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La révolution sera !

Ce que sera et comment sera la révolution dépend au moins autant des réactionnaires que des révolutionnaires

mercredi 11 juin 2014, par Jean-Pierre Combe

- La Constitution de l’an 1 de la République commence par une Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen rédigée en 35 articles dont voici le dernier :

- Article 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
- Cet article a été rédigé alors que les bandes contre-révolutionnaires royalistes semaient la mort et la terreur dans une grande partie du territoire national, que la marine de guerre britannique occupait Toulon, que la bourgeoisie riche recrutait ses propres bandes de sujets violents, leur donnant mission d’étendre la violence sous prétexte de fédéralisme…
- A la fin du printemps de l’an 1 de la République (1793), dans cette atmosphère de violence, la Convention soumit le projet de cette constitution à l’approbation des assemblées primaires de citoyens : les réunions de ces assemblées générales par circonscription ont eu lieu au cours d’une relative accalmie ; leur résultat, que personne n’a jamais contesté, fut acquis en août de la même année : le peuple approuvait le projet, par l’écrasante majorité d’environ 10 contre 1 ; le projet de constitution devenait ainsi la Constitution de l’an 1 de la République.
- Malgré l’accalmie qui avait accompagné la consultation populaire, la Convention décidait courant septembre « de suspendre la promulgation de la Constitution jusqu’au retour de la paix » ; la violence reprenait alors, et conduisait en quelques semaines la Convention à voter les « Lois de Terreur », que les écrivains et journalistes réactionnaires présentent comme l’essence et la consistance de la Révolution.
- Les « Lois de Terreur » ne sont qu’une toute petite partie de la Révolution ; parmi les personnes qui ont trouvé la mort dans les affrontements de la révolution, un tout petit nombre, exactement connu, (moins de 3200) doivent à ces lois d’avoir perdu la vie sur l’échafaud ; pourtant, la propagande réactionnaire persiste à résumer la Révolution française dans ces seules lois ; il s’agit pour la bourgeoisie d’interdire l’idée d’agir pour briser les entraves de nos vies, en plaçant dans l’esprit des membres de notre peuple un réflexe de rejet, préalable à tout examen concret, motivé par notre conscience de ce que les lois qui organisent ces entraves sont rédigées de manière à rendre illégale toute action, même législative, tendant à les abroger : de ce fait, nous ne pouvons agir pour briser nos entraves que par une insurrection !...
- Aujourd’hui pourtant, un regroupement de formations politiques, qui a pris le nom d’Arc républicain de Progrès, juge possible et souhaitable une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ; c’est paradoxal !
- Le communiste que je suis a toujours été très attentif à l’hypothèse d’une révolution pacifiste : elle me semble pertinente, quoique, je le répète, paradoxale.
- Expliquons-nous :
- Depuis des décennies, les gouvernements réactionnaires de la France conduisent leurs politiques de manière à toujours associer la violence à tout mouvement populaire de quelque importance : ils le font en lâchant les chiens, je veux dire les « casseurs », contre les manifestations ; nous savons tous que ces « casseurs » sont manipulés par les structures occultes de l’Etat bourgeois : il faut savoir, dire et répéter que ces structures sont illégales et contraires à toute constitution.
- Cela montre en tous cas qu’en France, l’Etat bourgeois est d’accord avec l’Arc républicain de Progrès sur la possibilité d’une insurrection populaire républicaine pacifique et démocratique ; mais bien évidemment, il nie son caractère souhaitable : nos gouvernements lâchent les « casseurs » afin de dévoyer les mouvements populaires de légitime revendication vers la violence, dans le but de les réprimer par la violence avec tous les moyens violents dont dispose l’Etat.
- Telle est la politique de nos gouvernements en matière de ce qu’ils appellent l’« ordre public » : nous devons comprendre qu’ils trouvent bien plus difficilement les moyens de réprimer la revendication populaire, lorsque celle-ci se développe selon sa propre logique, qui n’est pas une logique de violence.
- On le voit bien : le piège ouvert devant le mouvement populaire de revendication à chacune de ses manifestations, c’est l’alliance offerte, sous prétexte d’insurrection, par quelque bande violente, en général téléguidée par l’Etat bourgeois ; si le mouvement populaire accepte cette alliance, il sera impliqué dans la violence, ce dont la bourgeoisie bénéficiera dans tous les cas :
soit en matant le mouvement populaire sous la répression la plus violente, dans des flots de sang si besoin est (aucune bourgeoisie au monde n’a jamais reculé devant l’éventualité de faire couler à flots le sang du peuple qu’elle exploite),
soit en s’assurant le contrôle du mouvement s’il s’avérait victorieux : l’un ou l’autre des chefs de bande violente se placera en tête du mouvement, après quoi la propagande bourgeoise le portera en héros au gouvernement : le coup d’Etat porté à la fin de l’hiver à Kiev, en Ukraine, en est un très bon exemple !

