de la classe propriétaire s’enrichissaient, c’était toujours au détriment des membres de la classe inférieure ! La revendication de vivre dignement, formée dans la classe inférieure en conséquence directe de la division de la société en classes sociales, n’a jamais perdu sa légitimité !

Au fil des évènements ultérieurs, nous retrouvons cette revendication dans les tensions sociales préparant le bouleversement d’un système de propriété, dans la négation de ce système que réalisait ce bouleversement ; nous pouvons encore lire sa répression dans les actes de la classe propriétaire rénovée mettant fin au bouleversement, après que le système de propriété ait été refondu en un nouveau.

Communisme primitif et communisme

Le concept de communisme primitif utilisé pour envisager les sociétés humaines nomades d’avant la sédentarisation a été introduit pour distinguer le peu que l’on connaissait de ces sociétés de la revendication ouvrière implicite qui avait sous-tendu la Révolution française, et qui renaissait après sa répression sanglante, la pensée ouvrière se dégageant de la tutelle bourgeoise et dégageant les principes de son autonomie : sur le plan de la pensée, le communisme primitif s’oppose donc au communisme présent dans la pensée des militants ouvriers de la première moitié du dix-neuvième siècle et de leurs alliés.

C’est l’importance que la Révolution française avait donnée au bonheur commun dans la revendication des prolétaires français qui les avait amenés à désigner du mot « communisme » leur perspective revendicative longue ; lorsque les savants durent donner un nom au mode de vie qu’ils imaginaient pour les sociétés nomades primitives, le mot « communisme » s’imposait à eux ; mais il leur fallait distinguer de la revendication ouvrière de long terme le mode de vie des antiques nomades : c’est pour cela qu’ils ont qualifié de « primitif » le communisme vraisemblable des premières sociétés nomades : c’est une invitation à prendre concience des différences entre ces deux concepts de communisme :

  • la liberté individuelle et son association avec la solidarité des individus leur sont communes ;
  • par contre, l’égalité dans le communisme primitif n’est pas l’égalité que revendique la classe ouvrière pour l’avenir :
  • dans le communisme primitif, l’égalité est le résultat d’une éducation qui rend tous les individus capables des mêmes chasses, des mêmes pêches, des mêmes cueillettes, des mêmes travaux, de telle manière que chacun peut à tout moment tout faire de ce que fait l’autre, et d’une vie sociale qui fait que toutes et tous participent à toutes les discussions, à tous les échanges d’information entre membres de la communauté : les membres des communautés nomades sont interchangeables deux à deux : ce type d’égalité est perdu depuis la division de la société en classes sociales ;
  • aujourd’hui, tous les ouvriers et les paysans savent que la diversité des métiers et professions de la production est nécessaire à la production de quantités de denrées et de biens suffisantes pour satisfaire les besoins de l’humanité : au travail, les compétences sont diverses ; les personnes ne sont pas interchangeables et ne le deviendront pas ; ce que revendiquent les prolétaires, c’est de participer de plein droit à la vie publique, de prendre toute leur part dans toutes les décisions politiques ; ils revendiquent de jouir de droits civiques égaux à ceux de n’importe quel propriétaire de capitaux ; l’égalité qu’ils revendiquent est l’égalité en droits, absente de notre pays jusqu’à ce jour.

L’exercice quotidien du travail maintient le réalisme en activité dans le peuple travailleur : ce réalisme contredit sans cesse tous les idéalismes, tous les mysticismes ; il donne son fondement solide à la revendication de vivre dignement !

Le réalisme nous interdisant de « revenir au communisme primitif », nous oblige à prendre en compte, de manière critique, cela va de soi, les progrès faits depuis la sédentarisation par l’intelligence humaine et accumulés dans la culture et dans les techniques du travail.

