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Assemblée générale et congrès dans l’organisation communiste

Il n’y a pas d’assemblée restreinte dans le parti communiste !

dimanche 21 octobre 2007, par Jean-Pierre Combe

- Le Conseil national du PCF vient de convoquer pour décembre 2007 une réunion, semble-t-il importante, de certains de ses militants, en appelant  tort assemblée générale cette réunion et en la substituant au congrès extraordinaire d’abord annoncé.
- Cette convocation pose des questions sur deux plans : celui du contexte et de l’orientation politiques, et celui des principes d’organisation.

L’assemblée de décembre 2007 sera restreinte et non générale

- Sur le plan du contexte et de l’orientation politiques, elle n’apporte rien de plus que le questionnaire diffusé précédemment par la direction du PCF et auquel j’ai déj répondu [1]. Elle appelle seulement l’approfondissement d’un ou deux points : je les étudierai ultérieurement.
- Sur le plan des principes d’organisation, elle substitue une assemblée restreinte faussement dite générale, et qui, par conséquent, appelle le doute,  un congrès qui, lui, est bien connu des communistes, même lorsqu’il est extraordinaire.
- Tous les membres du PCF ne participeront pas  l’assemblée de décembre : elle ne rassemblera que des délégués des sections ; cette assemblée ne sera donc pas générale, mais représentative.
- Par ce fait, la convocation  cette assemblée pose deux questions relatives aux principes de l’organisation communiste, dont les réponses encadrent dès  présent toute la politique du PCF :

  1. Pourquoi n’avoir pas convoqué un congrès ?
  2. Pourquoi avoir donné un faux nom  l’assemblée convoquée ?

A quoi bon cette confusion ?

- Un congrès communiste, les communistes savent ce que c’est et comment ça fonctionne ; ils en connaissent les compétences et les modalités de délibération ; il n’en est pas de même d’une assemblée que l’on appelle générale alors qu’il est sans doute impossible de réunir tous les militants du PCF en assemblée générale, pour diverses raisons pratiques ; les communistes le savent parfaitement. Cela conduit  formuler l’hypothèse suivante : ceux qui ont substitué cette fausse assemblée générale au congrès extraordinaire ont peut-être spéculé sur le souhaitable et l’impossible, escomptant que les habitudes des communistes, donc les restes des structures du parti communiste, sections et fédérations, pèseront moins lourd dans les débats de la réunion de décembre, et laisseront encore davantage de marge aux réseaux d’influence qu’exploitent les tendances (je parle ici des tendances qui se disputent la direction du PCF : elles sont toutes anticommunistes  des degrés divers et selon des orientations diverses).

Assemblée générale et congrès dans le parti communiste

- Je dois rappeler ici que dans le parti communiste français fondé  Tours en décembre 1920, les assemblées générales sont un moment essentiel du processus d’organisation : les cellules, en effet, se réunissent régulièrement en assemblée générale pour étudier la situation politique locale et générale, pour organiser quotidiennement les expressions politiques de la revendication populaire de socialisme, et pour participer  l’élaboration de la politique communiste. L’effectif de chaque cellule et l’étendue du territoire qu’elle « couvre » le permet.
- Mais il n’en est pas de même des autres niveaux de l’organisation : pour cette raison, aucune des structures du parti communiste autres que la cellule ne se réunit en assemblée générale. A chacun de ces autres niveaux, les communistes sont représentés par les délégués qu’ils ont élus ; dans la préparation du congrès, ces délégués sont assez nombreux et leur réunion est appelée conférence aux niveaux des sections et des rayons ou fédérations, et conférence ou congrès au niveau national ; dans l’intervalle entre les congrès, ces délégués sont moins nombreux et leur réunion est appelée comité ; les membres des comités de section et fédéraux ont été élus par les conférences de section ou fédérale, ceux du comité central par le congrès (la mutation a rebaptisé le comité central en « conseil national » : nous allons voir ci-dessous le sens de ce changement de nom).
- Dans tous les cas, le processus commence par l’assemblée générale de la cellule :