- Que devient la légitimité du mouvement populaire ? Lorsque les membres du peuple revendiquent leurs droits de vivre librement et dans l’égalité en droits, ils exercent en effet les droits que les Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen reconnaissent à tout un chacun ; nulle constitution, nulle loi, et à plus forte raison aucun règlement ne peut leur être opposé : c’est en cela que consiste la légitimité. On le voit : ce piège fonctionne en reniant, en abrogeant toute légitimité !
- La question qui se pose aux communistes est donc la suivante :

  • comment assurer le légitime développement du mouvement populaire de revendication contre sa négation et sa répression par la contre-révolution ?
  • Comment contribuer à ce que le mouvement populaire de revendication se porte au plan politique, où se décide l’orientation de l’économie, en développant la légitimité qui l’a fondé ?
  • Comment faire vivre dans les luttes les plus dures la double revendication de liberté et d’égalité de tous les êtres humains en droits, et assurer qu’elle continue de fonder la légitimité du camp de la révolution ?

- Répondre aux questions précédentes définit l’esprit dans lequel il faut résoudre les suivantes :

  • comment combattre le vertige de la violence, comment rejeter l’alliance empoisonnée offerte par les bandes de « casseurs » ?
  • comment conférer à ce mouvement le niveau politique nécessaire à son heureux aboutissement ?
  • comment donner à ce mouvement de revendication pacifique et démocratique la qualité insurrectionnelle grâce à laquelle il pourra abattre le barrage des lois ?
  • comment combattre les chefs des bandes violentes qui tentent de confisquer la victoire du mouvement populaire pour le compte de la bourgeoisie ?