La revendication d’égalité en droits et de liberté

Le réalisme nous fait observer que les personnes qui revendiquent l’égalité en droits ne diffèrent plus seulement par l’âge et par le sexe, mais par leur métier, leur profession, leurs loisirs, leurs lectures, etc… : toutes ces personnes prétendent au même accès à toutes les denrées, biens et services nécessaires à la vie de chacune, de chacun, sur les plans de la nourriture, de la santé, de l’habillement, de l’habitat, de la culture, de toutes les sortes de relations interpersonnelles, etc… ; elles prétendent aussi à la même participation à la vie sociale et politique, notamment à toutes les décisions susceptibles d’influencer le cours de la vie de la société : c’est cela, la revendication d’égalité en droits.

Pour satisfaire la revendication de la liberté et de l’égalité en droits, la société doit nier sa division en classes sociales, c’est-à-dire, nier la négation du communisme primitif produite par la surpopulation ; mais si la liberté reste la liberté, et reste associée à la solidarité des égaux, l’égalité en droits est beaucoup plus complexe que l’égalité qui régnait dans le communisme primitif.

Satisfaire la revendication d’égalité en droits en même temps que celle de liberté ne consiste donc pas à réduire à néant tout ce que l’humanité a réalisé au moyen des sociétés divisées en classes sociales !

Cela consiste à désigner et à abolir la dynamique d’abord créée par la sédentarisation, qui a mis fin à la liberté et à l’égalité du communisme primitif et qui maintient depuis lors le système des classes sociales ; il s’agit de nier la division en classes sociales elle-même !

Les processus qui ont réalisé et qui maintiennent la division en classes sociales, ont réalisé et maintiennent deux négations, celle de notre liberté et celle de l’égalité de nos droits.

Satisfaire la double revendication d’égalité en droits et de liberté consistera à inscrire dans notre vie sociale la négation des processus qui nient notre liberté et l’égalité de nos droits.

Nier la négation, ce n’est pas nier n’importe quoi !

Dans les entreprises, la négation de notre liberté et de l’égalité de nos droits résulte des rapports qui donnent aux propriétaires du capital (fiduciaire et réel) le pouvoir de diriger la politique de l’entreprise, de confisquer les pouvoirs politiques des salariés de l’entreprise, et d’exercer pleinement sur la société un pouvoir politique étendu grâce à cette confiscation : pour satisfaire la revendication populaire de liberté et d’égalité en droits, il faut abolir ces rapports en expropriant les principaux propriétaires capitalistes, ceux qui détiennent la plus grande influence politique, et en créant un mode social (ou national, c’est la même chose) de propriété pour lui soumettre les capitaux réels et fiduciaires expropriés. Une chose doit être claire dès à présent : la propriété sociale (ou nationale) des capitaux ne pourra être effective que lorsque trois conditions seront réalisées :

  1. quand tous les salariés de l’entreprise, tous les habitants des localités du voisinage, ainsi que toutes les citoyennes et les citoyens de notre pays exerceront des droits égaux dans l’élaboration et dans la prise de toutes les décisions de gestion du capital socialisé (nationalisé) ;
  2. quand les ouvriers et les cadres salariés de l’entreprise, ainsi que ceux des entreprises fournisseuses et sous-traitantes, exerceront des droits égaux dans l’élaboration et dans la prise de toutes les décisions de gestion de la production ;
  3. quand un service public solide et démocratique d’études démographiques, agronomiques, forestières, minières, industrielles et économiques sera mis à la disposition de tous les habitants du pays de manière à permettre à chacune et à chacun de participer en toute responsabilité à la planification et aux décisions de gestion des capitaux et de la production.

Il ne s’agit donc pas d’abolir toute propriété, mais de substituer au mode capitaliste un mode de propriété fondé sur l’exercice de droits égaux par toutes les citoyennes et les citoyens ; la révolution doit inscrire la négation de la propriété capitaliste dans la propriété de l’avenir !

La propriété sociale, ou nationale, sera exercée collectivement par toutes les femmes et tous les hommes à égalité de droits ; elle sera appliquée aux capitaux réels et fiduciaires décisifs de l’économie.

Seul, un tel bouleversement de la propriété rétablira l’égalité en droits de tous les habitants de la terre, femmes et hommes.

Martin Sans Culottes, le jour de la prêle,
premier sextidi de thermidor an 222 de la République
(Saint Martin la Méanne, jeudi 24 juillet 2014)

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