  • le processus de préparation et de réunion du congrès communiste est tout entier organisé et conduit dans un seul but : faire des débats des assemblées générales des cellules, des conférences et du congrès une discussion  laquelle chaque communiste participe, et qui prend des décisions dans lesquelles chaque communiste retrouvera sa propre participation, quel que soit le sort fait par l’ensemble de la discussion aux arguments qu’il aura apportés ; cela impose aux délégués  toutes les conférences et au congrès la discipline, lorsqu’ils interviennent sur tel ou tel sujet, de faire état de la discussion qui a eu lieu sur ce sujet dans l’assemblée générale de sa cellule et des conférences auxquelles il a participé.
  • le processus de direction quotidienne du parti communiste commence lui aussi dans l’assemblée générale de la cellule.

- Deux conditions assurent la cohérence de l’ensemble de ces deux processus :

  • tous les communistes ont participé  la discussion et  la prise de décision du congrès ; toutes les décisions des congrès communistes ont pour objet de parfaire la prise de parti ouvrier de chacun des membres du parti dans la lutte des classes.
  • toutes les discussions communistes, aussi bien celles du congrès que celles de la vie quotidienne entre deux congrès, prennent le matérialisme pour critère de vérité et la dialectique pour mode de raisonnement.

Vers la démocratie directe

- Le fait est qu’au lendemain du congrès de Tours, le parti communiste s’est efforcé d’inscrire la démocratie directe dans son organisation : pour comprendre en quoi consiste cet effort, il faut lire le processus de décision  partir de son commencement, qui est la réunion de toutes les assemblées générales des cellules du parti communiste, et considérer que chaque conférence de section et de rayon ou fédération réunie ensuite, ainsi que finalement le congrès, commence sa discussion en rassemblant les comptes-rendus argumentés des discussions qui ont précédé sur son territoire, de manière  intégrer en une seule toutes ces discussions avec celle qu’il va tenir.
- En somme, le parti communiste organise en un seul processus toutes les réunions des assemblées générales de cellule, des conférences de section, des conférences de rayon ou fédérales, et du congrès de manière  faire de ce processus unique celui de son assemblée générale.
- La première des évolutions du PCF qui a porté atteinte  cette tentative de démocratie directe fut la décision de supprimer de l’ordre du jour des congrès la première journée, précédemment consacrée  l’expression de la vie et des débats des cellules elles-mêmes.
- Par la suite, chacune des dérives social-démocrates du PCF a réduit cet effort de démocratie directe, jusqu’ y mettre fin. Le changement du nom du comité central, rebaptisé conseil national, a servi  sanctionner les dérives social-démocrates en faisant passer le processus de la préparation et de la réunion du congrès pour un processus de représentation par démocratie indirecte  plusieurs étages.

- On le voit, la tenue d’un congrès communiste demande une culture certaine, et c’est peut-être aussi le manque de la culture nécessaire qui a conduit les chefs du PCF  rejeter le concept du congrès pour leur réunion de décembre prochain. Il est vrai que le PCF, pendant plus d’un quart de siècle, a éloigné de lui une masse d’ouvriers et d’autres militants qui possédaient cette culture et savaient la mettre en “uvre, et détruit les cellules communistes : le PCF n’a plus les ressources militantes nécessaires pour tenir un véritable congrès communiste.

Le communisme est étranger aux processus par lesquels le PCF est dirigé

- Tout cela éclaire les deux réunions nationales que le PCF se prépare  tenir au cours des quatorze prochains mois : toutes les conditions sont rassemblées pour que l’assemblée pseudo-générale de décembre 2007 se voie dominée par le jeu des tendances qui se disputent la direction du PCF ; et ces tendances se serviront de ses travaux pour encadrer ceux du congrès qu’il faut bien réunir quand même, en 2008.

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