- Il s’agit de faire en sorte que la revendication populaire produise sur tous les plans, de celui de l’individu à celui de la Nation, les exigences qui plieront la politique au service des intérêts du peuple, c’est-à-dire à la satisfaction de la légitime revendication populaire de vivre dignement.
- La revendication populaire dont il s’agit est celle des droits de chaque femme et de chaque homme habitant le territoire national de vivre et de faire vivre sa famille de son propre travail, librement, dans la dignité, en jouissant de droits égaux à ceux de n’importe quel autre habitant ; il faut remarquer, et souligner, que la démarche des Droits de l’Homme et du Citoyen, d’abord proclamée dans la Déclaration de 1789, puis complétée et précisée par la déclaration inscrite dans la Constitution de l’an 1 de la République, non seulement définit et établit la légitimité de cette revendication, mais encore qu’elle en contient les premiers mouvements : la revendication populaire procède de la démarche inscrite dans la Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, dans celle de de l’an 1 de la République (1793), et que nous savons lire dans celle de l’ONU (1946).
- Cela nous amène à une observation : l’insurrection dont il est question ici procède de la revendication populaire : quel est son rapport avec la démarche des Droits humains et civiques ? Les premières lignes de ce chapitre montrent que les révolutionnaires qui rédigeaient la Constitution de l’an 1 de la République faisaient procéder de cette démarche l’insurrection à laquelle le peuple doit recourir pour rétablir ses droits violés, et nous devons reconnaître que lorsque les droits de vivre des membres du peuple ne sont pas assurés, les droits du peuple sont violés !
- Quelques mois plus tard, le coup d’Etat de thermidor an 2 de la République (27 juillet 1794) imposait une censure de longue durée à toute discussion des problème essentiels de la Révolution.
- L’insurrection dont parlaient nos révolutionnaires consistait à prendre les armes pour renverser un gouvernement qui violerait les droits du peuple ; ils en parlaient comme d’un droit du peuple : elle était donc populaire ; visant à rétablir le peuple dans ses droits violés, elle était démocratique ; proclamée par la première constitution républicaine en France, et visant à imposer au gouvernement de respecter les principes fondamentaux de la République, elle était républicaine.
- Sans doute le réalisme imposait-il alors aux Révolutionnaires de ne pas parler d’insurrection pacifique, mais les trahissons-nous aujourd’hui en posant ce problème ?... Quelques semaines plus tard, Gracchus Babeuf et Augustin Darthé, avec leur Conjuration des Egaux, tenteront de lancer un mouvement d’insurrection pacifique, mais leur conjuration sera durement réprimée par le gouvernement bourgeois et eux-mêmes seront condamnés à mort.
- Les membres de l’Arc républicain de Progrès ont donc fait preuve d’audace en posant l’idée d’une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique.
- Toute révolution consiste dans l’affrontement du camp de la révolution et du camp de la contre-révolution : que cet affrontement soit pacifique ou guerrier ne saurait dépendre des seuls révolutionnnaires !
- Les révolutions passées nous le confirment abondamment si l’on veut bien examiner de près, jour après jour, leur développement : pendant la Révolution française, c’est très généralement le camp de la contre-révolution qui a pris l’initiative de l’action des armes : le camp de la contre-révolution, c’est-à-dire le roi, les régiments qui lui étaient fidèles ; autour du roi, l’aristocratie et ses bandes royalistes ; mais remarquons, et ne l’oublions pas, que la bourgeoisie riche est devenue contre-révolutionnaire pendant le procès du roi, recrutant hors de toute loi ses propres bandes d’agents violents, puis prenant en quelques semaines le contrôle du camp de la contre-révolution.
- La Révolution russe de l’année 1917 donne lieu à un constat tout-à-fait semblable, compte tenu du brouillage produit par la guerre mondiale.
- Il faut garder présent à l’esprit que le mouvement revendicatif dont procède la révolution n’est pas d’essence guerrière : ce mouvement se heurte depuis toujours (depuis les révolutions précédentes pourrait-on dire) à la violence de l’exploitation du peuple par les castes ou classes privilégiées ; l’exploitation violente du peuple est l’essence du camp de la contre-révolution ; pour le camp de la contre-révolution, appliquer la violence à réprimer le mouvement populaire revendicatif est le mode de sa vie quotidienne, et y employer les armes n’est qu’une éventualité circonstantielle.
- Il en résulte que les révolutionnaires n’ont pas à choisir entre une voie pacifique et une voie guerrière de la révolution : leur seule voie est la revendication populaire légitime ; nous devons par conséquent formuler autrement la question :

  • A quelles conditions pouvons-nous espérer rendre pacifique l’affrontement résultant de l’insurrection révolutionnaire ?
  • Peut-on même imaginer faire de cet affrontement un processus de la paix ?

- La seule condition que nous puissions imaginer est que la force et la nature populaire du mouvement de revendication soient telles, et d’une telle évidence, que les casseurs n’osent pas s’y frotter, et que les policiers n’hésitent pas, le cas échéant, à arrêter les casseurs, à les emprisonner et à les présenter aux juges d’instruction, même s’ils portent des coupe-files officiels.
- C’est aussi que la force et la nature républicaine du mouvement revendicatif soient telles, et d’une telle évidence, que les militaires le considèrent comme un mouvement de la nation dont ils font partie, et refusent d’y voir l’action d’un quelconque ennemi.
- C’est encore que le mouvement revendicatif tire toute sa force de l’engagement évident de l’immense majorité des membres du peuple, et que cet engagement rende obsolète l’autorité des gouvernements réactionnaires, sans aucun souci de protéger le gouvernement réactionnaire en fonction contre son effondrement.

- Déjà, nous pouvons observer un exemple du jeu de ces conditions dans la situation révolutionnaire du Vénézuéla : lorsqu’il a pris le pouvoir, le président Chavez a placé sous son autorité les institutions centrales de l’Etat, comme c’était son devoir, mais aussi les grandes industries du pays, notamment la plus lucrative, celle du pétrole.
- Sans attendre, il a affecté une part du revenu de ces industries à des missions sociales dont l’objet était de satisfaire les besoins du peuple les plus urgents : habitat, santé infantile, alphabétisation, alimentation,…
- L’amélioration du sort des membres du peuple que l’accomplissement de ces missions réalisait enrichissait véritablement le peuple vénézuélien ; sous l’autorité du président Chavez, les institutions centrales de l’Etat commençaient de servir le peuple ; elles commençaient à passer à la Révolution : à quelques temps de là, Chavez a appelé le peuple à la Révolution bolivarienne que les premiers changements du Vénézuéla semblaient rendre possible.

- Les ressources de l’économie n’étant pas extensibles comme l’est le caoutchouc, l’affectation des moyens nécessaires aux missions sociales diminuait d’autant les profits des actionnaires de ces grandes industries : la bourgeoisie vénézuélienne subissait un appauvrissement relatif : aussitôt, ses membres se sont mis à accuser le gouvernement bolivarien d’appauvrir le Vénézuéla, ont resserré leurs liens avec la grande bourgeoisie état-unienne et avec les services discrets et secrets de l’Empire capitaliste mondial, et ont intensifié leurs activités contre-révolutionnaires.
- Contre la contre-révolution, la révolution bolivarienne se défend : le peuple n’a jamais manqué de voter pour elle, et ses votes successifs ont toujours affaibli la contre-révolution : nous pouvons constater que jusqu’à présent les nombreux coups d’Etat tentés par la contre-révolution ont échoué ; jusqu’à ce jour, le gouvernement bolivarien a réussi à laisser à la contre-révolution la responsabilité des dégâts qu’elle cause, à cantonner ses coups d’Etat dans les quartiers riches, sans « envoyer les chars », et sans déporter personne.
- Il est évident que la force principale de la Révolution bolivarienne ne réside pas dans les forces armées ou dans les institutions de l’Etat : sa force décisive est l’engagement du peuple.
- Déjà, l’expérience bolivarienne du Vénézuéla, son influence en Bolivie, en Equateur, en Amérique centrale, montre qu’il est possible d’interdire au camp de la contre-révolution de massacrer le peuple, à condition que les révolutionnaires rassemblent et accumulent dans leur camp assez de volontés et de force : il ne suffit pas d’être plus fort, il faut être beaucoup plus fort que la contre-révolution, dans tous les moments de la vie économique, sociale et politique de la nation.
- Si le peuple vénézuélien mène la révolution bolivarienne à bien, il aura rendu un fier service à tous les peuples du monde !
- Mais répétons-le : guerrière ou pas, la Révolution n’a qu’une seule voie, c’est la revendication populaire de vivre dignement dans l’égalité en droits et dans la liberté ; elle n’a qu’un seul mode d’action, c’est d’affronter la contre-révolution, d’affronter l’exploitation que les castes et classes privilégiées font subir aux membres du peuple : c’est-à-dire, affronter l’exploitation capitaliste pour la faire cesser.

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